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Le Blog De Papy-Bougnat

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  • De moi. retraité, passionné, curieux, gourmet, vivant au vert en Aquitaine
Signe particulier : « Ayant attrapé tout jeune la maladie bleue et pas guéri à ce jour !
Dans ce blog vous trouverez un peu de vérité, beaucoup de passion, et quelques coups de gueule 
Bonne route & merci pour votre visite
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7 juin 2021 1 07 /06 /juin /2021 18:18
La rétro du lundi.

Maisons construites en une nuit
et singulier droit de propriété

(D’après « Revue de folklore français », paru en 1939)

 

Héritée du droit romain, une coutume particulièrement connue en Bresse, mais également en Cornouailles, voulait que tout individu construisant en une seule nuit sa maison sur un terrain communal devenait de fait propriétaire du terrain, le feu devant être allumé avant le jour et la fumée devant sortir par la mitre de la cheminée au-dessus du toit lorsque le soleil se levait, et cependant que l’heureux bénéficiaire se voyait simplement contraint de s’acquitter d’un cens auprès de la commune, redevance emphytéotique perpétuelle

Dans le tome IV du Mâconnais traditionaliste et populaire, G. Jeanton, écrivait en 1923 : « Dans la Bresse mâconnaise, notamment du côté de Romenay, on voit encore dans les clairières ou sur les teppes communales, de petites maisons en forme de huttes, souvent recouvertes de chaume ; ce sont, dit-on dans le pays, des maisons construites en une nuit. Il est de croyance générale en Bresse louhannaise que tout individu a le droit de s’approprier une portion d’un communal, en y construisant une maison entre le coucher et le lever du soleil ; si le faîtage est terminé avant l’aube le constructeur est reconnu par la coutume locale, pour en être le légitime propriétaire et les communes ne semblent pas avoir jusqu’à présent contesté ce droit.

 

« Il y a peu d’années les cadets des familles pauvres préparaient, quelquefois pendant tout un hiver, avec leurs parents et amis, la charpente de leur maison, puis un beau soir, quand tout était prêt, la famille se mobilisait avec une incroyable agilité, sur une friche communale et élevait en quelques heures une maison rustique sans doute mais complète, depuis le seuil de bois jusqu’au toit de chaume ; quand le soleil se levait il dorait de ses rayons le bouquet que ces architectes paysans avaient placé au sommet du toit. »

Reprenant la question dans Habitation paysanne en Bresse, le même auteur écrivait en 1935 : « Une vieille coutume voulait qu’en Bresse quiconque bâtissait une maison sur une lande communale devenait propriétaire de la maison et du terrain d’alentour, à la condition toutefois qu’elle fût achevée en une nuit.

« Un camp volant voulait-il se fixer, un enfant pauvre et malheureux voulait-il quitter la communauté familiale, il avait cette suprême ressource de devenir propriétaire. J’ai encore connu de vieux bressans de la région de Montpont et de Varennes-Saint-Sauveur qui avaient vu construire, dans les communaux, des maisons en une nuit et qui avaient même participé à cette construction. A l’aide d’amis, le candidat propriétaire préparait à la veillée et par les jours de chômage forcé de l’hiver, les éléments de la charpente de la future maison. Tout était prêt, les chevrons, les tirants et les sablières ; les chevilles de bois étaient sous la main ; on profitait d’une longue nuit d’hiver où il y avait de la lune, et quand le coq chantait, un bouquet de gui ou des premières fleurs champêtres, lorsqu’on était en février ou en mars, ornait le faîtage en chaume du nouvel hutau.

« On voit encore de ces maisons, avec leur mince jardinet clos de piquets et de brondes, sur certaines teppes bressanes notamment sur les clairières des bois de la Genête et de la Chapelle Thècle. Il s’en trouve quelquefois trois ou quatre à côté les unes des autres, au bout d’un communal et à proximité d’une charrière... »

La même coutume était mentionnée à Viriat, près de Bourg, où Prosper Convert la signalait, avant sa mort, à M. Duraffour, professeur à l’Université de Grenoble, mais elle y paraissait si lointaine, si archaïque qu’on la jugeait quelque peu légendaire. Dans un article publié en 1939 au sein de la Revue du folklore français, Jeanton toujours, ancien président de l’Académie de Mâcon, rapporte avoir eu la bonne fortune de trouver un document d’archives confirmant la tradition orale, telle qu’elle lui fut rapportée par son vieux métayer Ferdinand Danjean, de Varennes-Saint-Sauveur, qui avait participé à une de ces constructions dans sa jeunesse.

C’est un procès jugé en l’An VI par le Tribunal départemental de Chalon-sur-Saône, procès entre Arsène Godefroy, bourgeois de Louhans, et un pauvre vieillard de Savigny-sur-Seille, Joseph Moine, au sujet d’une maison ou cabane habitée par ce dernier et qu’il avait édifiée vers 1775 sur une friche qu’il croyait communale de la paroisse de Savigny-sur-Seille. Arsène Godefroy, qui eut gain de cause devant le Tribunal de Chalon, prouva que la friche n’était pas communale car elle lui appartenait en vertu d’un titre de 1623, mais la commune était intervenue au profit du sieur Moine qui, d’après elle, avait construit un bâtiment et défriché un journal de terrain communal autour de sa maison « de l’assentiment des autres habitants », autrement dit suivant l’usage (jugement du 22 floréal, an VI).

