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Le Blog De Papy-Bougnat

  • Papy-bougnat
  • De moi. retraité, passionné, curieux, gourmet, vivant au vert en Aquitaine
Signe particulier : « Ayant attrapé tout jeune la maladie bleue et pas guéri à ce jour !
Dans ce blog vous trouverez un peu de vérité, beaucoup de passion, et quelques coups de gueule 
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Traducteur

A L'affiche..

La culture Ne s'hérite pas, Elle se conquiert. 

 

[André Malraux]

********** 

 

Actu du jour...


       

1 juillet 2012 7 01 /07 /juillet /2012 07:03

 

 

Aujourd’hui...

 

 

Autrefois .création bandeaux

 

 

 

 

Jean-Jacques Rousseau,

un philosophe ô combien éclairé

 

jjrousseau.jpg

L'ermitage de Jean-Jacques Rousseau à Montmorency (à gauche) et un portrait de celui qui fut l'un des grands philosophes des Lumières (à droite). 

 

COMMEMORATION -L'Europe fête l'anniversaire d'un jeune impertinent nommé Rousseau...

Joyeux anniversaire Jean-Jacques! Ce jeudi 28 juin 2012, Rousseau aurait eu exactement 300 ans. Et si l'homme n'est plus, ses textes, eux, n'ont jamais été aussi vivants, comme le sait n'importe quel lycéen de terminale. On connaît son existence instable, ses guéguerres avec Voltaire, sa véhémence, son génie.

Le Discours sur l'inégalité, Le Contrat social et les Confessions comptent parmi les textes majeurs d'une œuvre reconnue très vite, et qui n'a pas cessé de faire parler depuis deux siècles et demi. Mais le plus important à retenir de Rousseau, c'est son souci permanent de consacrer sa vie à la vérité, d'accorder au mieux l'acte à sa parole, d'être un philosophe dans toute l'exemplarité du terme.

Rousseau musicien…

Avant de publier son Discours sur les sciences et les arts en 1750, Rousseau est un musicien qui vit de copies de partitions. «Il a inventé une méthode musicale et a même écrit de petits opéras, dont certains ont eu du succès», précise le professeur Yves Mirodatos, qui dirige l'ouvrage qui fait référence, Jean-Jacques Rousseau, le sentiment et la pensée (Glénat, 39,50euros).

… et autodidacte des Lumières.

Rousseau s'est formé tout seul, en dévorant des livres: philosophie, droit, histoire, sciences exactes et botanique. «C'est sa seule soif de savoir qui lui a permis d'accéder à une culture prodigieuse», insiste Yves Mirodatos. Et vous, qu'est-ce que vous faites cet été?

L'année magique.

L'Emile, Le Contrat social et La Nouvelle Héloïse ont tous trois été publiés entre1761 et1762. «La Nouvelle Héloïse a été le best-seller du XVIIIesiècle. Son succès est inimaginable aujourd'hui!». Quant à L'Emile, qui appelle à une religion naturelle avec un contact direct avec Dieu, et au Contrat social, qui prône qu'au-dessus des hommes il n'y a que la loi et rien d'autre, ils ont été immédiatement censurés en France et dans la plupart des pays d'Europe.

L'auteur du «je».

Avant lui, aucun écrivain n'avait écrit «je». Il saute le pas dans Les Confessions (1765-1770), première autobiographie moderne.

Voltaire vs Rousseau.

Ces deux-là ne s'aimaient guère et pourtant ils sont morts à quelques mois d'intervalle et reposent à quelques mètres l'un de l'autre au Panthéon, où les cendres de Rousseau ont été transférées dès le 11octobre1794, seize ans après son enterrement.

Bibliographie…

Jean-Jacques Rousseau est né à Genève le 28 juin 1712. Fils d'un horloger, il est mis en apprentissage chez un greffier, puis chez un graveur. En 1728, il quitte Genève et rencontre Madame de Warens. Il abjure la religion calviniste (il reviendra au calvinisme en 1754). C'est en 1742 qu'il arrive à Paris. Il devient, à partir de cette époque - et surtout à partir de 1745 l'ami de Diderot…….

Il accède à la célébrité avec son Discours sur les sciences et les arts (1750) que couronne l'Académie de Dijon. En 1752, Le Devin du village obtient un vif succès devant le roi et il est joué à l'Opéra. Jean-Jacques fréquente alors les Encyclopédistes et collabore à l'Encyclopédie.

En l755, il publie le Discours sur l'origine de l'inégalité et commence un Essai sur l'origine des langues qui restera inachevé. Invité, en 1756, par Madame d'Epinay, il s'installe à l'Ermitage.

En 1757 et 1758, il se brouille définitivement avec Grimm et Diderot. Il est de plus en plus isolé.

Il écrit Julie ou la nouvelle Héloïse (1761), roman épistolaire, ainsi que Du contrat social et l'Emile (1762).

La Profession de foi du vicaire savoyard irrite le Parlement, et Rousseau doit prendre la fuite. Il va connaître des années difficiles, marquées par de nombreuses brouilles (avec Hume, notamment). Il rédige ses Confessions, rentre à Paris en l 770 et achève sans doute Les Confessions cette même année (1) . Puis il accepte l'hospitalité du marquis de Girardin à Ermenonville et meurt en 1778. Les Rêveries du promeneur solitaire seront publiées en 1782.

En 1794, les restes de Rousseau furent transportés au Panthéon. Le peuple de la Révolution s'était reconnu dans l'auteur du Contrat social.

 

 

 C’était aujourd’hui ;    

 

Autrefois .création bandeaux

 

un philosophe ô combien éclairé

jean-jacques Rousseau...

 


 

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24 juin 2012 7 24 /06 /juin /2012 06:53

 

 

  Aujourd’hui...

 

Autrefois .création bandeaux

 

République des imbéciles (La) :

 

perversité de
la loi du nombre et moyens d’instaurer

une véritable démocratie 

(D’après « La République des imbéciles », paru en 1887)

 

C’est dans un opuscule au titre résolument provocateur de La République des imbéciles que Gabriel Prévost, futur auteur de L’angoisse de nos temps (1896) et Le bonheur comme phénomène social (1907), se fait mi-pamphlétaire mi-essayiste et dénonce une loi du nombre qui, érigée en garante de la démocratie, opprime en réalité un peuple qu’elle prétend libérer et dont elle flatte l’apparence de souveraineté. Aux députés assurant une représentation collective, vague, éloignée des électeurs et agissant au demeurant à rebours de leurs intérêts, il propose de substituer desChambres dotées de pouvoirs par domaines de compétence, de façon à embrasser toute la vitalité du pays.

 

Voyant en la démocratie, organisée comme elle l’est, un abominable mensonge sur lequel ne peut se greffer rien de sérieux ni de durable, observant brièvement combien les « immortels principes » révolutionnaires défient les lois de la nature humaine et ne constituent que mots sur le papier qu’aucun moyen réellement mis à disposition du peuple ne vient soutenir, Prévost en vient aux conséquences de l’ersatz de souveraineté populaire tenant lieu de modèle politique censé assurer un avenir serein au pays et à ses citoyens.

« Nous avons, depuis 1789, des étiquettes, des emblèmes, des mots. Nous allons de provisoire en provisoire, d’expédients en expédients. Nous nous estimons heureux quand nous voyons dix-neuf ans s’écouler sans guerre civile ; mais de gouvernement, nous n’en avons pas l’ombre. A défaut de gouvernement — nous définirons ce mot tout à l’heure — la France marche à grands pas, et sûrement, vers un cataclysme, que tout le monde pressent. Elle s’affaisse lentement comme un corps privé de vie. C’est pis que la décadence ; c’est l’effritement où s’anéantiront sa grandeur, son génie, sa richesse et peut-être son nom.

imbecile.01.jpg

« L’absence de gouvernement (ou d’état politique en accord avec l’état social) est nécessairement un régime précaire, entraînant avec lui toutes les conséquences fatales de la précarité. La vie est suspendue. Toutes les crises sur lesquelles on s’amuse à faire des enquêtes, n’ont pas d’autres causes. L’arrêt du cœur, qui interrompt la circulation, engendre ce qu’on appelle les crises industrielles, agricoles, financières, commerciales. Qu’on nous cite donc un seul élément de la vie nationale qui ne soit pas en état de crise. Un résultat contraire serait encore plus surprenant. Et, en effet, les conditions d’existence dans lesquelles se trouvent aujourd’hui les nations européennes, demandent, bien plus encore que jadis, la certitude et la garantie du lendemain, qui nous font totalement défaut.

La richesse est le produit de la circulation des valeurs ; mais, pour qu’il y ait circulation, il faut la confiance bien assise que, pendant vingt, trente ou quarante ans, aucun bouleversement politique ou social n’entraînera la diminution ou la perte totale de ces valeurs ! Or, qui répond aujourd’hui, non seulement de vingt ans, mais de dix ans, mais de cinq ? Et l’on vient nous dire que la Révolution a trouvé sa consécration définitive dans la forme de gouvernement qui nous régit ! Allons donc !

« Etant donné le point de notre histoire auquel nous sommes parvenus, est-il possible d’asseoir un gouvernement ? Nous le croyons. Mais, avant de le démontrer, il est nécessaire de bien connaître la maladie qui nous mine. La France se meurt du despotisme le plus terrible dont puisse souffrir un peuple, la mauvaise organisation du gouvernement de tous par tous, autrement dit la fausse application de la loi du nombre. (...) Cette loi du nombre, qui n’est pas d’hier, a été le signal de l’agonie des nations, et cette vieille machine des temps passés est un fléau pour le peuple lui-même, qui n’imagine pas le leurre et le danger de l’arme qu’on lui a mise entre les mains.

« Pour mieux accentuer la dérision du rôle qu’on lui fait jouer, on l’intitule le Peuple Souverain. Acceptons un instant cette dénomination, qui n’a rien de républicain, et voyons en quoi consiste cetteSouveraineté. Elle consiste précisément, pour la collectivité régnante, à en faire un usage d’un jour, tous les quatre ou cinq ans, au moyen de morceaux de papiers déposés dans une urne, et à l’abdiquer ainsi périodiquement, entre les mains de mandataires, qui, une fois élus, deviennent des maîtres.

