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Le Blog De Papy-Bougnat

  • Papy-bougnat
  • De moi. retraité, passionné, curieux, gourmet, vivant au vert en Aquitaine
Signe particulier : « Ayant attrapé tout jeune la maladie bleue et pas guéri à ce jour !
Dans ce blog vous trouverez un peu de vérité, beaucoup de passion, et quelques coups de gueule 
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Traducteur

A L'affiche..

La culture Ne s'hérite pas, Elle se conquiert. 

 

[André Malraux]

********** 

 

Actu du jour...


       

14 octobre 2013 1 14 /10 /octobre /2013 03:33

 

 

 

 

 

 

Aujourd’hui ;

 

 

Petits métiers pittoresques de jadis :
fabricant d’asticots, loueur de viandes...

 

(D’après « Paris anecdote », paru en 1882)

 

 

A la fin du XIXe siècle, Privat d’Anglemont écrit la monographie de quelques métiers bizarres, mais réellement existants, dont la plupart des Parisiens ne soupçonnent alors sûrement pas l’existence. Du fabricant d’asticots à l’employé aux yeux de bouillon, en passant par le loueur de viandes ou le marchand de contremarques judiciaires, c’est un voyage pittoresque auquel il nous convie.

 

 

Ne vous est-il point arrivé, en vous promenant dans Paris, un jour de fête, par exemple, de vous demander comment toute cette population peut faire pour vivre ? demande Privat d’Anglemont à ses lecteurs. Puis, vous livrant mentalement aux douceurs de la statistique, cette science si chère aux flâneurs et aux savants si vous avez calculé combien la grande cité contient de maçons, de rentiers, de charcutiers, d’avocats, de charpentiers, de médecins, de bijoutiers, de forts de la halle, de banquiers, en un mot d’hommes exerçant au grand jour, par devant la société et la loi, des professions avouées et inscrites dans le dictionnaire de l’Académie, n’avez-vous pas toujours trouvé des masses énormes de gens auxquels vous ne pouviez assigner aucun état, aucun emploi, aucune industrie ?


Le fabricant d’asticotspetits métiers.01
Eh bien ! tous ces gens-là composent la grande famille des existences problématiques, que l’on évalue à soixante-dix mille ; c’est-à-dire que chaque matin il y a à Paris soixante-dix mille personnes de tout âge qui ne savent ni comment elles mangeront, ni où elles se coucheront. Et cependant tout ce monde-là finit par manger ou à peu près. Comment font-elles ? C’est leur secret, secret souvent terrible, que divulguent les tribunaux. Privat d’Anglemont nous entraîne dans un curieux périple au cœur de la frange pauvre, laborieuse, intelligente, qui à su se créer une industrie honnête répondant aux divers besoins du public. Nous n’en retiendrons ici quelques-uns.

— Que fait M. Salin ? demandai-je.
— Oh il n’est pas au bureau de l’Assistance publique (être au bureau est une honte pour un homme, dans les quartiers de travailleurs). C’est un homme qui gagne joliment sa vie : il est fabricant d’asticots.

Cette industrie nous parut exorbitante, écrit Privat d’Anglemont. Le fabricant d’asticots dépassait de cent coudées notre imagination. Nous craignions de n’avoir pas bien entendu, mais certainement nous ne comprenions pas. Il nous fallut une explication.

— Fabricant d’asticots, dis-je avec surprise.
— Mais oui. Vous savez bien, ces petits vers qui servent à pêcher.
— Je sais. Mais, comment les fabrique-t-il ?
— Ah ! voilà. Ce n’est peut-être pas très propre, cet état-là, mais on y gagne sa vie. Il y a à Paris plus de deux mille pêcheurs a la ligne, beaucoup de gamins et pas mal de bourgeois établis ou retirés des affaires. Le père Salin a fait connaissance avec ceux-ci sur le bord de l’eau. Il leur fait des asticots pour amorcer toute l’année. Pour cela il a loué tout le haut de la maison, un ancien pigeonnier. II y met macérer des charognes de chiens et de chats que lui fournissent les chiffonniers. Quand c’est en putréfaction, les vers s’y mettent ; le père Salin les recueille dans des boîtes de fer-blanc qu’on nomme calottées, et il les vend jusqu’à quarante sous la calottée.

Vous voyez que ce n’est pas bien malin à fabriquer. Mais dame ! il faut un fier odorat pour faire ce métier-là ! Tout le monde ne le pourrait pas. Aussi ses journées sont-elles très bonnes au commencement de la saison Il ne gagne jamais moins de dix à quinze francs par jour, et tout le reste de l’année sept à huit. Mais il n’a pas d’ordre, ça aime trop à lever le coude.

— Cependant, lorsque les eaux sont hautes on ne pêche guère ; il doit souvent chômer pendant l’hiver ?
— Au contraire, c’est son meilleur temps, parce qu’alors il élève des vers pour les rossignols, ce qui est un excellent métier dont il a presque le monopole.

C’est propre, c’est facile, cela rapporte beaucoup. Il suffit de prendre de la recoupe (petit son), qu’on mêle avec de la farine et de vieux morceaux de bouchons, on les laisse couver dans de vieux bas de laine, et les asticots rouges naissent tout seuls. Cela se vend dix sous le cent. Généralement, les amateurs de rossignols sont de vieilles femmes riches et des bourgeois qui ont des métiers tranquilles : les bouquinistes, les relieurs, les tailleurs à façon. Tous ces gens-là paient bien et comptant : il suffit donc d’avoir une dizaine de pratiques possédant chacune trois ou quatre oiseaux pour vivre bien à son aise et payer une femme de ménage. S’il n’aimait pas tant la boisson, le père Salin pourrait être propriétaire tout comme un autre, mais il mourra à l’hôpital, il est trop artiste.

Employé aux yeux de bouillon
Je vais vous dire maintenant ce qu’on fait des os, écrit Privat d’Anglemont : avant d’arriver chez le marchand de noir animal, le tabletier ou le fabricant de boutons, ils sont cuits deux ou trois fois. D’abord le boucher les vend quatre sous la livre, sous le nom de réjouissance, aux bourgeois et aux grands restaurants, pour faire des consommés ; ceux-ci les cèdent au rabais aux traiteurs de quatrième ordre, qui en font des potages gras pour les abonnés ; enfin ces derniers les repassent aux gargotiers, qui en composent une espèce d’eau chaude, qu’ils colorent à grand renfort de carottes, d’oignons brûlés, de caramel et de toutes sortes d’ingrédients.

Or, comme ces ingrédients ne peuvent donner ce que recherchent les amateurs, c’est-à-dire des yeux au bouillon, un spéculateur habile a inventé l’employé aux yeux de bouillon. Voici à peu près comme cela se pratique : un homme prend une cuillerée d’huile de poisson dans sa bouche, au moment où doivent arriver les pratiques, à l’heure de l’ordinaire, et, serrant les lèvres en soufflant avec force, il lance une espèce de brouillard qui, en tombant dans la marmite, forme les yeux qui charment tant les consommateurs. Un habile employé aux yeux de bouillon est un homme très recherché dans les établissements de ce genre.

— Mais cela doit avoir un goût détestable ?
— Eh ! mon Dieu ! le goût ne se développe que par la pratique. Comment voulez-vous que des gens habitués aux arlequins de la mère Maillard deviennent des gourmets ? L’eau-de-vie, d’ailleurs, leur a brûlé le palais.

Le loueur de viandes
Heureusement, ajoutai-je, les viandes que nous voyons pendues aux vitres de toutes ces gargotes me semblent belles et bonnes.

