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Le Blog De Papy-Bougnat

  • Papy-bougnat
  • De moi. retraité, passionné, curieux, gourmet, vivant au vert en Aquitaine
Signe particulier : « Ayant attrapé tout jeune la maladie bleue et pas guéri à ce jour !
Dans ce blog vous trouverez un peu de vérité, beaucoup de passion, et quelques coups de gueule 
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Traducteur

A L'affiche..

La culture Ne s'hérite pas, Elle se conquiert. 

 

[André Malraux]

********** 

 

Actu du jour...


       

10 février 2025 1 10 /02 /février /2025 11:20

Proverbes et expressions populaires d’usage courant : origine, signification d’expressions proverbiales de la langue française

Un regard vers le passé  " Expressions proverbes d'autrefois "

À force de forger on devient forgeron

(À force d’exercices on fait les choses mieux et plus facilement)

Ce proverbe présente la même idée qu’un aphorisme en usage chez les Latins et s’énonçant ainsi : Taurim tollet qui vitulum sustulerit, ce qui signifie : Il portera un taureau celui qui aura porté un veau. Car, tout le monde sait que c’est à force d’exercices que l’on fait bien des choses et que l’on parvient à exceller dans une profession ou un état quelconque. Un seul exemple, tiré de l’histoire ancienne, suffira pour s’en convaincre.

Le grand orateur grec Démosthène avait, à ses débuts, la voix faible et la langue embarrassée ; il ne pouvait même pas prononcer certaines lettres. Sa respiration était si gênée et si courte qu’il devait s’arrêter dans une période un peu longue ; de là les moqueries des Athéniens. Démosthène vint à bout de vaincre les défauts de son organe en mettant dans sa bouche de petits cailloux, débitant ainsi, à haute voix, plusieurs phrases de suite, tout en marchant et même en gravissant les montées.

Ces exercices furent couronnés de succès, en ce que, par la suite, nulle lettre ne put l’entraver dans son débit oratoire et que les plus longues périodes ne lui coupaient plus la respiration. Il fit mieux encore : pour s’habituer aux murmures des foules, il se rendit sur les bords de la mer, au moment où les flots étaient le plus agités. 

Ici L’apprenti forgeron. Enluminure extraite de Mare historiarum (La Mer des histoires)
par Giovanni Colonna, historien italien du XIVe siècle, dans une version enrichie
datant d’environ 1450 (manuscrit latin n°4915 de la BnF)

Là, il y déclamait ses immortelles harangues, s’efforçant de dominer le bruit de ces flots qui lui remplaçaient les cris du peuple. Cet orateur fut récompensé de toutes ses peines en devenant le plus éloquent de son époque ; ses œuvres, comme son nom, sont impérissables. Démosthène avait ainsi, peut-être un des premiers, mis en action ce proverbe : À force de forger on devient forgeron.

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3 février 2025 1 03 /02 /février /2025 09:00
Un regard vers le passé  " métiers oubliés "

Jadis, la cordonnerie était un art — les cordonniers étant alors considérés réellement comme des artistes — essentiellement français, et le compagnonnage, qui rimait avec voyage, était très en faveur au sein de cette corporation, non moins que la solidarité ouvrière bien avant l’ère des syndicats

Aujourd'hui; "Métiers anciens / oubliés "

Cordonniers d’autrefois    

(D’après « Le Petit Journal illustré », paru en 1926)

 

Ménage assure que le mot « cordonnier » vient de Cordoue, ville d’Espagne où l’on fabriquait un cuir de bouc ou de chèvre nommé « cordouan ». Dans une ordonnance royale de Philippe de Valois (1328-1350), relative à ce métier, on trouve, en effet, cordouanniers pour cordonniers. Leur confrérie, fondée au temps du roi Charles V le Sage (1364-1380), avec saint Crépin pour patron, occupait une des premières places dans l’échelle des corporations, bien avant celle des peintres et celle des sculpteurs-imagiers. Elle eut le privilège d’être établie à Notre-Darne et fut chargée de « donner l’exemple » aux autres confréries.