Jeanton confie n’avoir pas vu mentionner ailleurs pareille coutume lorsque Duraffour, déjà cité, recueillit, au cours d’une villégiature en Cornouailles, un document d’une analogie frappante avec notre usage bressan ; il a été extrait d’une Histoire de Cornouailles par A.-K. Hamilton Jenkin, auteur de divers travaux sur la Cornouailles, notamment Le mineur de la Cornouailles, Navigateurs cornouaillais, La Cornouailles et les Cornouaillais, Maisons et coutumes de Cornouailles.

« Type de cottage de Cornouailles au commencement du XIXe siècle.

« A cette époque, spécialement dans les districts miniers, la plupart des cottages étaient bâtis par les gens eux-mêmes. Les murs étaient généralement faits de bauche (cob), c’est-à-dire d’un mélange d’argile et de paille hachée fortement battue ; les toits d’autre part étaient en paille. Il va de soi qu’on employait partout de la pierre, mais seulement quand on pouvait l’avoir sans frais. Dans la Cornouailles du Nord, les toits étaient généralement en ardoise qu’on tirait de Delabole ou d’autres carrières locales. Ces cottages étaient installés partout où de n’importe quelle manière on pouvait obtenir un morceau de terrain. II en subsiste quelques-uns.

« On dit que, dans certains cas, des cottages de cette espèce ont été effectivement construits en une nuit. Ceci avait pour but d’acquérir l’avantage d’un vieux droit coutumier qui, à ce ce qu’on suppose donnait qualité aux propriétaires de ces constructions de réclamer la libre tenure (freehold) du fonds sur lequel ils étaient établis désormais pour toujours. Voici de quelle façon la chose se pratiquait.

« Après avoir fait choix d’un morceau de terrain les bâtisseurs rassemblaient tous les matériaux nécessaires, l’argile pour faire les murs de bauche, les pieux et le chaume pour le toit, et une porte et une fenêtre toutes prêtes. Ces matériaux étaient soigneusement cachés à proximité de l’endroit. Ensuite dans la nuit désignée l’homme réunissait tous ses amis. Debout les quatre murs en presque quatre heures, et en route pour y installer le toit. On laisse provisoirement près du fond, un trou pour servir de cheminée, mais plus tard on en fera une fenêtre. Une fois qu’il était établi dans sa bicoque, le propriétaire pouvait faire toutes les améliorations que le temps et que sa fortune lui permettaient. Il y ajoutait naturellement un foyer ouvert pour la cuisine et le chauffage et quelques objets de mobilier pour rendre la pièce habitable. »

L’appropriation par le premier venu des terres vagues était contraire à la Coutume de Bourgogne. Mais notons ici que nous ne sommes pas sous le régime de ladite coutume, étant en Pays de Droit Ecrit, la Bresse où nous avons constaté le singulier usage plus haut rapporté étant entièrement dans le domaine du Droit Romain, privilège qui avait été reconnu formellement à ce pays par le duc Philippe le Bon dans des lettres patentes fameuses, expédiées à Bruxelles, le 26 août 1459, lors de la rédaction de la Coutume de Bourgogne.

 

Et à ce propos il est bon de noter que cette appropriation des terres communes puise sa justification dans le Droit Romain, si on s’en rapporte au Commentaire donné dans son édition de la Coutume publiée à Dijon, en 1788, par le savant président Bouhier.

« Ces dernières (terres vagues) dit-il, qui en quelques coutumes sont appelées terres hermes ou brehaines ou charmes ou gallois appartiennent sans difficultés au seigneur haut justicier à moins que la coutume des lieux n’y soit contraire. L’article 331 de la Coutume du Bourbonnais y est exprès et c’est notre usage
en cette province (de Bourgogne) quoique celui des Romains fut de les donner au premier qui voudrait se les approprier pour les mettre en culture. »

L’usage consolidant l’appropriation des terres vagues par la construction d’un bâtiment peut donc invoquer un principe du Droit Romain, et le pays où nous l’avons trouvé est bien dans le domaine de ce droit, mais le formalisme de l’édification en une nuit est une intéressante particularité de folklore remontant sans doute à un vieux fonds indo-européen, ce qui explique d’autre part l’existence de cette même coutume en Cornouailles anglaise où le Droit Romain ne saurait être mis en cause.

Notre ancien président de l’Académie de Mâcon explique avoir voulu contrôler les dires de son indicateur Ferdinand Danjean, décédé présentement, et s’être rendu à Varennes-Saint-Sauveur et plus spécialement au hameau de Tageat d’où il tirait son origine. « Or, j’y ai appris ceci, confie-t-il : la dernière maison construite en une nuit l’a été vers 1370, dans le communal de Tageat ! Mon indicateur avait alors plus de 4 ans et moins de 10 ans, il a donc parfaitement pu retenir toutes les particularités de l’événement qui marquait tout de même dans l’histoire d’un hameau.

« Cette maison qui existe encore fut construite en une nuit par un nommé Genetet. Elle a payé un cens ou redevance à la commune jusqu’à il y a trois ou quatre ans, époque où elle a été vendue à un tiers. A ce propos l’usage était ainsi fixé : Le constructeur devenait propriétaire de la maison ainsi que d’un assez mince pour prix ou enclos autour et cela au préjudice de la lande (teppe) communale. En revanche il devait un cens, redevance emphytéotique perpétuelle à la Commune. Celle-ci n’avait aucun droit de reprise vis à vis du constructeur, de sa famille vivant avec lui ou de ses descendants. Mais si la maison construite en une nuit était vendue, la commune devait être dédommagée de la valeur du sol, c’est ce qui s’est produit il y a trois ou quatre ans pour la maison Genetet, construite sur le communal de Tageat vers 1870.