« Rions-en un peu, la comédie est bouffonne. Des fruits secs de toutes les carrières, des avortons de tous les métiers se promènent pendant un mois, de clubs en meetings, faisant outrageusement leur propre éloge, avec l’impudence de pitres à la foire. Tous ces Chaloupet, tous ces Duflambart et autres célébrités nationales, que Gambetta appelait des sous-vétérinaires, pour ne pas leur donner leur vrai nom : — Des ratés, — abandonnent presque toujours un cabinet d’avocat où il ne venait personne, un cabinet de consultation où ils ne traitaient pas un rhume, un comptoir sans clients, une caisse sans capitaux. Incapables de faire de bons clercs de notaires, ils se jugent dignes d’être élus députés, c’est-à-dire, comme le disait devant nous un député républicain, de devenir un des cinq ou six cents rois qui dirigent le pays.

« Singuliers rois, mais enfin ! le poste est enviable, à en juger par les efforts qu’ils mettent à l’obtenir. Une fois nommés, ils ne se gênent guère pour repousser du pied tous ces tas d’électeurs qui les ont hissés sur le pavois ! Aussi, pour employer des noms en rapport avec ces vieilleries, Brutus promet à ses électeurs le pain à discrétion ; mais Cincinnatus s’engage à fournir les faisans truffés et les gâteaux. Gracchus demande la participation de l’ouvrier au capital ; mais Cinna s’offre pour anéantir le capital et le bourgeois par-dessus le marché. Scipion s’inscrit pour la séparation de l’Église et de l’État ; mais Glabrion, moins clérical, exige la transformation des églises en lupanars. Icinius veut la réforme des lois criminelles, mais Virginion met dans son programme l’abolition des délits politiques, avec récompense aux délinquants. Tribonien se déclare partisan de la magistrature élective ; mais Pomponius, moins réactionnaire, veut le remplacement des magistrats par les détenus.

« Assaut de bourdes, qui n’engagent à rien. Le tour est joué. Le plus blagueur l’emporte. Il lui est permis d’ignorer jusqu’à l’orthographe. Nous connaissons un pur de cette force. Et après ? Après, on attendra quatre ans pour nommer un autre pur, encore plus pur, qui, certainement cette fois, réalisera le progrès qu’on attend toujours et qui n’arrive jamais ! Pour l’instant, le candidat est élu. Que fera-t-il de ses promesses ? Ce qu’on fait d’un tremplin, quand on a sauté. On l’éloigne. Tous les Pomponius, Glabrion et compagnie savent bien comment on s’allège du fardeau des engagements. Chaque député a six cents camarades pour en partager le poids. Qu’il soit sincère ou non, la comédie sera la même. Rien ne coûte de lancer une proposition ; si elle est acceptable, elle passera par la force des choses ; si elle ne l’est pas, il aura conquis, en la lançant, la popularité, et de Belleville à Ménilmontant, on s’écriera : — Comme il a bien parlé !

« Après tout, notre peuple athénien n’en demande peut-être pas davantage. On serait souvent tenté de croire qu’il en est de ses votes comme des fusées de feu d’artifice. Que la fusée porte haut, qu’elle fasse beaucoup de bruit en éclatant, il est content et il applaudit. Que diable peut bien faire un homme avec le mandat indéfini et le plein pouvoir que lui confère le souverain in partibus ! Donnez-lui le génie de Newton, l’énergie de Bonaparte, la science de Pic de la Mirandole, l’honnêteté de Washington ; supposez-le universel et supérieur dans toutes les connaissances humaines ; dégagez-le par surcroît de toutes les passions personnelles ; c’est à peine s’il sera à la hauteur du mandat général dont il est tenu de s’acquitter. Et voilà un monsieur quelconque, qui hier encore, était droguiste médiocre, photographe incompris, médecin sans malade, avocat sans client, ingénieur sans travaux, non-valeur de la société, échoué de la vie, qui devra faire des lois sur les finances, l’agriculture, le commerce, l’instruction, l’armée, la marine, les chemins, de fer, la navigation, la propriété, la famille, la justice, la presse, la magistrature, les relations avec l’étranger, toutes choses résumant l’existence d’un peuple, auxquelles il n’entend rien !

(...)

« On ne saurait trop s’étonner de ce fonctionnement de la loi du nombre, où des gens qui ne savent pas ce qu’ils veulent, s’adressent à d’autres gens pour voir s’ils le sauront mieux qu’eux. Ce peuple qui a des intérêts, des besoins précis, qui aurait tout à gagner à s’occuper de l’amélioration matérielle de ses affaires, se laisse, ici et là, catéchiser par deux ou trois commissionnaires en élection, qui détournent son attention sur les questions oiseuses, dont la solution, supposée possible, ne lui donnerait pas un morceau de pain à mettre en plus sous sa dent. Ces farceurs ambitieux lui démontrent qu’il est très malheureux, démonstration facile, qui n’engage à rien. Cela fait, l’un lui affirme que c’est la faute au Sénat, l’autre que c’est la faute aux prêtres. Admettons le Sénat expulsé et les prêtres pendus. Et après ? Où sera le morceau de pain ?

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« Les électeurs ont fait de la politique, ce qui ne sert pas à grand-chose, et ils ont donné des mandats politiques, ce qui ne sert à rien. Eh parbleu ! soyez tranquille ; ils vous en feront de la politique, vos mandataires ; ils vous en feront tant que vous voudrez, plus que vous n’en voudrez. Ont-ils tort ? Pourquoi les blâmer ? Après, tous vos élus fraternisent à la buvette de la Chambre, et les moyens ne leur manquent pas pour se débarrasser des solutions gênantes ; « Nomination d’enquête » pour constater, dans un rapport officiel, que la lune est toujours à sa place ; « renvoi aux commissions », autrement dit aux calendes grecques ; « prises en considération », ils ne disent pas si c’est une considération distinguée ; etc., etc., tout autant d’échappatoires pour payer les mandants en monnaie de singe. Et après ? Les électeurs sont contents : ils sont en République !

(...)

« La loi du nombre est à modifier en ce qui touche aux mandataires et en ce qui touche aux mandants. Pourquoi, d’abord, donner aux élus un mandat général et vague, dont le tort est de se résoudre en tournois stériles ? La Chambre actuelle compte 584 députés [nous sommes en 1887], qui, collectivement et individuellement, sont sans programme. Nous n’appellerons pas programme les deux ou trois phrases creuses qui ont servi de base à leur élection. Admettons que telle ou telle fraction obtienne des suffrages de la Chambre, l’adhésion aux idées qu’elle représente, en serons-nous plus avancés ? Aurons-nous fait un pas vers la stabilité gouvernementale ou l’amélioration des affaires ? Eh ! non. Peut-être au contraire.

« Nos mandataires bavardent, discutent. Sans s’en douter, ils donneraient presque raison aux anarchistes, qui les suppriment théoriquement. Leur besogne actuelle est tellement stérile qu’on est soulagé par leur absence et qu’on ne s’apercevrait pas de leur disparition. (...) Ils font de la politique. Qu’est-ce donc que la politique ? Recourons au dictionnaire : « La politique est la science du gouvernement. Mais le gouvernement est-il un but ou un moyen ? Gouverne-t-on pour gouverner ? On comprendrait, à la rigueur, l’art pour l’art ; mais le gouvernement pour le gouvernement, c’est idiot. Le pilote qui gouverne un bateau, part d’une station pour arriver à une autre. D’où partent et où nous mènent nos gouvernants ? Posez-leur la question. Vous pouvez être certain qu’ils ne le savent pas eux-mêmes.

(.. .)

« Il s’agit de donner à tous, dans la mesure du possible, le moyen pratique d’arriver au mieux. Or, le parlementarisme actuel, avec son mandat général et mal défini, est le plus grand obstacle qu’on puisse opposer à ce but. (...) Le mandat doit être spécialisé, tant au point de vue du mandataire qu’au point de vue du mandant. En un mot, à la représentation collective et vague, il faut substituer la représentation précise des intérêts, réunis par groupes, et avoir une Chambre subdivisée en autant de Chambres que le comportent ces intérêts groupés.

« A ceux qui se récrieraient de prime abord sur l’impossibilité de cette solution, nous répondrons par l’organisation même du conseil d’État, créé pour élaborer la loi, où la division en sections n’empêche pas l’unité de fonctionnement, et où certaines affaires sont traitées par telle ou telle section et telle ou telle chambre, tandis que d’autres sont soumises à toutes les sections et à toutes les chambres réunies. Nous pourrions ajouter la Cour des comptes et la Cour de cassation, où le même fractionnement existe, dans l’intérêt de la compétence des juges et de la rapidité des décisions.

« Avec un maximum de douze groupes, il serait facile d’embrasser toute la vitalité du pays : travail manuel — travail intellectuel — industrie — commerce — finances — circulation sur terre ou sur mer — défense du territoire (guerre et marine) — instruction publique et cultes. Au lieu de formuler eux-mêmes un programme plus ou moins alléchant, les élus de chaque groupe recevraient de leurs commettants la formule nette et détaillée des vœux et des intérêts de ces groupes. Les vingt ou trente membres investis de ce mandat auraient à suivre une route toute tracée, et pourraient alors, sans danger de divagations, rester en rapport constant avec leurs électeurs, pour toutes les communications utiles, propositions et pétitions. Le dernier but de leurs travaux serait l’établissement du budget spécial de leur groupe.

« Avec un domaine en apparence plus restreint, leur tâche serait plus rude, mais, sûrement , elle ne serait pas perdue. Sans comparaison avec l’état actuel, les mandataires gagneraient leur argent. Serait-ce donc un grand mal que les farceurs soient remplacés par des hommes d’affaires, les bavards, par des hommes pratiques ? Le mois de décembre de chaque année serait consacré à la discussion du budget. (...) Avec la subdivision par groupes, on ne marcherait plus à tâtons. En effet, chaque Chambre spéciale a passé l’année à élaborer le budget de son groupe. Le président et les secrétaires de cette chambre apportent à la réunion plénière, composée des présidents et secrétaires des autres chambres, un travail complet basé sur la somme totale à répartir. Les discussions sont closes. Il ne reste plus qu’à réduire les chiffres partiels, de telle sorte que leur total ne dépasse pas les ressources budgétaires.