Les travailleurs de la corporation se subdivisaient en plusieurs branches : il y avait les cordonniers, vachiers, sueurs, savetiers, carreleurs, formiers, talonniers, galochiers. Ces différents noms des fabricants de chaussures étaient tirés de la nature de leur profession : vachiers, parce qu’ils travaillaient surtout le cuir de vache ; sueurs, du latin suere, coudre ; carreleurs, de la pose des carreaux à la semelle des souliers, etc. La plupart de ces noms spéciaux ne sont plus employés aujourd’hui ; celui de cordonnier caractérise à lui seul l’ensemble du métier.

Pourtant, le terme de « carreleur » pour désigner le ressemeleur de souliers existait encore à la fin du XIXe siècle. Alors, on rencontrait dans les villes de nos provinces l’ouvrier cordonnier portant le tablier de cuir par devant, la hotte sur le dos, et parcourant les rues en poussant de temps à autre le vieux cri professionnel : « Carreleur souliers ! » Le plus souvent, ces ouvriers venaient de Lorraine et n’exerçaient leur profession que pendant l’hiver. Aux premiers rayons du soleil, ils s’en retournaient au pays cultiver leur champ.

Le savetier (le maître savetier et son épouse côte à côte derrière leur comptoir distribuent
et contrôlent le travail de leurs trois ouvriers). Gravure d’Abraham Bosse (1632-1633)

La corporation cordonnière était, d’ailleurs, volontiers voyageuse. Il n’en était point où le compagnonnage et la tradition du Tour de France aient été plus en faveur. On sait que pour acquérir des connaissances plus étendues dans leur métier, et pour se perfectionner dans les diverses spécialités qu’il comportait, des ouvriers d’un grand nombre de corporations, dès qu’ils étaient reçus compagnons, partaient pour une sorte de pèlerinage pratique à travers la France.

Le syndicalisme moderne n’a pas inventé la solidarité ouvrière : elle existait alors et se manifestait par une entente naturelle entre tous les travailleurs d’une même profession. Les cordonniers qui, de par les exigences de leur métier, demeuraient enfermés tout le jour dans d’étroites échoppes, tenaient en un respect particulier cette tradition du Tour de France. Rares étaient les compagnons qui renonçaient de gaieté de cœur à ce voyage à travers les provinces. Aussi, leur organisation fraternelle était-elle citée comme un modèle.

Dans chaque ville, l’association était représentée par la mère, lieu de rendez-vous général. Un compagnon cordonnier arrivait-il sans le sou et marchant sur ses empeignes, dans une cité de France, il se rendait immédiatement chez la mère des cordonniers, se faisait reconnaître comme frère et demandait du travail. On lui en donnait toujours, qu’il y en eût ou qu’il n’y en eût pas, car dans ce dernier cas, le plus ancien compagnon quittait sa place pour l’offrir à son confrère ; ou bien, on lui procurait l’argent nécessaire pour continuer sa route.

Était-il malade ? Les soins les plus empressés lui étaient prodigués. Mais s’il se montrait paresseux, ivrogne ou débauché, et si sa conduite pouvait porter atteinte à l’honneur professionnel, il était impitoyablement exclu de la corporation. Cela ne veut pas dire que les cordonniers du temps jadis étaient tenus à la plus stricte sobriété. Ils avaient généralement, au contraire, la réputation d’aimer assez la dive bouteille. Un refrain populaire disait :

Les cordonniers sont pires que les évêques ;
Tous les lundis ils font la fête.

cliché "Le cordonnier. Gravure de Jost Amman (1568)

Cela tenait, paraît-il — du moins c’était une tradition établie au pays de Flandre — à ce que les savetiers d’autrefois ne savaient jamais au juste quel jour tombait la fête de saint Crépin. On leur avait dit que c’était un lundi ; et, pour être sûrs de ne point se tromper et de ne point laisser passer le jour du saint patron sans le célébrer dignement, ils le fêtaient gaillardement tous les lundis de l’année. C’étaient d’heureux compères que les savetiers de ce temps-là. Rapportons-nous-en plutôt à celui de La Fontaine, qui « chantait du matin jusqu’au soir », ou encore à celui que Ferdinand de Lignères fait parler en ces termes dans son Savetier du coin :

Je ne suis créancier d’aucun puissant seigneur :
On me paie comptant, et c’est là le meilleur.
Le prince exige peu de ma noble industrie ;
Je pratique un art libre et j’y gagne ma vie.
Ma foi, tout bien compté, c’est un fort bon métier,
Et l’on doit envier le sort du savetier.

