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Le Blog De Papy-Bougnat

  • Papy-bougnat
  • De moi. retraité, passionné, curieux, gourmet, vivant au vert en Aquitaine
Signe particulier : « Ayant attrapé tout jeune la maladie bleue et pas guéri à ce jour !
Dans ce blog vous trouverez un peu de vérité, beaucoup de passion, et quelques coups de gueule 
Bonne route & merci pour votre visite
  • De moi. retraité, passionné, curieux, gourmet, vivant au vert en Aquitaine Signe particulier : « Ayant attrapé tout jeune la maladie bleue et pas guéri à ce jour ! Dans ce blog vous trouverez un peu de vérité, beaucoup de passion, et quelques coups de gueule Bonne route & merci pour votre visite
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Traducteur

A L'affiche..

La culture Ne s'hérite pas, Elle se conquiert. 

 

[André Malraux]

********** 

 

Actu du jour...


       

17 juin 2019 1 17 /06 /juin /2019 05:31
La rétro du lundi.............

A plus tard…………

À peine la journée commencée et ... il est déjà six heures du soir. 
A peine arrivé le lundi et c'est déjà vendredi. 
... et le mois est déjà fini. 
... et l'année est presque écoulée. 
... et déjà 40, 50 , 60 ou 70 ans de nos vies sont passés. 
... et on se rend compte qu’on a perdu nos parents, des amis. 
Et on se rend compte qu'il est trop tard pour revenir en arrière ... 
Alors... Essayons malgré tout, de profiter à fond du temps qui nous reste... 
N'arrêtons pas de chercher à avoir des activités qui nous plaisent... 
Mettons de la couleur dans notre grisaille... 
Sourions aux petites choses de la vie qui mettent du baume dans nos cœurs. 
Et malgré tout, il nous faut continuer de profiter avec sérénité de ce temps qui nous reste. Essayons d'éliminer les "après" ... 
je le fais après ... 
je dirai après ... 
J'y penserai après ... 
On laisse tout pour plus tard comme si "après" était à nous. 
Car ce qu'on ne comprend pas, c'est que : 
après, le café se refroidit ... 
après, les priorités changent ... 
après, le charme est rompu ... 
après, la santé passe ... 
après, les enfants grandissent ... 
après, les parents vieillissent ... 
après, les promesses sont oubliées ... 
après, le jour devient la nuit ... 
après, la vie se termine ... 
Et après c’est souvent trop tard.... 
Alors... Ne laissons rien pour plus tard... 
Car en attendant toujours à plus tard, nous pouvons perdre les meilleurs moments, 
les meilleures expériences, 
les meilleurs amis, 
la meilleure famille... 
Le jour est aujourd'hui... L'instant est maintenant...

Nous ne sommes plus à l'âge où nous pouvons nous permettre de reporter à demain ce qui doit être fait tout de suite. 
Alors voyons si vous avez pris le temps de lire ce billet jusqu’au bout Ou alors vous le lirez peut-être ... "Plus tard"... 

 

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10 juin 2019 1 10 /06 /juin /2019 06:54
La rétro du lundi.............

Souvent remaniée, la langue française regorge de trésors insoupçonnés. Employées par nos aïeux, quelques citations méritent respect et intérêt. Grâce à un vocabulaire imagé, les portes du savoir s’ouvrent. Je vous propose de découvrir l’origine et la signification de ces expressions.

 

Aujourd'hui voyons ce que signifie............

 

Avoir une belle bague au doigt

C’est posséder une jolie propriété dont on peut se défaire avec avantage, ou bien c’est occuper une place qui rapporte un gros traitement sans pour cela exiger un grand travail

Au Moyen Age lorsqu’on voulait investir quelqu’un d’un bénéfice, on lui remettait un objet qui variait selon le rang des personnes ou la nature des choses. Parmi les différents symboles de l’investiture, celui qu’on employait le plus souvent était l’anneau qu’on remettait au nouveau propriétaire et sur lequel juraient les parties contractantes.

https://www.france-pittoresque.com/IMG/jpg/Bague-Doigt.jpg

On trouve la trace de cet ancien usage dans une citation latine datant de 497 : Per annulum tradidimus, ce qui signifie : Nous avons livré par l’anneau. C’était ce qu’on appelait autrefois en France, l’investiture de l’anneau, pour mettre en possession les acquéreurs et les donataires, parce qu’un anneau sur lequel avaient juré les parties contractantes était remis au propriétaire comme un titre spécial possession de propriété.

On employait autrefois une autre locution proverbiale qui avait quelque rapport au même usage : Laisse l’anneau à la porte, ce qui voulait dire : Faire l’abandon de sa maison et de ses biens.

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6 juin 2019 4 06 /06 /juin /2019 06:54

Rappelons –nous ; 6 juin 1944

Aujourd'hui nous célébrons le 75 e anniversaire du Débarquement:

http://www.lespassionsdepapybougnat.net/2015/06/operation-overlord.html

Plus de 150 000 soldats alliés embarquent le 5 juin 1944 au soir pour la Normandie. 10 000 mourront ou seront blessés dès le lendemain lors du Débarquement.  

 

Dans l'actu cette  semaine..

Selon Le Figaro, la Haute Autorité des Républicains a décidé d'organiser un vote des militants mi-octobre afin de désigner le successeur de Wauquiez à la tête du parti 

Le domicile de Gérard Collomb ainsi que la mairie de Lyon perquisitionnés ce matin dans l'enquête sur de possibles détournements de fonds publics au profit de son ex-compagne

Bruno Le Maire annonce que la privatisation de la Française des Jeux aura lieu "d'ici à la fin de l'année" dans des conditions de "transparence totale"

La blagounette ....du jour 

Les vacances de l'hôtesse de l'air

C'est une hôtesse de l'air blonde qui revient de son travail. Ses copines lui demandent :

- Alors, t'étais où ?

- Pas très loin. En Suisse.

- Ah ! Et comment étaient les Helvètes ?

- Euh… Helvètes quel drôle de mot !

La blonde se demande ce que ça peut bien vouloir dire et regarde dans le dico : "Helvètes : habitants de la Suisse". Un mois plus tard, elle rentre chez elle et ses copines lui demandent :

- Alors, cette fois, t'étais où ?

- En Grèce. C'était superbe !

- Et comment étaient les Hellènes ? - Euh… Encore un mot bizarre !

Elle regarde dans le dico : "Hellènes : habitants de la Grèce". Un mois plus tard, à son retour, ses copines lui demandent :

- C'était bien ton voyage ?

- Génial, j'étais en Egypte !

- Ouah ! Et comment étaient les pyramides ?

- Oh ! Ne m'en parlez pas ! Tous des cons !

 

 

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3 juin 2019 1 03 /06 /juin /2019 06:49
La rétro du lundi.............

A la veille de la célébration du 75 ième anniversaire du débarquement de la dernière guerre vous avez du entendre parler de la  " ligne Maginot ?" Mais a quoi servait-elle ?

Construite à partir de 1929, elle tient son nom du ministre français de la Guerre, André Maginot et devait protéger la France de l’invasion allemande. Explications.

Dès 1922, André Maginot - le ministre de la guerre du gouvernement de Raymond Poincaré - entreprend se renforcer les défenses françaises aux frontières pour éviter de revivre les échecs de la première guerre mondiale. Il fait donc ériger des fortifications.

En 1929, à la demande de l’état-major, la construction de ce que l’on appellera la ligne Maginot débute. L’ouvrage nécessitera dix ans. Elle s’étend de façon discontinue sur toute la frontière est de la France, de Dunkerque à Nice.

La ligne Maginot : un dispositif de défense ultra-perfectionné

Le but de ces fortifications permanentes : gagner un maximum de temps en cas d’attaque soudaine venue de l’est. Réputée infranchissable, elle devait permettre à l’armée française de mobiliser toutes ses troupes.

Hormis une ligne quasi continue de barbelés, elle est composée de différents éléments de défense : murs de béton, blindages, rails anti-char, postes d’observations, ouvrages d’artillerie et d’infanterie, fortifications, abris, blockhaus… tous sont autonomes en énergie, disposent d’une réserve de vivres, de dortoirs et de lieux de vie et peuvent communiquer grâce à un équipement radio de pointe.

Les structures militaires sont aussi équipées de mitrailleuses, lance-grenades, fusils mitrailleurs, canons antichars, ou encore d’obusiers pour contrer toute attaque de l’ennemi.

La ligne Maginot à l'épreuve de la guerre

En mai 1940, au début des combats, la ligne Maginot - réputée inviolable - tient bon mais n’empêche pas la défaite des Français face aux Allemands. Ces derniers ont contourné les fortifications en passant par les Ardennes, que les français pensaient infranchissables. Sous l’occupation, certains éléments de la ligne Maginot sont utilisés par les Allemands lors des combats de 1944 à 1945.

Quelques années plus tard, en 1949, les débuts de la guerre froide et la crainte d’une menace soviétique pousse le gouvernement français à remettre en état la ligne Maginot. En 1950, on entreprend aussi de la moderniser.

 

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27 mai 2019 1 27 /05 /mai /2019 06:07

Ne vous êtes-vous jamais  posé la question :

Comment se réveillait-on avant l'invention du réveil ?

WorlWorld Alarm Clock / Bob Bob via Flickr CC License by.

Voici la petite histoire des astuces utilisées pour tirer du lit les travailleurs avant la création de cet instrument de torture.

Pas facile de se réveiller le matin? Vous détestez, haïssez, conspuez l'outrageux appareil qui hurle bien trop tôt pour vous tirer du sommeil tous les jours? D'accord, le réveil n'est pas l'objet le plus agréable du monde... mais comment donc faisait-on pour se lever avant son invention?