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« Plus de virements, plus de valeurs factices. L’emploi des sommes votées devrait être, lui-même, spécialisé. Chaque ministre, simple distributeur des sommes afférentes à son groupe, ne serait pas libre, comme aujourd’hui, de faire des virements de crédit, et de reporter sur tel ou tel article les sommes votées pour tel autre. Il serait responsable, devant la chambre de son groupe, de toute désaffectation de crédit. Plus de fonds secrets, enfin. A la bouteille à l’encre se trouverait substituée une carafe d’eau de roche, où les électeurs verraient clair.

« — Mais, va-t-on s’écrier, ce système est le retour aux corporations abolies ; c’est le rétablissement des castes. L’objection serait de mauvaise foi, car on ne choisissait pas sa corporation, ni sa caste, et l’électeur sera absolument libre dans le choix du groupe où il voudra voter. Voulez-vous, contre toute vraisemblance, prendre le cas où l’électeur sera, tout à la fois, ingénieur, banquier et musicien. L’hypothèse est absurde. N’importe. Il est sûr qu’il y a une de ces trois professions qui le fait vivre, à l’exclusion des autres. Ce sera donc celle-là qui le déterminera dans le choix de son groupe ; mais alors il apportera dans ce choix les deux qualités qui rendront son vote utile, tant pour lui que pour ses co-intéressés : 1° la capacité, 2° l’intérêt.

« L’intérêt sans la capacité, la capacité sans l’intérêt sont les deux causes qui font du suffrage universel actuel l’obstacle le plus fatal à la stabilité et au progrès ; car chaque électeur, écrasé par la loi du nombre, subit bon gré mal gré, le vote d’un autre électeur, aussi dépourvu que lui-même de capacité et d’intérêt, et se voit, en fin de compte, aux mains d’un mandataire insignifiant, qui piétine sur place, sans pouvoir faire mieux. Un ouvrier maçon ou menuisier, sait parfaitement ce qui lui est utile, en tant qu’ouvrier. Ce n’est pas parce que cent mille ou cinquante mille rentiers auront voté à sa place qu’ils seront mieux éclairés que lui. Réciproquement, ce n’est pas parce qu’un million d’ouvriers se sont prononcés dans une question de finances, qu’ils y ont vu plus clair que dix financiers. Cependant, par le mandat général, l’ouvrier se prononce implicitement dans les questions de finances et le financier dans les questions ouvrières. Que peut-il ressortir de pareils votes, si ce n’est la cacophonie dont nous sommes témoins !

« On nous rebat les oreilles avec le suffrage libre et éclairé. Est-il libre aujourd’hui ? Est-il éclairé ? Que n’invente-t-on pas, étant donnée la loi du nombre, pour amener l’électeur à déposer dans l’urne le bulletin forcé ! Que de couleuvres patriotiques ne lui fait-on pas avaler, en les lui présentant comme des anguilles ! Que de vessies ne lui fait-on pas prendre pour des lanternes ! Et cela, notez-le bien, dans un camp comme dans l’autre, car, à droite et à gauche, les candidats se ressemblent. Ils courtisent le même roi, aveugle et sourd, le nombre.

« Avec le vote par groupe, l’électeur choisira d’abord ses représentants parmi les siens, parce que ceux-là seuls seront à même de comprendre et de bien gérer ses affaires. Mais, en outre (à l’encontre de ce qui se passe aujourd’hui), il choisira les meilleurs, parce qu’il les connaîtra et que son intérêt sera de donner sa confiance au plus capable, à l’homme le mieux en mesure d’améliorer son état.

« Aujourd’hui, la loi du nombre est facétieuse ; elle s’amuse. Le suffrage universel, encore enfant, fait des niches aux gouvernants, quels qu’ils soient. S’occuper si celui qu’il nomme fera mieux que les autres est le cadet de ses soucis. Il l’envoie à la Chambre, parce qu’il ennuiera le bourgeois, parce qu’il a fait rire dans les meetings, parce qu’il a un gilet rouge, parce qu’il a blagué un ministre impopulaire, parce qu’il a assommé un gardien de la paix, ou toute autre cause de même valeur. Cette plaisanterie prendrait fin avec des candidats représentant des intérêts de groupes.

(...)

« Que de gens indifférents aujourd’hui ne se donnent même pas la peine de voter, par cet unique raisonnement : — Que m’importent Pierre ou Paul, Jacques ou Mathurin ? Feront-ils mieux que les autres ? Nous rendront-ils plus heureux ? Ne croyez pas que ces découragés du suffrage universel soient plus mauvais citoyens que d’autres. Non ; ils sentent intérieurement qu’ils font un métier de dupes ; et leur nombre, qui va croissant, peut arriver, dans l’avenir, à être l’abstention en masse. Ne vous figurez pas non plus que ces indifférents sont tous des bourgeois. Beaucoup d’ouvriers commencent à comprendre que leur sort ne changera pas parce que tel ou tel député sera envoyé à la Chambre. Aucun ouvrier n’a obtenu jusqu’ici le mandat législatif. Mais supposez qu’il y en ait quatre-vingts ou cent qui l’obtiennent ; qu’iraient-ils faire dans cette galère, si ce n’est d’augmenter en pure perte, les nullités opposantes ?

 

C’était aujourd’hui ;    

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République des imbéciles (La) :

 

Rendez-vous dimanche prochain pour un nouveau regard vers le passé

 

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17 juin 2012 7 17 /06 /juin /2012 07:41

 

Aujourd’hui...


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Appel du 18 juin 1940 du général de Gaulle 

 

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Alors que le maréchal Pétain demande aux Français de "cesser le combat" et négocie avec l'ennemi un armistice, le général de Gaulle lance le 18 juin 1940, depuis Londres, sur les ondes de la BBC, son célèbre appel. Il y exhorte les Français à continuer le combat car "la flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre". La France libre est née. Le général de Gaulle entend maintenir la France dans la guerre aux côtés des Alliés, et ce, sur tous les fronts avec les Forces Françaises Libres (FFL). Il parvient progressivement à rallier sous son autorité les mouvements de résistance intérieure et à imposer la légitimité de la France libre aux Alliés. À la Libération, président du gouvernement provisoire, il restaure la République et pose les fondements d’une France nouvelle.

Texte et circonstances

 

Depuis Londres, le général de Gaulle prononce, le 18 juin 1940 sur les ondes de la BBC, un appel à la résistance invitant les Français à refuser la défaite et à combattre. Celui-ci n'a pas été enregistré, les techniciens de la BBC étant alors trop occupés à préparer l'enregistrement du discours de Winston Churchill, Premier ministre britannique. Retrouvez ci-dessous les circonstances et le texte exact du discours du 18 juin 1940 du général de Gaulle.

 

Le contexte

 

D-G.02.jpgLe 16 juin 1940 suite à la démission du Président du Conseil, Paul Reynaud, le général de Gaulle décide de partir le lendemain pour l'Angleterre afin de poursuivre le combat.
Accompagné de son aide de camp, le lieutenant Geoffroy de Courcel, il s'installe provisoirement dans un appartement prêté par un Français, près de Hyde Park, au centre de Londres, au numéro 6 de Seymour Place.
Il y rédige le texte de l'Appel qu'il prononce le 18 juin 1940, vers 20 heures, sur les ondes de la B.B.C. Dans ses Mémoires de Guerre le Général décrit les circonstances qui ont entouré l'Appel.

« La première chose à faire était de hisser les couleurs. La radio s'offrait pour cela. Dès l'après-midi du 17 juin, j'exposai mes intentions à M. Winston Churchill. Naufragé de la désolation sur les rivages de l'Angleterre qu'aurais-je pu faire sans son concours ? Il me le donna tout de suite et mit, pour commencer, la B.B.C. à ma disposition. Nous convînmes que je l'utiliserais lorsque le gouvernement Pétain aurait demandé l'armistice. Or, dans la soirée même, on apprit qu'il l'avait fait. Le lendemain, à 18 heures, je lus au micro le texte que l'on connaît. »

Texte de l'appel du 18 juin

Affiche ayant suivi l'appel du 18 juin 1940

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L'affiche "à tous les français" placardée sur les murs de Londres

Certes, nous avons été, nous sommes, submergés par la force mécanique, terrestre et aérienne, de l'ennemi.

Infiniment plus que leur nombre, ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui nous font reculer. Ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui ont surpris nos chefs au point de les amener là où ils en sont aujourd'hui.

Mais le dernier mot est-il dit ? L'espérance doit-elle disparaître ? La défaite est-elle définitive ? Non !

Croyez-moi, moi qui vous parle en connaissance de cause et vous dis que rien n'est perdu pour la France. Les mêmes moyens qui nous ont vaincus peuvent faire venir un jour la victoire.

Car la France n'est pas seule ! Elle n'est pas seule ! Elle n'est pas seule ! Elle a un vaste Empire derrière elle. Elle peut faire bloc avec l'Empire britannique qui tient la mer et continue la lutte. Elle peut, comme l'Angleterre, utiliser sans limites l'immense industrie des Etats-Unis.

Cette guerre n'est pas limitée au territoire malheureux de notre pays. Cette guerre n'est pas tranchée par la bataille de France. Cette guerre est une guerre mondiale. Toutes les fautes, tous les retards, toutes les souffrances, n'empêchent pas qu'il y a, dans l'univers, tous les moyens nécessaires pour écraser un jour nos ennemis. Foudroyés aujourd'hui par la force mécanique, nous pourrons vaincre dans l'avenir par une force mécanique supérieure. Le destin du monde est là.

Moi, Général de Gaulle, actuellement à Londres, j'invite les officiers et les soldats français qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s'y trouver, avec leurs armes ou sans leurs armes, j'invite les ingénieurs et les ouvriers spécialistes des industries d'armement qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s'y trouver, à se mettre en rapport avec moi.

Quoi qu'il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas.

Demain, comme aujourd'hui, je parlerai à la Radio de Londres."

 

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En sa mémoire….