Certaines villes étaient particulièrement renommées dans la pratique de la cordonnerie. Les maîtres-cordonniers de Paris avaient leur rue dans le quartier des Halles et le droit d’étalage sous les piliers. Rouen aussi était célèbre pour la fabrication des souliers ; mais mais la cité cordonnière-illustre entre toutes, c’était Toulouse.

 

Un chevalier de Malte, qui fit, au XVIIe siècle, un voyage économique à travers la France, a témoigné de son admiration pour les souliers de Toulouse. Il raconte qu’un cordonnier dont il était le voisin, rue Croix-Baragnon, lui fit voir toutes sortes d’admirables chaussures : « bottes fortes, molles, blanches, noires, bottes de chasseur, bottes de pêcheur, bottes de ville ou bottines, souliers de tous genres, souliers pointus, souliers carrés, souliers lacés, souliers à patins, souliers à nœuds, à rosettes, à ailes de papillon, à ailes de moulin à vent, souliers à boucles, souliers de maroquin, souliers de cuir bronzé. (Le cordonnier (un cordonnier, accompagné de son aide, vient au domicile d’une dame
afin de lui faire essayer des chaussures). Gravure d’Abraham Bosse (1632-1633)

« Il voulut que je visse encore, dit-il, les souliers pour femmes. Dans l’armoire où ils étaient rangés, il y en avait à talons de bois, à talons hauts, à talons bas, avec des quartiers, sans quartiers ; il y en avait en soie, en velours, en brocart d’or, en brocart d’argent ; il y en avait de brodés, il y en avait de galonnés... »

Émerveillé, le voyageur pose au fabricant de toutes ces belles chaussures, une question : « Les cordonniers de plusieurs villes de France envoient leurs souliers à la halle de Paris. En est-il ici de même ? » Et l’artiste lui répond avec le ton d’un cordonnier de la Garonne : « Toulouse ne travaille que pour Toulouse ! »

Ce temps-là, assurément, fut une grande époque pour la cordonnerie française. Ne vit-on pas le Roi-Soleil lui-même honorer la-cordonnerie française en donnant des armes parlantes : « d’azur à la botte d’or », au sieur Lestage, établi à Bordeaux, à l’enseigne du Loup botté, et, tout à la fois, cordonnier habile et poète de talent ?

Il n’est peut-être pas hors de propos, en notre temps de vie chère, de comparer le prix de toutes les belles chaussures de ce temps-là à celui que nous coûtent aujourd’hui nos souliers. Dans les savants ouvrages du vicomte d’Avenel, l’éminent économiste et historien qui a relevé les prix de toutes choses au cours de sept cents ans, nous trouverons les renseignements souhaités.

Nous y voyons qu’au temps du bon roi Henri IV, le peuple, en grande partie, ne se servait encore que de chaussures de bois ou de corde, et que, sous Louis XIII, les meilleurs souliers des pauvres gens n’avaient de cuir que par le bout. Par exemple, à cette même époque, on pouvait se chausser de sabots : les meilleurs ne coûtaient même pas 40 centimes la paire.

Au Moyen Age, seuls les nobles et les bourgeois aisés portaient des chaussures de cuir ; et ces chaussures, pourtant, ne sont pas chères au regard des prix d’aujourd’hui. Des « souliers à courroies » pour la reine, en 1312, sont cotés 2 fr. 70 ; ceux de la nièce d’un évêque, 1 fr. 25 en 1402 ; ceux d’un prieur, au XVIe siècle, 1 fr. 50. Les « escarpins » des gens de guerre valent 1 fr. 16 en 1558.

Les houseaux en cuir de Cordoue — on sait que l’houseau couvrait la moitié de la cuisse — valaient, au XIVe siècle, de 6 à 13 francs, suivant la qualité. En Bourgogne, à la même époque, les villageoises ne payaient leurs chaussures que 51 centimes. Les souliers d’homme, dans la première moitié du XVIe siècle, ne valent pas plus de 1 fr. 50. Mais à la fin du siècle, par suite du renchérissement de-toutes choses causé-par I’afflux de l’or du Nouveau Monde, leur prix monte à près de 4 fr. 50.( cliché représentant un Atelier d’un cordonnier. Gravure d’Albrecht Schmid (1700)

Leur valeur augmente encore aux siècles suivants. Mais, jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, le prix des souliers communs ne monta guère à plus de 3 francs ou 3 fr. 50 la paire. Les souliers des gentilshommes valaient 8 ou 9 francs ; les bottines de maroquin, 18 francs ; les mules des jolies dames, 10 à 12 francs. Les bottes à l’écuyère ou à la hussarde coûtaient de 10 à 40 francs.