Comment faisaient les dormeurs à l'horloge biologique mal réglée pour commencer leur journée de travail en même temps que les poules? Comment les esclaves et les servants se levaient-ils avant leurs maîtres, qu'ils avaient en charge de réveiller? Comment les sonneurs de cloches s'éveillaient-ils à l'aurore pour passer le relais aux villageois? Et comment arriver à l'heure à l'usine quand on était trop pauvre pour avoir son propre réveil?

Selon la légende, c'est Platon qui invente le tout premier réveil. 400 ans avant notre ère, le philosophe grec imagine une horloge hydraulique qui fait sonner des flûtes toutes les heures pour ne pas s'endormir lors de ses longues nuits de travail. L'embryon de réveil-matin décrit dans ses notes ne passe pourtant pas les portes de sa demeure. Personne d'autre que lui n'en profitera.

Pour le commun des mortels, c'est le coq qui, jusqu'à très récemment dans nos campagnes, était seul garant du réveil journalier. L'animal-réveil est fêté partout autour du monde comme le symbole du passage de l'ombre à la lumière. Il est présent dès l'antiquité grecque, qui y va de sa petite légende: Alectryon faisait le guet devant la chambre des amants Aphrodite et Arès, qu'il devait prévenir de l'arrivée du dieu du soleil, Hélios, un ami du mari trompé. Forcément, Alectryon s'assoupit, Hélios découvre les deux amants et crie à l'adultère. Fou de rage, Arès punit son guetteur en le changeant en coq, condamné à annoncer l'arriver du jour tous les matins. Le premier réveil-matin est né!

De tous temps, dans les campagnes, le lever s'est donc fait au chant du coq et des animaux qui vivent dans les maisons. Réveillés naturellement par la lumière du jour, les vaches et cochons bougent et crient dans leurs enclos, empêchant toute la maisonnée de faire la grasse matinée.

Qui pour guetter le guetteur?

Dans les villes et les cités, c'est un guetteur qui se charge de réveiller la communauté. Il annonce les heures des prières au clairon, puis à la cloche à partir du Ve siècle. Jusqu'au Xe siècle environ, la vie sociale se cale en effet sur le temps religieux, l'heure ne régit en rien le travail. Mais petit à petit, le guetteur mélange temps laïc et sacré pour sonner les grands rendez-vous de la journée: réveil et prière du matin, ouverture des portes de la ville, jours de marché et extinction des feux le soir, pour éviter les incendies qui pouvaient ravager des villes entières. Tous les 4 kilomètres, des tours ou des petits clochers (détruits depuis) relaient le son des cloches. Dans un monde beaucoup plus silencieux qu'aujourd'hui, sans vrombissement de moteur, sonnerie de téléphones ni musique sur les oreilles, le son des cloches résonne assez fort pour réveiller tout le monde.

Une bougie graduée (via Wikimédia Commons).

Mais comment le guetteur réussissait-il à se lever à l'aube pour réveiller ses congénères? C'est le grand problème de Frère Jacques qui n'arrive pas à se lever pour sonner les Matines, la première prière du matin... Depuis l'Antiquité, les hommes se relaient pour veiller sur la cité lors de tours de garde, tout simplement. Et lorsque l'horlogerie mécanique se répand dans les villes à partir de la fin du XIIIe siècle, les guetteurs sont les premiers à être équipés d'horloges à sonnerie. Ils peuvent enfin s'octroyer de vraies nuits de sommeil.

Mais le réveil, objet de luxe, est encore loin d'être populaire. Seules les classes les plus hautes de la société peuvent y accéder. Au XVIIIe siècle, une technique moins onéreuse est inventée: la bougie graduée à clochette. Les graduations indiquent combien de temps met la bougie pour se consumer.

On plante un clou à l'endroit où la bougie indique une, deux, trois heures, selon ses besoins. Quand la cire fond et atteint la graduation voulue, le clou tombe et tire sur une chaînette qui fait sonner une petite cloche. Ce réveil sera plus répandu mais encore loin d'être dans toutes les chambres à coucher, la bougie restant un produit assez onéreux.

Réveil en douceur

Une knocker-upper à Londres en 1931 (Recuerdos de Pandora via Flickr CC License by).

Ce n'est qu'après 1880 que le réveil personnel se propage réellement grâce à la fabrication en masse des «réveils de cuisine», une horloge surplombée de deux cloches et munie d'une poignée pour le déplacer de la cuisine en journée à la table de chevet la nuit. Les classes les plus basses de la population n'y ont toujours pas accès.

Dans les années 1920, en Irlande et au Royaume-Uni, les habitants des villes sortent des bras de Morphée grâce aux toc-toc des knocker-upper,des veilleurs payés pour les réveiller sur commande. Certains toquent aux fenêtres à l'aide d'une canne, d'autres tirent à la sarbacane. Les ouvriers logés en cité se lèvent, eux, au chant doux et mélodieux d'une tonitruante alarme collective jusque dans les années 1940.

A partir des années 1950, l'idée n'est plus de se réveiller à tout prix mais de se réveiller en douceur. Les premiers réveil-cafetière ou réveil-gramophone font leur apparition. Depuis, tout est bon pour atténuer les souffrances du dormeur: réveil en lumière avec la radio, invention du bouton snooze (qui n'est pas une si bonne idée), réveil olfactif qui diffuse une bonne odeur de croissants et même, pour les plus gourmands, réveil qui grille du bacon!

Merci à Dominique Fléchon, expert auprès de la fondation de la Haute horlogerie de Genève et auteur de La Conquête du temps, l'histoire de l'horlogerie des origines à nos jours (ed. Flammarion), pour ses explications historiques.

 

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20 mai 2019 1 20 /05 /mai /2019 09:32
La rétro du lundi.............

Aujourd'hui  20 Mai 2019; Ce jour là....

Rappelons-nous

 

Le 20 mai 1834 : mort de La Fayette

(D’après « Biographie universelle ou Dictionnaire historique des hommes qui
se sont fait un nom par leur génie, leurs talents, leurs vertus, leurs erreurs
ou leurs crimes » (Tome 5) édition augmentée de 1849
et « Dimanche illustré » du 24 août 1924)

Nous n’avons guère retenu de La Fayette que le souvenir de la part qu’il prit dans la lutte pour l’Indépendance américaine. Mais la vie militaire et publique en France du « marquis républicain » fut non moins fertile en péripéties lors de la Révolution française : pouvant être regardé comme la personnification la plus complète et la plus constante des idéaux républicains de 1789, il oscilla cependant un temps entre soutien à l’insurrection et protection de la famille royale.

La carrière de ce personnage fut une des plus prodigieuses de toutes les carrières humaines. Pendant de longues années et à travers les plus formidables bouleversements, il connut les ivresses de la popularité, non seulement en France, mais en Amérique. Il fut tour à tour l’idole de la foule, le protecteur des rois, la terreur des puissants, le trait d’union entre l’Ancien et le Nouveau Monde. Après avoir été adoré comme un dieu, il fut mis en accusation comme un traître et emprisonné, puis, de nouveau triomphant, devint l’arbitre des souverains.

La Fayette fit la guerre, brava les balles ennemies et les piques des émeutiers ; il fut soldat, homme politique, ambassadeur, écrivain, agriculteur, et mourut tranquillement dans son lit, chargé de gloire et d’années, citoyen des deux mondes.

Marie-Jean-Paul-Gilbert du Motier de La Fayette naquit le 6 septembre 1757 au château de Chavaniac (Haute-Loire), dans une famille recommandable par plus d’un genre d’illustration. On ne peut mieux résumer son enfance qu’il ne le fait lui-même dans ses Mémoires. « Il serait trop poétique, dit-il, de me placer d’abord dans un autre hémisphère, et trop minutieux de m’appesantir sur les détails de ma naissance qui suivit de près la mort de mon père, le colonel des grenadiers, tué à la bataille de Minden avant l’âge de vingt-cinq ans. J’ai fait mon éducation en Auvergne auprès de parents tendres et vénérés, jusqu’au moment où je fus mis au collège de Plessis, à Paris. Je ne le quittai que pour passer à l’Académie militaire de Versailles. »

Un détail peindra mieux le caractère de l’enfant que le plus long portrait. Ses maîtres lui donnent un jour à traiter, comme sujet de devoir : les qualités du cheval parfait. Sacrifiant le succès au désir, déjà impérieux chez lui, de proclamer ses idées, le jeune élève dépeignit dans sa dissertation un cheval qui, n’omettait-il pas de mentionner, « se cabrait sous la verge du cavalier », usant de cette métaphore pour désigner ce qui à ses yeux était la condition du peuple.

Au sortir de l’Académie, Gilbert du Motier, marquis de La Fayette, est nommé officier aux mousquetaires noirs. Ce jeune noble très riche, marié en 1774 à la comtesse de Noailles — seconde fille du comte d’Ayen, petit-gendre du chancelier d’Aguesseau mort en 1824 duc de Noailles et pair de France —, voyait s’ouvrir devant lui le plus brillant avenir. Il parut à la cour de Louis XVI ; mais, soit qu’il y gâtât, au dire de Mirabeau, par la gaucherie de ses manières, un langage obséquieux jusqu’à l’humilité ; soit qu’il y déplût, au contraire, comme il le dit lui-même, par l’indépendance de son langage et l’indocilité de ses idées, il n’y obtint aucun succès.

Ce fut, toutefois, à ce contact momentané avec l’aristocratie la plus raffinée de l’Europe qu’il dut ces habitudes d’exquise politesse et d’affabilité à toute épreuve, qui ne l’abandonnèrent dans aucune des circonstances de sa vie. Il n’avait qu’à laisser couler l’existence douce et facile des seigneurs de l’époque. Mais La Fayette n’était pas de ceux qui se contentent d’un horizon borné aux antichambres royales. En 1776, commencent à parvenir en France les nouvelles des troubles américains. Son goût d’aventures, son instinct de liberté, sa haine de l’Angleterre attirent dès lors toutes ses facultés et sa sympathie vers ce pays opprimé qui voulait conquérir son indépendance.

