:
Vous trouverez dans ce blog un peu de vérité, beaucoup de passions et quelques coups de gueule........ Bonne route, bonne lecture merci de votre visite...
De moi. retraité, passionné, curieux, gourmet, vivant au vert en Aquitaine
Signe particulier : « Ayant attrapé tout jeune la maladie bleue et pas guéri à ce jour !
Dans ce blog vous trouverez un peu de vérité, beaucoup de passion, et quelques coups de gueule
Bonne route & merci pour votre visite
Bordeaux la cinquième ville la plus embouteillée de France
Chaque jour, vous empruntez la rocade bordelaise et vous pestez dans les embouteillages… Cela ne date pas d’hier et les travaux d’élargissement devraient durer au moins jusqu’en 2022
Une des causes de nos difficultés est liée au fait Bordeaux est un point très important sur un axe de trafic Nord-Sud européen, avec 9000 camions par jour à la frontière espagnole. Dévoilé ce vendredi …………..Les propositions d'Alain JUPPE
Une enseignante était chez elle, et à l'heure du dîner, elle a commencé à lire les devoirs faits par ses élèves. Son mari était près d'elle et jouait à je ne sais quoi sur sa tablette. Pendant qu'elle lisait le dernier devoir, les larmes ont commencé à rouler silencieusement sur le visage de sa femme. Le mari a vu ça et a demandé: - « Pourquoi tu pleures ma chérie? Qu'est-ce qui s'est passé? » La femme: - « Hier, j'ai donné un devoir aux élèves de première année, sur... le sujet : 'Mon Souhait.' »
Le mari: - « D'accord, mais pourquoi pleures-tu? » La femme: - « C'est le dernier devoir qui me fait pleurer. Le mari curieux : - « Qu'est-ce qui est écrit dans ce devoir et qui te fait pleurer? » La femme: - « Écoute, je vais te le lire :
« Mon souhait est de devenir un smartphone. Mes parents aiment tellement leur smartphone. Ils sont tellement préoccupés avec leur smartphone que, parfois ils oublient de s'occuper de moi. Quand mon père rentre fatigué du travail, il a du temps pour son smartphone, mais pas pour moi. Quand mes parents sont en train de faire un travail important et que le smartphone sonne, Ils répondent au téléphone à la première sonnerie. Mais pas à moi... même si je pleure. Ils jouent des jeux sur leur smartphone, mais pas avec moi. Ils ne m'écoutent jamais, même quand je suis en train de leur dire quelque chose d'important. Alors, mon souhait est de devenir un smartphone ». Après avoir écouté, le mari était ému et a demandé à sa femme : - « Qui a écrit ça? » La femme: « Notre fils »
À la descente de son quai, c'est à chaque fois la même histoire. Ou plutôt, les mêmes contes et légendes qui nous reviennent en mémoire. Les traces de rouge à lèvres sur la tombe d'Oscar Wilde, les mégots et les bouteilles de whisky sur celle de Jim Morrison ou encore le corps de Chopin enterré sans son cœur, reposant dans du cognac dans l'église Saint-Croix de Varsovie. Qui n'a jamais pensé à ces illustres noms: Edith Piaf, Yves Montand, Marcel Proust ou bien Balzac, Desproges et Champollion qui dorment non loin de ces lettres blanches que l'on peut lire à six pieds sous terre du cimetière du Père Lachaise? Sûrement pas vous! Mais ne vous êtes-vous jamais demandé d'où venait cette étrange appellation? Pourquoi parle-t-on de père et de Lachaise? revenons sur son histoire.
Une histoire qui nous replonge au XVIIe siècle. À cette époque, l'ordre religieux catholique des jésuites est roi. Aussi sûr que peut l'être Louis XIV. Alors que ce dernier s'adonne, sans complexe, aux plaisirs du corps au début de son règne commencé en 1661, une dizaine d'années plus tard, le roi soleil prend un nouveau tournant dans sa vie. Dans la deuxième moitié des années 1670, et notamment sous l'influence de Madame Maintenon en 1680, il entre en quasi-repentance et reprend -avec ardeur- sa vie religieuse. C'est la période à laquelle intervient François d'Aix de la Chaize, un prêtre jésuite aujourd'hui plus connu sous le nom de Père Lachaise.
Insalubrité, hygiénisme et politique mortuaire
Entré dans les bonnes grâces du roi, le père de la Chaize devient son confesseur - pendant trente-quatre ans - et tient alors un rôle important dans la révocation de l'édit de Nantes en 1685. Son nom se propage et fait ainsi rayonner le domaine jésuite au Mont-Louis, situé aux abords de Paris, dans l'actuel XIe arrondissement, qui servait de convalescence pour les religieux de cet ordre. Les Parisiens s'en souviendront.
Un siècle plus tard, en 1762, tandis que les jésuites sont en porte-à-faux et perdent de leur pouvoir, le Mont-Louis est vendu. Les terrains se retrouvent morcelés, échangés entre diverses mains jusqu'à leur rachat, au début du XIX siècle, par la ville de Paris. La capitale est alors en pleine réflexion concernant sa politique mortuaire. Sa population augmente, et à la suite d'un arrêt de 1765, elle n'a plus le droit d'inhumer dans les églises. Elle doit, note Pascal Moreaux dans Études sur la mort , «transférer hors de son enceinte tous les cimetières intra-muros». Il faut donc penser à la création de nouveaux lieux mortuaires extra-muros, d'autant que celui des Innocents visé pour insalubrité, se voit fermer en 1780. C'est ainsi que naquit notre fameux cimetière!
Molière et La Fontaine par-delà la mort
En 1804, bien avant les grands travaux hygiénistes du Baron Haussmann, est décidée la création de nécropoles. Celles-ci s'inscrivent dans la droite lignée du décret du 23 Prairial An XII (suppression de la fosse commune, obligation de créer de nouveaux cimetières hors de l'enceinte des villes, etc.) de Napoléon et d'un travail mené depuis quatre ans par Nicolas Frochot, préfet de la Seine, comme le rappelle Pascal Moreaux.
Le 21 mai 1804 est alors ouvert le cimetière de l'Est, ou celui que l'usage nomma Père Lachaise, à l'emplacement même de l'ancien lieu de retraite des jésuites. D'une superficie de 17 hectares, le terrain qui connaîtra nombre de transformations du fait de sa popularité montante - le transfert de la dépouille de Louise de Lorraine, épouse d'Henri III par Napoléon, du couple Héloïse et Abélard et des corps de Molière ainsi que de La Fontaine y sont notamment pour quelque chose - atteindra sa forme actuelle en 1850, soit 44 hectares,
De nos jours, le cimetière compte plus de 70 000 tombes et accueille plus de trois millions et demi de curieux chaque année. Chacun peut y rencontrer, selon ses goûts littéraires, cinématographiques et historiques, les tombes de Colette, Félix Faure, Ledru-Rollin, Musset, Chopin, Barbusse ou encore Bizet. Ouverte en 1903, sa station de métro se situe aujourd'hui au confluent des IXe et XXe arrondissements parisiens.
