Aujourd’hui...
Quand le tramway de Bordeaux était attaqué en 1907 comme une diligence....
" Un épisode de western dans les limites urbaines de Bordeaux...c'était en 1907 ! "
L'insécurité dans le tramway, un problème, déjà, début XXe.
L'insécurité dans les transports en commun ne date pas d'aujourd'hui.
Les colonnes de la « Petite Gironde », quotidien qui précéda le journal « Sud Ouest », offraient une place de choix aux faits-divers sensationnels : agressions nocturnes, rixes, cambriolages, noyades, crimes et disparitions suspectes. Les chroniques judiciaires du palais de justice de Bordeaux régalaient leurs lecteurs d'un luxe de détails circonstanciés et dénonçaient avec indignation les malandrins épinglés.
Le journal du 27 mai 1907 fait le récit d'un incroyable « assaut », non d'une diligence mais d'un tramway ! Un épisode de western dans les limites urbaines de Bordeaux… les boulevards.
Les faits.....
Vers 23 h 30, un tramway conduit par le wattman (1) Aubert, rejoint le dépôt de Lescure, lorsqu'au lieu-dit « les marronniers », sur le boulevard Camille-Godard, six individus mal intentionnés montèrent dans sa voiture après en avoir demandé l'arrêt. Cinq restèrent sur la plateforme arrière et le sixième agressait le conducteur pour lui faire abandonner sa recette.
Par trois fois, sur la même ligne, scénario identique. La dernière agression fut bien plus grave ; le conducteur s'agrippa à la courroie de sa sacoche sectionnée par un des malfaiteurs qui lui infligea pas moins de cinq coups de couteau au ventre et à la tête. Au Bouscat, rue Baudin, dans un égout, la sacoche renfermant la recette fut retrouvée vide. Au moment de l'assaut, elle n'aurait contenu qu'une toute petite somme d'une vingtaine de francs seulement ! À l'audience, un des prévenus prétendit avoir participé à une « plaisanterie » : « On voulait seulement faire perdre du temps au conducteur en lui cherchant des histoires »…
Et d'un convoi de maraîchers !
Troublante coïncidence, durant cette même soirée, un laitier du Bouscat nommé Perpétue vécut la même mésaventure. Trois « vauriens » entourèrent son attelage, sans le frapper. Six jours plus tard, c'est au tour d'un convoi de maraîchers, chargé de fraises à destination du marché des Capucins, d'être assailli sur la route du Médoc au Bouscat. Les deux « vauriens » avaient tenté d'arrêter leurs chevaux dans le but de les dévaliser. En fouettant leurs bêtes, les deux maraîchers avaient pu échapper au « hold-up » (2).
Le 13 août 1907, la foule se pressait dans la salle d'audience du tribunal de Bordeaux pour écouter le verdict des agresseurs de tramway. La brutalité de cette affaire avait fait grand bruit dans la capitale girondine. Un service de police maintenait l'ordre car la population surexcitée était venue en masse dans la salle des pas perdus (3).
La cour prononça des peines sévères et sans appel : Bareyt, 20 ans de travaux forcés ; Fiol et Marclaut, huit ans et Estèbe 6 ans ; Guicheneuf, 5 ans de prison ferme. Mêlée à la foule, la sœur Bareyt poussa des cris et tomba à terre en proie « à une crise nerveuse ». Estebe sortit le dernier, se tourna vers un groupe de jeunes gens et lança ironiquement en les montrant du doigt : « Les voilà les innocents ! ». Les accusés furent aussitôt conduits à la toute proche prison du fort du Hâ. Bordeaux baignait alors dans une chaleur moite.
(1) nom donné au conducteur de tramway électrique.
2) « La Petite Gironde », n°12 759, 8 juin 1907.
(3) « La Petite Gironde », n° 12825, 14 août 1907.
C’était aujourd’hui ;
"Quand le tramway de Bordeaux était attaqué en 1907 comme une diligence...."
A la semaine prochaine pour un nouveau rendez-vous avec le passé

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