« À la première connaissance de cette guerre, dit-il, mon cœur fut enrôlé, et j’osai prendre comme devise à mes armes l’audacieux Curnon. » À cette époque, le capitaine La Fayette garnisonnait à Metz. Le duc de Gloucester, frère du roi d’Angleterre, vint dans cette ville et un dîner lui fut offert par le comte de Broglie, commandant le régiment. Durant ce repas, auquel assistait La Fayette, le duc reçut d’Angleterre un courrier lui annonçant la déclaration d’indépendance de l’Amérique et, avant la fin du dîner, le jeune lieutenant s’était juré à lui-même d’embrasser cette noble cause.

À partir de cet instant, il n’eut pas d’autre pensée et, pour réaliser ses desseins, il partit aussitôt pour Paris. Il se présenta à Deane, recruteur américain, qui l’admit sans enthousiasme à cause de son jeune âge : il avait dix-neuf ans. Malheureusement, il n’y avait pas de navire disponible en France pour l’emmener, lui et ses camarades ; ils étaient tous détruits depuis la dernière guerre. « J’achète un bâtiment, annonce tranquillement La Fayette. »

Tous les obstacles ne sont pas encore aplanis : les ministres, sa famille prétendent s’opposer au départ du jeune Français, on l’accuse de créer des complications diplomatiques. La Fayette, avec persévérance et habileté, triomphe de toutes ces difficultés et, le 26 avril 1777, il mettait à la voile, à Bordeaux, sur son navire. Débarqué en Amérique, il est obligé de faire neuf cents milles à cheval pour atteindre la capitale de la Pennsylvanie, où se trouvait l’état-major des troupes révoltées. On le reçoit assez mal. Au lieu de s’indigner ou de se décourager, il fait parvenir au commandant la lettre suivante :

« D’après mes sacrifices, j’ai le droit d’exiger de servir à mes dépens comme volontaire, car c’est pour apprendre que je suis ici et non pour enseigner. » Le ton à la fois digne et modeste de cette missive en imposa aux chefs américains et on le nomma major général. Alors commença pour lui cette étonnante campagne, durant laquelle il combattit avec une poignée d’hommes à l’armée du Nord et fut blessé dès la première affaire, conquérant petit à petit l’amitié de Washington et l’estime des Américains. Mais ce ne fut pas l’épée à la main qu’il fut le plus utile à son pays d’adoption. En 1779 il retourne en France, dans l’intention de demander au roi du secours pour l’Amérique.

Ce retour fut triomphal et, à Versailles, c’était à qui, parmi les plus grands seigneurs, ferait fête au jeune héros, au marquis républicain. Ce succès lui valut la bonne fortune d’obtenir qu’un corps de six mille hommes serait envoyé en Amérique, sous le commandement de Rochambeau. La guerre put se poursuivre ainsi avec l’appui officiel de la France, et La Fayette la termina par la victoire de Yorktown, qui le mit à l’apogée de la gloire.

Aussi, à son retour, Louis XVI, sous la pression de l’opinion publique, dut nommer le jeune héros maréchal de camp, en même temps que le Congrès américain lui prodiguait les plus glorieux témoignages de gratitude et donnait son nom à des villes. Ainsi se termina en apothéose cette première partie de la vie de La Fayette, qui allait se continuer sur un tout autre terrain durant les périodes tragiques de la Révolution française.

En 1789, la noblesse d’Auvergne le nomma député aux États généraux. Il y parla pour la première fois le 8 juillet, à l’appui de la célèbre motion de Mirabeau pour l’éloignement des troupes ; et il offrit à l’assemblée un projet de déclaration des droits de l’homme, qui fut adopté. Nommé vice-président, il occupait le fauteuil pendant les nuits terribles des 13 et 14 juillet. Le 15, il se rendit à Paris à la tête d’une députation de soixante membres de l’assemblée, et y trouva le peuple encore ému et frémissant sur les ruines de la Bastille.

Malgré ses opinions et par une sorte de contradiction sans doute atavique, La Fayette se montrait en même temps le défenseur du trône. Il écrivait à Louis XVI, après les journées de juillet, ces conseils impératifs : « Le roi doit sentir qu’il n’y a rien à faire que par et pour la liberté et le peuple. Son cœur et sa raison lui en font une loi. Tout autre système éloignerait ses serviteurs et moi le premier. »

Quand, quelques mois plus tard, le pouvoir populaire eut réussi à ébranler l’autorité royale, on chercha à l’Hôtel de Ville un chef pour le mettre à la tête de cette milice bourgeoise que Sieyès avait appelée garde nationale. Un des citoyens désigna alors un buste que l’Amérique affranchie avait envoyé récemment à la Ville de Paris. Ce buste était celui de La Fayette. Celui-ci dut encore à l’Amérique le rôle important qu’il allait être appelé à jouer dans son pays.

Il se hâta d’organiser cette armée patriotique qu’on venait de lui confier et lui donna pour insigne cette cocarde tricolore qui, annonça-t-il, devait faire le tour du monde. Pendant ce temps, la révolution suivait son cours et, le 5 octobre, le peuple, déchaîné, marchait sur Versailles dans le but d’en finir avec le pouvoir royal, mais La Fayette, à la tête de son armée, à laquelle il avait fait jurer fidélité au roi, accourut le lendemain, ramenant dans Paris la famille royale que son intervention tardive avait eu peine à soustraire à la fureur d’une multitude soulevée.

Le général se présenta seul avec les deux commissaires de la commune à la grille cadenassée du château. On finit par lui ouvrir et, tandis qu’il traversait l’Œil-de-bœuf, un courtisan s’écria : « Voilà Cromwell ! — Monsieur, lui répondit La Fayette, Cromwell ne serait pas entré seul ! » Après une entrevue assez pénible avec le souverain, il rentra, épuisé de fatigue, à son hôtel de Noailles et passa sa nuit à préparer l’action de ses troupes pour la journée du lendemain. Pendant ce travail, il se livrait aux mains de son valet de chambre, afin que celui-ci réparât le désordre de sa coiffure. Toujours le marquis républicain.

Le lendemain, les forcenés envahissaient les appartements royaux : tremblante et demi-nue, la reine se réfugiait chez le roi, les gardes du corps se faisaient tuer vaillamment, les scènes les plus sanglantes se préparaient. Mais La Fayette accourt et arrive à temps pour sauver les gardes du corps qu’on allait massacrer sur la place d’Armes. Un bandit le couche en joue, il abaisse son fusil de la main et le fait arrêter, puis il pénètre dans le château et réussit à en chasser la populace en furie.

Il se signala par ses idées d’un libéralisme avancé, proclamant, au cours de la discussion du 20 février 1790, que l’insurrection est le plus saint des devoirs lorsque l’oppression et la servitude rendent une révolution nécessaire ; principe dangereux, qui poussant tous les mécontents à la révolte, et les faisant juges de leur propre cause, tend à bouleverser incessamment les États.Quelques instants plus tard, cette même foule, qui venait découper des têtes, acclamait La Fayette et la reine, tandis que celui -ci baisait publiquement la main de Marie-Antoinette sur le balcon de la cour de marbre. Elle l’acclamait encore quand, toujours sur son balcon, il embrassait un garde du corps.

Lorsque le club des Jacobins se fut organisé, La Fayette, de concert avec Bailly, lui opposa celui des Feuillants, destiné à offrir un point de réunion aux partisans plus modérés de la liberté. Le prestige de La Fayette, son art de manier et d’impressionner les masses étaient extraordinaires, comme on put l’observer lorsque le 20 juin 1791 Louis XVI partit pour l’étranger. Cet épisode faillit coûter à La Fayette sa popularité : on songeait en effet déjà à l’en rendre responsable, mais il s’en tira encore par un trait d’esprit. Un homme lui disait en lui montrant le poing : « Vous avez ruiné la France en laissant partir le roi. — Comment ! ruiné la France ? répondit-il. La liste civile coûtait vingt-cinq millions au pays ; le roi, en s’en allant, fait gagner un franc à chaque Français. » On rit et on laissa passer le général, qui alla donner des ordres de poursuite.

Après l’arrestation de Louis XVI le 21 juin, La Fayette se vit accusé par les deux partis opposés, les uns lui reprochant d‘avoir laissé partir le roi, les autres de l‘avoir fait arrêter. Il est vrai de dire qu‘il protégea dans cette grave circonstance les jours de la famille royale ; mais il approuva la suspension de Louis XVI, et il ne reconnut les droits de ce prince qu’après qu‘il eut accepté la constitution, en septembre 1791. Le décret qui, à cette condition, rétablissait le roi sur le trône, ayant excité un soulèvement, La Fayette dissipa par la force les attroupements qui s’étaient formés au champ de Mars pour signer une pétition factieuse. Plusieurs républicains furent tués.

Le 8 octobre 1791, après avoir fait accepter l’amnistie proposée par Louis XVI, il se démit de son commandement, et prit congé de la garde nationale par une lettre où il exposait les principes qui avaient dirigé sa conduite. Lorsque la première coalition se fut formée contre la France, il fut désigné pour commander une des trois armées destinées à repousser cette agression. Son premier soin, après l‘avoir rejoint, fut d’y rétablir la discipline. Il battit l‘ennemi à Philippeville, à Maubeuge et à Florennes ; malgré ces succès, il se vit bientôt en butte aux accusations des Jacobins.

Dans une lettre écrite le 16 juin 1792 à l‘Assemblée législative, il osa dénoncer les démagogues, qui, disait-il, tuaient la liberté par les crimes de la licence. Quelques jours après, il vint lui-même à la barre de l’Assemblée appuyer sa dénonciation et demander compte de la violation de la demeure royale ayant eu lieu le 20 juin. Il risquait sa tête mais triompha de nouveau et eut les honneurs de la séance, le discours qu‘il prononça étant vivement applaudi par le côté droit. Le roi devait le lendemain passer en revue quatre mille gardes nationaux. La Fayette résolut de profiter de cette circonstance pour porter un coup décisif aux factieux. Mais peu d’hommes répondirent à l‘appel, et La Fayette repartit pour son armée avec la triste conviction que sa popularité s‘était évanouie.