Le milliardaire Howard Hughes fait décoller le plus gros avion au monde.
Le premier et dernier vol du Hughes H-4 Hercules, conçu par le milliardaire, ne dure qu'une minute.
Le 2 novembre 1947, le milliardaire Howard Hughes s'installe aux commandes du plus gros avion jamais construit auparavant. Tellement lourd, à vrai dire (180 tonnes), qu'aucun train d'atterrissage ne supporterait le choc d'un atterrissage ; aussi décolle-t-il et se pose-t-il sur l'eau. Pour l'instant, cet hydravion monstrueux est ancré devant la plage de Cabrillo Beach de Los Angeles sous la garde d'un agent du FBI. Cela fait cinq ans que le magnat peaufine son gros bébé plus large qu'un Airbus A-380 avec 97,50 m d'envergure, et même plus haut avec 24 mètres. L'appareil paraît si monstrueux...
Le récit de sa folle histoire:
Nous sommes en 1947. Cette année-là, le 2 novembre tombe un dimanche. Ce dimanche-là, en Californie, la guerre n’est plus qu’un mauvais souvenir et sur un quai de Long Beach, port de plaisance à une trentaine de kilomètres au sud de Los Angeles, un homme seul scrute le Pacifique. Grand échalas mal fagoté et chaussé de tennis crasseuses, fine moustache à la Clark Gable, visage émacié, l’homme va bientôt avoir 42 ans, il en paraît dix de plus. Et pourrait être pris pour un clochard qui s’accrocherait à sa dignité passée en serrant autour de son cou un semblant de cravate noire.
Qui c’est ce charlot ? C’est Howard Hughes, accessoirement un des hommes les plus riches de la planète (520 millions de dollars de fortune personnelle), mais surtout une légende américaine : as de l’aviation, détenteur de plusieurs records de vitesse (en 1938, il a fait le tour du monde en trois jours), ingénieur aéronautique de génie, businessman fabuleux, patron de la Trans World Airlines, la fameuse TWA, producteur de films et réalisateur à ses heures, bientôt propriétaire de la RKO, studio qui a produit King Kong et Citizen Kane, copain de Cary Grant et de Robert Mitchum, bourreau de tous les jolis cœurs hollywoodiens, de Katherine Hepburn à Ava Gardner. Hughes a tout réussi, même ses échecs : c’est à peine si les suites de la crise de 1929 ont écorné son empire, hérité pour grande partie de son père, inventeur d’un procédé révolutionnaire de forage pétrolier. Un rêve américain, un cauchemar aussi.
Une "Oie pimpante"
Ce que Howard Hugues scrute ce matin du 2 novembre 1947, ce n’est pas le paysage mais la météo. Température clémente, mais ciel voilé par une brume persistante. Or la brume est la meilleure ennemie de l’aviation. Ce qui ne présage rien de bon pour le premier essai en vol de la Spruce Goose. La quoi ? Une oie (goose) en bois d’épicéa (spruce) ou, si l’on retient l’autre sens de spruce, une oie pimpante. C’est le surnom donné par la presse à un des projets les plus délirants de Hughes pourtant spécialisé dans le titanesque. Faire décoller et voler un hydravion géant, le plus grand avion du monde, baptisé Hercules, en abrégé le HK-1. L’idée n’est pas de lui mais de Henry Kaiser, un homme d’affaires qui au début de la guerre a inventé les Liberty Ships, navires destinés au transport de troupes et construits en un temps record. Mais les Liberty Ships sont la cible de choix des sous-marins nazis. Kaiser rumine de contourner ce défaut en construisant des cargos volants. Il contacte Howard Hughes dont il sait qu’il a un projet analogue. L’affaire est conclue et le gouvernement fédéral, cédant à l’enthousiasme du président Roosevelt, va verser une première subvention de 20 millions de dollars.
Les ingénieurs de Kaiser s’installent aux usines de la Hughes Aircraft Corporation, basées à Culver City, à l’ouest du comté de Los Angeles. Mais bientôt les ennuis commencent. Hugues veut pour son Hercules que tout soit plus grand, plus puissant, plus fort. Jour et après jour, et de préférence au milieu de la nuit, il bombarde les techniciens de mémos contradictoires et de coups de téléphones plus ou moins loufoques. Il exige que l’avion soit entièrement en bois laminé et que la soute soit assez vaste pour contenir plusieurs tanks Sherman de 80 tonnes chacun. Est-il maboul ? Hughes depuis longtemps n’a plus toute sa tête, dont il a déjà laissé pas mal de morceaux dans les nombreux accidents de voiture et d’avion dont il a miraculeusement réchappé. De plus, outre une aversion pour tout contact avec les poignées de porte, il a contracté la curieuse habitude de répéter dix fois de suite la même chose. A Culver City, les équipes perdent patience et menacent de faire grève. Fin 1943, Henry Kaiser jette l’éponge. Où sont passés les 20 millions de dollars versés par le gouvernement ?
La presse à scandale se déchaîne contre Hughes, déjà cible des cancanières tant pour ses excentricités de bad boy milliardaire (nouba d’enfer sur son yacht, émeraudes à foison pour séduire les pin-up d’Hollywood) que pour ses phobies galopantes : les microbes sont ses pires ennemis, plus que les «Rouges», ce qui n’est pas peu dire pour ce paranoïaque qui chaque matin vérifie qu’un complot communiste (ou juif, cela dépendait des jours) n’ait pas passé la nuit sous son lit. Cinglé peut-être, mais en affaires pas si fou puisque, désormais, il est le seul maître de son rêve.
Le monde entier a tort
A peine Kaiser retiré de l’affaire, Hughes remet ses usines de Culver City sous pression. Le Sikorsky S-43, un autre hydravion, doit servir à tester les capacités d’amerrissage du futur Hercules. Le 16 mai 1943, l’essai tourne à la catastrophe. Hughes a pris les commandes de l’appareil. Mais au moment d’amerrir, l’hydravion se cabre anormalement et se crashe en mille morceaux. Hughes s’en sort avec une nouvelle fracture du crâne, mais un ingénieur et un copilote sont tués dans l’accident. Hughes s’en fout. Ce n’est pas lui qui se trompe, c’est le monde entier qui a tort. Les ateliers de Culver City travaillent jour et nuit. La machine s’emballe de nouveau, Hugues engueule tout le monde, change plus souvent d’avis que de chemise, ses ingénieurs démissionnent. Peu importe, il en embauche d’autres, à prix d’or. Rien n’est trop cher pour son cher Hercules. Mais fin 1943, les responsables de l’US Air Force dont dépend le projet, commencent à montrer les dents. Une dizaine de millions de dollars supplémentaire a été investie sans que Hughes ne daigne montrer quoi que ce soit. L’homme d’affaires disparaît pendant des semaines, réapparaît en pleine nuit pour dicter de nouvelles trouvailles, disparaît de nouveau. La guerre suit son cours et la victoire est en train de changer de camp.