— Ces viandes ne sont là que pour le coup d’œil.
— Comment pour le coup d’œil ?
— Oui ; ces quartiers de bœuf, de mouton et de veau pendus aux vitres des marchands de soupe, ne leur appartiennent pas : ce sont des viandes louées.
— Des viandes louées ! De qui, et pourquoi ?
— Pour servir de montre, pour achalander la boutique. Ces gens-là vendent le plat de viande six sols au plus, trois sols au moins ; ils ne peuvent donc employer que de basses viandes. Et que voyez-vous chez eux ? de magnifiques filets, de superbes gigots, de succulentes entrecôtes. S’ils donnaient cela à leurs pratiques, ils se ruineraient. Ils s’entendent donc avec des bouchers qui, moyennant redevance, consentent à leur louer quelquefois même, des animaux entiers. Le loueur les reprend quand il en a besoin.
— C’est encore une industrie qui m’était inconnue. Je ne soupçonnais pas le loueur de viandes.

petits métiers.02

Marchand de contremarques judiciaires
M. Auguste est un ancien clerc de province. Il est venu à Paris sans sou ni maille ; il a été marchand de contremarques à la porte des théâtres du boulevard, où il a connu beaucoup de flâneurs et de petits rentiers, gens désœuvrés qui ne savent jamais comment franchir l’abîme immense qui sépare le déjeuner du dîner, la lecture du journal de l’ouverture des théâtres. Un jour qu’il se promenait dans le palais, il vit beaucoup de ces bons citadins qui stationnaient à la queue du public des tribunaux et qui faisaient mille gentillesses aux gardes municipaux pour les attendrir et tâcher de pénétrer dans le sanctuaire de la justice.

M. Auguste, qui est un homme à expédient, vit là une source de fortune. Il avait une idée. Dès ce moment il passa ses journées à courir dans les corridors du palais, accostant toutes les personnes qu’il voyait sortir des cabinets de messieurs les magistrats instructeurs. Il se proposait pour conduire les témoins à la caisse afin d’y toucher les deux francs que la justice alloue à tous ceux qui viennent la renseigner.

Lorsque le témoin avait reçu son argent, et qu’après avoir offert soit un canon de vin, soit une demi-tasse à M. Auguste, il voulait le quitter pour vaquer à ses affaires, celui-ci l’apitoyait en lui contant quelque histoire bien larmoyante, bien pathétique ; il savait encore se faire donner quelques sous pour sa peine. D’autrefois le témoin dédaignait la rétribution ; alors M. Auguste changeait sa batterie ; il inventait un autre conte, il implorait sa pitié ; il lui demandait son assignation en lui disant qu’il était père d’une nombreuse famille. On lui abandonnait facilement ce morceau de papier inutile. C’est en collectionnant toutes ces citations et assignations que M. Auguste a fondé le magasin qui le fait vivre.

Aujourd’hui M. Auguste vit comme un chanoine ; il est devenu une autorité dans le bas peuple du palais ; il gagne beaucoup d’argent. Il loue des citations en témoignage aux curieux pour les faire entrer aux Cours d’assises et aux Chambres correctionnelles, les jours de procès curieux.

Les gardes municipaux qui sont de planton aux portes des tribunaux ont pour consigne de ne laisser passer que les personnes assignées. Ils ne lisent jamais les assignations ; il suffit donc qu’on se présente hardiment avec un papier timbré pour qu’ils vous laissent passer, car du moment qu’on a le papier, la consigne est sauve. M. Auguste avait observé cela ; aussi a-t-il su en profiter.

Il sait par cœur la liste des affaires à juger ; il connaît les jours où les premiers sujets du barreau et de la magistrature debout doivent prendre la parole et ces jours-là, dès sept heures du matin, il est à son poste avec sa liasse de citations et d’assignations périmées. Il les loue ordinairement un franc pour la séance. On le connaît ; il a ses habitués ; on ne paie qu’après qu’on est placé ; mais on est obligé de laisser en nantissement 5 francs, qu’il ne remet qu’après la restitution de son papier.

— Et vous gagnez beaucoup d’argent à ce métier-là ? lui demandai-je.
— C’est selon les procès ; celui de Laroncière m’a rapporté jusqu’à 100 francs par jour ; j’étais obligé d’envoyer un de mes clercs dans la salle, pour redemander mes assignations. J’ai loué la même citation jusqu’à dix fois en une séance. Soufflard n’a pas mal donné ; la bande de Poil-de-Vache était bonne, mais ne valait pas les Habits noirs.
— Et les affaires politiques ?
— Cela dépend des personnages. Les complots m’ont laissé d’ailleurs d’excellents souvenirs ; les procès de presse furent d’un assez joli rapport. Les cris séditieux valaient moins. Quant aux crimes, aux infanticides, aux faux, aux vols de confiance, c’est chanceux.
— D’après ce que je vois, en lisant les détails d’un assassinat vous savez combien il vous rapportera.
— Il y a crime et crime ; c’est la position de l’accusé qui fait tout. S’il est jeune et féroce, il devient intéressant, c’est très bon. Si c’est un homme qui a simplement tué sa femme ou un passant dans la rue, ça ne vaut absolument rien. Les maris jaloux et farouches amènent des dames.

Mais parlez-moi de ces gaillards qui coupent leur maîtresse en morceaux ! qui l’attendent le soir dans une allée, la poignardent et tirent un coup de pistolet à leur rival à la bonne heure ! c’est du nanan ! Ils ont un public à eux, on les lorgne, on leur envoie des albums pour y écrire deux mots ; ils posent devant un parterre de femmes ; s’ils sont tant soit peu jolis garçons et que l’affaire prenne plusieurs audiences, la seconde journée double ma recette. Si le jugement se prononce la nuit, je suis obligé de donner des contremarques.

La nuit est très propice aux drames judiciaires, le beau sexe s’y crée des fantômes. C’est si intéressant, un scélérat passionné qui égorge proprement la femme qu’il aime ! il y a de quoi en rêver quinze jours. On envie le sort de la victime, on voudrait être aimé ainsi une fois, rien que pour en essayer. Ah ! Lacenaire ! nous ne trouverons malheureusement pas de sitôt son pareil. Il faisait des vers, Monsieur ! s’écria M. Auguste, d’un air moitié d’admiration et moitié de regret. Il était galant, intéressant, il s’exprimait bien. Encore deux affaires comme la sienne, et je me retirais dans mes terres.

Ah ! si le huis-clos n’existait pas pour certains attentats ! quelle source de fortune ! je serais millionnaire. Tout le monde en veut : C’est le fruit défendu.

 

 

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7 octobre 2013 1 07 /10 /octobre /2013 06:25

 

 

Autrefois .création bandeaux

 

 

 

Aujourd’hui ;

 

 

{ Eau },d’émeraude, d’urine ou
de Millefleurs : produits naturels
pour vaincre tous les maux ?

 

D’après « Bulletin de la Société d’histoire de la pharmacie », paru en 1928)

 

 

Au temps de Madame de Sévigné, l’eau d’émeraude « qui guérit et console de tout », l’essence d’urine appelée « catholicon » et que l’on conseille de préparer à partir de celle d’un jeune homme de 12 ans ayant bu du vin durant quelques mois, ou encore l’eau de Millefleurs produite à partir de bouse de vache fraîche recueillie au mois de mai, constituent autant de « remèdes verts » en vogue et auréolés d’une efficacité sans pareille

 

Tous ceux qui ont parlé de l’eau d’émeraude, dont usait Mme de Sévigné, l’ont considérée comme un produit tiré de l’urine. Seule, une lecture trop rapide a pu amener cette affirmation, acceptée sans examen par les auteurs modernes. Voici, cependant, ce qu’écrit notre aimable épistolière dans sa lettre du 20 juin 1685, adressée à Mme de Grignan :

pharmacien.jpg

Chez le pharmacien

« Je leur écrivis [aux Capucins du Louvre] que ma jambe suait ; ils me répondirent qu’ils le savaient bien ; que c’était là le but de leurs remèdes et que j’étais complètement guérie ; ils m’ont envoyé d’une essence qu’ils appellent d’Emeraude, qui guérit et console et perfectionne tout, et sent divinement bon. »

Et à la date du 1er juillet de la même année : « Je marche tant que je veux ; je mets d’une eau d’Emeraude si agréable que, si je ne la mettais sur ma jambe, je la mettrais sur mon mouchoir. »

Nous ne voyons rien dans ces lettres qui puisse faire supposer qu’il entrât de l’urine dans cette eau qui sentait « divinement bon - ». Ni son odeur, ni son mode d’emploi ne le peuvent faire admettre. De plus, nous trouvons dans les Eléments de pharmaciede Baumé, une formule d’une eau d’émeraude qui paraît suffisamment explicite : c’est une simple alcoolature de plantes aromatiques, d’où la bonne odeur du produit et sa couleur émeraude, due à la macération des plantes fraîches. La cause paraît jugée, mais cette rectification pourra-t-elle détruire la légende qui s’est créée sur ce point, le fait est moins certain.