« La maison construite en une nuit ne faisait acquérir la propriété que si le constructeur n’était pas propriétaire d’une autre maison. J’ai glané à cette occasion quelques détails pittoresques. Le feu devait être allumé avant le jour et la fumée devait sortir par la mitre de la cheminée au-dessus du toit lorsque le soleil se levait. D’autre part, depuis la communication que j’ai faite à la Société de Folklore, à l’Ecole du Louvre à Paris en janvier 1938, j’ai entrepris une enquête personnelle en Bresse avec M. Violet. J’y ai été grandement aidé par M. Sagnes, instituteur à Montpont. La coutume était universellement admise, jusque vers 1880, à Varennes-Saint-Sauveur, Montpont, la Chapelle-Naude, Sornay, la Chapelle-Thècle, la Genête, etc.

« A Montpont, lorsque vers 1870-1880 on rectifia le chemin de Cuisery à Montpont, de nombreux délaissés furent utilisés pour la construction de maisons construites en une nuit. Toutes ont été détruites ou reconstruites un peu plus amplement, ce qui fait que nous n’avons pas pu en photographier une dans son état primitif. L’augmentation de la population et son paupérisme avaient très fortement favorisé, à cette époque, la construction de maisons construites en une nuit. Un nommé Guyon, dit Méline, était devenu une sorte de spécialiste pour fournir aux aspirants propriétaires les éléments complets d’une maison à construire en une nuit. Il les fabriquait ; les plus petites valaient 15 francs, clef en main ; les plus grandes 30 francs. Les matériaux étaient pris gratuitement dans la forêt.

« Du reste, vers cette époque, dans cette région Montpont-la Genête, la coutume se transforma et prit l’aspect suivant. Particuliers, communes, notaires et géomètres ruraux étaient dans l’incertitude après près de cent ans de Code Civil de la valeur légale de la coutume et on aboutit dans certaines communes comme la Genête au modus vivendi suivant. Les communes décidèrent d’accorder gratuitement l’emplacement au constructeur moyennant un léger canon. Le constructeur devenait libre de construire sans se presser, à condition de demander l’autorisation préalable. Dans certains cas, on vit même des communes faire construire des maisons de ce genre pour des veuves expulsées de leur ferme par des propriétaires après la mort de leur mari. La coutume s’humanisait mais perdait de son pittoresque et de sa verve.

« On nous a rapporté la légende concernant la construction du pont du Collège de l’Arc à Dôle, qui est dans une région voisine de la Bresse. Les Pères Jésuites au XVIIe ou XVIIIe siècle voulurent réunir les deux immeubles composant leur collège et que séparait une rue. Ils demandèrent à la ville de Dôle, l’autorisation de réunir les deux parties de leur collège par une arche chevauchant la rue. La tradition veut que le conseil de ville ait refusé l’autorisation estimant ne pas pouvoir amoindrir le patrimoine communal, mais il aurait ajouté que les Pères Jésuites avaient toujours le droit s’ils le pouvaient de construire leur « arche en une nuit », ce qui fut fait. Cette légende qui avait été considérée jusqu’à présent comme une tradition humoristique prend une singulière vraisemblance légale à la lumière de la coutume bressane. »

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24 mai 2021 1 24 /05 /mai /2021 08:29

Rappelez-vous ;" L’ancêtre du SMS c’était le 24 Mai 1944"

( 1ier télégramme en morse)…

 

C’est le jour de la première communication en morse. Nous sommes à Baltimore, aux États-Unis. L’un des inventeurs, l’Américain Alfred Vail, reçoit un message télégraphique constitué de points et de traits.

Et que dit-il, ce message codé ?
 

« What hath god wrought », Ce que Dieu a forgé. L’auteur du message n’est autre que Samuel Morse, concepteur de l’alphabet du même nom. Il se trouve alors à 600 kilomètres de là, à Washington, au Capitole. Autant vous dire qu’après des années de recherche de tâtonnement, les deux interlocuteurs exultent !

 

C’est donc le premier message en morse envoyé par Monsieur Morse
Oui. Pourtant, Samuel Morse n’était pas destiné à marquer l’histoire des télécommunications. Figurez-vous que, de métier, il était peintre ! Cette idée d’envoyer des messages à la vitesse de l’électricité lui serait venue au moment de la mort de sa femme... Il se trouvait à l’époque en déplacement à Washington, pour un portrait du général de La Fayette et, prévenu trop tard de l’état de sa femme, il n’avait pu rentrer à temps pour lui faire ses adieux. Il s’est alors promis d’inventer un moyen de transmettre des informations plus rapidement qu’à la vitesse du courrier.

 

Et quel est le principe de transmission ?
 

Le système de base est composé d’un électroaimant, de piles et d’un interrupteur capable de transmettre vite et loin une série de traits et de points. Reste à coder et décoder n’importe quel message. Vous savez par exemple comment on dit SOS ? Ça peut servir : trois points, trois traits, trois points. Depuis lors, évidemment, le morse est un peu tombé en désuétude, remplacé par les radios, les portables, et même Internet... Enfin, ça, c’est une autre histoire... ( ci-contre Samuel Morse ) que de chemin parcouru en 77 années.....

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3 mai 2021 1 03 /05 /mai /2021 07:48
La rétro du lundi.

Un petit retour sur une partie importante de notre notre histoire :

Saviez-vous  qu'à l'automne 1944, Français et troupes américaines étaient au bord de l'affrontement ?

Trois mois après le jour J, les Normands n’en peuvent plus des exactions des soldats qui les ont libérés. Retour sur un épisode méconnu.