Courant 1943, coup dur pour Hughes, les concurrents Boeing, Douglas et Loockeed produisent à la chaîne les B-17 E, les fameuses «forteresses volantes» qui semblent démoder le projet Hercules. Le chantier de l’oie est arrêté et Hughes est menacé de faillite. Très provisoirement, car Noah Dietrich, son fidèle homme d’affaires, remonte la pente d’une gestion farfelue de la Hughes Tool Company (maison mère qui chapote toutes les activités). En moins d’un an, les bénéfices sont de nouveau au rendez-vous et Hughes, pour une fois, ne se mêle de rien. Il fait bien. A la fin de la guerre, il est milliardaire. Mais les autorités fédérales vont à nouveau lui demander des comptes, s’inquiétant des 40 millions de dollars qui lui ont été alloués pour différents projets d’avion, notamment la mystérieuse oie pimpante dont personne n’a jamais vu la moindre plume.
En janvier 1947, une commission sénatoriale est mise en place pour enquêter. Sur l’air de «j’emmerde les politiciens», Hughes refuse de se rendre à Washington pour témoigner, puis se ravise et débarque devant la commission le 6 août 1947. Ce sera un show formidable, retransmis pour la première fois à la télévision, où le nabab fantôme semble renaître : bagout, invectives, pluie de vannes, Hugues retourne la situation à son profit. Il est un martyr américain victime des tracas de l’administration. Le populo plébiscite cette stratégie démagogique, massivement relayée et orchestrée par tous les journaux et radios du groupe Hearst, le fils du magnat de la presse étant un ami proche de Hughes.
Le dandy milliardaire a par ailleurs lâché une armée de détectives sur le sénateur Owen Brewster, un des membres de la commission. Ils finissent par prouver que le sénateur est en cheville financière avec Juan Trippe, le patron de la Pan Am, principale concurrente de TWA. La théorie du complot triomphe et Hugues est innocenté. Mais lors des auditions sénatoriales, il a lancé un défi que la presse n’est pas prête d’oublier : «Si je n’arrive pas à faire décoller l’Hercules, je quitte le territoire américain.»
Zébulon détraqué
Pendant des semaines, le suspens fait la une : Volera ? Ne volera pas ? Dans les ateliers de Culver City, les journées durent vingt-cinq heures. A l’automne 1947, Hughes décide de faire transporter l’Hercules en pièces détachées de Culver City à Long Beach. Une quarantaine de kilomètres, mais les dimensions de l’avion sont telles que le périple va se révéler dément : rien que pour faire passer les ailes (50 mètres chacune), il faut abattre des arbres sur le parcours, décrocher des lignes électriques, et la carlingue (68 mètres de long) couchée sur un camion à plateforme occupe, à elle seule, toute la largeur d’une autoroute. Plus de 2 000 employés sont mobilisés pour surveiller la progression du long convoi de semi-remorques qui se déplace à 6 kilomètres/heure. Les reporters radios s’extasient, l’Amérique suit le feuilleton en direct. Tous les morceaux de l’Hercules arrivent enfin à Long Beach où ils commencent à être assemblés sous les ordres de Hughes en personne, plus que jamais zébulon détraqué.
Fin octobre, le géant des airs, l’hydravion de tous les records présumés, est enfin à flot, amarré à un quai de Long Beach. Le résultat est impressionnant : 66 mètres de long, 97 mètres d’envergure, l’aileron arrière s’élève à 26 mètres au-dessus de la quille, les 8 moteurs Pratt & Whitney développent 3 000 chevaux chacun et sont équipés de 4 hélices de 5 mètres de hauteur. Vitesse de croisière estimée : 320 km/heure. Autonomie : 4 827 kilomètres. Plus qu’une oie (la silhouette pansue de l’Hercules évoquant en effet le profil du volatile), c’est une baleine obèse, capable d’engloutir dans ses entrailles 750 passagers, 2 chars et 8 hélicoptères. Poids total : 122,5 tonnes. Le plus grand avion de tous les temps. Par comparaison l’actuel Airbus A 380-800, autre géant, est un peu plus long (73 mètres) mais beaucoup moins large (79 mètres d’envergure).
Nous y sommes. L’Hercules a accompli tous ses travaux, sauf le principal : voler. Hughes a décidé : ce sera le dimanche 2 novembre 1947. Sous les tentes d’un nouveau camp du drap d’or, l’actrice Jean Peters, la nouvelle Madame Hughes, reçoit les invités prestigieux et l’ami Cary Grant fait des blagues. Les reporters sélectionnés pour assister à l’événement ont reçu un porte-cigarettes en or et un briquet assorti. Le buffet est phénoménal, le champagne coule à flot, mais on a aussi mis de côté des berlingots de lait, seule boisson que Hughes tolère. Une flottille de bateaux croise au large, le dirigeable Goodyear survole le site, des gardes côtes patrouillent. Tout le monde est prêt. Sauf Howard Hughes, légendairement en retard. Il arrive enfin, vêtu d’un blouson bicolore et coiffé d’un Borsalino. On transporte les journalistes à bord de l’Hercules ainsi que les techniciens indispensables à sa manœuvre. Hughes s’assied aux commandes et lance les moteurs.
«Il vole!»
L’Hercules s’ébranle lentement, fait deux ou trois ronds dans l’eau, mais ne décolle toujours pas. Hughes déclare aux journalistes médusés que le véritable vol inaugural n’aura lieu qu’en avril 1948, cinq mois plus tard. Pressés de colporter le scoop, les journalistes débarquent. Ne restent à bord que Hughes, quelques reporters amis et les mécanos : en tout, 28 passagers. Soudain Hughes dirige le nez de l’hydravion vers la haute mer et lâche les gaz à fond. L’Hercules prend de la vitesse, la carlingue se met à vibrer, la vitesse augmente encore, les vibrations s’amplifient dangereusement. Et puis subitement, le calme. Un mécano rompt le silence et se met à hurler : il vole ! C’est vrai, c’est fait : à la surprise générale, la grosse oie vole, elle plane même, à 21 mètres d’altitude. Sur les quais, c’est du délire, la foule hurle, les flashs crépitent, les cornes de brume des bateaux se mettent à beugler. Mais le miracle est de très courte durée. Un courant d’air bouscule l’Hercules, Hugues rectifie le déséquilibre, mais fait aussitôt amerrir l’hydravion dans une gerbe d’écume. L’Hercules a parcouru environ 1 600 mètres et le vol historique aura duré moins d’une minute.
L’avion rejoint son ponton d’amarrage sous les hourras. Il ne volera plus jamais. Trop lourd, trop cher. Un caprice à hélices, obsolète à l’aube des avions à réaction. L’Hercules fut visible dans le port de Long Beach jusqu’en 1992. Il est désormais conservé dans un hangar de l’Evergreen Aviation Museum à McMinnville, dans l’Oregon. A terre. Loin de la mer, loin du ciel, loin du rêve.