Quant à l’essence d’urine, il ne peut y avoir de doute : elle avait bien pour base le liquide organique d’un emploi si fréquent au XVIIIe siècle et aux époques antérieures. Les apothicaires du temps tiraient de ce liquide trois préparations : l’esprit igné, le sel volatil et le magistère. C’est au premier qu’avait recours Mme de Sévigné : elle l’utilisait à la dose de quelques gouttes pour ses vapeurs ou mêlée avec autant de baume Tranquille contre ses rhumatismes.

Voici ce qu’elle écrit à sa fille, le 15 décembre 1684 : « Je vous envoie ce que j’ai de plus précieux, qui est une demie bouteille de baume Tranquille. Je ne pus jamais l’avoir entière, les Capucins n’en ont plus. Ils vous prient de vous frotter le côté, c’est-à-dire dix à douze gouttes avec autant d’esprit d’urine : il faut que cela soit chaud et qu’il pénètre et s’insinue dans le mal : ils prétendent que cela est divin contre le grand mal de gorge. »

Il s’agissait des Capucins du Louvre. L’un d’eux, le frère Tranquille, ayant inventé le baume qui porte son nom, ils avaient obtenu licence de l’exploiter ; ils y joignirent bien d’autres médicaments et avaient au Louvre une officine dans laquelle ils pratiquaient la médecine et la pharmacie. Leur vogue fut telle que plus d’une fois ils manquèrent de médicaments : ils demandaient alors à leurs clients de leur rendre ce qu’ils avaient en réserve, promettant d’en donner le double à la saison prochaine. C’était la médecine du bon sens et de l’observation opposée aux âneries des Diafoirus de la Faculté.

Le 13 juin 1685, Mme de Sévigné écrivait encore à sa fille : « Pour mes vapeurs je pris huit gouttes d’essence d’urine et contre mon ordinaire elle m’empêcha de dormir ; mais j’ai été bien aise de reprendre de l’estime pour elle ; je n’en ai pas eu besoin depuis. En vérité, je serais ingrate si je me plaignais. » Elle en reparle encore quelques jours plus tard, le soin de sa santé étant la préoccupation constante de la belle marquise. Qu’était donc cette essence d’urine ? Vieillard est parvenu à exhumer la curieuse recette suivante, que nous transcrivons :

« Baume d’urine, qu’on peut à juste titre appeler « catholicon », à cause de ses propriétés merveilleuses. Prenez l’urine d’un jeune homme bien portant de 12 ans environ et si possible qui ait bu du vin depuis quelques mois. Faites putréfier cette urine sur du fumier pendant une année philosophique [un mois], puis distillez-la dans l’athanor à petit feu sur des cendres ou du sable dans un vase de verre, recouvert d’un alambic de verre joint lui-même à un récipient de verre, le tout recouvert d’un sceau d’Hermès [c’est-à-dire fermé à la lampe] ;

« On cohobera à quatre reprises [c’est-à-dire quatre fois on remettra le produit distillé sur le résidu pour le distiller à nouveau] ; le produit de la distillation sera recueilli dans un vase de verre bien fermé et non un autre. La couleur doit être blanche et son odeur légèrement fétide, c’est pourquoi, pour lui donner une saveur plus suave, on lui ajoute avant d’en faire usage, de la cannelle et du sucre.

« Vertus du baume d’urine. La quintessence d’urine peut être un remède universel [catholicon]. Elle possède, en effet, d’admirables propriétés pour tous genres de maladies et vient merveilleusement en aide à la nature. Elle guérit l’hydropisie, la suppression de l’urine et des règles, empêche la corruption, guérit la peste, les fièvres de toute nature, putrides, fièvres quartes, quotidiennes, elle arrête les vomissements et les nausées, malgré que parfois elle provoque elle même les vomissements. »

En somme, cet esprit d’urine n’était autre chose qu’une solution ammoniacale ; comme telle, elle avait des propriétés réelles et nous avons encore son similaire dans la liqueur ammoniacale anisée qui malheureusement n’a pas hérité de toutes ses brillantes qualités.

 

pharmacien.2.jpg

Une ancienne pharmacie

Trop d’analogies existent entre l’essence d’urine et l’eau de Millefleurs, pour que la pensée ne vole pas naturellement de l’une à l’autre. Dès l’abord, une surprise nous attend : comment a-t-on pu donner un nom si poétique et si parfumé à un produit aussi répugnant ? Sans doute c’est l’éternelle loi ; Vulgus vult decipi, et il a fallu cacher sous des fleurs la médecine nauséabonde. La seule transposition de l’effet à la cause explique mal cette dénomination inattendue. Puis, au fond, c’est une question d’habitude et de répugnance peut-être mal expliquée. Nous buvons bien le lait de la vache ; pourquoi reculons-nous devant l’eau de Millefleurs, que nos ancêtres absorbaient à pleins verres et qui a la même origine ? Il n’y a rien de sale dans la nature, mais seulement des composés chimiques en voie de transformation et à ce point de vue l’un n’est pas plus sale que l’autre.

L’eau de Millefleurs, nous dit Lémery, est le produit de la distillation de la bouse de vache fraîche et recueillie au mois de mai. Pourquoi le mois de mai ? Parce que, à ce moment de l’année, la végétation a pris assez de vigueur pour que les vaches puissent brouter les mille fleurs de la prairie. Il y avait une variante qu’on appelait l’eau de toutes fleurs, de Bateus. On prenait alors de la bouse de vache et des limaçons avec leurs coquilles ; le tout était écrasé, délayé dans un tiers de vin, blanc et distillé. Cette dernière était surtout réservée comme eau de toilette pour les mains et le visage.

Enfin on donnait encore le nom d’eau de Millefleurs à la simple urine de vache ; c’est ainsi du reste qu’elle était principalement employée, et l’on s’en servait, paraît-il, avec beaucoup de succès contre plusieurs maladies. Au printemps et en automne, on en buvait deux ou trois verres tous les matins pendant neuf à dix jours et on se promenait ; l’auteur ajoute : il est bon que ce soit à la campagne, et pour cause.

Cette urine purge beaucoup les sérosités, mais sans tranchées ; elle produit de bons effets par les purgations ; elle est propre pour l’asthme, pour l’hydropisie, pour les rhumatismes, pour la goutte et pour les vapeurs. Cette eau de Millefleurs remplaçait donc la médication dépurative que beaucoup ont l’habitude de suivre à ce moment de l’année. On se mettait au vert, selon l’expression consacrée. Plus tard survint le jus d’herbes, si en honneur à la fin du XIXe siècle, et il n’est pas dit qu’un jour ou l’autre un retour de fortune ne soit réservé à nos vieilles drogues.