Quelques jours après, son effigie fut brûlée au Palais-Royal ; et au mois d‘août suivant, sa mise en accusation fut discutée dans l’Assemblée législative. Malgré les menaces et les cris des forcenés entassés dans les tribunes, cette question fut résolue en sa faveur à une majorité de plus des deux tiers des voix ; mais tous ceux qui avaient voté pour lui furent, au sortir de la séance, hués, poursuivis et maltraités par le peuple. Indigné des scènes de désordre qui se succédaient dans la capitale, La Fayette conçut le projet de marcher sur Paris, de chasser les républicains et de rétablir le roi et la constitution ; mais il s‘aperçut bientôt que son armée était peu disposée à seconder ses desseins, et il se décida à passer en pays étranger avec un petit nombre d’officiers dont la vie était compromise.

Le 20 août 1792, le général et ses compagnons au nombre de vingt-deux, tombèrent dans un poste autrichien qui refusa de les laisser passer. La Fayette ayant été reconnu, il n‘en fallut pas davantage pour qu‘on les arrêtât. Avec trois de ses compagnons, anciens membres de l‘Assemblée constituante, il fut envoyé à Wezel comme prisonnier d‘état. Transféré à Magdebourg, il y resta un an, enfermé dans un souterrain humide et obscur, puis passa dans les cachots de Glatz, de Neiss, et enfin d’Olmütz, où l‘Autriche le fit traiter avec une grande rigueur. On le dépouilla de ce que les Prussiens lui avaient laissé, et on confisqua jusqu‘aux livres qu‘il avait avec lui.

Cependant un médecin hanovrien, nommé Bollman, et un jeune américain, nommé Huger, entreprirent de le délivrer, et profitant d‘une des promenades qu‘on lui faisait faire régulièrement à cause du délabrement de sa santé, parvinrent à l’enlever ; mais divers accidents firent échouer leur entreprise. La Fayette fut atteint à huit lieues d‘Olmütz ; et ses deux amis également arrêtés, expièrent dans les prisons leur courageux dévouement.

Après avoir passé seize mois dans les cachots de Robespierre, Mme de Lafayette vint en 1795 avec ses deux filles partager la captivité de son époux, et cette réunion compensa le redoublement de sévérité dont on usait envers lui, depuis sa tentative d‘évasion. Des membres du parlement d‘Angleterre, et des agents du gouvernement des États-Unis élevèrent en vain la voix pour demander sa liberté. L‘Autriche fut inflexible : elle ne devait céder qu‘à l‘ascendant de la victoire.

Bonaparte, à qui ses succès en Italie donnaient une si grande influence, fut chargé par le Directoire de négocier la délivrance des prisonniers d’Olmütz. Ce ne fut pourtant qu‘après cinq mois de pourparlers réitérés qu’il obtint leur mise en liberté. Bonaparte, sur les instigations de Carnot, avait fait de la libération de La Fayette une des clauses du traité de Campo-Formio. Mais le futur empereur se méfiait de cet homme, dont la popularité risquait de contrebalancer la sienne, et il ajouta une note stipulant que le général ne pourrait rentrer en France.

Sur ces entrefaites le 18 fructidor an V (4 septembre 1797) eut lieu, et La Fayette, libéré le 19 septembre suivant mais qui désapprouvait ce coup d‘État mené par trois des cinq directeurs soutenus par l’armée, contre les royalistes devenus majoritaires au Conseil des Cinq-Cents et au Conseil des Anciens, resta donc en pays étranger et s’établit à Utrecht. La prise de pouvoir par Bonaparte lors du coup d’État du 18 brumaire an VIII (9 novembre 1799) lui rouvrit les portes de la patrie.

De retour en France, La Fayette vécut éloigné du théâtre des affaires publiques, et ce fut seulement après la bataille de Marengo (14 juin 1800) qu‘il eut occasion de voir Bonaparte. Il fut accueilli très amicalement par le Premier Consul avec qui il passa trois jours à la campagne chez son frère Joseph. Cependant toutes les instances qui lui furent faites ne purent le décider à accepter une place de sénateur. Lorsque le consulat à vie eut été proposé à la sanction du peuple, La Fayette déclara qu‘il ne pouvait voter pour une pareille magistrature jusqu‘à ce que la liberté publique eût été suffisamment garantie ; ajoutant qu‘alors il donnerait sa voix à Napoléon Bonaparte.

Le vainqueur de I‘Europe s’étonnait de trouver un homme qui osât lui résister avec tant d‘obstination. « Tout le monde en France, disait-il, est corrigé des idées extrêmes de liberté ; il n‘y a qu‘un homme qui ne le soit pas, et cet homme c‘est La Fayette. Vous le voyez tranquille ! Eh bien, s’il y avait une occasion de servir ses chimères, il reparaîtrait plus ardent que jamais. »

En 1814, La Fayette se présenta chez le roi et chez Monsieur : mais quoiqu‘il eût été bien accueilli par ces princes, il ne reparut plus à la cour. Pendant les Cent-Jours il refusa la pairie, et protesta contre les articles des constitutions de l‘empire et de l‘acte additionnel qui pouvaient attenter à la souveraineté nationale. Élu par le département de Seine-et-Marne membre de la Chambre des représentants, il fit déclarer après la bataille de Walerloo (18 juin 1815) que l‘assemblée était en permanence, que toute tentative pour la dissoudre était un crime de haute trahison.

Lorsque Bonaparte, effrayé des dispositions de la Chambre, se fut décidé à abdiquer, La Fayette, exclu par une intrigue du gouvernement provisoire, fut un des commissaires envoyés près des puissances alliées pour demander une suspension d‘armes. Ses démarches et celles de ses collègues n‘ayant en aucun résultat, il revint à Paris, où déjà les armées étrangères étaient entrées par suite d‘une capitulation. Quelques jours après les portes du corps législatif furent fermées et mises sous la garde d‘un poste de Prussiens.

La prédiction de Bonaparte s‘accomplissait. En reparaissant sur la scène politique, Lafayette s‘y montrait l‘ardent apôtre des doctrines les plus absolues de souveraineté du peuple et d‘insurrection, et il les développait à la tribune avec une conviction qui se fortifiait des souvenirs de deux révolutions auxquelles il avait pris une part active. Ses souffrances d‘Olmütz n’avaient en rien modifié ses principes. Le vieux député de 1820 parlait comme le jeune volontaire de 1777, et on aurait pu dire de lui ce qu‘on disait des émigrés, qu‘il n‘avait rien oublié, ni rien appris.La Fayette, après avoir protesté avec plusieurs députés contre cette violence, se retira dans sa terre de Lagrange où il vécut dans la retraite. En 1818, élu par le département de la Sarthe membre de la Chambre des députés, il s‘y signala par une opposition dans laquelle il sut allier l’inflexible énergie des principes révolutionnaires à des formes exemptes d’aigreur et de violence.

À l‘occasion de tous les complots qui éclatèrent sous la Restauration, le nom de La Fayette fut prononcé ; mais il fut impossible de prouver qu‘il y eût participé. Rendu à la vie privée, le compagnon d’armes de Washington sentit le désir de revoir sur le déclin de l‘âge le peuple pour lequel il avait combattu dans sa jeunesse. Plus d‘une fois ses nombreux amis d‘Amérique l‘avaient sollicité de venir les visiter. Il se rendit enfin à leur vœu, et s‘embarqua au Havre sur le Cadmus le 13 juillet 1824.

Après trente-trois jours de traversée, il débarqua sur le rivage où il avait fait ses premières armes. Le congrès lui accorda des honneurs qu‘il n‘avait jamais accordés à Washington ; il fut proclamé l’hôte de la nation, et fut successivement fêté par tous les états de l’Union. Entouré des populations qui se pressaient sur son passage, il visita le tombeau de Washington et les champs de bataille où il avait partagé les périls de ce grand homme. Ce voyage, qui dura plus d‘un an, ne fut pour lui qu‘une suite de fêtes où se retrempa son enthousiasme républicain.

La prospérité des États-Unis dont il venait d‘être témoin l‘attacha de plus en plus aux maximes qu‘il avait professées toute sa vie, et lorsqu‘en 1827 il fut envoyé de nouveau à la Chambre des députés par l‘arrondissement de Meaux, on le vit défendre avec une ardeur nouvelle les principes démocratiques. Ennemi déclaré de la Restauration, il appelait de ses vœux le moment de sa chute. Son expérience lui faisait reconnaître dans tout ce qui se passait autour de lui les symptômes d‘une révolution nouvelle, qu‘il prédisait à ses amis pour ranimer leur courage défaillant.

Quand le trône de Charles X s‘écroula en 1830, il vit sans étonnement ce mouvement populaire et se remit à l‘œuvre, comme en 1789. Après avoir repoussé toutes les propositions du frère de Louis XVI, en déclarant qu’il était trop tard, son influence contribua à rattacher à la dynastie de Louis-Philippe les hommes les plus exaltés du parti libéral. Le duc d’Orléans, adroit et fin, avait compris le parti qu’il pouvait tirer de ce vieillard symbolique. Fort habilement, il sut l’entreprendre, se présenta à lui comme un ancien garde national venant rendre visite à son général, exalta les États-Unis et arriva ainsi à le gagner à sa cause. Sur le balcon du palais royal, La Fayette embrassait publiquement et consacrait le roi-citoyen, semblant contracter une alliance solennelle avec le pouvoir né des barricades. Le mot fameux : c’est la meilleure des républiques, qu’il prononça selon les uns, et qu‘on lui attribua faussement selon les autres, répété dans toute la France, fut jeté comme un cri de ralliement à l’opinion.