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27 janvier 2025 1 27 /01 /janvier /2025 08:52
Un regard vers le passé: "Métiers oubliés "

Métiers anciens / oubliés ;

" Métiers anciens / oubliés ; Histoire des métiers, origine des corporations, statuts, règlements, us et coutumes. Métiers oubliés, raréfiés ou disparus de nos ancêtres." 

Charlatans d’antan
(déversant leurs boniments)

(D’après « Musée universel : revue illustrée hebdomadaire », paru en 1873)

Sous Louis XIII, un grand nombre de marchands et colporteurs italiens se répandirent en France, sur tous les points du royaume. On les appelait des charlatans ; du mot ciarlare qui veut dire jaser. Ces industriels forains débitaient force calembours, force chansons ; et surtout à profusion des parfums et des opiats.

Ces charlatans étaient généralement accompagnés d’un singe qui attirait le public par ses grimaces excentriques. Nous publions une des gravures du temps représentant un de ces marchands en plein vent. Plus tard, ils gagnèrent des sommes si considérables, qu’ils menacèrent un instant le commerce des boutiquiers.

Ils parcouraient la France dans des carrosses splendides, revêtus de pourpre, escortés d’une musique brillante, portant ombrage par leur luxe et leurs prodigalités aux grands seigneurs du temps.

Ils finirent par se rendre à ce point insupportables, que le médecin du roi Louis XVI les fit bannir du royaume quelques années avant la Révolution. Ce fut une mesure honnête de Necker. Ces charlatans avaient fini par usurper les fonctions de médecin, et ruinaient non seulement les bourses, mais les santés de leurs clients.

Charlatan du temps de Louis XIII. Gravure parue
dans Le livre des parfums, d’Eugène Rimmel (1870)

Ils étaient doués d’une verve peu commune, si nous croyons cette anecdote éditée par Victor Fournel :

Un charlatan s’était installé, dans une bourgade, sur la place de l’Église, au moment où l’on sortait de la grand’messe. A peine les premières personnes eurent-elles mis le pied hors de l’église, qu’un grand éclat de tambours et de trompettes retentit sur la place. Le peuple se rua en avant... Quand l’homme vit les douze cents indigènes, petits et grands, accumulés à ses pieds, il fit un signe de la main droite ; la musique se tut, et un frémissement d’attente courut dans toute la foule. L’orateur se moucha lentement ; le silence était profond.

 Scène de rue montrant un charlatan. Gravure du XVIIIe siècle

« Mes amis, s’écria-t-il en fausset, vous venez d’adorer Dieu dans son temple ; c’est bien, c’est très bien, et je vous en loue du plus profond de mon âme. Chrétiens, vous avez fait votre devoir, et l’homme qui fait son devoir est grand. Eh bien ! continua-t-il au milieu de l’attention puissamment surexcitée par ce pompeux exorde, en présence de ce temple saint, devant cet auditoire purifié par l’auguste sacrifice auquel il vient d’assister, devant ce Dieu de vérité qui m’écoute, je puis lever la main sans crainte et jurer sur mon honneur et ma conscience de chrétien que mon onguent », etc. ; le reste comme dans la chanson ordinaire.

Le fameux dentiste Duchesne, avant de procéder à ses opérations sur la place publique, s’écriait :

  Un arracheur de dents au début du XIXe siècle

« Messieurs, d’autres vous arrachent les dents ; moi je ne les arrache pas, je les cueille. » Un arracheur de dents, emporté par la fougue de l’éloquence, voguait en plein lyrisme. Des incrédules riaient dans l’auditoire. Le praticien indigné s’interrompt : « Messieurs, s’écrie-t-il d’une voix foudroyante, j’en vois qui ricanent là-bas ; cela ne m’étonne nullement. Il faut vingt ans pour faire un habile médecin comme moi, capable de guérir les affections les plus incurables ; mais il ne faut qu’une seconde pour faire un imbécile, toujours prêt à rire de ce qu’il ne comprend pas. »

Nos hommes, terrifiés par cette apostrophe, ne firent semblant de rien et s’esquivèrent un moment après, tout penauds.