 

 

C’était aujourd’hui ;   

Autrefois .création bandeaux 

 

Appel du 18 juin 1940

 

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10 juin 2012 7 10 /06 /juin /2012 05:50

 

 

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Grève des électeurs : Octave Mirbeau
vitupère contre l’ « inexprimable imbécile »

(Extrait du « Figaro », n° du 28 novembre 1888)

 

 

C’est en 1888, dans un article paru au sein du Figaro et intitulé « La Grève des Électeurs », que le redouté pamphlétaire et influent journaliste Octave Mirbeau, esprit subversif et fervent adepte du politiquement incorrect, entreprend d’analyser l’électeur, « cet animal irrationnel », ce « martyr improbable » qui, méprisé par ses élites, estime pourtant exercer une quelconque souveraineté et s’empresse, par un vote illusoire, de cautionner ses propres bourreaux...

 

 

« Une chose m’étonne prodigieusement — j’oserai dire qu’elle me stupéfie — c’est qu’à l’heure scientifique où j’écris, après les innombrables expériences, après les scandales journaliers, il puisse exister encore, dans notre chère France (comme ils disent à la Commission du budget), un électeur, un seul électeur, cet animal irrationnel, inorganique, hallucinant, qui consente à se déranger de ses affaires, de ses rêves, ou de ses plaisirs, pour voter en faveur de quelqu’un ou de quelque chose.

« Quand on réfléchit un seul instant, ce surprenant phénomène n’est-il pas fait pour dérouter les philosophies les plus subtiles et confondre la raison ? Où est-il le Balzac qui nous donnera la physiologie de l’électeur moderne ? Et le Charcot qui nous expliquera l’anatomie et les mentalités de cet incurable dément ? Nous l’attendons.

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Octave Mirbeau

« Je comprends qu’un escroc trouve toujours des actionnaires, la Censure des défenseurs, l’Opéra-Comique des dilettanti, leConstitutionnel des abonnés, M. Carnot des peintres qui célèbrent sa triomphale et rigide entrée dans une cité languedocienne ; je comprends M. Chantavoine s’obstinant à chercher des rimes ; je comprends tout.

« Mais qu’un député, ou un sénateur, ou un président de République, ou n’importe lequel parmi tous les étranges farceurs qui réclament une fonction élective, quelle qu’elle soit, trouve un électeur, c’est-à-dire l’être irrêvé, le martyr improbable, qui vous nourrit de son pain, vous vêt de sa laine, vous engraisse de sa chair, vous enrichit de son argent, avec la seule perspective de recevoir, en échange de ces prodigalités, des coups de trique sur la nuque, des coups de pied au derrière, quand ce n’est pas des coups de fusil dans la poitrine, en vérité, cela dépasse les notions déjà pas mal pessimistes que je m’étais faites jusqu’ici de la sottise humaine, en général, et de la sottise française en particulier, notre chère et immortelle sottise, ô chauvin !

« Il est bien entendu que je parle ici de l’électeur averti, convaincu, de l’électeur théoricien, de celui qui s’imagine, le pauvre diable, faire acte de citoyen libre, étaler sa souveraineté, exprimer ses opinions, imposer — ô folie admirable et déconcertante — des programmes politiques et des revendications sociales ; et non point de l’électeur « qui la connaît » et qui s’en moque, de celui qui ne voit dans « les résultats de sa toute-puissance » qu’une rigolade à la charcuterie monarchiste, ou une ribote au vin républicain.

« Sa souveraineté à celui-là, c’est de se pocharder aux frais du suffrage universel. Il est dans le vrai, car cela seul lui importe, et il n’a cure du reste. Il sait ce qu’il fait. Mais les autres ?

« Ah ! oui, les autres ! Les sérieux, les austères, les peuple souverain, ceux-là qui sentent une ivresse les gagner lorsqu’ils se regardent et se disent : « Je suis électeur ! Rien ne se fait que par moi. Je suis la base de la société moderne. Par ma volonté, Floquet fait des lois auxquelles sont astreints trente-six millions d’hommes, et Baudry-d’Asson aussi, et Pierre Alype également. » Comment y en a-t-il encore de cet acabit ? Comment, si entêtés, si orgueilleux, si paradoxaux qu’ils soient, n’ont-ils pas été, depuis longtemps, découragés et honteux de leur œuvre ?

« Comment peut-il arriver qu’il se rencontre quelque part, même dans le fond des landes perdues de la Bretagne, même dans les inaccessibles cavernes des Cévennes et des Pyrénées, un bonhomme assez stupide, assez déraisonnable, assez aveugle à ce qui se voit, assez sourd à ce qui se dit, pour voter bleu, blanc ou rouge, sans que rien l’y oblige, sans qu’on le paye ou sans qu’on le soûle ?

« À quel sentiment baroque, à quelle mystérieuse suggestion peut bien obéir ce bipède pensant, doué d’une volonté, à ce qu’on prétend, et qui s’en va, fier de son droit, assuré qu’il accomplit un devoir, déposer dans une boîte électorale quelconque un quelconque bulletin, peu importe le nom qu’il ait écrit dessus ?... Qu’est-ce qu’il doit bien se dire, en dedans de soi, qui justifie ou seulement qui explique cet acte extravagant ? Qu’est-ce qu’il espère ?

« Car enfin, pour consentir à se donner des maîtres avides qui le grugent et qui l’assomment, il faut qu’il se dise et qu’il espère quelque chose d’extraordinaire que nous ne soupçonnons pas. Il faut que, par de puissantes déviations cérébrales, les idées de député correspondent en lui à des idées de science, de justice, de dévouement, de travail et de probité ; il faut que dans les noms seuls de Barbe et de Baïhaut, non moins que dans ceux de Rouvier et de Wilson, il découvre une magie spéciale et qu’il voie, au travers d’un mirage, fleurir et s’épanouir dans Vergoin et dans Hubbard, des promesses de bonheur futur et de soulagement immédiat.

« Et c’est cela qui est véritablement effrayant. Rien ne lui sert de leçon, ni les comédies les plus burlesques, ni les plus sinistres tragédies. »

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Et Mirbeau de s’étonner qu’en dépit de toute l’expérience acquise, l’électeur « ne peut arriver à comprendre qu’il n’a qu’une raison d’être historique, c’est de payer pour un tas de choses dont il ne jouira jamais, et de mourir pour des combinaisons politiques qui ne le regardent point.

« Que lui importe que ce soit Pierre ou Jean qui lui demande son argent et qui lui prenne la vie, puisqu’il est obligé de se dépouiller de l’un, et de donner l’autre ? »

Et notre pamphlétaire de dresser l’amère conclusion :

« Eh bien ! non. Entre ses voleurs et ses bourreaux, il a des préférences, et il vote pour les plus rapaces et les plus féroces.

Il a voté hier, il votera demain, il votera toujours.

« Les moutons vont à l’abattoir. Ils ne se disent rien, eux, et ils n’espèrent rien. Mais du moins ils ne votent pas pour le boucher qui les tuera, et pour le bourgeois qui les mangera. Plus bête que les bêtes, plus moutonnier que les moutons, l’électeur nomme son boucher et choisit son bourgeois. Il a fait des Révolutions pour conquérir ce droit.

« Ô bon électeur, inexprimable imbécile, pauvre hère, si, au lieu de te laisser prendre aux rengaines absurdes que te débitent chaque matin, pour un sou, les journaux grands ou petits, bleus ou noirs, blancs ou rouges, et qui sont payés pour avoir ta peau ; si, au lieu de croire aux chimériques flatteries dont on caresse ta vanité, dont on entoure ta lamentable souveraineté en guenilles, si, au lieu de t’arrêter, éternel badaud, devant les lourdes duperies des programmes ; si tu lisais parfois, au coin du feu, Schopenhauer et Max Nordau, deux philosophes qui en savent long sur tes maîtres et sur toi, peut-être apprendrais-tu des choses étonnantes et utiles.

« Peut-être aussi, après les avoir lus, serais-tu moins empressé à revêtir ton air grave et ta belle redingote, à courir ensuite vers les urnes homicides où, quelque nom que tu mettes, tu mets d’avance le nom de ton plus mortel ennemi. Ils te diraient, en connaisseurs d’humanité, que la politique est un abominable mensonge, que tout y est à l’envers du bon sens, de la justice et du droit, et que tu n’as rien à y voir, toi dont le compte est réglé au grand livre des destinées humaines.

« Rêve après cela, si tu veux, des paradis de lumières et de parfums, des fraternités impossibles, des bonheurs irréels. C’est bon de rêver, et cela calme la souffrance. Mais ne mêle jamais l’homme à ton rêve, car là où est l’homme, là est la douleur, la haine et le meurtre. Surtout, souviens-toi que l’homme qui sollicite tes suffrages est, de ce fait, un malhonnête homme, parce qu’en échange de la situation et de la fortune où tu le pousses, il te promet un tas de choses merveilleuses qu’il ne te donnera pas et qu’il n’est pas d’ailleurs, en son pouvoir de te donner.

« L’homme que tu élèves ne représente ni ta misère, ni tes aspirations, ni rien de toi ; il ne représente que ses propres passions et ses propres intérêts, lesquels sont contraires aux tiens. Pour te réconforter et ranimer des espérances qui seraient vite déçues, ne va pas t’imaginer que le spectacle navrant auquel tu assistes aujourd’hui est particulier à une époque ou à un régime, et que cela passera. »

Et Mirbeau, de dispenser à l’électeur, en guise de conclusion, le conseil suivant : « Rentre chez toi, bonhomme, et fais la grève du suffrage universel. Tu n’as rien à y perdre, je t’en réponds ; et cela pourra t’amuser quelque temps. Sur le seuil de ta porte, fermée aux quémandeurs d’aumônes politiques, tu regarderas défiler la bagarre, en fumant silencieusement ta pipe.

« Et s’il existe, en un endroit ignoré, un honnête homme capable de te gouverner et de t’aimer, ne le regrette pas. Il serait trop jaloux de sa dignité pour se mêler à la lutte fangeuse des partis, trop fier pour tenir de toi un mandat que tu n’accordes jamais qu’à l’audace cynique, à l’insulte et au mensonge.