 

« Des scènes de sauvagerie et de bestialité désolent nos campagnes. On pille, on viole, on assassine, toute sécurité a disparu aussi bien à domicile que par nos chemins. C’est une véritable terreur qui sème l’épouvante. L’exaspération des populations est à son comble. » Le 17 octobre 1944, quatre mois et demi après le Débarquement en Normandie, La Presse cherbourgeoise, quotidien local de Cherbourg, publie cette mise en garde sous le titre « Très sérieux avertissement ».

À l’automne 44, ceux qui pillent, violent et assassinent sont les Américains : le journal accuse les libérateurs de se comporter en soudards dans un pays conquis. Comment un tel paradoxe deux mois après la fin des combats en Normandie ?

Une fois libérés, la presqu’île du Cotentin et son port sont devenus une gigantesque base logistique. Sur les quais, un millier d’officiers et marins américains assurent, avec les dockers français, le débarquement quotidien de 10 000 tonnes de véhicules, munitions, nourriture. Le 29 septembre 1944, 1 318 camions GMC en partance de Cherbourg acheminent vers les troupes alliées du front 8 000 tonnes de matériel. Sur les premiers kilomètres de la « Red Ball Highway Express », la route du front, défilent hôpitaux, dépôts, aérodromes, camps de repos, chaînes de réparation pour tanks et camions.

Les entrepôts du Cotentin mobilisent des militaires en nombre : les 430 000 habitants du département de la Manche cohabitent avec 120 000 soldats américains, dont 50 000 Afro-Américains. D’emblée, la cohabitation, qui s’est prolongée jusqu’en 1946, ne s’annonce pas facile : « L’enthousiasme des Normands pour les forces anglo-américaines risque de s’inverser proportionnellement à la durée de notre séjour en Normandie », prévient dès l’été 1944 la 1re armée américaine.

 

Premières blessures

Deux soldats américains de la Military Police font la circulation rue des Tribunaux à Cherbourg, le 17 juillet 1944.
© Conseil régional de Basse-Normandie / National archives US

Auteur du livre La Normandie américaine, fruit de nombreux témoignages et d’archives dépouillés aux États-Unis, l’historien Stéphane Lamache, 52 ans, met en relief le choc entre le Nouveau Monde et la vieille Europe : « D’un côté, de jeunes Américains très sûrs d’eux-mêmes, dotés en masse de matériels modernes tant en véhicules qu’en moyens de transmissions déjà miniaturisés. Une Amérique au top de son histoire. En face, des familles normandes évoquant Maupassant avec paysans en sabots, maisons au sol en terre battue et chevaux tirant des charrues. Après quatre ans d’occupation et le choc des bombardements, les Normands ont perdu leurs repères. »

La Libération a été payée au prix du sang et des destructions massives dans la Manche, 4 000 morts civils, le double de blessés, 10 000 maisons rasées, 50 000 autres endommagées, 130 000 sinistrés qui n’ont plus rien. « Après ce cataclysme, les Normands n’aspirent qu’à être débarrassés de la guerre. Les Américains visent la victoire finale sans plus se préoccuper des états d’âme des habitants », note Stéphane Lamache. Les graines du divorce sont semées.

 

Des civils récupèrent dans leurs décombres les effets personnels qui peuvent encore être sauvés.
© Conseil régional de Basse-Normandie-National / archives USA

Les premières blessures relèvent de l’amour-propre. Les GI, qui organisent des bals sous tente avec plancher, mettent en place des tournées en GMC pour amener les jeunes femmes sous leurs guinguettes. Mais pas ou peu de place pour les jeunes Normands. Le stade de Cherbourg devient un enjeu. Au terme de quatre mois de négociations, les mardi et jeudi sont réservés aux footballeurs cherbourgeois. Un mardi de mai 1945, une violente bagarre éclate entre joueurs de base-ball américains, campant sur place, et footballeurs qui réclament les lieux. La Presse cherbourgeoise compare les libérateurs avec les occupants précédents : « On ne peut pas dire que les relations [avec les Allemands] étaient cordiales mais elles furent correctes. »

À la rentrée scolaire 1945, l’état-major allié (le Shaef pour Supreme Headquarters Allied Expeditionary Force) annonce vouloir maintenir dans plusieurs écoles des détachements de la Military Police, qui y sont installés depuis la Libération : « Maintenant que nous sommes en paix, nous ne pouvons pas tolérer que les militaires aient le pas sur la population civile », tonne le maire de Cherbourg, René Schmitt.

Accidents et agressions

Suivent les querelles financières et matérielles. Fin août 1944, les Américains emploient 7 000 travailleurs civils pour 75 francs par jour et une ration militaire. « Avec 100 francs, les Allemands payaient mieux » constatent les ouvriers. L’Organisation Todt, chargée de construire le mur de l’Atlantique, n’avait pas lésiné sur les moyens. Rapidement, les Français seront remplacés par des prisonniers de guerre allemands…

Les stocks américains suscitent des convoitises. Trop. Le 6 août 1944, treize dockers sont arrêtés pour le vol de 984 paquets de cigarettes et 188 savonnettes. Sanction : de quinze jours à un mois de prison. Dérober un jerrycan d’essence vaut quatre mois de prison. Le marché noir de l’Occupation continue : « On peut faire fortune aux dépens des Américains », souligne Stéphane Lamache.

Ces multiples agaceries réciproques auraient pu rester sans conséquence sans les bruyantes rafales tirées en l’air par des soldats ivres, mais surtout les morts accidentelles. Bien que les routes militaires soient interdites aux civils, on ne compte plus les victimes des camions américains : un enfant de 8 ans tué le 27 août 1944, une mère de famille le 11 septembre, un cycliste le 30 septembre, pour ne citer qu’eux.