Au fil du temps, Howard Hughes finit par vivre totalement reclus, hanté par les démons de ses multiples phobies, protégé par une garde prétorienne de mormons qui géraient sa colossale fortune. Jusqu’à sa mort le 5 avril 1976 à Huston, sa ville natale, Citizen Hughes avait interdit qu’on parle en sa présence du projet Hercules. Son Rosebud à lui ?
XXe siècle ou le « Siècle de la Femme » : pour quelle société ?
(D’après « Les Annales politiques et littéraires », paru en 1928)
En 1928, Madeleine Brisson, qui signe régulièrement sous le nom de plume Yvonne Sarcey des articles au sein des Annales politiques et littéraires, revue que dirige son époux, analyse ce qu’elle désigne comme « le Siècle de la Femme », s’attardant notamment sur les conséquences d’une présence de plus en plus marquée de la gent féminine à de hautes fonctions sociales
Monsieur Henri Duvernois a autant d’esprit que de galanterie, écrit-elle. Un jour qu’on lui demandait le nom, l’épithète qui conviendrait à notre siècle agité, — n’avait-on pas eu le siècle de Périclès, le siècle de Louis XIV, le siècle du Romantisme, et d’autres honorables siècles ? — sans hésiter, l’auteur de Crapotte répliqua : « Le siècle de la femme ! Car, ajouta-t-il, seule la femme pourra apporter un peu de douceur et d’intelligente tendresse à tout le futurisme, dilettantisme, machinisme, babelisme, confusionnisme, nébulisme et convulsionnisme actuels... »
Ce qui revient à dire que, quand tout ça en isme fait du grabuge, la femme triomphe. Pourtant, si l’on jette un œil sur les journaux, on aperçoit, en grosses manchettes : « Crise du Mariage... Crise des Domestiques... Crise de l’Enfant... Crise de la Culture... Crise de l’Education... Crise de la Famille... » Alors, quand il y a pagaille partout, on s’écrie : « — Vive la femme ! Voilà son siècle ! »
Peut-être trouverait-on un peu de contradiction dans cette logique-là ; mais si on mesure la puissance d’Eve au bruit qu’elle fait aujourd’hui dans le monde, on peut reconnaître, avec M. Duvernois, que le siècle lui appartient, poursuit Madeleine Brisson... Il est vrai que c’est aussi le siècle de la Victoire... Passons ce détail, le Poilu est galant, il ne protestera pas... Pourquoi faut-il qu’au moment où la femme, libre d’elle-même, dirige exclusivement son destin, on voie plus de divorces que jamais ?... Passons encore sur ce mystère.
En revanche, une conseillère municipale, miss Isabel Mac Donald, vient d’être élue à Londres. A Paris, égal triomphe. M. Aristide Briand, avec autant de courtoisie que de prudente diplomatie, ouvre, à petits battants, les portes du Quai d’Orsay aux futures attachées d’ambassade... Et ce n’est pas tout. M. Chiappe, qui ne veut pas être en reste de modernisme, songe à confier aux femmes certains rôles dans la police. Pour semer la justice parmi les nommes, sans doute leur octroiera-t-il un joli bâton rose, peut-être même un tricorne bleu.
Et ne croyez pas que je me moque... Ces avantages réels, ces conquêtes successives ont demandé une somme de courage, d’ardeur, de volonté, qui font le plus grand honneur à la femme. Depuis qu’elle est sortie de l’ombre, on la voit hardiment grimper au mur des réalités et chercher le soleil. Arrivée au faîte, tout éblouie, elle regarde les hôtes de la forêt : les hommes au mode mineur, les demi-hommes, les hulpul-hulplas et les cloportes... Et de là-haut, elle rit ou fait semblant. Si Rabelais la contemplait en tel exercice et hasardeuses ascensions, acrobaties et tourne-têtes, il en serait tout pantois.
« Quand je dy femme, je dy un sexe tout fragile, tout variable, tout muable », écrivait-il au temps de Gargantua. Aujourd’hui, le sexe tout fragile, tout muable a du muscle, une résistance d’acier, des poings de boxeur, la tête farcie de cervelle, le sens des affaires, et... il fait le siècle. C’est évident, la femme marque de son sceau notre temps... Mais, si on en croit la rumeur, il y a crise partout, crise principalement au foyer, crise générale de la famille... Serait-ce donc que tout n’est pas encore pour le mieux dans le meilleur des mondes ? Pourquoi ?
Peut-être oserai-je risquer que, dans la bonne nature, il existe un ordre, une harmonie, un rythme qu’on ne bouscule pas sans jeter quelque trouble sur la symphonie. Depuis qu’elle est lion et dragon, la femme a franchi d’un bond si rude les mesures de défense qu’elle est tombée hors de l’orchestre. Ne cherchant que son émancipation, elle oublia l’enfant et s’offrit la fantaisie de mépriser l’homme. Voulant sa libre grâce, elle creusa le péril ; s’évadant de la médiocrité vers je ne sais quel absolu, elle enjamba la raison. Et des cacophonies éclatèrent, bruyantes et désolées.
Aujourd’hui, la femme a pris des ailes, c’est un fait. Elle essaie son Atlantique, et la traversée ne va pas sans quelque naufrage. Faut-il regretter ses conquêtes ? Hé ! non !... Elle apprend son métier, et déjà elle pilote à miracle. Il ne lui manque plus que de redevenir femme. Alors, elle sera digne de donner son nom au siècle. « Elle flotte, elle hésite ; en un mot, elle est femme », disait Racine... Pauvre Racine ! Pauvre siècle de Louis XIV !... Comme tout est changé !
Mais, après tout..., souvenez-vous, il y avait déjà des femmes très bien, à cette époque : instruites, parlant latin, écrivant les plus jolies lettres du monde, lisant les philosophes, s’occupant d’éducation et menant, sans avoir l’air d’y toucher, la politique, les intrigues et les affaires... Au siècle des Encyclopédistes, que d’animatrices ! Par les enchantements de l’amour et de l’esprit, déjà elles gouvernaient les hommes. Et au siècle du Romantisme !... Depuis la dame au turban, qui en savait des choses et des choses, jusqu’à la dame à la pipe qui, la nuit, écrivait à perdre haleine, sa tasse de café sous la lampe, que de petites révolutions, que de scandales, que de talent dépensé !
En somme, déjà dans ce temps-là, il y avait des femmes qui arrivaient, quoiqu’on ne les y aidât pas... La grande erreur de notre siècle — Le Siècle de la Femme — fut de croire que toutes peuvent prétendre aux sommets, que toutes, grâce au travail, sont en droit de régenter les ambassades, l’Académie, les Facultés, les honneurs...