« Je te l’ai dit, bonhomme, rentre chez toi et fais la grève. »

 

 

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"Grève des électeurs"

 

 

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3 juin 2012 7 03 /06 /juin /2012 02:36

 

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Députés (Les) complices du déficit
budgétaire de l’Etat

(D’après « La Revue hebdomadaire », paru en 1932)

 

 

« Chacun retarde de son mieux l’heure douloureuse où il faudra prendre des décisions qui ne peuvent pas plaire à tout le monde » : c’est ainsi que l’écrivain et journaliste Louis Latzarus résume en 1932 l’attitude de députés qui, ayant pleinement conscience de voter des budgets déficitaires, ne ménagent pas leurs efforts pour dissimuler au peuple le gouffre vers lequel ils précipitent sciemment le pays.

Où est-il ? Il est dans un déficit qui s’accroît chaque jour. Le gouvernement n’a pas un sou. Tous les mois, il émet quatre milliards de Bons du Trésor, qu’il escompte dans les banques et à la Caisse des Dépôts et Consignations. C’est ainsi qu’il vit, comme un prodigue se soutient par la complaisance d’un prêteur. Mais on conçoit que l’expédient ne pourra durer longtemps. Et alors, que fera-t-on ? Je le demande, et tout le pays devrait le demander. Que fera-t-on ? 

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Le regard d'aujourd'hui

Alors  Que fera t'on après l'élection de notre nouvelle assemblée ?

 

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Députés (Les) 

 

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27 mai 2012 7 27 /05 /mai /2012 08:30

 

 

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France (La), pays gouvernable
mais pas administrable

 

 

(D’après « Le Mois littéraire et pittoresque », paru en 1904)

 

 

 

On a souvent dit que les Français étaient ingouvernables, ce qui est l’assertion la plus fausse du monde, et l’histoire démontre tout entière ou à bien peu près qu’ils sont gouvernables par n’importe qui. Ce qu’il faut dire, et cela sera approximativement exact, c’est qu’ils ne sont pas « administrables », ce qui est tout différent, avance l’académicien Emile Faguet en 1904.

Et de lancer : le gouvernement que vous voudrez, c’est leur devise, et au gouvernement qu’on a voulu, et non pas qu’ils ont voulu, ils obéissent de la meilleure grâce du monde ; mais aux prescriptions de l’administration ils aiment infiniment ne pas se conformer et ils s’en moquent, à l’ordinaire, comme un poisson d’une mandarine. La Bruyère a dit quelque part, et ce doit être dans le chapitre des écriteaux :

« Quand on veut changer et innover dans une république, c’est moins les choses que les gens que l’on considère. Il y a des conjonctures où l’on sent bien qu’on ne saurait trop attenter contre le peuple, et il y en a d’autres où il est clair qu’on ne peut trop le ménager. Vous pouvez aujourd’hui ôter à cette ville ses franchises, ses droits, ses privilèges, mais demain ne songez pas à réformer ses enseignes ».

ingouvernable

A mon avis, et en demandant pardon de la liberté grande, je crois que La Bruyère se trompe partiellement. Ce n’est pas là - du moins en France, et La Bruyère ne parle que de la France - une question de conjonctures et detemps et d’aujourd’hui et de demain ; c’est bien une question de choses et d’espèces. Il ne faut pas dire qu’en tel temps on peut tout changer, même les enseignes, et qu’en tel temps on ne peut rien changer, non pas même les enseignes ; il faut dire qu’en tout temps on peut changer certaines choses, à savoir celles qui sont importantes, et qu’en tout temps on échouera à vouloir en changer certaines autres, à savoir les secondaires, en d’autres termes qu’en tout temps, en affaires politiques, on fait de la France ce qu’on veut, et qu’en tout temps, en choses administratives, on la trouve rebelle ou très peu malléable.

La Bruyère avait sous les yeux la chose telle que je la dis et non telle qu’il la présente. Privilèges des villes méprisés, franchises municipales supprimées, élections (municipales) violentées ou rayées d’un trait de plume ; « fructidorisées » (déjà) pour ainsi parler, magistratures municipales soustraites à l’élection et remises au choix et bon plaisir du roi ; tout cela, tout le long du règne de Louis XIV, passe comme lettre à la poste et même beaucoup plus facilement. C’est de la politique, c’est du gouvernement, c’est une question de liberté ; la France est gouvernable à merci.

Mais quand il s’agit d’administration, c’est une tout autre affaire. La question des enseignes - nous y voilà - fut sous le règne de Louis XIV une question énorme. Elles n’étaient pas, comme vous savez, appliquées aux murs dans ce temps-là, elles pendaient en potence en avant des maisons et se balançaient au-dessus de la tête des passants, faisant osciller à un demi-pied au-dessus du nez des promeneurs des « truies qui filent », des « chats qui pêchent », des « chiens qui fument » et des « chameaux qui jouent de la flûte ». Elles étaient si nombreuses et si énormes, qu’elles volaient la lumière du jour et qu’une rue commerçante était une rue sans soleil. Or, on essaya de les supprimer ; on ne put pas y réussir. On dut se borner, en 1669, à les réduire à une dimension maximum. Encore cela n’alla pas tout seul. La France est gouvernable, elle n’est pas administrable.

De même, l’édit de 1773, qui enjoignit aux particuliers de se servir pour leurs contrats de papiers timbrés et à formules imposées, donna lieu en Guyenne et en Bretagne à des émeutes qui furent sauvagement réprimées. La France est gouvernable, elle n’est pas facilement administrable. De nos jours, ajoute Faguet, cela se constate encore parfaitement. Voyez. Le sous-secrétaire d’État aux Postes, le très diligent M. Mougeot, s’inspirant du très bon exemple de l’administration des Postes à Londres, prit une décision, il y a trois ans, pour recommander aux expéditeurs de lettres de faire entrer dans la suscription des lettres pour Paris le numéro de l’arrondissement.

Il n’y a rien de plus rationnel, de plus juste et de plus pratique. C’est dans l’intérêt de tout le monde. C’est de la division du travail. Au lieu d’imposer à l’employé de l’Administration centrale le soin et le travail de chercher l’arrondissement où se trouve la rue mentionnée sur votre adresse, vous vous l’imposez à vous-même, ce qui vous demande quinze secondes, et ces quinze secondes que chacun s’impose évitent de longs retards et une besogne énorme aux employés.

Donc, avantage pour vous, qui êtes sûr que votre lettre ne subira pas de retard ; avantage pour les employés, qui, ne l’oubliez pourtant pas, sont vos compatriotes ; avantage encore pour vous, parce que si vous doublez la besogne des employés, il en faudra augmenter le nombre, et que les nouveaux employés créés, c’est encore vous qui les payerez, je vous assure, assène l’académicien. Donc, il n’y a pas de mesure plus raisonnable et plus pratique. S’il est absolument inutile, quand il s’agit de la rue de la Paix, d’indiquer qu’elle est du IIe, et quand il s’agit de la rue du Louvre, de spécifier qu’elle est du Ier, il est très peu superflu, même pour des postiers experts, de leur suggérer que la rue Myrba est du XVIIIe, et que la rue des Pavillons est du XXe, et que l’impasse Myrtil est du XIIIe. On peut être un excellent postier et ne connaître que subconsciemment l’impasse Myrtil, malgré son nom agréable, et il est d’un bon citoyen et d’un homme soigneux de ses propres intérêts mêmes, de ne pas mettre un postier dans une impasse.

Eh bien, cette réforme la plus simple, la plus rationnelle, la plus pratique et la moins onéreuse du monde, la France inadministrable n’a pas voulu s’y prêter. On a fait le compte des personnes qui ont observé cette recommandation de M. Mougeot, qui ont fait mention, en leurs suscriptions, du numéro de l’arrondissement. On en a trouvé treize pour cent. Quatre-vingt-sept expéditeurs sur cent, autant dire quasi tout le monde, se sont parfaitement désintéressés de la question et ont considéré la recommandation de M. Mougeot comme une « subtilité byzantine » ou une « tracasserie administrative ». Remarquez que si une lettre adressée par eux impasse Myrtil arrivait avec un peu de retard, ou si l’impôt augmentait par suite de la création de nouveaux postes d’employés des postes, les mêmes quatre-vingt-sept crieraient comme l’animal nommé putois, lance Emile Faguet, qui ajoute : ils n’auraient pourtant que ce qu’ils méritent ; ils seraient punis pour manque d’adresse.

La France est le pays le plus gouvernable du monde ; elle en est le moins administrable. Je recommande à tous mes correspondants, bien que la rue où j’habite soit très connue, de mettre, pour le principe, pour la bonne règle, le numéro de mon arrondissement. Ils feront plaisir à l’homme qui est le plus libéral et le plus « libertaire » du monde, et qui proteste quand on enlève une liberté à la France, mais qui reconnaît qu’il faut mettre autant de bonne volonté à se laisser administrer sagement que de fermeté à ne pas se laisser gouverner tyranniquement.

L’académicien conclut ainsi : et je mets cette causerie sous enveloppe et je l’envoie au Mois, avec cette adresse : « 5, rue Bayard, VIIIe ». Est-ce que cela ne fait pas bien, un nom de rue encadré de deux numéros, comme de deux supports héraldiques ou comme de deux chiens de garde ? Même au point de vue esthétique, c’est excellent.

 

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 France (La), pays gouvernable

mais pas administrable

 

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20 mai 2012 7 20 /05 /mai /2012 06:11

 

 

 

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Le mètre devient l’unité de longueur
et la base du nouveau système métrique

par décret du 7 avril 1795

(Extrait de « Paris pendant l’année 1795 », paru en 1795)

 

 

 

Le 7 avril 1795 et suite au rapport du député Prieur, de la Côte d’Or, Prieur, la Convention nationale adoptait un décret relatif aux poids et mesures, le mètre devenant l’unité de longueur et la base du nouveau système métrique, et une agence étant créée afin de porter à la connaissance du public ces nouvelles dispositions, et de l’aider dans leur apprentissage

La Convention Nationale voulant assurer au peuple Français le bienfait des poids et mesures uniformes et invariables, précédemment décrétés, et prendre les moyens les plus efficaces pour en faciliter l’introduction dans toute la République, après avoir entendu le rapport de son comité d’instruction publique, a décrété ce qui suit :

1. L’époque prescrite par le décret du 1er août 1795, pour l’usage des nouveaux poids et mesures, est prorogée, quant à sa disposition obligatoire, jusqu’à ce que la Convention Nationale y ait statué de nouveau en raison des progrès de la fabrication : les citoyens sont cependant invités de donner une preuve de leur attachement à l’unité et à l’indivisibilité de la République, en se servant dès à présent des nouvelles mesures dans leurs calculs et transactions commerciales.