 Mais en se faisant l‘auxiliaire de la royauté, La Fayette était loin d‘avoir renoncé aux théories de sa jeunesse. Comme au temps où il conseillait l‘infortuné Louis XVI, il prétendait allier deux choses incompatibles : la monarchie et les institutions républicaines. Mais Louis-Philippe recula devant cette carrière de concessions que lui ouvrait le vétéran de la Révolution française, et dont il craignait que le terme ne fût une catastrophe. Bientôt La Fayette s‘aperçut que d’autres avis que les siens étaient écoutés.

Investi dans les premiers jours de la révolution de Juillet, du commandement en chef des gardes nationales de France, il dut renoncer à ce titre par suite de l’amendement du 24 décembre introduit par un député dans la loi relative à la milice citoyenne. La Fayette dut donner sa démission. Dès lors sa scission avec le pouvoir devint de jour en jour plus profonde, et il vit se rallier autour de lui une opposition composée de républicains ardents, dont il tâchait de calmer les impatiences.

La marche de la royauté nouvelle I’affligeait, mais sans altérer sa confiance ; il attendait du temps bien plus que de la violence un retour aux principes qu‘il professait, et sur la fin de sa vie il croyait fermement à un dernier triomphe de la révolution dont il ne lui serait pas donné d‘être le chef ni même le témoin.

Ayant voulu, malgré son grand âge, suivre à pied le convoi du malheureux Dulong — député de l’Eure tué dans un duel avec le général Bugeaud, qu’il avait offensé à la Chambre des députés —, la fatigue que lui causa cet effort et la pneumonie qu’il y contracta, altérèrent sa santé. Après une convalescence apparente, il éprouva une rechute qui bientôt ne laissa plus d‘espoir. Il mourut à Paris le 20 mai 1834, ses restes étant inhumés au cimetière de Picpus.

 

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13 mai 2019 1 13 /05 /mai /2019 05:49
La rétro du lundi.............

Opération de cataracte au XIVe siècle

(D’après « La France médicale », paru en 1907)

Dans ses Annales, Gilles le Muisit raconte la double opération de cataracte qu’il subit avec succès, vers l’âge de 80 ans, l’année 1351. Probablement originaire de Tournai, il vécut de 1272 à 1352. Pendant plus de soixante ans il fut moine à l’abbaye de Saint-Martin de Tournai, dont il avait été élu abbé en 1331.

En 1351, Gilles le Muisit, abbé de l’abbaye de Saint-Martin, chroniqueur et poète, âgé de près de 80 ans et privé de la vue depuis 4 ans, accepta, en dépit des réticences de ses proches, une opération de cataracte qui, si elle ne lui permit pas d’écrire et de lire de nouveau, lui conféra de nouveau une certaine autonomie, la contrepartie étant d’observer un régime alimentaire plus strict que celui auquel il s’était adonné lorsqu’il s’était cru aveugle pour le restant de son existence...

L’éditeur Henri Lemaître, qui rassembla dans un même ouvrage la Chronique et les Annales de cet abbé pour les publier en 1905, rapporte que ce fut vers 1345 que Gilles, qui jusqu’alors avait toujours joui d’une excellente santé, sentit sa vue baisser ; il ne pouvait plus lire ni écrire, ni distinguer les monnaies ; bref, il était atteint de la cataracte. Force lui fut de renoncer à la vie active ; c’est alors que, pour occuper son temps et se distraire il composa sa Chronique, ses Annales, ses Poésies.

Si du point de vue purement médical, le récit de Gilles le Muisit n’offre qu’un fort médiocre intérêt — les détails sur le mode opératoire et les conditions dans lesquelles fut pratiquée l’opération font à peu près complètement défaut —, il est accompagné, dans le manuscrit original de Bruxelles, d’une curieuse miniature — reproduite ci-dessus — représentant la scène même de l’opération. Encore que cette miniature ne fournisse elle-même, au point de vue technique, qu’une documentation imprécise, elle montre pourtant assez nettement quelles étaient, en pareil cas, les attitudes respectives du patient, du chirurgien et de son aide.

Elle mérite d’ailleurs d’autant plus de retenir l’attention que les documents de cette nature sont fort rares, au moins pour cette époque, et que celui-ci semble bien avoir été pris sur le vif. En effet, le manuscrit d’où cette miniature est tirée a été très vraisemblablement calligraphié sous la dictée même de Gilles le Muisit, en sorte qu’il est permis de supposer que le scribe avait personnellement assisté à l’opération ou, tout au moins, qu’il en avait connu tous les détails. Voici en quels termes Gilles le Muisit parle, vers la fin du livre de ses Annales, de sa maladie et de son opération. Le texte cité est traduit du récit rédigé en latin, fort négligé d’ailleurs :

« Il est certain, dit-il, que moi Gilles, abbé susdit, ayant eu plus de cinquante ans à traiter les affaires de l’Église, soit avec les Supérieurs ecclésiastiques, soit avec les Abbés mes prédécesseurs, soit pendant que j’étais moi-même à la tête de ce monastère, je me suis extrêmement fatigué à écrire. Aussi arriva-t-il qu’en devenant vieux ma vue commença à faiblir, de sorte qu’en dernier lieu je ne pouvais ni lire, ni écrire facilement.

« L’année 1348, la veille et le jour de l’Assomption de la Glorieuse Vierge, je pus encore célébrer une messe privée, mais je dus bientôt reconnaître que cela même me devenait impossible, parce que l’état de mes yeux ne faisait qu’empirer et que je n’y voyais presque plus. Dès lors, je m’abstins de dire la messe, jusqu’au jour où je recouvrai la vue. C’est à ce moment que je devins tout à fait aveugle, supportant, grâce à Dieu, avec résignation cette épreuve qu’il m’envoyait.

« Pour échapper à l’oisiveté et éloigner tout motif d’impatience, je consacrai mes loisirs à faire enregistrer, tant en Latin qu’en Français, une foule d’événements. Beaucoup de personnes s’émerveillaient de ma patience et, de fait, je conservai tout le temps ma gaieté et ma bonne humeur, sans cesser, grâce à Dieu, de faire tous mes efforts pour ne pas tomber dans le vice.

« Et maintenant, que ceux qui viendront après moi sachent qu’un certain Maître, originaire d’Allemagne, vint à Tournai et qu’ayant examiné mes yeux il promit, avec l’aide de Dieu, de me guérir. Après avoir bien réfléchi à tout ce qu’il me dit, et malgré l’avis de mes proches et de mes amis, je finis par me rendre à ses raisons. Je lui permis donc d’exercer son art sur mes yeux, le dimanche après l’Exaltation de la Sainte-Croix pour le premier œil et cinq jours après pour l’autre [les 18 et 22 septembre 1351].

« L’opération fut à peine douloureuse et consista à introduire dans l’œil un certain instrument en forme d’aiguille pour déchirer le voile qui obstruait mes yeux. Je recouvrai la vue, non certes comme elle était pendant ma jeunesse, mais comme il convenait à mon âge, car j’étais déjà octogénaire. Je voyais le ciel, le soleil, la lune, les étoiles, mais je ne pouvais reconnaître les gens. Je pouvais cependant pourvoir à tous mes besoins, excepté qu’il m’était impossible de lire ou d’écrire. Je pense que ce fut une grâce de Dieu ; que son nom soit bénit et qu’il me conserve en cet état jusqu’à ce qu’il lui plaise de me rappeler à lui. Je fus aveugle trois ans ou environ ».

Dans une de ses poésies, écrites en français, Gilles le Muisit donne le nom de l’opérateur et nous apprend que l’aiguille dont il se servit était une aiguille d’argent. Voici ce passage — dans sa version originale, en vieux français — qui sert de prologue à une longue pièce de vers composée en reconnaissance de sa guérison :

« C’est, dit-il, li loenge et li regrasciemens l’abbet Gillion le Muysit à Dieu, à le Virgène Marie, à Saint Martin, à tous Sains et à toutes Saintes, de chou que lie veue li est recouvrée, qui avoit estet aveules trois ans et plus, et n’avoit célébret, ne rien veut fors un pau d’air, et avoit estet environ siscante-deus ans abbés esleus, se fu aidiés par un maistre nommet Jehan de Meence, qui ouvra en ses yeuls d’un instrument d’argent, à manière d’aguille, sans peler, a pau d’angousce et tot passée, et fu faite cheste cure et vey des deus yeuls selon son eage souffiscamment, l’an de grâce MCCCLI (1351), environ le fieste Saint Remi. »

Qui était ce Jean de Mayence ? Probablement un de ces périodeutes, à la fois oculistes et lithotomistes, si nombreux alors, qui avaient la spécialité de soigner les maladies des yeux et d’extraire les pierres de la vessie. Quoi qu’il en soit, son intervention fut couronnée de succès, dans la mesure au moins où cela était possible à l’âge de Gilles le Muisit, et surtout avec la technique opératoire alors en usage.

La miniature que nous avons mentionnée donne une idée assez exacte de la façon dont se pratiquaient ces opérations de cataracte. Au milieu, on voit le patient assis sur un siège, aux bras duquel il appuie ses mains. La gauche semble se cramponner au siège, en prévision sans doute de la douleur prochaine. La tête est inclinée à droite, pour que l’œil gauche à opérer soit bien à la portée du chirurgien. Celui-ci soutient, de la main gauche, le menton de son malade, tandis qu’il se dispose à introduire dans l’œil gauche l’aiguille qu’il tient de la main droite. Signalons enfin, un jeune aide (le discipulus) qui, de son bras droit, soutient le bras de l’opéré en même temps qu’avec le bras gauche il immobilise sa tête. À droite, on aperçoit des moines qui assistent en curieux à l’opération.