Quelques-unes, oui, animées d’un feu sacré particulier, arrivent aux premières places ; elles ont, aujourd’hui, pour les atteindre, les commodités morales et pratiques qui leur facilitent la chose, comme l’eau chaude, l’eau froide, la salle de bains facilitent la propreté qu’elles croient aussi avoir inventée. Leur grand mérite fut de généraliser un effort qui semblait trop grand pour elles, et d’avoir en bloc montré que la femme était capable de poursuivre un but et de mériter sa liberté.
Elle l’a, aujourd’hui, sa liberté. La société fait des lois pour lui assurer la dignité de son travail, l’indépendance de ses gains et sa personnalité. Tout cela est fort bon... Mais il y a crise dans la maison du bonheur... Je ne croirai à la toute-puissance réelle et définitive de nos filles qu’au jour où elles auront résolu cette crise-là.
Dans la catégorie Expressions & Proverbes d’autrefois
"Courir à fond de train"
= courir à toute vitesse
Le mot train désigne l’allure du cheval. Quant à la signification du mot fond, la voici : En terme de manège on dit d’un cheval qu’il a du fond, lorsqu’il supporte sans se fatiguer un exercice long où il doit exceller pour la rapidité.
Voilà la signification que le mot fond a dans les phrases suivantes. Ouvrons le Traité d’équitation par Montfaucon : « On a aussi la chance d’essouffler les chevaux momentanément moins vite, quoi qu’ayant plus de fond ». Et plus loin : « Si, au contraire, on croit pouvoir compter sur le fond de son cheval, le départ doit être calme. »
C’est d’Italie que nous viennent les premiers maîtres d’équitation ; dans le nouvel Alberti, l’on trouve ces mots : Essere in forza, durare alla fatica, ce qui signifie : Etre en force, être dur à la fatigue.
On peut conclure que avoir du fond est synonyme de avoir de la force et que, partant de là, à fond de train signifie à force de train, c’est-à-dire de toute la puissance de l’allure.
Cette expression doit être toute moderne, elle peut remonter à la fin du XVIIIe siècle, car on ne la retrouve dans aucune édition antérieure des grands dictionnaires.
(Le) Poste radiophonique : arme de lutte contre la vie chère ?
(D’après « Lectures pour tous », paru en 1931)
A l’aube de la mise en œuvre, en 1931 et chez nos voisins allemands, d’un dispositif fournissant aux citoyens, via les postes radiophoniques, le prix maximum que ne devraient pas dépasser les denrées alimentaires, un journaliste français y voit la panacée et se prend à rêver de l’instauration d’un tel système en France pour lutter enfin efficacement contre la vie chère. Vœu pieux ?...
« Allô ! allô ! Ici, le poste radiophonique de la Tour Eiffel. Mesdames, ce matin, d’après les cours pratiqués aux Halles centrales, le prix maximum des œufs doit être de 11 francs la douzaine ; celui des pommes de terre, de 1 fr. 10 le kilo ; celui du poulet, de 8 francs la livre, etc. N’achetez rien à des prix supérieurs ! »
Supposons que, chaque jour, dans les milliers d’intérieurs parisiens où se trouve un poste récepteur de T.S.F., la voix du speaker vienne apporter ainsi aux ménagères des renseignements officiels et précis sur le cours « normal » des vivres. Imaginons même que la grande station émettrice, étendant son action aux diverses régions françaises (comme elle le fait pour les indications météorologiques), fasse connaître les prix-limites que cette région a le droit de se voir appliquer d’après la nature et l’abondance de ses récoltes, de son cheptel, de ses pêcheries, de ses productions particulières ou saisonnières, etc. Qui ne voit tout de suite l’arme puissante dont l’immense public des consommateurs — c’est-à-dire tout le monde — disposerait ainsi contre la vie chère ?
Or, chez nos voisins de l’Est, cette utilisation de la T.S.F. est en passe de devenir une réalité : récemment, en effet, le gouvernement allemand a créé un Comité spécial, placé sous la présidence du chancelier Bruning lui-même, qui, entre autres mesures destinées à combattre la vie chère, a décidé de recourir à la T.S.F. « pour indiquer par ondes aux consommateurs les prix maxima qu’ils doivent payer ».
Quels bénéfices notre propre pays pourrait-il tirer de l’application d’une mesure similaire ? Le premier — le plus direct — serait évidemment une baisse sensible des prix de détail. Il n’est pas douteux, en effet, qu’à l’heure actuelle, il existe entre ces prix de détail et ceux du gros une marge excessive, que ne suffisent plus à expliquer les divers arguments valables au lendemain des hostilités : la stabilisation du franc est réalisée, l’escompte est normal, les « stocks » ont disparu, le cheptel est reconstitué, les récoltes valent celles de l’avant-guerre, les charges fiscales des petits commerçants ont été atténuées...
A Paris, par exemple, les prix de la viande de boucherie sont-ils logiques ? Alors que nous lisons dans notre journal que, au marché de la Villette, le bœuf s’est vendu hier sur le pied de 5 francs le kilo, pourquoi certains bouchers détaillants nous vendraient-ils aujourd’hui le kilo de pot-au-feu 12 et 15 francs ? Comment justifier une pareille augmentation ?
Vous entrez dans un café et vous demandez « un verre de Vichy ». Coût : 1 fr. 50, 2 francs, voire 2 fr. 50. Or, comme toute bouteille « fait » en moyenne cinq verres, vous voyez que le cafetier tire parfois jusqu’à 12 francs d’une bouteille qu’il a achetée — au prix de gros — moins de 2 francs ! Il serait facile de continuer cette revue des prix de détail manifestement exagérés.
Que l’on comprenne bien que nous ne songeons nullement à incriminer ici tous les détaillants, dont la grande majorité, M. Tardieu [André Tardieu, alors président du Conseil des ministres] le proclamait récemment, est composée d’honnêtes gens. Mais ils savent comme nous que leurs rangs comptent encore trop de gens qui, pressés de faire fortune en peu de temps, trouvent leur intérêt à maintenir les prix élevés, ce qui provoque automatiquement une hausse générale.
Quant au public, il faut bien avouer que c’est peut-être lui le plus coupable, car il a pris l’habitude d’acheter sans discussion et de payer n’importe quel prix, par ignorance, par apathie, parfois par pure ostentation. Eh bien ! il n’est pas interdit de penser que, contre ce mal, centre ce véritable fléau social, l’intervention de la T.S.F. pourrait être singulièrement efficace. Car cette différence que la ménagère ne sait pas lire, dans son journal, entre le prix de la viande à l’abattoir et les tarifs de son boucher, le haut-parleur peut venir la lui clamer chez elle, jusqu’au jour où elle se dira enfin : « Tiens ! Mais... attention ! »
Ce jour-là, fière de sa découverte, elle voudra tout de suite l’annoncer à ses voisines, à ses amies... Et ce sera le second résultat de l’offensive par T.S.F. : considérable, puisqu’il sera d’ordre général ; précieux, puisqu’il marquera, enfin, la naissance d’une mentalité nouvelle dans le public, l’éclosion d’un esprit de défense contre la vie chère.