2. Il n’y aura qu’un seul étalon des poidsmetre.01 et mesures pour toute la République : ce sera une règle de platine sur laquelle sera tracé le mètre qui a été adopté pour l’unité fondamentale de tout le système des mesures. Cet étalon sera exécuté avec la plus grande précision, d’après les expériences et les observations des commissaires chargés de sa détermination ; il sera déposé près du corps législatif, ainsi que le procès-verbal des opérations qui auront servi à le déterminer, afin qu’on puisse les vérifier dans tous les temps.

3. Il sera envoyé dans chaque chef-lieu de district, un modèle conforme à l’étalon prototype dont il vient d’être parlé, et en outre un modèle de poids exactement déduit du système des nouvelles mesures. Ces modèles serviront à la fabrication de toutes les sortes de mesures employées aux usages des citoyens.

4. L’extrême précision qui sera donnée à l’étalon en platine, ne pouvant pas influer sur l’exactitude des mesures usuelles, ces mesures continueront d’être fabriquées d’après la longueur du mètre adopté par les décrets antérieurs.

5. Les nouvelles mesures seront distinguées dorénavant par le surnom de Républicaines ; leur nomenclature est définitivement adoptée, comme il suit. On appellera :

Mètre. La mesure de longueur égale à la dix millionième partie de l’arc du méridien terrestre compris entre le pôle boréal et l’équateur.
Are. La mesure de superficie pour les terrains, égale à un quarré de dix mètres de côté.
Stère. La mesure destinée particulièrement aux bois de chauffage, et qui sera égale au mètre cube.
Litre. La mesure de capacité, tant pour les liquides que pour les matières sèches, dont la contenance sera celle du cube de la dixième partie du mètre.
Gramme. Le poids absolu d’un volume d’eau pure, égal au cube de la centième partie du mètre, et à la température de la glace fondante.
Enfin l’unité des monnaies prendra le nom de Franc, pour remplacer celui de Livre usité jusqu’aujourd’hui.

6. La dixième partie du mètre se nommera Décimètre, & la centième partie Centimètre.

On nomera Décamètre une mesure égale à dix mètres : ce qui fournit une mesure très commode pour l’arpentage.
Hectomètre. Signifiera la longueur de cent mètres.
Enfin, Kilomètre, et Myriamètre, seront des longueurs de mille et de dix mille mètres, et désigneront principalement les distances itinéraires.

7. Les dénominations des mesures des autres genres seront déterminées d’après les mêmes principes que celles de l’article précédent. Ainsi Décilitre sera une mesure de capacité dix fois plus petite que le litre ; Centigramme sera la centième partie du poids d’un gramme. On dira de même Décalitre pour désigner une mesure contenant dix litres ; Hectolitre pour une mesure égale à cent litres. Un Kilogramme, un Myriagramme, seront des poids de mille et de dix mille grammes. On composera d’une manière analogue les noms de toutes les autres mesures. Cependant lorsque l’on voudra exprimer les dixièmes ou les centièmes du franc, unité des monnaies, on se servira des mots décime et centime déjà reçus en vertu des décrets antérieurs.

8. Dans les poids et mesures de capacité, chacune des mesures décimales de ces deux genres aura son double et sa moitié, afin de donner à la vente des divers objets toute la commodité que l’on peut désirer. Il y aura donc le double litre et le demi-litre, le double-hectogramme & le demi-hectogramme, ainsi des autres.

9. Pour rendre le remplacement des anciennes mesures plus facile et moins dispendieux, il sera exécuté par parties et à différentes époques. Ces époques seront décrétées par la Convention Nationale, aussitôt que les mesures républicaines se trouveront fabriquées en quantités suffisantes, et que tout ce qui tient à l’exécution de ces changements, aura été disposé. Le nouveau système sera d’abord introduit dans les assignats et monnaies, ensuite dans les mesures linéaires ou de longueur, et progressivement étendu à toutes les autres.

10. Les opérations relatives à la détermination de l’unité des mesures de longueur et de poids, déduites de la grandeur de la terre, commencées par l’académie des sciences, et suivies par la commission temporaire des mesures, en conséquence des décrets des 8 mai 1790 et 1er août 1791, seront continuées jusqu’à leur entier achèvement par des commissaires particuliers choisis principalement parmi les savants qui y ont concouru jusqu’à présent, et dont la liste sera arrêtée par le comité d’instruction publique. Au moyen de ces dispositions l’administration dite commission temporaire des poids et mesures est supprimée.

11. Il sera formé en remplacement une agence temporaire composée de trois membres, et qui sera chargée sous l’autorité de la commission de l’instruction publique de tout ce qui concerne le renouvellement des poids et mesures, sauf les opérations confiées aux commissaires particuliers dont il est parlé dans l’article précédent. Les membres de cette agence seront nommés par la Convention Nationale sur la proposition de son comité d’instruction publique. Leur traitement sera réglé par ce comité, en se concertant avec celui des finances.

 

metre.02

 

Usage des nouvelles mesures: litre,gramme,mètre,are,franc,stère

 

 

12. Les fonctions principales de l’agence temporaire, seront :



1°. De rechercher et employer les moyens les plus propres à faciliter la fabrication des nouveaux poids et mesures pour les usages de tous les citoyens.
2°. De pourvoir à la confection et à l’envoi des modèles qui doivent servir à la vérification des mesures dans chaque district.
. De faire composer et de répandre les instructions convenables pour apprendre à connaître les nouvelles mesures, et leurs rapports avec les anciennes.
4°. De s’occuper des dispositions qui deviendraient nécessaires pour régler l’usage des mesures républicaines, et de les soumettre au comité d’instruction publique qui en fera rapport à la Convention Nationale.
5°. D’arrêter les états de dépense de toutes les opérations qu’exigeront la détermination et l’établissement dis nouvelles mesures, afin que ces dépenses puissent être acquittées par la commission d’instruction publique.
6°. Enfin de correspondre avec les autorités constituées, et les citoyens dans toute la République, sur tout ce qui sera utile pour hâter le renouvellement des poids et mesures.

13. La fabrication des mesures républicaines sera faite, autant qu’il sera possible, par des machines, afin de réunir à l’exactitude, la facilité et la célérité dans les procédés, et par conséquent de rendre l’achat des mesures d’un prix médiocre pour les citoyens.

14. L’agence temporaire favorisera la recherche des machines les plus avantageuses ; elle en commandera, s’il en est besoin, aux artistes les plus habiles ; on les proposera au concours suivant les circonstances. Elle pourra aussi accorder des encouragements en avances, matières ou machines aux entrepreneurs qui prendraient des engagements convenables pour quelque partie importante de la fabrication des nouveaux poids et mesures. Mais dans tous ces cas, l’agence sera tenue de prendre l’autorisation du comité d’instruction publique.

15. L’agence temporaire déterminera les formes des différentes sortes de mesures, ainsi que les matières dont elles devront être faites, de manière que leur usage soit le plus avantageux possible.

16. Il sera gravé sur chacune de ces mesures leur nom particulier ; elles seront marquées en outre du poinçon de la République, qui en garantira l’exactitude.

17. Il y aura à cet effet dans chaque district des vérificateurs chargés de l’apposition du poinçon. La détermination de leur nombre et de leurs fonctions fera partie des règlements que l’agence préparera pour être ensuite soumis à la Convention Nationale par son comité d’instruction publique.

18. Le choix des mesures appropriées à chaque espèce de marchandise aura lieu de manière que, dans les cas ordinaires, on n’ait pas besoin de fractions plus petites que les centièmes. L’agence recherchera les moyens de remplir cet objet, en s’écartant le moins possible des usages du commerce.

19. Au lieu des tables des rapports entre les anciennes et les nouvelles mesures, qui avaient été ordonnées par le décret du 8 mai 1790, il sera fait des échelles graphiques pour estimer ces rapports sans avoir besoin d’aucun calcul. L’agence est chargée de leur donner la forme la plus avantageuse, d’en indiquer la méthode et de la répandre autant qu’il sera nécessaire.

20. Pour faciliter les relations commerciales entre la France et les nations étrangères, il sera composé sous la direction de l’agence un ouvrage qui offrira les rapports des mesures françaises avec celles des principales villes de commerce des autres peuples.

21. Pour subvenir à toutes les dépenses relatives à l’établissement des nouvelles mesures, ainsi qu’aux avances indispensables pour le succès de cette opération, il y sera affecté provisoirement un fonds de cinq cent mille livres que la trésorerie nationale tiendra à cet effet â la disposition de la commission d’instruction publique.

22. La disposition de la loi du 4 frimaire, an deuxième [24 novembre 1793], qui rend obligatoire l’usage de la division décimale du jour et de ses parties, est suspendue indéfinitivement.

23. Les articles des lois antérieures au présent décret, et qui y sont contraires, sont abrogés.

24. Aussitôt la publication du présent décret, toute fabrication des anciennes mesures est interdite en France, ainsi que toute importation des mêmes objets venant de l’étranger, à peine de confiscation et d’une amende du double de la valeur desdits objets. La commission des administrations civiles, police et tribunaux, et celle des revenus nationaux, sont chargées de l’exécution du présent article.

25. Dès que l’étalon prototype des mesures de la République aura été déposé au corps législatif par les commissaires chargés de sa confection, il sera élevé un monument pour le conserver, et le garantir de l’injure des temps. L’agence temporaire s’occupera d’avance du projet de ce monument destiné à consacrer de la manière la plus indestructible la création de la République, les triomphes du peuple français, et l’état d’avancement où les lumières sont parvenues dans son sein.