 

 

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30 septembre 2013 1 30 /09 /septembre /2013 05:58

 

 

Autrefois .création bandeaux

 

Aujourd’hui;

 

Crise de la politesse et
déclin de l’urbanité française

  

(D’après « Musée universel », paru en 1873).......


Rappelant à celles et ceux qui verraient en lui un esprit chagrin prônant le retour à des valeurs tenant de l’ancienne monarchie, quela suprême politesse dans les rapports sociaux nous vient de la démocratie athénienne, un observateur attentif du déclin de l’urbanité française s’émeut, entre autres choses et à la fin du XIXe siècle, de la perte d’une « marque de déférence délicate qui maintenait la femme un peu au-dessus d’un camarade de classe ou de café »

 

 

Je ne veux pas dire, d’une façon absolue, que de notre pays ait complètement disparu cette urbanité, cette politesse exquise qui fut, aux deux derniers siècles, une des qualités les plus brillantes et les plus aimables de la société française, explique Frédéric Lock dans le Musée universel en 1873. Il nous en reste encore des débris, plus appréciés peut-être des étrangers que de nous-mêmes, mais une partie notable a péri.


politesse.jpgCe que je rappelle ici, je ne l’ai pas observé dans les réceptions de cour ou dans les salons de la noblesse ; c’étaient choses d’un usage courant dans ce que l’on pourrait appeler la moyenne bourgeoisie, si ce mot de bourgeoisie avait encore un sens précis en France.
Sans entreprendre d’en faire ici le nécrologe exact, je vais essayer d’en noter quelques traits. Peut-être, un jour, quelque chercheur curieux des mœurs d’autrefois ne sera pas fâché de rencontrer ici ces notes sur un sujet que la grande et sérieuse histoire laisse volontiers de côté, n’ayant mission d’enregistrer que les graves événements qui changent la situation des peuples.

J’ai pu voir encore, au début de ma jeunesse, des hommes qui, de l’ancienne politesse française, avaient conservé l’habitude de baiser la main à une dame en prenant congé d’elle. C’étaient des vieillards qui accomplissaient avec un respect mêlé d’affection cet acte de courtoisie, accueilli avec une gracieuse dignité par celles à qui il s’adressait.

Depuis, je n’en ai pas revu d’exemple. Au baise-main s’est substitué le serrement de mains, la poignée de mains. Je n’en médis pas : il n’est pas à dédaigner de presser amicalement dans sa main masculine une fine et élégante main féminine, bien que le plaisir ne soit peut-être pas égal pour celle-ci ; mais il y avait dans l’ancien usage une marque de déférence délicate qui maintenait la femme un peu au-dessus d’un camarade de classe ou de café.

Alors aussi, la politesse la plus usuelle n’admettait pas qu’un homme parlant à une femme, quelle qu’elle fût, dans un endroit public, eût le chapeau sur la tête. S’il ne l’ôtait pas par respect pour la femme, il l’ôtait par respect pour lui-même, afin de ne pas donner lieu de penser qu’il pût s’entretenir un instant avec une personne qui ne fût pas digne de cette marque d’égard.

Toujours aussi, un homme se découvrait en entrant dans une boutique (on dit aujourd’hui un magasin) tenue par une femme et ne remettait son chapeau qu’en sortant. C’était aussi le chapeau à la main que, dans les cafés, on s’approchait de la dame de comptoir pour solder sa consommation.

Les Anglais nous ont apporté l’usage d’entrer à peu près partout et de parler aux femmes le chapeau rivé à la tête. Nous aurions pu trouver de meilleures choses à leur emprunter. D’eux aussi vient la coutume, déjà trop répandue, que les dames se retirent à la fin du dîner et s’en aillent causer seules au salon, laissant les hommes boire des liqueurs et fumer pipe ou cigare. Cela a remplacé peu avantageusement le dessert qui était, chez nos pères, le moment joyeux du dîner.

Le tabac n’a pas toujours été ce conquérant despote. J’ai vu le temps où un homme bien élevé n’eût pas osé avoir le cigare à la bouche en donnant le bras à une femme ou en raccompagnant en voiture. Si les femmes se plaignent aujourd’hui d’être chassées par la nicotine, elles ont à se reprocher d’avoir appelé et introduit chez elles cet envahisseur au lieu de le proscrire rigoureusement.

Il y eut, en effet, un moment où la vogue, l’engouement furent tels que des femmes, et du meilleur monde, non seulement tolérèrent le cigare dans la salle à manger, mais encore lui ouvrirent asile dans un fumoir et allèrent jusqu’à fumer elles-mêmes. Elles portent maintenant la peine de leur complaisance outrée.

On dit, il est vrai, que les femmes fument en Espagne. Soit ; cela plaît apparemment aux Espagnols ; mais la mode ne s’en est pas implantée en France, bien que l’on puisse voir, en quelques endroits, des paysannes le bonnet de coton sur la tête et la pipe à là bouche.

C’était encore autrefois une règle de politesse qu’un homme, rencontrant une femme dans un escalier, remontât ou redescendît quelques marches, ou, tout au moins, se rangeât pour lui laisser le passage libre et la saluât quand elle passait près de lui. C’est à peine, aujourd’hui, si l’on prend soin de ne pas la heurter, et elle serait fort étonnée de se voir saluer.

On a dit que le degré de civilisation d’un peuple se peut mesurer à la façon dont les femmes y sont traitées. Faut-il croire qu’en leur témoignant moins de respect, le temps présent leur a fait dans la société une part meilleure. Je laisse à d’autres le soin d’en décider. Qu’en pensent les femmes elles-mêmes ?...

J’ai ouï dire que toutes ces formes de politesse, à peu près oubliées, étaient des habitudes de courtisanerie, nées aux temps de la monarchie et incompatibles avec la liberté d’allures de la démocratie.

Je n’en crois rien. La suprême politesse dans les rapports sociaux, comme le suprême goût dans les choses de l’esprit et de l’art, s’expriment par un mot : Atticisme, qui nous vient de l’époque la plus florissante de la démocratie athénienne. Sommes-nous donc incapables d’être des démocrates aussi polis que les Athéniens du siècle de Périclès ?

Même dans la démocratique Amérique, qui ne se pique pas d’extrêmes raffinements de politesse, la femme est, au moins publiquement, traitée avec beaucoup de respect : la plus timide jeune fille peut aller d’un bout à l’autre des États de l’Union, certaine que pas une parole choquante ne lui sera adressée, et qu’en chemin de fer, si toutes les places sont occupées, un homme se lèvera pour lui céder son siège.

Aujourd’hui je ne prétends pas faire un sermon ; je n’ai voulu que consigner quelques traits de mœurs qui n’existent plus ; je suis un témoin et non pas un panégyriste du temps passé.

 

 

 

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23 septembre 2013 1 23 /09 /septembre /2013 06:52

 

 

Autrefois .création bandeaux

 

 

Aujourd’hui  le mot harassé

 

 

"L'étymologie des mots de la langue française. "

 

 

 

 

Harassé

 

 

 

Parmi ceux qui emploient le mot harassé, bien peu savent que ce mot fait allusion à une ancienne coutume judiciaire aujourd’hui entièrement disparue.

On sait que le duel judiciaire a longtemps subsisté dans nos mœurs, non seulement pour les accusations de meurtre, de trahison ou de lèse-majesté, mais encore pour les contestations purement civiles : on appelait cela le jugement de Dieu, et on était persuadé que la victoire restait toujours au bon droit.

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Ceux qui ne pouvaient soutenir leur cause par les armes, tels que les moines, les veuves, les mineurs, choisissaient un champion qui allait sur le terrain à leur place. Un moment le champion fut un personnage public, comme l’est aujourd’hui l’avocat. Les chevaliers se battaient armés de toutes pièces, avec la lance, la dague et le poignard ; quant aux vilains, à qui l’usage des armes était interdit, ils se battaient à coups de bâton.