 

Cette photo est prise le 7 juin 1944 à Surrain (Calvados) : le civil Gustave Joret s’est fait tirer dessus par les GI, il est mort le 12 juin.
© Bibliothèque municipale de Cherbourg-Octeville (Coriallo)

Autant d’accidents soigneusement rapportés par La Presse cherbourgeoise plus discrète à propos des violences et agressions par les troupes américaines. Du moins jusqu’à son « très sérieux avertissement » du 17 octobre 1944 sur les pillages, viols et assassinats. Le général français, Alphonse Juin, transmet l’article au général Eisenhower avec ce commentaire : « C’est le sentiment de tous les habitants de la Manche et de la Normandie au contact des Américains. » Mais il n’y aura pas de grand déballage.

Ségrégation

Les autorités américaines se disent « émues des crimes dont se rendent coupables les militaires de couleur (sic) » et répliquent dans le même journal en déclarant la « guerre à l’alcool pour enrayer la criminalité ». Une façon aussi de dénoncer le comportement mercantile des Normands qui vendent de l’eau-de-vie et l’inefficacité des pouvoirs publics français. Premières mesures : le couvre-feu est ramené à 22 heures puis 18 heures ; la vente d’alcool aux soldats est interdite. Un café de Carentan qui enfreint l’interdiction est fermé six mois.

En réponse aux exactions touchant les femmes, la justice militaire américaine frappe fort : le 23 novembre, trois GI sont condamnés à mort pour le viol de deux victimes en juillet 1944, près de Cherbourg. En août sont recensés dix-huit viols. Selon la gendarmerie, on en dénombre trente-cinq en septembre et sept en octobre. Dans les campagnes, plus aucune femme ne veut aller traire les vaches seule le soir dans les champs.

Auteur de Les Manchois dans la tourmente 1939-1945, l’historien Michel Boivin a recensé 206 viols d’origine américaine. Selon la Military Police, « 80 à 85 % des crimes graves (viol, meurtre) ont été commis par des troupes de couleur ». L’armée américaine des années 1940 est, à l’image du pays, ségrégationniste. À Cherbourg, on compte deux foyers de la Croix-Rouge : un pour les soldats blancs, un pour les noirs. Dans sa recherche de criminels, la police militaire s’est-elle montrée plus compréhensive pour les premiers que pour les seconds ? Les soldats de couleur cantonnés à la logistique ont stationné de longs mois dans le Cotentin, territoire étroit, alors que les combattants n’y ont que transité. La gendarmerie locale avait recommandé l’ouverture de maisons closes, les autorités américaines s’y sont opposées.

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26 avril 2021 1 26 /04 /avril /2021 07:24
La rétro du lundi.

Dans la catégorie:            "Expressions & proverbes anciens "

Faire des gorges chaudes

Cette locution proverbiale signifie au figuré plaisanter ou rire

en compagnie à propos d’une personne désignée

Voici quelle en serait l’origine : en terme de vénerie, gorge chaude est la façon de désigner la viande du gibier, vivant ou récemment tué, que l’on donne aux oiseaux de proie, comme au faucon, par exemple, et c’est parce que cet oiseau se montre très friand d’un pareil festin que l’on dit des personnes qui se réjouissent d’une chose qu’elles en font une gorge chaude ou plus souvent des gorges chaudes.

La Fontaine, dans l’une de ses fables intitulée La Grenouille et le Rat (livre IV, fable XI), s’est servi de cette expression. Voici les derniers vers :

Notre bonne commère
S’efforce de tirer son hôte au fond de l’eau,
Contre le droit des gens, contre la foi jurée,
Prétend qu’elle en fera gorge chaude et curée

 

On s’est tout naturellement servi de cette expression, au figuré, pour indiquer le plaisir de ceux qui avaient dissipé certaine fortune provenant de succession. Ensuite, comme on aime beaucoup à se moquer des autres et à les plaisanter, on a, par induction, comparé cette joie à celle du faucon ou de tout autre oiseau de proie qui manifeste d’une façon bien visible sa satisfaction de manger des chaires toutes pantelantes.

Voici deux exemples tirés de Saint-Simon, auteur de Mémoires curieux sur la fin du règne de Louis XIV et le commencement de celui de Louis XV, de l’emploi au figuré de cette locution : « Le duc de Saint-Aignan trouva l’aventure si plaisante qu’il en fit une gorge chaude au lever du roi. Le soir le duc de Maine fit chez lui une gorge chaude fort plaisante de Fagon avec Le Brun. » Les gorges chaudes sont ironiques, mais toujours méchantes.

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19 avril 2021 1 19 /04 /avril /2021 06:26
Le saviez-vous ?

Ces Patrimoines toujours vivants  ...

" Celui  de la fabrique du silence " je veux parler bien-sûr des " Boules Quies "

Olivier Denis du Péage est le président de la société Quies, la marque fête ses 100 ans cette année. L’entreprise française représente 48 salariés et un chiffre d’affaires de plus de 17 millions d’euros.

En 1918, à la demande d’une de ses clientes importunées par le bruit, un pharmacien fabrique une boule en coton et en cire. L’arrière-grand-père d’Olivier Denis du Péage, s’associe avec ce pharmacien et crée la société Quies pour industrialiser le produit. Pour créer le nom de la marque, ils s’inspirent du terme latin quietis qui signifie le repos.

Aujourd’hui encore, la fabrication des boules Quies reste pratiquement inchangée, excepté dans les matières premières, et garde ses secrets d’il y a 100 ans : « À l’époque c’était à la main, dans des petites boutiques dans le XVe arrondissement. Des ouvrières travaillaient pour fabriquer les boules, les bouleuses, et après ça, elles les transféraient aux conditionneuses, qui mettaient dans les boîtes. (...) C’est de la cire naturelle, on imprègne le coton de cire et après on fait une boule avec », explique Olivier Denis du Péage.