26. Le comité d’instruction publique est chargé de prendre tous les moyens de détail nécessaires pour l’exécution du présent décret, & l’entier renouvellement des poids et mesures dans toute la République. Il proposera successivement à la Convention les dispositions législatives qui devront en dépendre.

27. L’agence temporaire rendra compte de ses opérations à la commission d’instruction publique, et au comité de ce nom avec lequel clic, pourrait correspondre directement pour la célérité des opérations.

28. Il est enjoint à toutes les autorités constituées, ainsi qu’aux fonctionnaires publics, de concourir de tout leur pouvoir à l’opération importante du renouvellement des poids et mesures.

 

 

 

C’était aujourd’hui ;    

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"Le mètre nouveau système métrique "

 

Rendez-vous dimanche prochain pour un nouveau

regards vers le passé... 


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12 mai 2012 6 12 /05 /mai /2012 23:51

 

  Aujourd’hui...

 

Autrefois .création bandeaux

 

 

8 mai 1898. Un âne blanc nommé Nul se présente à la députation à Paris...

 

Promené dans tout Paris sur une carriole par le journaliste satirique et anarchiste Zo d'Axa, l'âne finit embarqué par les flics.

 

 

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Le dimanche 8 mai 1898, jour des élections législatives, de nombreux Parisiens ont la surprise de croiser un âne blanc monté sur une carriole en se rendant dans les bureaux de vote. Au véhicule triomphal est attelée une bande d'olibrius appelant les électeurs à donner leur suffrage à Nul, l'âne blanc ! Voilà une excellente idée ! Tous ceux qui ne veulent pas donner leur voix à un candidat - et Dieu sait s'ils sont nombreux ! - ont, enfin, la possibilité d'exprimer un vote blanc ou Nul. Au choix.

Cette idée complètement loufoque, voire surréaliste, est née dans la fertile imagination du journaliste satirique anarchiste Zo d'Axa. Derrière ce pseudonyme se cache le descendant du célèbre navigateur La Pérouse. Il publie une maigre feuille intitulée... La Feuille. Zo, ou plutôt Alphonse Galaup de La Pérouse, écrit : "Chers électeurs, finissons-en. Votez pour eux. L'âne Nul, dont les ruades sont plus françaises que les braiments patriotards." Ce provocateur veut ainsi réconcilier les abstentionnistes avec les urnes. Enfin, l'occasion de "voter blanc, de voter Nul, tout en se faisant entendre".

"Lentement, l'âne parcourait les rues"

Zo écrit : "Nous sommes allés, dans sa retraite, trouver un maître auquel personne n'avait songé, un modeste dont personne pourtant ne niera la signification précise. Aujourd'hui, l'honneur m'échoit de présenter ce maître au peuple. On l'appelle maître Aliboron. Ceci soit pris en bonne part. L'âne pour lequel je sollicite le suffrage de mes concitoyens est un compère des plus charmants, un âne loyal et bien ferré. Poil soyeux et fin jarret, belle voix."

À 10 heures du matin, le jour du scrutin, voilà donc Zo et Nul, accompagnés par une poignée de supporteurs, dévalent les pentes de Montmartre. Zo à pied, l'âne blanc Nul juché sur "un char de triomphe et traîné par des électeurs". Imaginons la stupeur des Parisiens qui croisent ce curieux équipage électoral. Dans sa revue, le journaliste anar fait un compte rendu détaillé et lyrique de cette traversée de Paris.

"Lentement, l'âne parcourait les rues. Sur son passage, les murailles se couvraient d'affiches que placardaient des membres de son comité, tandis que d'autres distribuaient ses proclamations à la foule : Réfléchissez, chers citoyens. Vous savez que vos élus vous trompent, vous ont trompés, vous tromperont - et pourtant vous allez voter... Votez donc pour moi ! Nommez l'Âne !... On n'est pas plus bête que vous. Cette franchise, un peu brutale, n'était pas du goût de tout le monde".

Joyeux chahut

Effectivement, la plupart des passants ne goûtent pas le canular. Ils crient : "On nous insulte !", "On ridiculise le suffrage universel", "Sale Juif !" Mais d'autres se tordent de rire et acclament Aliboron (nom de l'âne de Buridan). Des femmes lui jettent des fleurs, des hommes agitent leur chapeau. Le cortège poursuit son chemin vers le Quartier latin. Il arrive, enfin, devant le Sénat, longe le jardin du Luxembourg. La foule s'amasse autour du candidat pour l'acclamer dans un joyeux chahut. À la terrasse des cafés, les étudiants applaudissent à tout rompre. On s'arrache les tracts distribués par les militants. Des jeunes gens se bousculent pour pousser le char. 

Vers 15 heures, la police décide d'intervenir. En bas du boulevard Saint-Michel, les sergents de ville font barrage. Leur chef somme Zo et sa troupe de conduire Nul au plus proche commissariat. Mais on n'arrête pas la révolution en marche. Le cortège, poussé par une foule en délire, brise le barrage et traverse la Seine. Il s'arrête devant le Palais de justice d'où, note Zo d'Axa, "les députés, les chéquards, tous les grands voleurs sortent libres". Rien n'a changé... C'est le moment choisi par les agents pour passer à l'attaque. Ils s'emparent des brancards, enfilent le licol et se mettent à remorquer le char. Le comité de soutien les laisse faire.

"Tel un vulgaire politicien, l'animal avait mal tourné. La police le remorquait, l'Autorité guidait sa route... Dès cet instant, Nul n'était qu'un candidat officiel ! Ses amis ne le connaissaient plus. La porte de la Préfecture ouvrait sses larges battants - et l'âne entra comme chez lui", conclut le journaliste. Ainsi s'achève la campagne électorale de l'âne blanc Nul.

 

C'est également arrivé un 8 mai

 

1988 - Réélection de François Mitterrand à la présidence de la République face à Jacques Chirac (54 %-46 %).

1984 - L’URSS annonce le boycott des JO de Los Angeles en réponse au boycott par les États-Unis des JO de Moscou quatre ans plus tôt.

1970 Fauchon est dévalisé par des membres de la gauche prolétarienne pour une redistribution aux démunis.

1945 - Annonce simultanée de la capitulation de l’Allemagne à Moscou, Washington, Londres et Paris.

1921 - Abolition de la peine de mort en Suède uniquement pour les crimes de droit commun.

1902 - La montagne Pelée entre en éruption, tuant près de 30 000 Martiniquais.

1889 - Van Gogh retourne volontairement à l’asile de Saint-Rémy-de-Provence où il peint Les iris et Les lilas.

1880 -Gustave Flaubert meurt au hameau de Croisset près de Canteleu en Seine-Maritime.

1828 - Naissance de Henri Dunant, principal fondateur de la Croix-Rouge et Prix Nobel de la paix en 1901.

 

C’était aujourd’hui ;    

 

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Un âne blanc nommé Nul se présente à la députation à Paris...

 

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6 mai 2012 7 06 /05 /mai /2012 06:23

 

 

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Le suffrage universel : s-u.01.jpg
pernicieux leurre démocratique ?

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En 1871, cependant que les destinées de la France sont depuis près d’un quart de siècle confiées au suffrage universel, l’économiste Antonin Rondelet, parmi les premiers ayant analysé les rapports entre morale et économie politique, dénonce dans Les limites du suffrage universel le bien-fondé d’un système électif passant « dans le monde complaisant des naïfs, pour une institution éminemment démocratique, fonctionnant pour la liberté de tous et plus particulièrement dans l’intérêt des petits », mais qui à son sens, et comme l’affirmait déjà Rochefort, repose sur des professions de foi et des déclarations de principes « dans lesquelles on promet au peuple tout ce qu’il aime, à charge, une fois l’élection terminée, de lui donner tout ce qu’il n’aime pas ».

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L’année suivante, dans L’esprit du suffrage universel, l’avocat Lapeyre ne cache pas son désarroi face à cette « utopie pernicieuse » présupposant la capacité et le devoir de l’électeur « de s’éclairer sur toutes les questions qui touchent aux grands intérêts de l’Etat (...). Pour voter en pleine connaissance de cause sur toutes les questions de constitution, de finances, d’équilibre européen, etc., il faudrait être un savant non pas dans une branche spéciale de la science, mais un savant universel, un homme d’Etat consommé. (...) Sans parler de la moralité, que l’on ne saurait négliger sans risquer de tout perdre, tout ce que l’on fera pour l’instruction des masses, n’aboutira jamais à les initier complètement à la délicatesse des affaires diplomatiques, à la complication des rouages administratifs, à la profondeur des principes constitutionnels, à la difficulté des questions financières ».

S’il lui semble chimérique d’attendre du seul mécanisme intrinsèque d’un suffrage universel déficient, qu’il accouche de dirigeants vertueux, il aspire en revanche à l’émergence de candidats à l’élection dignes et désintéressés, convaincu de la détestation viscérale du peuple pour des « hommes gonflés d’or, d’égoïsme et d’orgueil qui affectent à son égard l’insulte et le dédain ».

Mais est-il aujourd’hui raisonnable d’espérer d’appareils politiques s’accommodant d’institutions dont ils se repaissent périodiquement des bienfaits par le jeu des alternances, qu’ils soumettent enfin aux votes des électeurs des hommes et des femmes d’une moralité sans tache, ou longtemps encore leur seule réponse consistera-t-elle en la stigmatisation, lâche et confortable, de citoyens refusant pour certains simplement de cautionner un suffrage universel dévoyé ?

Définition du suffrage universel


Le suffrage universel est un suffrage où le droit de vote est accordé à tous les citoyens qui ont la capacité électorale, c'est-à-dire sous certaines conditions minimales d'âge, de nationalité, de capacité morale et d'inscription sur les listes électorales. Il n'est fait aucune distinction de sexe, de race, de fortune, de religion, de profession...

Le suffrage universel cherche à associer le plus grand nombre possible de citoyens au fonctionnement du système politique et au choix de leurs dirigeants. Dans un régime démocratique, le suffrage universel est le fondement de la souveraineté populaire dont il est le moyen d'expression, et de l’égalité entre tous les citoyens dont chacun détient une parcelle du pouvoir.