Ils avaient devant eux une espèce de grande planche qui leur servait de bouclier et qu’ils pouvaient opposer aux coups de leur adversaire. Cette planche était percée de deux trous pour les yeux, afin qu’ils pussent diriger leurs coups et voir les mouvements de leur ennemi.

Cette sorte de bouclier, appelé harasse, était fort lourd, de sorte que celui qui l’avait porté longtemps se trouvait harassé, c’est-à-dire épuisé. L’usage a disparu, mais le mot est resté.

 

 

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16 septembre 2013 1 16 /09 /septembre /2013 06:02

 

 

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Aujourd’hui….

 

 


Pâtés de foie gras (Origine des)
de Strasbourg

(D’après « Les Annales politiques et littéraires », paru en 1904)

 

 

 

 

Nés peu avant la Révolution, les pâtés de foie gras de Strasbourg s’exportèrent dans le monde entier et durent leur naissance à un cuisinier normand devenu sans le vouloir Alsacien d’adoption...

 


 

Le maréchal de Contades, en venant prendre son commandement militaire de la province d’Alsace, de 1762 à 1788, se méfiait de la cuisine locale. Il avait donc amené avec lui son cuisinier. Ce dernier se nommait Close et était Normand. Avec l’intuition du génie, il comprit ce que le foie gras pouvait devenir dans une main d’artiste et avec le secours des combinaisons classiques empruntées à l’école française.

 

Il l’avait, sous la forme de pâté, élevé à la dignité d’un mets souverain, en l’affermissant et en concentrant la matière première, en l’entourant d’une douillette de veau haché, que recouvrait une fine cuirasse de pâte dorée et historiée. Le corps ainsi créé, il fallait encore lui donner une âme. Close la trouva dans les parfums excitants de la truffe du Périgord. L’œuvre était complète. C’était l’inspiration d’un artiste de génie...

 

edouard-copie-1En 1788, le maréchal de Contades quitta Strasbourg et fut remplacé par le maréchal de Stainville. Close, fatigué de servir un grand seigneur et amoureux, par-dessus le marché, se décida à rester à Strasbourg. Il fit la cour à la veuve d’un pâtissier français nommé Mathieu, qui demeurait dans la rue de la Mésange, et il l’épousa. Il confectionna pour le public, et vendit officiellement, depuis lors, les pâtés qui avaient fait les délices secrets de la table de M. de Contades.

C’est de ce modeste laboratoire que le pâté de foie gras est parti pour faire le tour du monde ! Close avait jeté les fondements d’une grande découverte. Un autre cuisinier parut, qui la compléta et la porta à la perfection.

En 1789, quand les Parlements disparurent avec tout l’ancien régime, le premier président du Parlement de Bordeaux, Leberthon, licencia toute sa maison. Son chef vint, au hasard, chercher fortune à Strasbourg. Ce chef était jeune, intelligent, ambitieux, formé dans les meilleures doctrines. Il se nommait Doyen.

 

Après avoir excellé, d’abord, dans des confections modestes, telles que les chaussons de pommes, il s’adonna aux chaussons de veau haché. Bientôt, il fut assez riche pour faire concurrence à Close. Il alla s’établir, alors, dans l’ancienne tribu des orfèvres, dite à l’Echelle, rue du Dôme. On doit considérer ce premier Doyen comme le second fondateur du pâté de foie gras. Il fut le docteur et le maître de cette phalange d’artistes heureux, les Jehl, les Gritsels, les Muller, les Blot, les Artzner, les Hummel, les Henry, qui ont porté si haut le renom de l’Alsace pâtissière...


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19 août 2013 1 19 /08 /août /2013 06:42

 

 

Autrefois .création bandeaux

 

 

 

Aujourd’hui……

 

 

Vacances en 1830 

 

[Du temps des diligences à celui des plages]

(D’après « Lectures pour tous », paru en 1929)

 

 

Ne regrettons pas trop l’imprévu des voyages au temps du Romantisme, car cet imprévu-là passait quelquefois la mesure, écrit le chroniqueur Charles Clerc en 1929. Les routes de montagnes, cahoteuses et ravinées, devenaient terribles quand le postillon n’était plus maître de ses chevaux. Et de nous donner à entrevoir ce qu’étaient les vacances un siècle plus tôt, en 1830.

 


 

 Dans son charmant essai sur le Voyage, Paul Morand, qui a, comme on sait, nous explique Charles Clerc, la passion de courir le monde, prétend que « si nos contemporains se déplacent tant, c’est qu’ils sont malheureux : d’où les voyages d’agrément ».

Cette boutade donnerait à croire que nos pères étaient gens heureux. Car la légende veut qu’ils aient été d’enragés sédentaires. Mais il reste à savoir si la légende n’exagère pas. De ce qu’on se déplaçait moins facilement qu’aujourd’hui, il y a cent ans (notre chroniqueur écrit en 1929), de ce qu’on ne songeait pas, et pour cause, à aller passer le week-end à Deauville ou au Touquet, faut-il en conclure que le goût des voyages était inconnu ?

diligence

 Diligence versant dans un précipice, par Jazet (vers 1830)

 

Les plus illustres exemples s’inscrivent en faux contre cette opinion reçue. Entre 1830 et 1840, Victor Hugo a fait le voyage du Rhin ; Musset et George Sand celui de Venise ; Lamartine, le voyage en Orient, pour lequel il a nolisé, à Marseille, un brick de 250 tonneaux, l’Alceste, appartenant à l’armateur Bruno Rostand, grand-père du poète. Théophile Gautier a vagabondé Tra los Montes ; Dumas en Suisse ; Gavarni aux Pyrénées. Ce n’est déjà pas si mal !

L’âge des pataches

Lents voyages, assurément. Pataches, diligences et cabriolets ne mènent pas le rain d’enfer de nos rapides ou de nos autocars. Ils vont au petit trot de leurs chevaux, par des routes cahoteuses et ravinées. Il faut à cette époque dix-huit heures pour aller à Rouen par la diligence qui part le soir, à 5 heures, de la rue Notre-Dame-des-Victoires. Onze jours pour atteindre Barèges. Le Courrier de Lyon, de célèbre mémoire, met une semaine, quand il n’est pas dévalisé chemin faisant.

Ce qui n’empêche pas Victor Hugo de trouver que la chaise de poste est « chose étincelante et rapide ». Le chemin de fer, qu’Alfred de Vigny compare à un « taureau de fer soufflant et beuglant », n’en est encore qu’à ses débuts. Arago vient de s’opposer à la construction du tunnel de Saint-Cloud, sur la ligne Paris-Versailles, sous prétexte que « les tunnels risquent de donner aux voyageurs des fluxions de poitrine, des pleurésies et des catarrhes ».

On voyage donc à petites journées. Sur la grande route, à chaque relais, les aubergistes affairés rudoient leurs garçons d’écurie et leurs filles de cuisine, lorsque la diligence arrive dans un grand bruit de ferraille. On s’attable, parfois en hâte. Car la tyrannie du conducteur écourte de temps en temps le bon dîner — potage, quatre plats, dessert et vin — qui coûte deux francs dans les meilleurs hôtels de Normandie. Le comédien Samson paye deux sous une huître « pied de cheval », si énorme qu’elle fait l’essentiel de son souper. L’usage est alors de donner au garçon un sou par franc de pourboire, deux sous si l’on s’est fait servir en dehors de la salle commune.

On repart. Et si quelque accident de route survient, la seule ressource est d’attendre le passage d’une autre voiture.