L’attitude et la position respective des divers personnages sont d’ailleurs, en tout point, conformes à ce que les anciens médecins, et en particulier Celse, recommandent en pareil cas : « Le malade, dit Celse, sera assis sur un siège placé au-devant de l’opérateur, dans un lieu bien éclairé et face au jour, de façon que le médecin soit placé un peu plus haut que lui. Derrière l’opéré, se tiendra un aide pour lui soutenir la tête et en assurer l’immobilité, car le plus léger mouvement pourrait lui faire perdre la vue pour toujours... L’œil gauche sera opéré de la main droite et l’œil droit de la main gauche. » (De re medica)

On sait que cette méthode d’opérer la cataracte consistait à introduire une aiguille de fer ou d’argent dans la conjonctive et à la faire pénétrer jusqu’au niveau de la pupille ; à ce moment, l’opérateur s’efforçait d’abaisser le cristallin jusqu’au bas de l’œil pour dégager la pupille du corps opaque qui empêchait l’arrivée des rayons lumineux sur la rétine.

Au Moyen Age, l’oculistique est monopolisée par trois classes de praticiens de valeur différente : le Judeus (Juif), le Rusticus (l’équivalent de nos rebouteux), et le Chirurgus expertus in oculis (un chirurgien expérimenté). À laquelle de ces trois catégories appartenait notre Jean de Mayence ? Certainement pas à la seconde, car les opérateurs de ce genre ne sortaient guère de leur pays d’origine et n’exerçaient leur art que dans un rayon de peu d’étendue. D’autre part, Gilles le Muisit était un trop grand personnage pour se mettre entre les mains d’un oculiste de cette trempe ; l’eût-il voulu, d’ailleurs, que son entourage s’y fût certainement opposé. Il reste donc que Jean de Mayence fut un véritable chirurgien, Chirurgus expertus in oculis, ou un Juif, cette dernière hypothèse étant la plus crédible pour les raisons suivantes.

Il semble bien qu’au XIIIe siècle, et même au XIVe siècle, les chirurgiens diplômés, les doctores chirurgici, comme les appelle Arnauld de Villeneuve, sortis des Écoles de Salerne ou de Montpellier, ne se soient pas beaucoup occupé d’oculistique. Le célèbre Lanfranc (1296) décrit bien l’opération de la cataracte et celle du chalazion, mais il en parle comme quelqu’un qui ne les a jamais faites, ni même vu faire. En revanche, Guillaume de Salicet (1276) décrit l’opération de la cataracte d’après une méthode qui lui était personnelle et qui paraît être le fruit d’une grande pratique.

Il est probable qu’il avait appris la chirurgie oculaire en suivant quelque praticien ignoré de son époque, car il répète à plusieurs reprises que la chirurgie oculaire, et spécialement l’opération de la cataracte, ne peut s’apprendre qu’en voyant opérer un chirurgien exercé dans cet art : « cette opération, dit-il, ne pourra être comprise par l’élève que s’il l’a vue faire de ses propres yeux par quelqu’un d’expert et d’habitué à la pratique oculaire. »

Au XIVe siècle, Jean de Gaddesden déclare que l’opération de la cataracte n’est à la portée ni des médecins, ni des chirurgiens et que s’ils veulent l’entreprendre ils doivent d’abord s’essayer sur des yeux de chien, de coq, ou de tout autre animal. L’oculistique est donc généralement exercée par des périodeutes, praticiens ambulants qui se transmettaient de père en fils les secrets de leur art, comme c’était aussi le cas pour l’opération de la taille. Ce sont ceux dont Jean de Tournemire (1329-1410) constate la malhonnêteté habituelle : Medici carsores curant interdum albuginem cum sit cicatrisa magna et fugiunt habita pecunia.

 

Aussi, ne faut-il pas s’étonner outre mesure que Valescus dissuade les chirurgiens de se livrer aux opérations sur les yeux. « On rencontre, dit-il, un grand nombre de médecins ambulants qui se font forts de guérir la cataracte avec une aiguille ; ils promettent beaucoup plus qu’ils ne sauraient tenir et beaucoup d’entre eux n’ont d’autre but que d’extorquer de l’argent aux malades. Les médecins honnêtes se gardent bien d’agir de la sorte, car ils tiennent à conserver intact leur honneur. La cure de la cataracte par l’aiguille sera donc laissée à ces jeunes apprentis qui courent de droite et de gauche. »

« L’oculistique, remarque le Dr Pansier, est d’ailleurs généralement entre les mains de praticiens juifs. En 1468, lorsque le roi Jean d’Aragon est atteint de la cataracte, c’est Abi-Abor, rabbin de Lérida, qui l’opère, le 12 septembre de cette année ; il est assez heureux pour rendre la vue à son royal patient. ». Dans ses Variétés chirurgicales, Alfred Franklin observe que « dès le quatorzième siècle, on rencontre les chirurgiens ambulants parcourant les provinces, cheminant un bâton à la main par monts et par vaux, narguant les chirurgiens qu’ils qualifient d’ignorants et, non sans raison, de poltrons. Eux, les vrais précurseurs de nos chirurgiens actuels, rien ne les effraye, rien ne les étonne, rien ne les arrête... Ils réduisent les hernies, abaissent les cataractes, extraient les pierres de la vessie, châtrent les animaux et les hommes, appliquent le trépan, incisent les fistules. Ils osent tout, et le succès vient souvent couronner leur audace. »

C’est probablement à cette catégorie de chirurgiens qu’appartenait Jean de Mayence ; peut-être même joignait-il à l’art d’abaisser les cataractes celui non moins lucratif d’inciseur de vessie ou de lithotomiste. Quoi qu’il en soit, il semble bien démontré que ce n’était ni un médecin, ni un chirurgien diplômé. Ce n’est guère, en effet, que vers la fin du XVIIe siècle, en 1699, qu’on exige des oculistes, comme aussi des rhabilleurs et des lithotomistes, une légère épreuve subie en présence des chirurgiens officiels de Saint-Côme, nous apprend encore Franklin.

Quelle était l’issue ordinaire de ces opérations de cataracte ? Arnauld de Villeneuve nous dit que s’il a vu souvent des spécialistes abattre la cataracte, il a rarement pu constater que cette opération ait donné d’heureux résultats. Cependant, d’autre part, Jean de Gaddesden affirme, précisément à propos de la cataracte, qu’il a vu des chirurgiens, opérant avec l’aiguille, faire des choses surprenantes et acquérir de ce chef beaucoup de gloire, de sorte qu’une seule de ces opérations leur rapportait plus d’argent que dix pratiquées sur d’autres membres par un chirurgien ordinaire.

Toujours est-il que l’opération pratiquée par Jean de Mayence sur les deux yeux de Gilles le Muisit, et à cinq jours seulement d’intervalle, fut, en partie au moins, couronnée de succès. Le vénérable abbé de Saint-Martin ne recouvra pas, il est vrai, complètement la vue puisqu’il ne pouvait reconnaître les gens, ni lire, ni écrire ; mais il voyait le soleil, la lune et les étoiles ; de plus, il pouvait se conduire lui-même et suffire à tous ses besoins. En somme, il est satisfait du résultat et trouve que, pour son âge, il n’y a pas lieu d’être plus exigeant. Jean de Mayence dut donc avoir une bonne rétribution et se faire de ce succès une forte réclame.

 

Pourtant il y a bien quelque ombre au tableau. Tout en remerciant Dieu d’avoir recouvré la vue, le bon abbé ne laisse pas que de laisser échapper quelques regrets qui prouvent, tout au moins, qu’il avait su, durant sa cécité et sans doute pour s’en consoler, mener joyeuse vie et faire de copieuses libations. N’était-il pas naturel qu’on vînt le distraire de ses ennuis, égayer sa solitude, bavarder et festoyer avec ce pauvre infirme. De là à se laisser aller à quelques excès, bien innocents d’ailleurs, il n’y avait qu’un pas ; puis, le malade ne se croyait-il pas condamné à rester aveugle pour le reste de sa vie ! Pourquoi, dans ces conditions, se serait-il privé ? Ainsi écrit-il dans ses Poésies :

Or sachent tous et toutes, quant aveules iestoye
Dou fort vin sans temprer a men plaisir buvoie ;
D’aus, d’ougnons et d’airun, de rien ne me wardoye,
Car pour homme perdut, sachiés, je me tenois.

Mais, après l’opération, si l’on ne veut pas en perdre le bénéfice, un régime sévère s’impose ; il faut changer de vie : les yeux sont sensibles, redoutant le vent et le froid :

J’ay les ioez diffamés, un pau s’en suy honteus,
Et le temps m’est contraire, quant frois est et venteux.

Adieu aussi le bon vin et l’ail,.adieu les longues veilles et les copieuses beuveries :

Il me convient warder dou vent et de l’orage,
D’airuns et de fors vins, dont j’avoie l’usage,
Et, pour chou que je voie, contrefaire le sage,
Mes coutumes cangier et muer me corage.
Jay les deus ioex moult tenres, se me nuyroit lumière,
Ayl, vins taster et veiller, fèves, feux et fumière,
Se me convient warder ou revenir arrière
En lestat prumerain et cangier me manière.

Malheureusement pour lui, le bonhomme ne jouit pas longtemps de sa demi-guérison et n’eut pas à « contrefaire le sage » pendant de longues années. Il mourut l’année suivante, le 15 octobre 1352.