En France, inspiré par les idées de Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) et défendu au début de la révolution française par Emmanuel Joseph Sieyès (1748-1836), le suffrage universel masculin a été instauré par la constitution montagnarde de 1793 sous la convention nationale, mais sans être appliqué. Rétabli sous la Constitution de l'an VIII, il sera à nouveau instauré sous la IIe République par les décrets des 2 et 5 mars 1848. Il ne sera total qu'en 1944, avec le droit de vote des femmes.

Sur le Monument à la République, réalisé par le sculpteur de Léopold Morice et inauguré en 1883, place de la République à Paris, le suffrage universel est symbolisé par une urne gardée par un lion.

La notion de suffrage universel peut également s'appliquer au sein d'organisations associations, partis politiques, etc.

Le suffrage universel s'oppose à des formes restreintes de suffrages, comme le suffrage censitaire où seuls les électeurs acquittant un impôt d'un montant déterminé, appelé "cens", peuvent voter…..

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C’était aujourd’hui ;  

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29 avril 2012 7 29 /04 /avril /2012 07:35

 

 

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Spécial " vie privée des présidents"

 

Anecdotes très privées de l'Elysée

 

 

La rupture du couple formé par Cécilia et Nicolas Sarkozy a fait la une des journaux. La presse n'a pas toujours consacré autant de pages à la vie privée des dirigeants. Cela ne veut pas dire que celle-ci n'était pas tout aussi croustillante. Voici les anecdotes les plus surprenantes sur les présidents d'autrefois


"Vie privée des présidents"

 

Louis-Napoléon Bonaparte


Un passage secret sous l'Elysée

 

On a surtout retenu de Louis-Napoléon Bonaparte son règne sous le nom de Napoléon III. Mais il a également été président de la République de 1848 à 1851. Elu "prince-président" le 11 décembre 1848, Louis-Napoléon Bonaparte jure de "rester fidèle à la République démocratique". On le sait, il ne tiendra guère cette promesse puisque le Second Empire débutera exactement trois ans plus tard. Il ne tiendra pas davantage son serment de fidélité à Eugénie de Montijo, dont il était pourtant très amoureux.

Un homme à femmes assagi par le mariage ?


bonaparte.jpgLouis-Napoléon Bonaparte était un amoureux des femmes. Au début de son règne, l'homme est célibataire mais cela ne l'empêche pas d'accumuler les conquêtes. Pendant son règne, il a même un secrétaire chargé de s'occuper de ses maîtresses, le comte Felix Bacciochi. En 1852, cependant, celui qui est empereur depuis seulement un an s'éprend d'une jeune femme, la belle Eugénie de Montijo. Cette dernière lui fait comprendre que pour trouver le chemin de son cœur et de sa chambre, il lui faudra "passer par la chapelle". Louis-Napoléon obtempère et épouse la belle en janvier 1853. Cependant, cela ne l'empêche pas de continuer à avoir des maîtresses. Parmi ses conquêtes, on compte notamment Miss Harriet Howard, qui finança sa campagne présidentielle en 1848, Armance Depuille, Pascalie Corbière, la nourrice de ses enfants naturels, Virginia Oldoini, Comtesse de Castiglione et célèbre courtisane italienne de l'époque...

Le passage secret de l'Elysée

Mais les maîtresses n'ont pas droit à l'entrée principale de l'Elysée. Le président, qui était loin d'être un modèle de fidélité, prenait ses précautions pour rencontrer ses maîtresses à l'insu du personnel du palais, et surtout l'une d'entre elle, la délicieuse Louise de Mercy-Argenteau. Pour voir tranquillement sa belle, il fait construire un souterrain reliant la sacristie de la chapelle du palais au 18 rue de l'Elysée, charmant hôtel à l'anglaise où habite sa maîtresse.

 

Félix Faure


"Il a voulu vivre César et il est mort Pompée"

 

Qu'a-t-on retenu de Félix Faure ? Pas grand chose... Aujourd'hui, restent à celui qui fut président de la République de 1895 à 1899 une belle avenue à Paris, une station de métro et surtout une savoureuse anecdote sur les circonstances de sa mort...

"Il a voulu vivre César"

Et pourtant, comme l'a dit Clemenceau, "Il a voulu vivre César" et aurait aimé marquer son temps. Mais c'est surtout par son amour du faste qu'il s'est fait remarquer. Tout le monde a oublié que le président s'était timidement prononcé comme anti-dreyfusard et que son gouvernement avait dû faire face à la déroute de Fachoda. Il faut avouer que dans l'ensemble, le président était loin de la politique : l'homme était surtout inquiet de son apparence et de sa mise, et était réduit à une fonction de représentation, dont il s'accomodait fort bien. Pour le "Président Soleil", ainsi qu'il était surnommé par certains de ses contemporains, rien n'était trop beau : redingote, haut de forme, habit à toute heure, mais aussi calèche à six chevaux, précédée et suivie de pelotons de cuirassiers. Quant à son épouse, Berthe Faure, elle n'était guère autorisée à suivre son mari dans ses somptueuses parades : Félix Faure l'obligeait à marcher vingt pas derrière lui lorsqu'elle l'accompagnait dans ses déplacements.

"... et il est mort Pompée"

faure.jpgMais c'est surtout la mort heureuse de Félix Faure qui est restée dans les annales. Le 16 février 1899, les collaborateurs de Félix Faure entendent des cris venant du "salon bleu". Ils accourent et trouvent le président suffoquant, les mains crispées sur la chevelure en désordre d'une demi-mondaine, Marguerite Steinheil. Cette dernière, à demi dévêtue, appelle à l'aide : il faut la libérer et on est finalement obliger de lui couper les cheveux. La jeune femme se rhabille à une vitesse telle qu'elle oublie son corset à l'Elysée. L'anecdote est connue : "Le président a-t-il encore sa connaissance ?" demande le curé venu lui porter l'extrême-onction. "Non, monsieur l'abbé, elle est partie par une porte dérobée", lui répond-on. Le Président meurt quelques heures plus tard, d'une congestion cérébrale. L'affaire défraie la chronique et donne lieu à des plaisanteries plus plaisantes les unes que les autres, et alimente les textes des chansonniers. C'est de là, bien sûr, que Clemenceau tira sa fameuse répartie "Il a voulu vivre César et il est mort Pompée". La belle, quant à elle, gagna comme surnom celui de "pompe funèbre".

 

Emile Loubet


La faiblesse du président, c'est sa femme

 


 Fils d'un paysan de la Drôme, issu de la petite bourgeoisie, Emile Loubet commence sa carrière politique en 1870, date à laquelle il est élu maire de Montélimar. Suit un mandat de député, puis de sénateur. En 1896, il devient président du Sénat. Candidat des modérés, soutenu par Clemenceau et ses amis, il est élu Président de la République en 1899. Son septennat a été marqué par la crise Panama, l'Affaire Dreyfus mais aussi, on le sait moins, par la personnalité de sa femme...

"Et ce grand garçon... ?"

loubet.jpgEmile Loubet s'est marié jeune et il n'a guère associé son épouse à sa vie publique d'homme politique. Cette dernière est une spécialiste des maladresses : mal habillée, peu diplomatique, elle scandalise régulièrement le chef du protocole. Ainsi, lorsqu'elle demande au roi d'Angleterre Edouard VII à propos de son fils, héritier de la couronne et futur George V : "Et ce grand garçon, qu'allez-vous en faire plus tard ?"...

Dégoûté de la politique

La fin du mandat d'Emile Loubet a été assez difficile, notamment en raison de la séparation de l'Eglise et de l'Etat, qui est loin de faire l'unanimité. La France doit rompre ses relations avec le Saint-Siège, au grand dam du Président qui ne voit pas d'un bon œil la politique anticléricale d'Emile Combes, le président du Conseil. Loubet quitte l'Elysée en 1906, désabusé et meurtri par les critiques. "Je ne serai ni sénateur, ni député, ni même conseiller municipal. Rien, rien, absolument rien".

 

Gaston Doumergue

 
Premier célibataire et jeune marié de l'Elysée

 

Elu en juin 1924 président de la République (1924-1931), Gaston Doumergue est le premier célibataire à être nommé à cette fonction. Très populaire, celui que l'on a affectueusement surnommé "Gastounet" se fait surtout remarqué par les économies qu'il impose à la présidence, qui menait jusque-là un train de vie... princier.

Le palais n'est plus ce qu'il était

Doumergue.jpgGaston Doumergue a avant tout des fonctions de représentation : c'est Raymond Poincaré, président du Conseil de 1926 à 1929, qui a les responsabilités politiques. Mais dans les années 1920, l'heure n'est plus aux fastes d'antan : plus de postillons, piqueurs et valets d'écurie à chaque sortie présidentielle... Désormais, la présidence doit se contenter de cinq véhicules simples et d'une voiture d'apparat.

Une union très privée

Gaston Doumergue s'est aussi fait remarquer dans l'histoire de l'Elysée comme le premier (et pour l'instant, le seul...) président à s'être marié pendant son mandat. Il faut avouer qu'il était temps : en 1931, date à laquelle il choisit de se marier, il a tout de même 68 ans. Le 1er juin, exactement 12 jours avant la fin de son mandat, il épouse la veuve Jeanne Marie Josephine Gaussal dans le palais présidentiel : la maire du VIIIe arrondissement, M. Gaston Drucker, les unit en présence de deux commandants de la Légion d'Honneur. Mme Gaussal est riche, a une cinquantaine d'années, est brune, vient du Midi, où les jeunes mariés ont d'ailleurs décidé de passer leur lune de miel. Elle est également l'amour d'enfance du président. La presse ne parle guère de cet événement : à l'époque, on considère que la vie privée du président de la République ne concerne personne d'autre que lui-même. Ainsi, quand sortant de la cérémonie, le président et sa jeune épouse se retrouvent face au personnel de l'Elysée, les bras pleins de fleurs, ils sont extrêmement étonnés et demandent comment la nouvelle s'est propagée. "C'est l'Ambassade d'Angleterre qui nous a prévenus." Déjà à l'époque, les Anglais s'intéressaient de près à leurs célébrités... et même aux nôtres !


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 Spécial " vie privée des présidents"

 

Bonne semaine et à dimanche prochain pour un autre regard vers le passé

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