Les premières plages

Ou va-t-on ? Quels sont alors les rendez-vous des lions et des dandys ? On les rencontre, dans la Forêt-Noire, à Bade dont Musset nous a dit les folles parties de roulette. On les croise sur la route de Dieppe, que la reine Hortense a lancée en y allant prendre des bains de mer. Une reine en costume de bain, c’était alors un événement ! Quand la duchesse de Berry, à son tour, eut recours aux bains de Dieppe, en 1824, un coup de canon annonça son entrée dans la mer et l’inspecteur des bains, en habit à la française, l’épée au côté, lui offrit cérémonieusement la main pour ses premiers pas dans l’eau salée.

Dieppe, en 1830, est l’unique plage fréquentée. Nul n’oserait encore, le long des côtes normandes, s’aventurer ailleurs. Mais voici qu’en 1838, un petit village de pêcheurs, à l’embouchure de la Touques, séduit le paysagiste Paul Huet. Un soir, chez Nodier, il le vante à Alexandre Dumas père, qui fait bientôt le voyage et trouve gîte chez la mère Oseraie, pour quarante sous par jour, repas compris.

Un mois plus tard, Dumas, dans tous les cafés du Boulevard, célébrait avec enthousiasme ce petit village, qui s’appelait Trouville. Dieppe était détrônée. La création du premier réseau de chemins de fer, en 1842, allait consacrer la vogue de ces plages, et de bien d’autres encore.

 


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12 août 2013 1 12 /08 /août /2013 05:35

 

 

 

Autrefois .création bandeaux

 

 

Aujourd’hui.............

 

 

 

 

Insectes baromètres et thermomètres
pressentant pluie, grêle et vent

 

 

 

(D’après « Le Mois littéraire et pittoresque », paru en 1901)

 

Sur la seule foi d’observations, nos ancêtres considéraient certains insectes comme excellents thermomètres-baromètres dont il suffisait de scruter le comportement pour prévoir pluie, orage, vent ou encore grêle, tels les grillons, rainettes ou géotrupes

 

Déjà chez les Anciens — maints passages d’auteurs grecs ou latins l’attestent — on cherchait à prédire le temps, et, comme les observations scientifiques manquaient alors, le peuple érigea en principes des coïncidences fortuites. Virgile, par exemple, va nous renseigner sur les préjugés météorologiques en honneur chez ses superstitieux contemporains. Citons donc quelques vers du chantre de Mantoue traduits par Delille.

 

 

Voici d’abord les signes précurseurs de l’orage :

La grue avec effroi s’élançant des vallées
Fuit ces noires vapeurs de la terre exhalées ;
Le taureau hume l’air par ses larges naseaux ;
La grenouille se plaint au fond de ses roseaux ;
L’hirondelle en volant effleure le rivage ;
Tremblante pour ses oeufs, la fourmi déménage.

La pluie se pronostique également avec facilité :

Quand la jeune Phébé rassemble sa lumière,
Si son croissant terni s’émousse dans les airs,
La pluie alors menace et la terre et les mers.

Il faudra craindre les vents :

Quand des feux du soleil, l’Occident se colore
Si de taches semé, sous un voile ennemi,
Son disque renaissant se dérobe à demi.

La grêle s’abattra :

Si de son lit de pourpre on voit l’Aurore en pleurs
Sortir languissamment sans force et sans couleurs.

Au contraire, lorsque l’arc de la lune brille le quatrième jour, le beau temps se maintiendra un mois durant :

Le ciel sera sans eau, l’aquilon sans haleine.
L’océan sans tempêtes...

A quelques-uns de ces pronostics, nos populations rurales accordent encore certaine confiance, et les indications que les hommes des champs tirent des végétaux ou des animaux se sont multipliées au cours des âges. Ainsi on admet que la corolle du liseron se ferme aux approches de la pluie, que le mouron, ce « baromètre du pauvre homme », comme on le surnomme dans les campagnes, tient également ses fleurs closes dans des circonstances atmosphériques analogues, et si la rose de Jéricho contracte ses branches, on peut compter sur la sécheresse. Mais la prédiction du temps basée sur la gent animale paraissait jusqu’ici assez illusoire malgré l’intérêt que lui témoignèrent de grands savants.

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Rainette de Göldi et rainette verte méridionale

Sous ce rapport, l’exemple de la rainette est typique. Le naturaliste Dumeril n’écrivait-il pas, en 1863, à propos de cette jolie petite grenouille verte : « On se fait un hygromètre ou un baromètre vivant en mettant une de ces bestioles dans un vase où l’on a soin de lui donner de l’eau et des insectes pour sa nourriture. Munie dans sa prison de verre d’une petite échelle, son ascension indique que le temps sera sec. » Le maréchal Vaillant soutenait la même thèse, lors d’une discussion relative à l’établissement d’observatoires météorologiques sur toute l’étendue de nos possessions africaines : « La grenouille du père Bugeaud, disait-il, égayé encore aujourd’hui les bivouacs de nos soldats en Afrique. Ce grand homme de guerre consultait sa rainette avant de mettre ses troupes en marche pour une expédition » et, poursuivait l’orateur, il faut se livrer à des observations analogues dans notre colonie afin de démontrer ou d’infirmer leur exactitude. Eh bien, l’expérience a prononcé aujourd’hui. La rainette ne saurait donner un renseignement atmosphérique sérieux.

Au début du XXe siècle, une revue américaine estimée, Popular science monthly, proposa de déterminer la température de l’air par un procédé assez singulier reposant sur le nombre de cris lancés par le grillon dans l’espace d’une minute, nombre variable suivant les oscillations thermométriques. Mlle W. Brooke y formula, en effet, la règle mathématique suivante. Adoptez 72 stridulations par minute à 60° Fahrenheit (15,5°C) et pour chaque série de quatre stridulations en plus, ajoutez 1° Farhenheit ; pour chaque période de quatre stridulations en moins, diminuez de la même quantité et vous obtiendrez une concordance parfaite entre les températures ainsi déterminées et celles relevées au thermomètre — du moins la Broooke nous l’affirme.

Vers le même temps, l’entomologiste avignonnais bien connu J.-H. Fabre, a montré que les géotrupes étaient de distingués météorologistes. Voyons à l’œuvre ces sagaces insectes, et d’abord un mot sur leurs mœurs. Parmi les assainisseurs des champs, les uns, tels que les mouches, les dermestes et les nécrophages, sont chargés de disséquer les cadavres. Une taupe gît-elle éventrée sur le chemin, au pied de la haie, un enfant sans pitié a-t-il lapidé un lézard qu’avril venait de revêtir de sa splendide parure d’émeraude, vite ces petits croque-morts accourent, attirés par le fumet du morceau. Ils charcutent, ils dissèquent et en une journée les minuscules fossoyeurs ont accompli leur tâche. La place est nette.

La seconde catégorie d’insectes préposés par la Nature à la salubrité rurale ne met pas moins d’empressement à faire disparaître les bouses de vaches, le crottin du cheval ou autres déjections d’animaux, et les géotrupes se distinguent entre tous. Ils épurent, ces pauvres « bousiers », avec toute l’ardeur de leurs mandibules, de leurs pattes, et nous n’accordons à ces utiles auxiliaires qu’un regard dédaigneux.

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Gootrupes stercorarius

Les géotrupes abandonnent seulement leurs repaires vers le crépuscule et, à condition toutefois que l’atmosphère soit calme et chaude, ils se mettent à la recherche des matériaux nauséabonds dont ils vont se repaître avec délice. En une séance nocturne, la souillure choisie par chaque groupe sera enfouie. Mais si la pluie menace ou si le vent souffle, nos stercoraires restent tranquilles, car ils ont amassé sous terre des victuailles suffisantes pour un long chômage.

Fabre décrit dans son mémoire les curieuses expériences qui lui ont permis de tirer ces conclusions et il en résume les grandes lignes en trois cas généraux.