 
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8 mai 2019 3 08 /05 /mai /2019 10:40

En ce Jour de commémoration du 8 Mai 1945 pourquoi ne pas écouter une chanson de l’époque, je vous propose de choisir parmi plus de 300 chansons  celle qui vous plaira ! Cliquez sur le lien du titre choisi  et la magie de l’informatique opérera ….Bonne écoute

 

À Honolulu
À la bataille de Châteauguay
À la mi-août
À la porte du jardin
Acropolis adieu
Adieu mon coeur
Adieu monsieur le Professeur
Adieu Venise provençale
Ah! c' qu'on s'aimait
Ah! le petit vin blanc
Aimer
Alors je chante
Amène-toi chez nous
Amusez-vous
As-tu deux minutes?
Au bord de l'eau
Au temps de la bonne chanson
Aux marches du palais
Ave Maria (Schubert)

Le carillonneur
Le chalet bleu
Le chapeau à plume
Le chien dans la vitrine
Le clocher d'amour
Le clocher de mon village
Le coeur en bandoulière
Le cor
Le credo du paysan
Le credo du paysan (2)
Le curé de notre village
Le feu a détruit l'église
Le fiacre
Le galérien
Le gentil dauphin triste
Le marchand de bonheur

Bercés par la houle
Berceuse
Bleu, blanc, blond
Bon anniversaire
Bon anniversaire (2)
Brave marin
Brise des nuits
C'est beau la vie
C'est l' R-100
C'est ma chanson
C'est Ti-Pit Trépanier
Ça s'est passé un dimanche
Cane... Cane... Canebière
Casta Diva
Cet anneau d'or
Chansons d'amour
Chante fort quand le coeur est triste
Chante-la ta chanson
Chanter la vie
Chiquitita
Comme tout le monde
Comme un soleil
Dans le soleil et dans le vent
Dans les bras d'un matelot
Dans ma péniche
Destin
Deux ailes et trois plumes
Dis-moi ce qui ne va pas
Dis-moi ce qui ne va pas (2)
Do - ré - mi - fa
Dominique
Domino
Douce France

Le moulin qui jase
Le pêcheur
Le petit bal du samedi soir
Le petit bonheur
Le petit cordonnier
Le petit Grégoire
Le réveil rural
Le sirop Typhon
Le soleil et la lune
Le souvenir
Le tango des fauvettes
Le temps des cerises
Le temps qu'il nous reste
Le toit de ma maison
Le tremblement de terre
Les berceaux
Les deux moitiés du monde
Les enfants s'ennuient le dimanche
Les fiancés du Lac de Côme
Les gars de la marine
Les gens âgés
Les gens sans importance
Les lavandières du Portugal
Les oiseaux dans le soir
Les Pescadous
Les Rameaux (R. Jobin)
Du gris
Du soleil dans ses yeux
En suivant l'étoile
Enfants de tous pays
Envoi de fleurs
Étoile des neiges
Évangéline 
Évangéline (2)
Évangéline Acadian Queen
Fleur de Paris
Franz
Frou-Frou
Gens du pays
Hymne à l'amour
Hymne au printemps
Hymne au Québec
Il a mal aux reins, Tintin
Il n'est jamais trop tard pour vivre
J'ai planté un chêne
J'ai tant pleuré
J'aime Paris au mois de mai
J'attendrai
Je chante
Je chante avec toi Liberté
Je finirai par l'oublier
Je m'ennuie de toi
Je n'aurai pas le temps
Je rêve au fil de l'eau
Je reviens chez nous
Je t'ai donné mon coeur
Je te le le
Je voudrais un joli bateau

Les Rameaux (R. Verreau)
Les rogations
Les roses blanches
Les rubans rouges
Les trois cloches
Les vieilles de chez nous
Les vieux mariés
Lily Marlène
Ma belle au bois dormant
Ma cabane au Canada
Ma Miette
Ma Normandie
Ma Pamplemousse
Ma petite folie
Ma Vérité
Maintenant je sais
Maître Pierre
Malheur à celui qui blesse un enfant
Mama Leone
Marin
Mes jeunes années
Mille colombes
Mon ange
Mon chapeau de paille
Mon coeur est un violon
Mon enfant
Mon gentil pêcheur
Montevideo
Notre sentier
Où va l'amour ?
Padre Don José
Papa, ô papa
Par amour
Paradiso
L'amour en héritage
L'Angélus de la mer (1)
L'Angélus de la mer (2)
L'anneau d'argent
L'appétit vient en mangeant
L'appétit vient en mangeant (2)
L'arbre et l'enfant
L'écritoire
L'étoile du soir
L'hirondelle
L'hymne au printemps
La ballade des gens heureux
La ballade du chien-loup
La Belle de Cadix
La cabane à sucre
La chanson de Lara
La chanson des blés d'or
La chanson du coeur
La chapelle au clair de lune
La complainte du soldat
La courte échelle
La gamme et l'amour  
La java bleue
La langue de chez nous
La licorne
La Madelon
La Madone
La Madone aux fleurs
La maison grise
La Manic
Parle plus bas
Parle-moi
Parle-t-il de moi ?
Petit vieux, petite vieille
Plaisir d'amour
Pour les enfants du monde entier
Pourquoi loin de toi
Prendre un enfant par la main
Prends le temps
Près de Naples la jolie
Prière
Prière à la Madone
Qu'est-ce qu'on attend ...
Qu'il est loin l'amour
Quand la mer monte
Quand on est deux amis
Quand on s'aime bien tous les deux
Quand on s'aime bien tous les deux (2)
Quand un petit oiseau
Quand un vicomte
Que Dieu protège notre amour
Retour
Reviens Piccina Bella
Rien que mon coeur
Riquita
River Blue
Roses blanches de Corfou
Roule s'enroule
La Marie-Joseph
La mer
La mer ressemble à ton amour
La Paimpolaise
La petite diligence
La petite église
La petite Tonkinoise
La plus bath des javas
La plus belle chose au monde
La première étoile
La prière
La Provence
La rumeur
La tendresse
La valse brune
La valse des chansons
La vie d'un cowboy
La vieille église
Le bateau de pêche
Le bleu de l'été
<="" b="">Le café au lait au lit
Le café des trois colombes

Sancta Maria de la mer
Sérénade sans espoir
Serons-nous spectateurs
Si tous les gars du monde
Si tous les oiseaux
Soledad
Sombreros et mantilles
Sous les ponts de Paris
Souvenirs de Marseille
Spinning Wheel
Sur ce vieux rocher blanc
Sur le plancher des vaches
Toi l'ami
Toi qui t'en vas
Tout va très bien Madame la Marquise
Un amour comme le nôtre
Un jour à la fois
Un monsieur attendait
Un petit cabanon
Un tout petit nid
Une chanson douce
Une place pour me garer
Une promesse
Une vague bleue
Va lui dire que tu l'aimes
Vivre au soleil
Vivre seule
Vous avez qué'que chose
Voyage au Canada
Y'a d'la joie
Y'a des loups
Y'a une étoile

 

Les " PassionsdePapyBougnat.Net "

 

Je sais pour certains cela

pourra vous paraître ringard, mais cela doit se respecter

Pour les autres

Bonne écoute & bonne journée...

 

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6 mai 2019 1 06 /05 /mai /2019 06:36

Emblème de la force, le chêne a toujours régné en maître dans les forêts, et l’imagination des peuples s’est complu à attribuer à cet arbre-roi de secrètes vertus et une mystérieuse puissance...

L'histoire des Chênes ( célèbres)

d'aprés " Musée universel " paru en 1877

 

Emblème de la force, le chêne a toujours régné en maître dans les forêts, et l’imagination des peuples s’est complu à attribuer à cet arbre-roi de secrètes vertus et une mystérieuse puissance...

Aussi de quel respect, de quelles sollicitudes ne fut-il point entouré ! En Grèce les chênes étaient gardés par des nymphes qui établissaient domicile sous l’écorce ; elles n’abandonnaient l’arbre qu’après sa mort. Jupiter lui-même, dit-on, n’avait point dédaigné de faire du chêne son emblème : c’est pour cela que les chênes de la forêt de Dodone, en Epire, rendaient des oracles.

Ne parlons point des Gaulois, qui eurent pour le chêne un culte pieux, au grand mécontentement de l’Eglise qui lança, à diverses reprises, des mandements furieux contre cette superstition. Ne nous arrêtons point non plus à l’Allemagne qui protégea les chênes par des peines si atroces qu’on a peine à y croire. Quiconque coupait un chêne et se laissait prendre en flagrant délit, subissait une espèce de talion, car on lui coupait la tête sur la souche, où elle devait rester jusqu’à ce qu’il se formât de nouvelles tiges. Celui qui enlevait l’écorce à un chêne portant fruit, si on pouvait le prendre sur le fait, la loi autorisait à lui ouvrir le ventre, et après lui avoir tiré hors du corps l’intestin, dont on attachait l’extrémité sur la plaie, on lui faisait faire le tour de l’arbre jusqu’à ce que la place écorchée fût entièrement recouverte.

 

On voit encore dans la forêt de Saint-Germain des chênes auxquels sont attachés des rubans, des fleurs, des statuettes, des couronnes, quelquefois même des flambeaux et de pieuses invocations. En allant aux Loges on rencontre sur la lisière de la forêt, le chêne de Sainte-Geneviève. On cite en outre le chêne de la Vierge, le chêne des Anglais, le chêne de Sainte-Anne, le chêne de Sainte-Barbe, les chênes de Saint-Joseph et de Saint-Fiacre. Leurs légendes seraient difficiles à établir, car ces arbres n’ont pas un grand âge ; mais ils ont remplacé d’autres arbres plus anciens, et comme ils ont la même forme, comme le lierre est remonté à sa place, les traditions se perpétuent. C’est ainsi que ces arbres touchent aux temps païens par le côté même qui semble les en éloigner.

En Bretagne, les bûcherons appellent encore leurs beaux arbres, les arbres de Dieu ; dans la Mayenne, le grand chêne du carrefour est un des plus célèbres monuments de la dévotion populaire. En Seine-Maritime, le chêne d’Allouville est enfoui sous des ex-voto. Son énorme tronc est une chapelle ; au-dessus de ce sanctuaire creusé dans ce que le druidisme avait de plus saint, se trouve une cellule qu’un ermite habiterait, et le tout est surmonté d’un clocher et d’une croix. Au lieu d’être des exceptions, les chênes privilégiés de la forêt de Saint-Germain ne sont que des passages d’une longue histoire.