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20 janvier 2025 1 20 /01 /janvier /2025 09:36
Un regard vers le passé; " Métiers anciens / oubliés

Aujourd'hui notre regard se pose  sur le Métier de " Bucheron "

Métiers anciens / oubliés;

Histoire des métiers, origine des corporations, statuts, règlements, us et coutumes. Métiers oubliés, raréfiés ou disparus de nos ancêtres.

Bûcherons du temps jadis :
une existence « au fil du bois »

(D’après « Le Nouvelliste illustré », paru en 1900)

 

En 1900, Jules Jeannin (à ne pas confondre avec l’écrivain et critique Jules Janin), professeur de trait — on désigne ainsi les opérations de tracé des épures et de lignage des bois afin de mettre en œuvre des charpentes traditionnelles —, entrepreneur de Menuiserie, d’Art et de Bâtiment, membre du Comité technique de la Société de protection des apprentis et co-auteur deux ans plus tôt d’un Traité de menuiserie en trois tomes, publie au sein du Nouvelliste illustré un récit ayant trait à la vie des bûcherons du XIXe siècle que les mots âpreté, entraide, plaisirs simples et communion avec la nature, ne sauraient mieux qualifier

epuis un mois déjà, ils partaient chaque matin, après avoir mangé la soupe à la chandelle, et, s’étant réunis aux Quatre-Chemins, ils montaient ensemble la colline, la hache sur l’épaule ou au bras, un sac de toile en bandoulière, et arrivaient à la pointe du jour sur la lisière du bois. Le sac contient généralement un morceau de pain, un bout de fromage de gruyère ou une poignée de noix. Quelquefois il y a noix et gruyère, et lorsque cela arrive, ce jour-là compte pour un heureux jour, mais les heureux jours sont rares pour les rudes bûcherons.

— Nous sommes tous pauvres, sans doute, nous mangeons maigre, disait le père Francis, mais nous sommes solides quand même et nous devenons vieux, et ce n’est pas ça qui nous empêche d’abattre les arbres.

Jamais aucun bûcheron ne porte à boire avec soi, car il y a une source dans la forêt, une belle source où les oiseaux vont boire, eux aussi. Aussitôt arrivés, ils suspendent leurs sacs à une branche d’arbre, bourrent leur pipe, les allument, ôtent leur blouse, et voilà que la forêt résonne sous les coups des haches ; celles-ci s’enfoncent, précipitées, dans le tronc des hêtres, projetant au loin de larges copeaux qui sifflent en passant avec des façons d’éclats d’obus. De temps à autre, l’on entend, dominateur de tout bruit, un formidable craquement aussitôt suivi d’un choc épouvantable : c’est un géant qui tombe, majestueux, comme devaient autrefois tomber, dans la bataille, les preux tout bardés de fer.

J’aime ces hommes des bois pour leur endurance et leur sobriété, écrit Jules Jeannin, aussi parce qu’ils sont doux et bons entre eux ; car si quelqu’un n’a pas de fromage ou de noix, il en mange quand même. Si l’un ou l’autre n’a pas de pipe, manque de tabac, ce n’est pas cela qui l’empêchera de fumer. Aucun ne voudrait qu’il en fût autrement, tous sachant que s’entraider, se porter mutuellement secours est une des belles choses de la vie. Et je me souviens avec plaisir des refrains lentement chantés dans la nuit, lorsqu’ils s’en revenaient : refrains berceurs, roulades amoureuses ou rustiques. Car vous devez savoir que les aimables et rudes bûcherons ne quittent jamais la forêt avant que la nuit les en chasse. Tant qu’ils peuvent distinguer l’endroit où la hache doit frapper, ils frappent sans relâche.

Mais, comme les jours deviennent de plus en plus courts, et que les haches ont fait grand ouvrage, que chaque matin le chantier se trouve plus éloigné, ils ont décidé de coucher dorénavant dans les bois. Ne croyez pas que cela les attriste. Non. Du reste, la fatigue, pour eux, sera bien moins grande, et tout bûcheron aime à entendre, la nuit, en automne, en hiver, la plainte sonore des arbres géants tordus par les vents.