Premier exemple : soirée magnifique. Les géotrupes s’agitent dans la cage où le naturaliste les a enfermés et se montrent impatients d’accomplir leur tournée vespérale, signe de beau temps pour le lendemain. Effectivement, le jour suivant, l’atmosphère fut d’une remarquable pureté.

Deuxième observation : nuit superbe encore. Selon les indications du baromètre et l’état du ciel, le savant naturaliste croit à la continuation du beau temps. Les bousiers ne partagent pas cet avis. Ils ne mettent pas le nez dehors contrairement à leur habitude. L’insecte, plus subtil que l’homme, avait senti l’averse qui tomba un peu avant l’aurore.

Troisième fait, non moins typique. Cette fois, le ciel est couvert et la venue d’une forte ondée semble prochaine. Cependant, grâce à la subtilité de leurs organes, les géotrupes pensent sans doute le contraire puisqu’ils bourdonnent dans leur geôle. La justesse de leur pronostic s’affirme du reste bientôt, les nimbus menaçants se dissipent et, dès son lever, le soleil se montre radieux.

De même, l’état électrique de l’atmosphère influence beaucoup les bousiers. Aux approches de l’orage, par de lourdes et chaudes soirées, ils s’agitent et s’inquiètent plus que de coutume. A cet égard, J.-H. Fabre relate une expérience bien remarquable. Les 12, 13, 14 novembre, les géotrupes de ses volières firent preuve d’une extraordinaire agitation. Quelle était donc le pourquoi ? Une bourrasque avait éclaté sur le nord de la France, et la forte dépression barométrique, cause de la tempête, se répercutait dans la région d’Avignon. Comme le constate le sagace entomologiste, les géotrupes lui parlaient de l’ouragan « avant son journal » ! Faut-il regarder ces constatations comme des coïncidences fortuites ?

Cependant Fabre a vu de même les chenilles processionnaires du pin subir l’influence des perturbations atmosphériques. Bien mieux, elles paraissent pourvues d’organes curieux, véritable arsenal d’instruments météorologiques. Alors, tandis que la rainette serait impuissante à prédire le temps, les géotrupes et les processionnaires constitueraient de merveilleux insectes-baromètres dont la délicatesse laisserait bien loin les indications brutales de la colonne de mercure.

 

 

 

 

 

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5 août 2013 1 05 /08 /août /2013 06:54

 

 

 

Autrefois .création bandeaux

 

 

 

Première femme dentiste :

 

 « Événement dans l’art dentaire en 1740 »

 

(D’après « Bulletin de la Société d’histoire de la pharmacie », paru en 1928)

 

C’est en 1740, cependant que la pratique de l’art dentaire n’était encore assujettie qu’à un examen élémentaire en présence de juges qui n’étaient pas des spécialistes, que Madeleine-Françoise Calais, âgée de 27 ans et ayant exercé jusqu’alors comme simple apprentie, décide de devenir dentiste indépendante et doit, pour ce faire, notamment vaincre les réticences du procureur général du parlement de Paris

 

Sous l’Ancien régime, la pratique de l’art dentaire était libre, et ce métier ne fut pas compris dans l’organisation très stricte, qui, à la suite des longues luttes entre les médecins et les barbiers-chirurgiens, avait fini par réglementer l’exercice de la thérapeutique, en astreignant à des obligations précises les praticiens chargés de soigner malades et blessés, après examens et réception dans les communautés corporatives autorisées.

 

Ce fait s’explique par le peu de développement de l’hygiène et de la chirurgie dentaires : le premier écrivain sérieux sur la question, Pierre Fauchard, qui a publié en 1728 Le Chirurgien-dentiste ou Traité des dents, en deux volumes, parle encore des « vers » des dents pour expliquer la carie. Mais cette négligence entraîna de graves conséquences. Les pires charlatans se chargèrent d’arracher les dents malades. C’était un amas de « gens sans théories, qui pratiquaient cet art au hasard, sans principes ni méthodes », nous explique Fauchard.dentiste.01.jpg

De plus, la constitution définitive de la communauté des chirurgiens, qui se fit, malgré l’opposition des médecins grâce aux efforts des chirurgiens royaux, François de La Peyronie et Georges Maréchal, transforma l’exercice de la médecine. La chirurgie, qui fit des progrès grâce à la création du Collège et de l’Académie de Chirurgie, se dégagea définitivement de la barberie en 1743.

C’est aussi alors que s’organisèrent à Paris les spécialités non classées. Les candidats dentistes, « renoueurs d’os », oculistes, herniaires, « lithotomistes » furent astreints, dès 1701, à un examen élémentaire « sur la théorie et la pratique » par devant le chirurgien du roi (ou son lieutenant) et les quatre prévôts en charge de la communauté et en présence des sommités du monde médical. Après quoi, s’il était reçu, l’élève prenait le titre d’expert pour les dents et pouvait exercer sa spécialité, sans pour cela être agrégé à la communauté. Il n’en payait pas moins les droits d’examen, de réception, d’immatriculation, de confrérie et de visite, sans oublier les traditionnels cadeaux de jetons d’argent et de paires de gants.

Ce système était loin d’être excellent. Les juges n’étaient en effet pas des spécialistes. Aussi en 1728, Fauchard réclamait la présence à l’examen d’un dentiste habile, de grande expérience, qui saurait « sonder » les candidats sur les difficultés importantes de leur technique et leur pourrait montrer les moyens de les surmonter. Toutefois, ce système présentait les éléments d’un perfectionnement rudimentaire. Les « experts » pour les dents, ainsi choisis, n’étaient même pas cependant au niveau des derniers garçons apothicaires : Fauchard estimait le savoir des candidats « au-dessus du médiocre ».

Mais s’ils étaient incapables de recourir aux procédés chirurgicaux, ils avaient quelques éléments de science, absolument inconnus des simples « arracheurs » et autres charlatans, et pouvaient donner des conseils d’hygiène, qui permettaient de diminuer la fréquence et l’exagération de ces terribles maux. Rappelons en effet l’importance de la névralgie dentaire dans l’histoire de l’humanité. Il suffit, pour s’en rendre compte, de relire les admirables Confessions d’un fumeur d’opium de Thomas de Quincey, qui montre, et avec quelle puissance, où mène la douleur qui vient des dents gâtées.

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Dentiste du XVIIIe siècle opérant sur une place de village, par Peter Angillis

 


Mais, en 1740, une question assez curieuse se posa, pour l’exercice de l’art dentaire. Une jeune femme de Paris, Madeleine-Françoise Calais ayant besoin de gagner sa vie, avait, dès sa dix-huitième année en 1732, résolu de devenir « experte pour les dents. » Elle avait servi trois ans chez le praticien Gérandly comme « apprentise », puis elle avait travaillé chez le même patron comme employée et presque associée « à la satisfaction et aux applaudissements universels du public. »

En 1740, lorsqu’elle eut vingt-sept ans, la jeune opératrice, qui avait toute confiance en son savoir, résolut d’exercer son art de manière plus indépendante, et pour parvenir à ce résultat, elle se proposa de passer l’examen rendu obligatoire par les statuts de la communauté des chirurgiens : une fois reçue, elle était décidée à pratiquer son métier sous son nom.

Elle subit avec succès les épreuves et fut « unanimement agréée. » Mais ses juges furent pris de scrupules : il n’y avait encore jamais eu de « réception de fille » dans ces professions médicales annexes (sauf le cas des sages-femmes). Il n’y avait bien aucun obstacle dans la teneur même des statuts, qui, naturellement, ne prévoyaient pas le cas et n’y faisaient pas d’objection. Malgré tout, les chirurgiens hésitèrent et décidèrent de s’adresser au procureur général du parlement de Paris, Guillaume-François Joly de Fleury, pour trancher la question.