Une entreprise familiale qui s’agrandit
En 1985, Olivier Denis du Péage récupère la société avec sa sœur. Ils décident d’élargir la production à la grande distribution : « C’était un besoin de donner ces produits à un plus grand nombre. À l’époque, la grande distribution commençait à prendre de l’ampleur, les gens allaient faire leur course dans les grandes surfaces, donc c’était important que l’on soit présent là-bas aussi », ajoute Olivier Denis du Péage.

Il y a 20 ans, la marque décide de se diversifier, tout d’abord par des protections auditives en mousse, puis par des produits d’hygiène de l’oreille ou anti-ronflements. Dans l’avenir, la marque Quies pense à se diriger vers des produits plus techniques et à s’ouvrir encore plus à l’international comme l’explique son président-directeur général : « Maintenant il y a des besoins de différenciation des produits, des besoins bien spécifiques. (...) Il y a aussi des produits actifs en cours d’étude. Mais aussi l’export. »

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12 avril 2021 1 12 /04 /avril /2021 08:23
Ces mots venus d'ailleurs....
Ces mots venus d'ailleurs....
Ces mots venus d'ailleurs....

La langue française s'éparpille :

Présente dans de nombreux pays, elle est riche de mots si divers et si variés !

Célébrons ce "verbe" français, cette verve unique, ce bonheur de dire et d'exprimer mille nuances...

Célébrons ce parler pittoresque et ancien, ce bel héritage qui est le nôtre. Il est étonnant de découvrir des mots insolites, nouveaux, qui nous font voyager, et nous montrent toute l'expressivité de notre langue. Ce vocabulaire nous intrigue par certains particularismes et nous invite à la découverte de terres inconnues...Notre langue devient, ainsi, objet d'émerveillements et de surprises : on y perçoit des trésors d'inventivité, grâce à différentes dérivations. On est sensible, alors, à un certain exotisme dans ces mots qui nous étonnent, qui évoquent, parfois, des pays et des climats lointains...

Par exemple: 

1) La LUMEROTTE, venue du nord, nous éclaire de sa petite lueur et de ses sonorités qui dansent : le suffixe de diminutif lui confère un charme enfantin et mystérieux. Labiale, gutturale, dentale s'égrènent, dans ce joli mot empli de poésie !

2) La DRACHE recouvre, soudain, l'horizon de ses averses sombres, elle tombe avec violence, comme le suggère la brièveté du mot : aussitôt, on voit le plat pays, la Belgique, traversée de pluies brusques et ombrageuses ... nous voilà passés de la lumière à l'ombre !

3) La RISTRETTE nous emmène vers la Suisse : elle se pare, elle aussi, d'un suffixe de diminutif pour évoquer "un petit noir" bien serré... Le mot nous réveille de ses sonorités éclatantes de gutturale, sifflante, dentale "t" réitérée.

4) De quoi être VIGOUSSE, dès le petit matin ! Adjectif expressif, s'il en est, puisqu'il évoque une grande vigueur, grâce à ses sonorités variées de fricative, de gutturale et de sifflante...

5) La POUDRERIE, quant à elle, nous fait voyager vers des pays de neige, aux hivers rigoureux, des pays où le vent emporte des embruns glacés et les accumule sur le sol : la poudrerie évoque, bien sûr, également, la poudreuse, jolis mots volatiles et aériens, jolis mots qui font virevolter une neige blanche de lys !

6) Le DÉPANNEUR pourra, si la neige est trop dense, permettre, aussi, quelques courses rapides, près de chez soi...

 

Des pays froids et glacés, nous voilà, soudainement, transportés en TAP-TAP vers Haïti : le mot, sous forme d'onomatopée, évoque et suggère, à merveille, les cahots de ces autocars, inconfortables mais pleins d'animation et de vie, qui sillonnent ce pays. Au Congo, les CHAMPAGNÉS nous feront, peut-être, bon accueil, et nous pourrons, ainsi, côtoyer des gens d'influence qui boivent du Champagne, dans des flûtes effilées... Mais ces champagnés nous rappellent un personnage tristement célèbre, nommé CHAMPAGNE, croqué par La Bruyère... type même de l'égoïste, se perdant dans "les douces fumées d'un vin d'Avenay ou de Sillery"... Et la France, elle-même, nous réserve bien des surprises : dans le sud, du côté de Marseille et de l'Estaque, on pourra rencontrer un FADA pittoresque, au parler enjoué, un de ces fous sympathiques qui racontent des histoires à dormir debout, avec un bagou incroyable. A l'inverse, on évitera les CHAFOUINS, ces hypocrites, à tête de chat et de fouine, ces êtres ambigus et malsains qui se cachent sous des apparences trompeuses. Le mot, avec sa chuintante initiale, sa fricative "f", pleines de délicatesse et de charmes, semble mimer la feinte douceur de ces personnages : ne nous y fions pas et détournons-nous de ces vils hypocrites. Ils nous rappellent "ces chattemites", que dénonce Rabelais, ces personnes fourbes, rusées, ces "cagots", ces "cafards" que l'humaniste poursuit de sa vindicte et qu'il fustige souvent... Fuyons les chattemites et les chafouins !

 Nous aurons fait, alors, un tour amusant et pittoresque de la Francophonie !