Voyons maintenant ce que deviennent et à quel sort ont été voués les chênes illustrés par de grands événements, par leurs hauts faits ou par leur caractère. Le fameux chêne d’Autrage, dans l’arrondissement de Belfort, près duquel se rassemblaient autrefois les Partisans, a été abattu en 1858, vendu aux enchères 400 francs, et revendu 600 francs. Vanités de la gloire ! On faisait remonter son origine aux temps druidiques. Il avait 5 mètres de diamètre, et plus de 14 mètres de circonférence à sa base. Une des grosses branches avait 5 mètres de circonférence, une autre 3 mètres 50. Les menues branches ont donné 40 stères de bois façonné, et la bille promettait 126 stères de bois marchand. La cavité du tronc était de 2 mètres environ.

En parcourant la route de Saragosse à Madrid, on voit à 4 kilomètres d’éloignement un chêne vert qui élève sa tête énorme au milieu d’un plant d’oliviers ; il faut, dit-on, quatorze hommes se tenant par la main pour l’embrasser.

Le chêne d’Allouville, dans l’arrondissement d’Yvetot, auquel des historiens et des naturalistes donnent huit à -neuf siècles de durée, existe toujours. Son tronc n’est qu’un tube creusé par les ans ; il n’en reste que l’écorce, et cependant il se couvre chaque année de feuillage et de glands. Depuis 1696 une chapelle est établie dans l’intérieur de cet arbre.

Les assemblées de la Biscaye se tenaient sous un chêne qui s’élève près de la petite ville de Guernica, à 28 kilomètres à l’est de Bilbao. C’est le plus vénéré des monuments naturels de la Péninsule, et les républicains de la Convention, lorsqu’ils pénétrèrent jusque dans la Biscaye, le saluèrent avec admiration et respect en lui rendant les honneurs militaires, et l’appelant le père des arbres de la liberté. Le chêne actuel est un arbre corpulent, descendant direct du chêne primitif, car on conserve toujours à côté de l’arbre un ou deux rejetons destinés à le remplacer quand l’âge l’aura fait succomber.

Le dernier, tombé de vieillesse le 2 février 1811, existait, d’après la tradition, depuis le milieu du quatorzième siècle. C’était sous son ombre que les rois catholiques, Ferdinand et Isabelle, assis sur le banc de bois qui en entourait le tronc, avaient juré de maintenir les fueros basques. Dans les temps anciens, cinq hérauts montaient dans, les branches du chêne, et sonnant de leurs trompes, convoquaient les Biscayens à la calzarsa ou assemblée générale. Les délibérations eurent lieu d’abord sur ce banc de bois ; puis la population étant devenue plus grande et ses délégués plus nombreux, on abandonna peu à peu la coutume patriarcale, et les assemblées se firent dans l’ermitage de Nuestra Senora de la Ansigna, très ancien sanctuaire, situé tout auprès du chêne. Aujourd’hui il s’est élevé à côté de l’ermitage un vaste édifice. Le vieux chêne est loin d’être abandonné ; un trône magnifique se dresse sous l’arbre vénéré. L’arbre et le trône sont entourés d’une grille de fer.

Il y a plus d’un chêne célèbre en Grande-Bretagne. On sait que Charles II, après la bataille de Worcester, ne dut son salut qu’à la vitesse de son cheval, et qu’ayant atteint Boscobel-Grové, en Shropshire, il se réfugia dans l’épais feuillage d’un vieux chêne énorme, qu’on appela depuis chêne du roi Charles. Les hommes qui poursuivaient le prince choisirent précisément l’ombrage de ce chêne pour y bivouaquer, tandis que le malheureux Charles y était encore caché.

Quant au Fairlop Oak, le chêne de la forêt de Hainault en Essex, c’était le rendez-vous de chasse de nombreux monarques, et sous le feuillage de cet arbre vénérable il se tient encore une très belle foire annuelle.

En fait d’autres chênes fameux, on comptait le chêne de Herne le Chasseur, qui s’élevait près Elisabeth’s Walk, dans Horne Park, au fond de la forêt de Windsor. Les restes de cet arbre ont été abattus en 1863. Une partie du tronc était tombée vingt ans auparavant, et on l’a conservée soigneusement depuis au château royal de Windsor. Pour préserver les restes de cet arbre, on les avait entourés de pieux, à l’un desquels était placée l’inscription suivante, tirée des Joyeuses commères de Windsor, de Shakespeare, et gravée sur une plaque de cuivre :

C’est une vieille histoire que Herne le Chasseur,
Autrefois l’un des gardes de la forêt de Windsor,
Pendant tout le temps de l’hiver, et toujours à minuit
Se promène autour d’un chêne.

Une légende se rattachait à cet arbre. Herne avait été garde-chasse durant la seconde partie du règne d’Elisabeth, Ayant commis un méfait par suite duquel il perdit son emploi, il se pendit à ce chêne. Depuis ce temps, on dit que l’ombre de Herne revient chaque nuit. Toutes les horreurs de cette légende ont été retracées dans un roman d’Harrisson Ainsworth qui a pour titre le Château de Windsor. Un plan de la ville et du château de Windsor, publié à Eton, en 1742, indique l’arbre et lui donne le nom de chêne de Falstaff.

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29 avril 2019 1 29 /04 /avril /2019 06:08

Petit hommage au « troisième homme ».

"Encore un morceau de notre jeunesse qui part : Dick Rivers est mort le 24 avril 2019, le jour de ses 74 ans."Dick Rivers est mort aujourd’hui, le jour de ses 74 ans. C’est bizarre, ça me fait davantage de peine que l’incendie de Notre-Dame de Paris. Avec lui, et après Johnny, c’est encore un peu de mon enfance, de ma jeunesse, qui s’en va. Il ne reste plus que le doyen, Eddy Michell.

C’était à la fois le quatrième mousquetaire et le troisième homme. C’était aussi un peu le mal-aimé qu’on aimait bien, toujours un peu à la traîne de Johnny et d’Eddy. C’était Dick Rivers, qui vient de s’envoler au paradis du rock and roll, à 74 ans. Avec Jean-Philippe Smet et Claude Moine, Hervé Forneri fait donc partie du sympathique brelan de branleurs qui, au début des années 60, va incarner une sorte de rock à la française.

Leur Terre promise est de cinéma – Eddy Mitchell, le plus lucide du trio, affirme ainsi : « L’Amérique que j’aime n’existe pas. » Pour les deux autres, si ; et pour de vrai. Certes, Johnny Hallyday n’est que yankee à mi-temps, puisque se grimant tour à tour en Hamlet, Mad Max, acteur godardien et ange aux yeux de laser, au plus fort de sa période Folies Bergère. Mais Dick Rivers, lui, se rêve Américain sept jours sur sept et vingt-quatre heures sur vingt-quatre. On est presque sûr qu’il dort avec sa banane et se douche avec ses santiags.

Déjà, rien que le choix du nom de scène. Dick Rivers, comme « Deke Rivers », soit Elvis Presley dans le couillonissime Loving You, film d’Hal Kanter ; Amour frénétique par chez nous. Bref, Hervé Forneri tombe tout petit dans la marmite étoilée pour ne plus jamais en sortir. Johnny Hallyday, c’est le monstre de scène. Eddy Mitchell, c’est le crooner bougon, le cinéphile érudit. Dick Rivers, ce ne sera jamais rien d’autre que Dick Rivers. Il en conçoit un certain ressentiment, mais pas non plus un ressentiment certain. Quoi qu’il en soit, et à défaut de faire figure de rocker ultime, il fut au moins le plus sincère. Le plus touchant, donc.

L’homme ne manque d’ailleurs pas de talent ; ses presque 60 ans de carrière, des Chats sauvages jusqu’à son ultime album, en 2014, sobrement intitulé Rivers , sont là pour en témoigner. Ce chanteur à la voix immédiatement identifiable entre toutes excelle dans tous les registres : rock, country, soul et roucoulade. S’il suit les modes du moment, tels ses deux comparses, c’est immanquablement avec un discernement très sûr : pas d’infamies sonores ou de guignolades à faire rougir dans sa discographie. Il a même le bon goût d’être l’un des tout premiers à adapter les Beatles en français.

Pareillement, l’homme sait s’entourer. Parmi ceux qui écrivent ou jouent pour lui : Gérard Manset et Jimmy Page. Les futurs Alain Chamfort et Alain Bashung. Francis Cabrel et Benjamin Biolay. Pas mal, pour un éternel second couteau… Pour la petite histoire et les amateurs d’étrangetés, en 2003, Dick Rivers joue dans Le Furet, film d’un autre outsider, Jean-Pierre Mocky, en compagnie de Michel Serrault et Jacques Villeret. Et réitère l’expérience au théâtre, un an plus tard, dans… Les Paravents, de Jean Genêt, dramaturge dont le moins qu’on puisse prétendre est qu’il ne fut pas exactement sous influence elvisienne.

En 2006, Dick Rivers signe son autobiographie, évidemment titrée Rock’n’roll. Le sommet de sa carrière ? Sa rencontre avec Elvis Presley, à Las Vegas, tel qu’il se doit, en 1970. Le King accepte d’être pris en photo avec lui, ce qui vaut toutes les Légions d’honneur, sachant que « même les Beatles n’avaient pas été autorisés à se faire tirer le portrait en sa compagnie ».

Toujours dans ses mémoires, il conclut joliment : « J’ai été un petit con, plein de vanité et de prétention. J’ai connu des soleils et des orages. Je me suis mis à traverser des déserts interminables alors que je n’avais pas vingt ans, j’ai ramé des années et des années sur des océans sans voir la moindre plage à l’horizon, je me suis retrouvé dans des tunnels dont je n’apercevais pas le bout. Mais je m’en suis toujours sorti. Parfois fier de moi. Dick Rivers existe. Aujourd’hui, quand je me regarde dans une glace, je me dis : c’est pas mal ce que tu as fait. »

Il fait lui aussi partie de notre patrimoine. Avec Eddy et Johnny, il est au rock’n’roll français ce que les Gaulois sont à la France.

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