Mme Calais adressa au magistrat une supplique où elle exposait nettement l’affaire et revendiquait des droits, qui paraissaient tout à fait légitimes, pour — « sans tirer à conséquence » — être reçue « maîtresse-dentiste », exercer sans entraves sa profession, en en ayant les privilèges et en se soumettant aux lois strictes, exigées par les règlements. Il est à noter que Mme Calais ne tenait pas à faire école, et ne demandait qu’à rester cas extraordinaire.

Le procureur général étudia avec soin l’affaire, qui était si nouvelle et entraînait d’importantes conséquences sociales. Il s’adressa aux compétences. D’ailleurs la postulante, dont les talents étaient connus et appréciés, trouva des protecteurs, probablement parmi ses clients. Un procureur au Parlement, Pelletier, et un des valets de chambre de Louis XV, Gabriel Bachelier — lettre du 8 octobre 1740 —, intervinrent en sa faveur.

De son côté, le chirurgien du roi, La Peyronie, consulté par les examinateurs, estima d’abord la demande inacceptable — lettre du 21 octobre 1740. Pour permettre cette innovation, déclara-t-il, un arrêt du Parlement devait être rendu, mais, d’autre part, il reconnaissait que, la mesure, en se généralisant, pourrait permettre de vivre à des femmes intelligentes et travailleuses, « que la nécessité, faute de moyens légitimes, cogit ad turpia. » Ce grand chirurgien n’était-il donc pas féministe avant la lettre ?

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Dentiste du XVIIIe siècle opérant sur une place de village

 

 

Joly de Fleury continuait à se montrer hésitant. Mais Bachelier insista. « Pour lever le petit scrupule d’indécence qui pouvait se faire », il observait que les accoucheurs opéraient « sans que le beau sexe s’effarouchât » : il était donc naturel d’autoriser les filles à soigner les dents des individus des deux sexes. Le procureur général fut impressionné par ce raisonnement. De plus, il vit Mme Calais, et s’il remarqua que « sa jeunesse et son agrément » pouvaient servir d’arguments contre sa demande, il dut reconnaître aussi que « son maintien, sa physionomie, ses discours annonçaient la sagesse et la modestie ».

Bref, il devint favorable à la demande et rédigea un rapport en ce sens. Le magistrat y reconnaît qu’il serait injuste de faire perdre à la suppliante le bénéfice de ses études, et des frais qu’elle avait supportés. De plus, s’il ne semblait pas que l’objet de la chirurgie fût de nature à être exercé par des femmes, certaines spécialités, n’exigeant pas les qualités de force, nécessaires aux opérations, pouvaient leur convenir et d’autant plus qu’alors l’art du dentiste consistait moins à guérir qu’à « entretenir la propreté » par l’emploi de procédés hygiéniques, travail n’exigeant qu’une capacité médiocre et quelque peu d’adresse, ce qui se rencontre très souvent dans les personnalités féminines, explique encore Joly de Fleury. Enfin, il ajoutait qu’il avait toujours été permis aux femmes de s’adonner aux arts plastiques et que « les Sœurs de la Charité » pratiquaient la saignée, opération qui nécessitait des qualités d’exécution.

 

Un arrêt fut alors rendu, et la première dentiste put exercer son art en toute tranquillité.

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29 juillet 2013 1 29 /07 /juillet /2013 06:53

 

 

Autrefois .création bandeaux

 

 

La Citation de Colbert et Mazarin qui n'a pas pris une seule ride !

 

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Colbert : Pour trouver de l'argent, il arrive un moment où tripoter ne suffit plus.

J'aimerais que Monsieur le Surintendant m'explique comment on s'y prend pour dépenser encore quand on est déjà endetté jusqu'au cou…

Mazarin : Quand on est un simple mortel, bien sûr, et qu'on est couvert de dettes, on va en prison.

Mais l'État, lui, c'est différent. On ne peut pas jeter l'État en prison.

Alors, il continue, il creuse la dette ! Tous les États font ça.


Colbert : Ah oui ? Vous croyez ? Cependant, il nous faut de l'argent.

Et comment en trouver quand on a déjà créé tous les impôts imaginables ?

Mazarin : On en crée d'autres.

Colbert : Nous ne pouvons pas taxer les pauvres plus qu'ils ne le sont déjà.

 

Mazarin : Oui, c'est impossible.

Colbert : Alors, les riches ?

Mazarin : Les riches, non plus. Ils ne dépenseraient plus.

Un riche qui dépense fait vivre des centaines de pauvres!

Colbert : Alors, comment fait-on ?

Mazarin : Colbert, tu raisonnes comme un fromage

(ou comme un pot de chambre sous le derrière d'un malade) !

Il y a quantité de gens qui sont entre les deux, ni pauvres, ni riches…

Des Français qui travaillent, rêvant d'être riches et redoutant d'être pauvres !

C'est ceux-là que nous devons taxer, encore plus, toujours plus !

Ceux-là ! Plus tu leur prends, plus ils travaillent pour compenser; c'est un réservoir inépuisable.

   

Extrait du "Diable Rouge" C'était il y a 4 siècles !

 

 

 

 

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"Les profits injustes sont comme la fausse monnaie : plus on en a, plus on risque"

 

Proverbe chinois

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10 mars 2013 7 10 /03 /mars /2013 12:04

 

 

Aujourd’hui...

 

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Proverbes  d’antan origine

 

 

 

Après la pluie (vient) le beau temps

 

 

 

 

Ce proverbe indique bien la vicissitude des choses d’ici-bas


apres-la-pluie.JPGPour ne pas perdre courage il faut se rappeler que, par suite des divers changements de température, la pluie vient effectivement après le beau temps et vice versa (tour à tour). On trouve cette idée déjà exprimée en latin dans ces trois mots : Post nubila Phœbus, dont le proverbe français est l’exacte traduction. Au XIIIe siècle, on écrivait : Après la pluye, le biau tans. C’est une consolation, un peu banale, il est vrai, qu’on adresse sauvent aux malheureux ; car quelquefois, à la douleur et à l’inquiétude, succèdent la joie et la tranquillité. On peut citer à l’appui de ce proverbe ces mots du poète Virgile :

Multa dies variique labor mutabilis aevi
Rettulit in melius.

 

Dont voici le sens : Souvent le temps, dans ses différentes vicissitudes, a rétabli des affaires compromises. Et cette autre phrase du même auteur :

Multos alterna revisens
Lusit et in solido rursus fortuna locavit
.

 

Qui se traduit ainsi : Plus d’une fois la fortune, se faisant un jeu dépasser d’un parti à l’autre a affermi ceux qu’elle avait ébranlés.

J.- B. Roussean (1671-1741) nous a laissé à ce sujet des vers qui expriment d’excellents sentiments, les voici :

Fais tête nu malheur qui t’opprime ;
Qu’une espérance légitime
Te munisse contre le sort.
L’air siffle ; une horrible tempête
Aujourd’hui gronde sur ta tête,
Demain tu seras dans le port.

 

Citons un dernier exemple, pris encore à un de nos poètes, Voltaire (1694-1778) :

Cédons à la tempête ;
Sous ses coups passagers il faut courber la tête,
Le temps peut tout changer.

 

Effectivement, les variations de l’atmosphère doivent nous inspirer du courage dans l’adversité. Après la peine viendra le plaisir, car le bien succède souvent au mal. La Fontaine n’a-t-il pas dit (Livre VI, Fabte XXI) avec sa bonhomie encourageante :

Sur les ailes du Temps la tristesse s’envole ;
Le Temps ramène les plaisirs.

 

 

C’était aujourd’hui ;   

 

Autrefois .création bandeaux

 

Après la pluie (vient) le beau temps 

 


 

Je vous donne rendez-vous Dimanche prochain pour un autre regard vers le passé.

Papy…….     

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