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15 mars 2021 1 15 /03 /mars /2021 06:49

Rappelez-vous :  

Le 10 mars 1888 : premier match officiel de boxe en France

(D’après « La Petite presse » des 12, 14 et 15 mars 1888,
« Le Figaro » du 12 mars 1888 et « Tristan Bernard,
le marquis des stades » (par Benoît Heimermann) paru en 2017)

 

Choisie comme terrain neutre pour organiser un combat entre l’Américain John Lawrence Sullivan, champion du monde des lourds, et le champion anglais Charley Mitchell, la France prohibait cependant de tels affrontements, et à l’issue d’une rencontre se déroulant en plein air, durant plus de trois heures, en présence de quarante témoins, et s’achevant sous des rafales de pluie et de vent, l’ensemble des protagonistes fut arrêté par la gendarmerie, les deux sportifs étant emprisonnés à Senlis

L’Américain John Lawrence Sullivan (1858-1918), à cette époque, semblait absolument invincible. Il avait cinq pieds onze pouces de taille (1m79) et pesait plus de quatre-vingt-dix kilos. Sa largeur d’épaules était exceptionnelle et son coup de poing proverbial. Ses flatteurs le surnommaient « l’athlète merveilleux » ou encore « l’ouragan ». Il avait pour habitude de parier qu’il mettrait son adversaire hors de combat en un nombre de coups de poing déterminé.

Il avait provoqué Charley Mitchell (1861-1918), qui était aussi un combattant extraordinaire et avait successivement battu tous les poids lourds qu’on lui avait proposés, bien qu’il ne pesât lui-même guère plus de soixante-quinze kilos, mesurant 1m75. Il était monté sur le ring à dix-sept ans, et la série ininterrompue de ses victoires l’avait mis rapidement au premier rang des boxeurs du monde entier.

 

John Lawrence Sullivan. Chromolithographie d’Edward Windsor Kemble (1883)

L’enjeu du match prévu entre le champion du monde des lourds et le champion d’Angleterre s’élevait à 25 000 francs ; il était convenu qu’il aurait lieu en France, et durerait jusqu’à ce qu’un des deux adversaires fût dans l’impossibilité de continuer le combat. Début mars, Sullivan et ses amis étaient venus s’installer à Boulogne-sur-Mer. Mitchell, lui, n’avait pas quitté l’Angleterre et attendait la date fixée du 9 au 12 mars pour se rendre en France.

Le vendredi 9, le rendez-vous pris avec le plus grand mystère était à Amiens. On vit immédiatement arriver une quarantaine d’Anglais, aux allures étranges, qui erraient par les rues et éveillaient l’attention des paisibles sergents de ville. Les champions étaient chacun dans un hôtel et échangeaient des pourparlers par l’entremise de leurs témoins, pourparlers n’annonçant pas un très vif désir d’en venir aux mains. C’était en effet à qui soulèverait des objections sur le choix du terrain, la présence d’un trop grand nombre de curieux, de quelques représentants de la presse, etc.

En présence de cette attitude non moins courtoise que prudente, les quarante assistants commencèrent à avoir des doutes sérieux sur l’animosité réelle des champions et s’écrièrent, comme les témoins du duel, dans la Vie parisienne : « Si vous n’êtes pas sérieux, nous nous en allons ! » Et ils s’en allaient en effet. Ils étaient déjà dans deux trains, l’un qui chauffait pour Londres et l’autre pour Paris, quand on les pria de descendre, Mitchell et Sullivan leur faisant savoir qu’ils ne soulèveraient plus aucune objection de détail et qu’ils étaient prêts à « se tomber » avec acharnement, pourvu qu’on leur trouvât un terrain.

Deux délégués, dont le rédacteur du Sportsman, se mirent alors en quête d’un Pré-aux-Clercs, et bientôt partirent pour Creil où ils donnèrent rendez-vous, à huit heures et demie à la gare le samedi 10 mars, aux deux combattants et à leurs quarante témoins, personne ne leur prêtant attention. La rencontre eut lieu dans le parc d’Apremont, le samedi à 12h53, derrière les écuries du baron de Rothschild, dans un champ de vingt-quatre pieds qu’il avait mis à la disposition des organisateurs et qui fut clos par des cordes soutenues par des piquets. Le public, composé uniquement d’invités, se tenait debout derrière les cordes.

Les deux adversaires, nus jusqu’à la ceinture, furent mis en présence l’un de l’autre. À ce moment Sullivan offrit de parier pour lui-même 500 livres sterling contre 300. Ce pari ne fut pas tenu. Un de ses partisans offrit alors de parier pour lui 500 livres sterling contre 200. L’offre fut également déclinée. Le juge du camp, M. Angle, rappela aux deux adversaires qu’ils devaient se conformer aux règles de la boxe anglaise. Les règlements du « Prize Ring » différaient beaucoup de ceux qu’on observe aujourd’hui ; la durée des rounds n’était limitée que par la chute d’un des adversaires ; puis, après un court repos dans leurs coins respectifs, les boxeurs reprenaient le combat jusqu’à une nouvelle chute.

Le combat qui s’engagea devait durer trois heures dix minutes et cinquante-cinq secondes. Sullivan entra le premier en lice, et fut suivi par Mitchell. Après le salut d’usage, échange de poignées de main des plus cordiales, les témoins se retirèrent et laissèrent les adversaires aux prises. Mitchell, petit en comparaison de son rival, était un vrai modèle d’homme bien proportionné et bien musclé, tout à fait entraîné. Sullivan était en moins bonne condition et n’attirait l’attention que par sa taille, la longueur de ses bras et la puissance de ses épaules. Les combattants s’observèrent longuement dans un premier temps. Puis Sullivan porta le premier coup.