Les vaisseaux anglais Hector et Bristol en détresse le 6 octobre 1780. Gravure de William Elliott
En 1780, celui que l’on nomma le Grand Ouragan, la plus meurtrière des tempêtes ayant frappé l’Atlantique nord et s’étendant sur toutes les Antilles, dévasta une grande partie des Caraïbes en causant la perte de plus de 20 000 personnes, dont 9 000 personnes pour la seule Martinique, le phénomène se reproduisant 30 ans et 50 ans plus tard
L’ouragan du 10 octobre 1780, appelé le Grand Ouragan, avait été précédé par une terrible tempête qui commença le 3 octobre, et durant laquelle la mer, qui s’élevait en lames d’une hauteur prodigieuse, envahit la côte avec une impétuosité indescriptible. À Savana-la-Mar, ces lames renversèrent toutes les maisons construites dans la baie, et trois navires furent portés si loin dans les terres, qu’on ne put jamais les en tirer.
L’ouragan du 10 a été décrit dans un grand nombre de relations, auxquelles nous empruntons les détails suivants : son diamètre embrassait dès l’origine les points extrêmes des Iles-sous-le-Vent, la Trinidad et Antigoa. Son centre passa le 10 sur la Barbade et à Sainte-Lucie, qui furent complètement ravagées et où presque rien ne resta debout, ni arbres ni demeures. À Sainte-Lucie — située au sud de la Martinique —, les plus solides édifices furent renversés et six mille personnes restèrent écrasées sous les décombres ; la flotte anglaise, qui s’y trouvait au mouillage, fut presque entièrement désemparée.
« Il est impossible, dit l’amiral George Rodney dans son rapport officiel, de décrire l’horreur des scènes qui eurent lieu à la Barbade, et la misère de ses malheureux habitants. Je n’aurais jamais pu croire, si je ne l’avais vu moi-même, que le vent seul pouvait détruire aussi complètement tant d’habitations solides, et je suis convaincu que sa violence seule a empêché les habitants de ressentir les secousses du tremblement de terre qui a certainement accompagné l’ouragan. Quand le jour se fit, la contrée, si fertile et si florissante, ne présentait plus que le triste aspect de l’hiver : pas une seule feuille ne restait aux arbres que l’ouragan avait laissés debout. »
La mer s’éleva si haut, qu’elle détruisit les forts. Cette élévation soudaine de son niveau avait beaucoup plus le caractère d’une véritable élévation des eaux sur le passage du centre que celui de grandes lames brisant à terre par la force du vent.
Le tourbillon, se portant ensuite vers la Martinique, enveloppa un convoi français de cinquante bâtiments portant cinq mille hommes de troupes ; six ou sept marins seulement échappèrent au naufrage. La plupart des bâtiments isolés qui se trouvaient sur le passage du cyclone sombrèrent avec leurs équipages. Plusieurs vaisseaux de guerre anglais qui retournaient en Europe disparurent dans la tourmente.
À la Martinique, neuf mille hommes périrent ; mille à Saint-Pierre, où cent cinquante habitations disparurent presque en même temps au moment du raz de marée. À Fort-Royal, la cathédrale, sept églises et cent-quarante maisons furent renversées ; plus de quinze cents malades et blessés furent ensevelis sous les ruines de l’hôpital, d’où l’on ne put en retirer qu’un petit nombre. Des six cents maisons de Kingstown, dans l’île Saint-Vincent, quatorze seulement restèrent debout. Les bancs de corail furent arrachés du fond de la mer et transportés près du rivage, où on les vit ensuite apparaître. Dans les batteries, des canons furent déplacés par la force du vent, qui porta l’un d’eux à une distance de 126 mètres.
Les Français et les Anglais étaient alors en guerre ; mais dans une telle catastrophe, au milieu de tant de ruines, les haines s’épuisèrent pour faire place à un généreux sentiment d’humanité, et le marquis de Bouillé, gouverneur de la Martinique, fit mettre en liberté les marins anglais devenus ses prisonniers à la suite du commun naufrage.
Le général Reid nous livre la relation suivante d’un ouragan qui sévit encore aux Barbades, le 10 août 1831 : « À 7 heures du soir, le ciel était clair et le temps calme ; ce calme dura jusqu’un peu après 9 heures, moment où le vent souffla du Nord ; vers 10 heures 1/2, on apercevait de temps en temps des éclairs dans le Nord-Nord-Est et dans le Nord-Ouest. Les rafales de vent et de pluie du Nord-Nord-Est, avec des intervalles de calme, se succédèrent jusqu’à minuit. Après minuit, les éclairs et les coups de tonnerre se succédaient avec une grandeur effrayante, et l’ouragan soufflait avec rage du Nord et du Nord-Est.
« Sa fureur augmenta à 1 heure du matin ; la tempête qui jusqu’à ce moment avait soufflé du Nord-Est sauta brusquement au Nord-Ouest et aux rhumbs intermédiaires. Pendant ce temps, des éclairs incessants sillonnaient les nuages, mais les sillons en zigzag de la lumière électrique étaient encore plus vifs que la nappe de feu de l’éclair ; la foudre éclatait dans toutes les directions. Un peu après 2 heures, le bruit assourdissant de l’ouragan, soufflant du Nord-Nord-Ouest et du Nord-Ouest, était impossible à décrire. Le lieutenant-colonel Nickle, qui s’était mis à l’abri sous la voûte d’une fenêtre basse en dehors de sa maison, n’entendit pas le bruit de l’étage supérieur qui s’écroulait, et ne s’en aperçut qu’en voyant la poussière provenant du dehors. Vers 3 heures, le vent mollit par moment, mais il y avait encore des rafales furieuses du Sud-Ouest, de l’Ouest et de l’Ouest-Nord-Ouest.
« Les éclairs ayant cessé pendant quelques instants et en même temps que le vent, la ville fut plongée dans une obscurité vraiment effrayante. On vit quelques météores tomber du ciel ; un surtout, d’une forme sphérique et d’un rouge foncé, sembla descendre verticalement d’une grande hauteur. Il tomba évidemment par sa pesanteur spécifique et sans être poussé par aucune force étrangère ; en approchant de terre avec un mouvement accéléré, il devint d’une blancheur éblouissante, prit une forme allongée, et, en tombant sur la place Beckwith, il se divisa en mille morceaux comme du métal en fusion et s’éteignit immédiatement.
« Quelques minutes après l’apparition de ce phénomène, le bruit assourdissant du vent se changea en un murmure solennel ou plus exactement en un rugissement lointain, et les éclairs, prenant un effrayant développement, une vivacité et un éclat extraordinaires, couvrirent tout l’espace entre les nuages et la terre pendant près d’une demi-minute. Cette masse immense de vapeurs semblait toucher les maisons, et elle lançait vers la terre des flammes que celle-ci lui renvoyait aussitôt.