L’été, le roucoulement des colombes, perchées on ne sait où, est délicieux dans la solitude des forêts ; et la voix des hiboux, de ces si mystérieux amis de l’obscurité, s’appelant ou se répondant, n’est-elle pas admirable dans le silence de la terre ? Si vous ne l’aimez pas, la belle voix plaintive de ces incomparables noctambules, c’est que vous ne la comprenez point. Lorsque vous aurez le bonheur de l’entendre, écoutez bien, et je suis sûr que vous y trouverez l’harmonie et la profondeur que je sais ; car, vraiment, les trilles et les roulades du rossignol, cet autre soliste aimé des nuits, si beaux qu’ils soient, ne sont rien auprès d’elle. Le chant du rossignol va droit au cœur, oui, et superbement ; mais la voix des hiboux, c’est à l’âme qu’elle parle. Elle nous fait penser, la belle voix des hiboux, à ceux que nous avons perdus, que nous n’avons peut-être pas assez aimés ; elle nous dit qu’il faut devenir meilleurs, que nous devons être bons quand même, malgré tout.

Or, ils apportèrent donc, ce matin-là, avec leurs haches, des pioches, des pelles et des merlins, afin de construire leurs maisons. Aussi la forêt n’eut pas, de toute la journée, les échos des jours précédents, échos gais ou plaintifs, mais toujours évoqueurs de souvenirs. La terre ne trembla point à la chute d’un géant. Aucun renard ne fut dérangé de son terrier ; aucun sanglier ne se précipita épouvanté de sa bauge. De loin, la forêt, si pleine de vie hier encore, paraissait morte. En se rapprochant, mais vers le milieu seulement, au plus épais de la belle cinquantenaire, on n’entendait que le bruit vague des bûcherons qui bâtissaient. Sur le soir, comme la nuit allait bientôt venir, la nuit profonde des bois, douze habitations s’élevaient là, dans une superficie de cent mètres carrés à peine, où se voyaient encore des arbres le matin.

Vous le comprenez alors, rien de plus simple à construire qu’une maison de bûcherons. Du reste, dans la forêt, il y a tout ce qu’il faut pour cela : des arbres, des feuilles, de la terre, de la mousse et de l’eau, c’est plus que suffisant, si l’on ajoute, ensuite, des pierres, que l’on roule tout autour et au pied des maisons, une fois construites, pour les consolider, lorsqu’il n’a pas été possible d’utiliser des arbres non coupés, ce qui arrive assez rarement.

Toutes les habitations sont bâties sur le même modèle ; il n’y a que celle du maire qui est environ trois fois plus spacieuse que les autres, car c’est dans celle-là que les bûcherons se réunissent, le soir, se tassant l’un contre l’autre, pour jouer aux cartes ou aux dés, sur une pierre, à la lueur d’un feu toujours fait de branches mortes. L’enjeu ne dépasse jamais une pipe de tabac ou un verre de piquette, car ils boivent de la piquette, en soupant, quand ils couchent dans les bois ; mais il arrive que l’enjeu ne soit que d’un demi-verre ou d’une demi-pipe, car les bûcherons sont pauvres, vous le savez ; néanmoins, ils ne s’en plaignent pas trop, et ce n’est pas cela qui les « empêche d’abattre des arbres ». Quand la veillée est finie, chacun regagne sa hutte et se couche sur le tas de feuilles sèches, recouvert d’une toile d’emballage.

Deux fois par semaine, le jeudi et le dimanche, un panier au bras ou sur la tête, une cruche ou un bidon à la main, les femmes, les mères ou les sœurs des hommes des bois, leur portent leurs provisions. Dans la cruche ou le bidon, il y a toujours de la piquette ; dans le panier, il y a d’abord une miche de pain, puis des fruits, du fromage, du lard et des saucisses. Saucisses, lard et piquette sont pour le repas du soir et du matin, invariablement ; à midi, ils ne mangent que du pain et des fruits ; s’ils ont soif, ils vont boire à la source ; quand elle est trop éloignée, l’un d’eux va chercher de l’eau dans une cruche.

Tous les quinze jours ou toutes les trois semaines, les bûcherons rentrent au village, le dimanche, et font un brin la fête, mangent le bouilli, la soupe chaude, et boivent une chopine de vin ; l’après-midi, ils font des parties de quilles, pour se reposer. Et les voilà ainsi pour toute la campagne, cinq mois environ. Chaque année, ils font deux ou trois campagnes. Mais celle-ci est dure pour eux, car ils gagnent deux sous de moins, par jour, que dans toutes les précédentes, ayant été obligés de consentir à cette réduction, la commune étant pauvre, elle aussi, et cette coupe-là devant être vendue pour la construction d’une école ; or, ils n’ont pas voulu attendre plus longtemps d’en avoir une, eux, les fiers et rudes abatteurs d’arbres, afin que leurs enfants, ou leurs frères et sœurs ne fassent plus, surtout l’hiver, près de quatre kilomètres de chemin, dans des sentiers impossibles, pour aller apprendre à lire et à compter.