Charley Mitchell. Photographie de 1886

Pendant les trois premières reprises, l’avantage resta à Sullivan, et les amis de Mitchell se félicitèrent de ne pas avoir accepté de doubler l’enjeu. À la quatrième reprise, Mitchell reçut un coup de main droite de Sullivan, qui l’étendit à terre. Les amis de Sullivan offrirent trois contre un contre Mitchell, qui souffrait visiblement du coup reçu. On s’attendit alors à voir Sullivan jouer son rôle du Champion Knocker-out (assommeur), mais il manqua plusieurs occasions de remporter la victoire.

Loin d’être mis hors de combat, Mitchell, comme on pouvait s’y attendre après les premiers coups portés par Sullivan, montra beaucoup d’endurance et d’habileté. Il fatigua longtemps Sullivan en lui faisant faire le tour de l’enceinte, mais deux ou trois fois il fut acculé dans un coin et reçut des coups terribles sur la tête.

Sullivan domina certes d’un bout à l’autre de l’affrontement, et c’était toujours la chute de Mitchell qui terminait les rounds, mais après chaque repos, le courageux Anglais reprenait le combat avec plus de courage et d’énergie. Sullivan, qui cherchait à placer un des terribles coups du droit dont il avait le secret et le monopole, ne put parvenir à toucher définitivement cet agile adversaire qui le harcelait sans relâche.

Enfin, après plus de trois heures de bataille, Mitchell semblait plus frais que son pesant adversaire, bien que tous les deux eussent le visage ensanglanté. Le combat, qui en était à son trente-neuvième round, était donc plus que jamais incertain. Les rafales de vent et la pluie qui tombait à torrents depuis une heure faisaient claquer les dents de Sullivan, qui grelottait et se fatiguait visiblement.

Le round se déroulait depuis plus de trente minutes lorsque, soudain, on vit les deux hommes s’arrêter, échanger quelques mots avec l’arbitre puis se serrer la main. D’un commun accord, ils acceptaient le « draw » ou match nul. Mitchell avait l’œil gauche tout à fait fermé, et une large contusion était visible sur sa joue droite. Il avait également sur le corps la marque des poings de Sullivan. Celui-ci était moins meurtri, mais il était accablé de fatigue.

Boxeurs et assistants quittèrent Apremont à 17h30. Pendant les cinq heures qu’ils avaient si bien employées, aucun représentant de l’autorité n’était venu troubler leur plaisir. Mais tout à coup quelqu’un cria : « Voici un gendarme ! » Toute la troupe venait de remonter dans les voitures qui l’avaient amené à Creil. On était à jeun depuis le matin, et l’on comptait dîner au buffet de la faire avant de reprendre le train pour Amiens.

C’est alors qu’on aperçut un cavalier qui arrivait au grand trot. C’était un gendarme qui signifia aux cochers l’ordre de prendre la route de Senlis. La commune d’Apremont, sur le territoire de laquelle le combat avait eu lieu, dépendait de l’arrondissement de Senlis, et c’est dans cette ville que siégeait le tribunal. Le reste de la brigade de gendarmerie déboucha presque au même moment. Il fallut obéir.

Deux des Anglais sautèrent à bas des voitures et prirent la fuite. Le brigadier ordonna à haute voix à ses hommes de faire usage de leurs armes sur ceux qui tenteraient de s’échapper. Les voitures, bien escortées, se dirigèrent sur Senlis, distant d’une dizaine de kilomètres.

Combattants, témoins, parieurs, tous le prisonniers furent conduits devant le procureur de la République. On prit leurs noms, puis on les invita à faire connaître les deux combattants. Refus général de parler ; mais Charley Mitchell, avec son œil gauche complètement poché, et John Sullivan, avec sa lèvre fendue, étaient fort reconnaissables. Ils furent emmenés dans une pièce voisine, où les magistrats procédèrent à un interrogatoire sommaire. Quelques instants plus tard, on vit passer les deux prisonniers emmenés par les gendarmes et portant les menottes aux mains.

Le combat opposant Sullivan à Mitchell le 10 mars 1888. Gravure du temps

Le procureur de la République déclara à toutes les autres personnes arrêtées qu’elles étaient libres de se retirer, mais que Mitchell et Sullivan coucheraient en prison. Parmi les témoins du combat se trouvait Kilraine, boxeur qui s’était battu au mois de décembre précédent dans l’île de Bonnières. Il était un des deux assistants qui purent s’échapper lorsque les gendarmes arrêtèrent les voitures sur la route.

Les deux boxeurs furent remis en liberté provisoire, sous caution de deux cents livres, le lendemain matin, avec invitation à se présenter devant le tribunal, à l’audience de lundi. Ils étaient poursuivis en vertu des articles 309 et 311 du Code pénal

Sullivan et Mitchell seront poursuivis en police correctionnelle en vertu des articles 309 et 311 du Code pénal, ces deux articles combinés punissant d’un emprisonnement de deux ans à cinq ans, et d’une amende de cinquante à cinq cents francs « tout individu qui, volontairement, aura fait des blessures ou porté des coups, avec préméditation, sans que les coups et blessures aient occasionné aucune maladie ni incapacité de travail ».

Mitchell et Sullivan revinrent dimanche à Paris, tous deux ayant le visage en assez fâcheux état. Le soir, toute la bande dînait dans une taverne américaine, rue Scribe. Le champion américain, rendu un peu nerveux par son échec à Apremont et la mauvaise nuit dans la prison de Senlis, passa sa mauvaise humeur sur le garçon. Celui-ci ne servant pas assez vite, Sullivan lui envoya un coup de tête qui lui mit la figure en sang. Témoins et boxeurs partirent pour l’Angleterre par le train de 19h45, Sullivan et Mitchell s’exposant ainsi à être condamnés par défaut par le tribunal de Senlis.

 

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