« Immédiatement après cette prodigieuse succession d’éclairs, l’ouragan éclata de nouveau de l’Ouest avec une violence terrible et indescriptible, chassant devant lui des milliers de débris de toute nature. Les maisons les plus solides furent ébranlées dans leurs fondements, et toute la surface de la terre trembla sous la force de cet effrayant fléau destructeur. Pendant toute la durée de l’ouragan, on n’entendit pas distinctement le tonnerre. Le hurlement horrible du vent, le grondement de l’Océan dont les lames monstrueuses menaçaient d’engloutir tout ce que l’ouragan laissait debout, le bruit mat des tuiles, la chute des toits et des murs, mille autres bruits formaient un fracas épouvantable. Ceux qui ont assisté à une pareille scène d’horreur peuvent seuls se faire une idée de l’effroi et de l’immense découragement que l’homme éprouve en présence de cette rage de destruction de la nature.
« Après 5 heures, la tempête mollissant par moments permit de mieux entendre le bruit de la chute des tuiles et des débris de construction que la dernière rafale avait probablement soulevés à une grande hauteur. À 6 heures du matin, le vent était au Sud, à 7 heures au Sud-Est, à 8 heures à l’Est-Sud-Est, et à 9 heures le temps était redevenu clair.
« Dès que le jour permit de distinguer les objets, le narrateur se rendit non sans peine sur le quai. La pluie, chassée avec une assez grande violence pour faire du mal à la peau, était tellement épaisse, qu’on pouvait à peine distinguer les objets au-delà du bout du môle. La scène qui s’offrit à lui était d’une majesté indescriptible ; des vagues gigantesques roulaient sur la plage et semblaient vouloir tout engloutir ; cependant, elles brisaient sur le carénage où elles venaient se perdre, leur surface étant entièrement couverte d’épaves de toute nature. Deux bâtiments seuls étaient à flot en dedans de la jetée, tous les autres étaient chavirés ou échoués sur les petits fonds.
« Du sommet de la tour de la cathédrale, on ne voyait qu’une vaste plaine de ruines ; pas un seul signe de végétation, sauf çà et là quelques petits champs d’herbe jaunie. Toute la surface de la terre semblait avoir été brûlée. Les quelques arbres qui restaient, dépouillés de leurs branches et de leurs feuilles, avaient le même aspect qu’en hiver ; les nombreuses villas qui sont dans les environs de Bridgetown étaient mises à nu et en ruines. La direction des cocotiers et des autres arbres qui avaient été renversés les premiers indiquait qu’ils avaient été abattus par le Nord-Nord-Est ; mais la plus grande partie avait été déracinée par le vent de Nord-Ouest. »
Tous les grands arbres détruits à Saint-Vincent — entre l’île Sainte-Lucie et l’archipel des Grenadines — sans avoir été abattus le furent par la grande quantité d’électricité qui se dégagea pendant cette tempête. Elle fut accompagnée d’une pluie d’eau salée, phénomène qu’on a souvent observé ailleurs. À la pointe nord des Barbades, les vagues brisèrent constamment à une hauteur de 22 mètres, rapporte Dove dans La Loi des tempêtes.
Vaisseau anglais en perdition le 11 octobre 1780, près de Sainte-Lucie. Gravure de William Elliott
L’ouragan de 1810, qu’on peut aussi mettre au nombre des plus violents qui aient ravagé les Antilles, a été décrit par un témoin, Martial Merlin, alors en garnison à la Guadeloupe : « Les troupes étaient stationnées au camp baraqué de Beau-Soleil, à une petite lieue de la ville de la Basse-Terre. Il était midi environ lorsque les signes précurseurs de l’ouragan vinrent jeter l’effroi dans l’âme des plus intrépides ; l’ordre fut donné immédiatement de se tenir sous les armes, le sac au dos, dans les baraques, et prêt à décamper.
« L’ouragan augmentant d’intensité avec une rapidité effrayante, d’énormes torrents sillonnèrent bientôt les fronts de bandière ; vers trois heures, l’obscurité devint complète ; plusieurs baraques furent renversées par le vent ou entraînées par les eaux ; la place n’était plus tenable sans de grands dangers. Cependant les chemins étaient enlevés ; il n’était plus possible de gagner la ville.
« L’ordre fut donné à chacun de pourvoir à son salut comme il l’entendrait ; on devait rejoindre, comme point de réunion, le fort Richepanse, situé sur les hauteurs de la Basse-Terre, à une lieue du camp. Chacun ne songea plus alors qu’à sa propre conservation, et se mit en devoir de gagner le rendez-vous ou de chercher quelque abri.
« Ce ne fut que vers sept heures du soir que les premiers arrivèrent au fort ; ils avaient été obligés de se traîner sur le ventre en s’accrochant à des ronces ou à des plantes qu’ ils trouvaient sous la main, car la violence du vent était telle qu’il était impossible même de rester étendu à terre, à moins d’être retenu par un moyen quelconque, sans courir le risque d’être entraîné.
« L’ouragan diminua d’intensité dans la nuit, mais le lendemain il arrivait encore des hommes ; plusieurs ne rejoignirent jamais : les uns avaient été écrasés par la chute des baraques ; d’autres avaient été entraînés par les torrents jusqu’à la mer, du moins on doit le présumer, car ils ne furent pas retrouvés. Quelques-uns enfin périrent par suite des maladies auxquelles cette nuit cruelle donna lieu. Le lendemain, les habitations environnantes avaient disparu ; de profonds ravins, creusés par les torrents, coupaient des champs qui, la veille, offraient l’espérance d’une brillante récolte ; les navires de la rade avaient sombré ou avaient été brisés à la côte ; tout n’était plus qu’un immense théâtre de désolation. »
et Saviez-vous quelle est Française six mois par an
Conséquences de plusieurs traités passés entre la France et l’Espagne, l’île des Faisans, petite île fluviale du Pays basque, située sur la frontière, change de nationalité tous les six mois, entraînant une légère modification de la surface nationale.
Lorsque l’on passe la frontière franco-espagnole, marquée par la rivière Bidassoa, entre Hendaye et Irun, on distingue quelques îlots dans l’estuaire. Difficile d’imaginer que parmi ce chapelet de petites îles boisées inhabitées, se trouve le plus petit condominium au monde ! L’île des Faisans, 3 000 m², appartient en effet à la France et à l’Espagne. Plus précisément, elle est gérée par l’Espagne du 1er février au 31 juillet, et repasse sous législation française entre le 1er août et le 31 janvier de l’année suivante, déplaçant ainsi légèrement les frontières des deux pays.
Interdit au public – le territoire a été placé sous l’autorité des forces armées des pays respectifs – ce petit lopin de terre boisé est officiellement dirigé par deux vice-rois, qui sont le commandant de la Marine nationale à Bordeaux côté français, et son homologue basé à Saint-Sébastien côté espagnol. Si la passation se fait le plus souvent par notes diplomatiques, elle se déroule bien tous les six mois depuis plus de 160 ans.