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6 janvier 2025 1 06 /01 /janvier /2025 10:42
( 07 ) La rétro  de 2019
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2019 l’article ;         La roue s'est arrêtée de Tourner (le billet du dimanche)

 

 

    L'album

 

2012 ; La page ;                 L'hiver s'installe

 

A la semaine prochaine

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27 décembre 2024 5 27 /12 /décembre /2024 12:07

Souvenons-nous :                     " C'était la tempête du siècle "

"Les 27 et 28 décembre 1999, la tempête Martin ravageait la Gironde"

"25 ans plus tard, la tempête de 1999 est encore dans toutes les mémoires"

 

Le 26 décembre 1999, la tempête Lothar secoue la France, particulièrement le Nord. Le Sud-Ouest est relativement épargné. Mais le répit ne dure que quelques heures. Dans la nuit du lundi 27 au mardi 28 décembre 1999, une seconde tempête, cette fois-ci dénommée Martin , se déchaîne à son tour sur la région, provoquant des dégâts considérables.  Dans la ville de Bordeaux, le vent souffle à 144 km/h, il atteint 173 km/h au Cap-Ferret , et son record est enregistré un peu plus au nord, dans l’île d’Oléron, avec 198 km/h.

Pendant vingt-quatre heures, Bordeaux est coupé du monde : tous les vols sont annulés à l’aéroport de Mérignac et les trains sont à l’arrêt à la gare Saint-Jean. Les téléphones portables restent muets, faute de relais, et les filaires ne sont guère mieux lotis.

 En Gironde, le 28 décembre au soir, 250 000 foyers étaient encore privés d’électricité et 50 000 maisons (principalement dans le Médoc) n’avaient plus l’eau au robinet.

On attendait le bug de l’an 2000,

et c’est en fin de compte la tempête du siècle qui a frappé la région ! 

Petit à petit, on panse les plaies et, dès le 29 décembre, le département de la Gironde est déclaré en état de catastrophe naturelle. La centrale nucléaire du Blayais, arrêtée dans l’urgence, peine à redémarrer. La forêt, elle, aura bien du mal à s’en remettre. Elle a subi le « désastre du siècle » : on estime que 28,2 millions de mètres cubes ont été abattus par la tempête sur le massif aquitain , dont 20 millions pour la seule Gironde (la moitié dans le Médoc).

Martin aura toutefois permis, dans la douleur, d’éviter d’autres catastrophes : les lignes électriques sont peu à peu enfouies ou détournées des zones boisées ; Météo France passe à un code à quatre couleurs pour mieux prévenir des dangers. En Gironde, plus de 100 plans de protection contre les inondations sont mis en place, interdisant la construction en zone rouge.

Le résumé de l'époque

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23 décembre 2024 1 23 /12 /décembre /2024 18:29
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17 décembre 2024 2 17 /12 /décembre /2024 09:40
(05) La rétro de 2016 à 2017
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Aujourd'hui

2016 ; l’article : «  Superbe soirée à voir ....

 

La tournée des idoles

2016 : Les pages ; La tournée des idoles " 2016/2017

 

2017 ; Le bonus " il était une fois mon idole

A la semaine prochaine

 

 

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9 décembre 2024 1 09 /12 /décembre /2024 17:52

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Aujourd'hui. 

 

2014/2015 : Articles « Critérium de Castillon la Bataille »

Reportage de la 41ième édition  

L'album photos

 

2014/2015 ; Pages ; Sarlat cité médiévale

Le reportage en images

Puis les jardins de Marquyssac  

à la semaine prochaine pour d'autres rétros 

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2 décembre 2024 1 02 /12 /décembre /2024 09:44

 

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2013 Article :    L'actu en images de l'année

L'article de 2013

2013 Page :     Découverte de notre région en Automne 

L'album  de " Notre région en automne "

 

à la semaine prochaine pour d'autres rétros

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