Le village des dents (Espagne)
Une paisible bourgade abrite une usine de prothèses dentaires qui exporte des dents dans le monde entier
Près de 2 500 personnes vivent à Tielmes, un petit village situé à 50 kilomètres au sud de Madrid, sur les plateaux d’Alcalá, en bordure de la paisible vallée de Tajuña. Comme tous les villages, celui-ci a ses fiertés : son équipe sportive, son musée, ses caves et ses saints patrons… Mais les villageois peuvent également être fiers des dents qu’ils fabriquent au rythme de 12 millions par an. Tielmes est en effet l’une des capitales internationales de la prothèse dentaire, et sa production est capable à elle seule de rendre le sourire à un demi-million d’édentés dans le monde entier.
La nature nous a dotés de 32 dents ou, si l’on excepte les quatre dents de sagesse, au moins 28. Et chacun d’entre nous, sans distinction, est amené un jour ou l’autre à les perdre. De la Turquie à Singapour, de la Thaïlande à la Belgique, en passant par la Finlande, Chypre, les Etats-Unis, la Malaisie, la Serbie ou le Pérou : à l’usine Unidesa, un planisphère a été dessiné afin de visualiser les lieux d’expédition de ces petites perles de résine soigneusement alignées dans leur boîte qui seront expédiées dans les endroits les plus retirés du monde.
Sur la moitié de la planète, des millions de personnes portent sans le savoir à l’intérieur de leur bouche un petit morceau de la région. C’est probablement un détail pour elles, mais pour Tielmes c’est d’une importance capitale. Pratiquement tous les employés, au nombre de cinquante, viennent du village ou vivent aux alentours. Le village produit des dents, mais aussi des œufs et de l’huile d’olive pressée à froid. Mais l’être humain n’entretient pas une relation aussi intime avec un œuf frit qu’avec sa prothèse dentaire. Sans Tielmes, le monde entier devrait se nourrir à la paille. “L’usine demeure une institution”, me précise Laurentino Rodriguez, dit Tino, qui a quitté sa province de León pour venir s’installer ici en même temps que l’entreprise en 1965 et qui n’est plus jamais reparti.
Le fondateur de l’entreprise, José Dominguez a décidé en 1952 de monter une affaire de matériel dentaire pour ensuite s’installer à Tielmes afin d’implanter son usine. C’était il y a quarante-six ans. En 1958, l’entreprise a commencé à exporter ses produits vers l’Allemagne, “le marché le plus exigeant au monde», explique Soraya Domínguez, sa fille et l’actuelle directrice export de l’entreprise.
Au départ, ils étaient beaucoup plus nombreux, plus de 120 personnes, à une époque où pratiquement tout, même les dents, était confectionné à la main. Depuis une dizaine d’années, la robotique et les dentistes ont changé la donne. Avant, les ouvriers apportaient eux-mêmes les pièces qu’ils avaient fabriquées jusqu’à Arganda ou Madrid.
De grincheux le croquant

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