Passation de pouvoir, le 1er février 2012, entre le capitaine de frégate Boris Solin et son homologue espagnol Jaime de la Puente Mora-Figueroa. (Photo : Armada Espanola/DR)
« Le traité de Bayonne de 1856 entre la France et l’Espagne, qui règle les tensions de navigation et de pêche entre les deux rives, place la frontière dans le canal principal de la Bidassoa, à partir d’Endarlatza (Navarre), à 13 km de l’embouchure, et fait de l’île des Faisans un condominium franco-espagnol », explique Pedro Sanchez-Blanco, historien espagnol et Hendayais d’adoption.
« Ce texte s’inscrit peu de temps avant les festivités du bicentenaire du traité des Pyrénées, passé entre Louis XIV et Philippe IV d’Espagne. La célébration de cet événement entre le Second Empire français et le Royaume d’Espagne, porté notamment par l’Impératrice Eugénie, d’origine espagnole, entraîne l’inauguration d’une stèle commémorative en 1859, encore visible aujourd’hui depuis la rive. »
Conséquences de plusieurs traités passés entre la France et l’Espagne, l’île des Faisans, petite île fluviale du Pays basque, située sur la frontière, change de nationalité tous les six mois, entraînant une légère modification de la surface nationale.
Un échange au milieu du fleuve
Avant la venue des couples impériaux et royaux en 1856, pour l’inauguration de cette stèle, la petite île des Faisans a vu passer au fil des siècles sur son sol ou à son large de nombreuses têtes couronnées. Il faut dire que le contrôle de l’estuaire de la Bidossoa est un enjeu stratégique dès le Moyen-Âge, car il permet l’accès à l’océan Atlantique : cela entraîne des tensions de part et d’autre de cette frontière, et des rivalités entre la place fortifiée de Fontarabie côté espagnol, et le village d’Hendaye, côté français.
Tableau du peintre Jacques Laumosnier, représentant l’entrevue de Louis XIV et de Philippe IV d’Espagne sur l’île des Faisans en 1659. On distingue la fille de Philippe IV, future reine de France, derrière lui. (Photo : Sir Gawain/Wikicommons)
« En 1526, François Ier est libéré par l’Empereur Charles Quint de sa prison madrilène en échange de deux des enfants du roi de France. L’échange a lieu au milieu du fleuve, entre deux barques, au niveau du guet, à quelques dizaines de mètres de l’île des Faisans. Quatre ans plus tard, deux barques se croisent de nouveau au milieu de la Bidassoa : celle qui se dirige vers l’Espagne amène la rançon – 500 000 écus d’or, l’autre ramène les deux enfants de François Ier »,raconte Pedro Sanchez-Blanco. En 1615, a lieu au même endroit l’échange entre l’Infante Anne d’Autriche, fille de Philippe III d’Espagne, qui va épouser Louis XIII, et Élisabeth de Bourbon, fille d’Henri IV, qui doit se marier, elle, avec le prince des Asturies.
Une ligne imaginaire
Mais c’est à partir de 1659 que l’île des Faisans entre dans la grande histoire ! « À cette époque, les royaumes de France et d’Espagne, usés par deux siècles de rivalités et de guerres, décident de faire la paix, précise l’ancien professeur à l’université de Saint-Sébastien. Pour discuter des modalités, les diplomates des deux nations choisissent, comme il en est coutume, un endroit aux confins des deux pays. Le lieu choisi est donc cette petite île, neutre car située sur la frontière, au milieu de la Bidassoa. »
« L’îlot est donc divisé symétriquement en deux par une ligne imaginaire, sur laquelle sont construites les structures devant recevoir les délégations. Même la table des négociations se trouve sur cette ligne, afin que les ministres agissent chacun sur leurs terres ! »
Tableau de l’artiste Gérard Blot représentant l’arrivée d’Anne d’Autriche, mère de Louis XIV et de Philippe IV d’Espagne sur l’île des Faisans, rebaptisée pour l’occasion île de la Conférence. (Photo : Sir Gawain/Wikicommons)
Entre août et novembre 1656, les réunions se succèdent, entre le cardinal de Mazarin, Premier ministre de Louis XIV, et don Luis de Haro, Premier ministre de Philippe IV d’Espagne. Ces négociations aboutissent à la signature du traité des Pyrénées et à l’élaboration des termes du mariage entre l’Infante Marie-Thérèse et le jeune roi français. Quelques mois plus tard, les diplomates font place aux rois : Louis XIV rencontre Philippe IV sur l’île des Faisans.
« Le 5 juin 1660, le roi de France rencontre son homologue espagnol, mais chacun reste de son côté de la ligne imaginaire, pour prêter serment et promettre de respecter le nouveau traité. Louis XIV reçoit alors son épouse, avec qui il est marié officiellement depuis deux jours. L’union a été célébrée à Fontarabie, côté espagnol, par procuration, puisque le roi de France ne peut quitter son royaume », poursuit l’historien. Le 11 juin, l’union des deux époux est bénie en l’église de Saint-Jean-de-Luz.
La stèle célébrant le bicentenaire du traité des Pyrénées, inauguré par l’impératrice Eugénie et la reine Isabelle II d’Espagne, en 1659. (Photo : Gautier Demouveaux)
Avec ce mariage, Louis XIV reçoit en dote les provinces du Roussillon et de l’Artois, une partie du duché de Lorraine et plusieurs places fortes, jusque-là propriétés des Habsbourg. L’une des clauses du traité prévoit également que l’infante renoncerait à ses droits sur la couronne d’Espagne, en échange de 500 000 écus payés par Madrid.
Une île à l’état sauvage
Concernant l’île, elle retombe peu à peu dans l’oubli. Les constructions mises en place pour la négociation du traité, dont on peut imaginer le faste grâce aux tableaux des artistes de l’époque, furent démontées, et l’île a peu à peu retrouvé son état sauvage. Jusqu’à la visite éphémère, deux cents ans plus tard, de l’impératrice Eugénie et de la reine d’Espagne Isabelle II, afin de célébrer le traité des Pyrénées.
Don Luis de Haro, Premier ministre de la Philippe IV d’Espagne (à gauche), et le cardinal de Mazarin, Premier ministre de Louis XIV (à droite), ont été chargés des négociations du mariage et du traité de paix entre l’Infante d’Espagne et le roi de France. (Photo : Andreas Praefcke/Wikicommons)
Aujourd’hui, l’île des Faisans reçoit parfois des visiteurs, lors des journées du patrimoine. Et exceptionnellement des officiels, pour le transfert de pouvoir entre les vice-rois, comme le 1er février 2012, avec le capitaine de frégate Boris Solin et son homologue espagnol Jaime de la Puente Mora-Figueroa.