Le cœur " Un allié surpuissant "
Ce bourreau de travail propulse sans cesse le sang de la tête aux pieds. Il intéresse les scientifiques qui cherchent à savoir comment on pourrait mieux le réparer.
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Guère plus gros qu'un poing, pesant seulement 300 grammes, il ne pompe pas moins de cinq litres de sang à la minute. Ses contractions vigoureuses envoient le fluide vital dans les artères, qui se ramifient pour fournir en oxygène et nutriments les moindres recoins du corps. Le cœur irrigue ainsi 100 000 kilomètres de vaisseaux, plus de deux fois le tour de la terre au niveau de l'équateur ! Un exploit réalisé grâce à la puissance de son muscle, le myocarde, qui renferme des cellules musculaires appelées « cardiomyocytes ». Tandis que nos biceps ne s'activent que sous l'impulsion du cerveau, le cœur génère lui-même ses contractions. Pour preuve, retiré du corps, il continue à battre la mesure, une capacité essentielle pour la réussite des greffes. Ces pulsations naissent dans une région de l'oreillette droite : le nœud sinu-atrial. Ici nichent des cellules dites « pacemaker » (stimulateur cardiaque), qui génèrent et propagent des signaux électriques. Par défaut, elles provoquent un rythme de 100 battements cardiaques par minute. Une vivacité tempérée par le nerf vague, qui ralentit le cœur à 70 au repos. En cas d'exercice ou d'émotions fortes, d'autres nerfs dits « sympathiques » prennent le dessus : la fréquence cardiaque s'accélère. Or nous ne sommes pas capables de contracter nos autres muscles à une telle cadence. Alors, pourquoi le cœur, lui, ne se fatigue-t-il pas ? « Parce que ses cellules sont truffées de mitochondries, sortes de centrales nucléaires, énergétiques » du corps humain, répond le Pr Jean-Noël Fabiani-Salmon dans Votre cœur, cet inconnu (éd. Albin Michel, 2025).
100 000
100 000 battements cardiaques par jour environ chez un adulte au repos.
Premier organe à se former dans l'embryon humain.
8 000 litres de sang pompés chaque jour par le cœur, soit un cube de 2 mètres de côté.
Après un infarctus, les cellules souches améliorent la vascularisation
Mais cette force de la nature cache une fragilité. Car les cellules cardiaques, contrairement à celles du foie et de la peau, possèdent une capacité de régénération très limitée. Une équipe suédoise a étudié ce paradoxe avec une méthode originale (Science, 2009). Chez des personnes exposées à des explosions nucléaires durant la guerre froide, elle a daté les cellules cardiaques grâce au carbone 14 libéré par les essais. Résultat : les cardiomyocytes se renouvelleraient au taux annuel de 1 % à partir de 25 ans, et de 0,5 % vers 75 ans. « Cette prolifération est trop faible pour avoir un effet thérapeutique », pointe Philippe Menasché, chirurgien cardiaque à l'hôpital européen Georges-Pompidou à Paris. Impossible de compter sur ce phénomène lorsque le cœur est abîmé, en cas d'insuffisance cardiaque (quand l'organe ne pompe plus correctement) ou d'infarctus du myocarde (crise cardiaque) par exemple.
Une thérapie testée depuis une vingtaine d'années consiste à injecter dans l'organe lésé des cellules souches, capables de se renouveler et de se différencier. Mais les résultats sont mitigés : « Les cellules transplantées ne survivent pas au-delà de quelques semaines ou mois. En revanche, elles semblent favoriser la réparation par au moins trois mécanismes : elles stimulent la revascularisation, diminuent l'inflammation et réduisent la fibrose, ce qui améliore le fonctionnement du cœur », détaille le Pr Menas ché. Son équipe teste un traitement où seules sont injectées les molécules produites par ces cellules, un cocktail appelé « sécrétome ». L'avantage est double : le médicament est plus simple à utiliser et il est conçu pour éviter le risque de rejet, donc ne nécessite pas de prise d'immunosuppresseur. Les résultats sont attendus pour fin 2026.
La recherche actuelle s'inspire des compétences du nouveau-né
Au-delà de ces réparations, des recherches visent à véritablement régénérer le cœur : remplacer les cellules disparues par de nouvelles. Cette capacité existe chez le fœtus et le nouveau-né puis disparaît. Pourrait-on la réactiver ? « L'idée serait de délivrer dans l'organe des facteurs capables de stimuler la prolifération cellulaire », indique Philippe Menasché. En guise de transporteurs, des nanoparticules lipidiques renfermeraient un ARN messager codant pour ces facteurs, sur le modèle des vaccins utilisés contre le Covid. La durée de vie courte de l'ARN permettrait une prolifération transitoire, indispensable pour limiter le risque de tumeur. Cette nouvelle approche fait l'objet d'essais chez l'animal.
Notez : Les informations de ce billet sont transmises & publiées à titre purement informatif et ne peuvent être considérées comme des conseils médicaux personnalisés. Aucun traitement ne devrait être entrepris en se basant uniquement sur le contenu de ce billet, et il est fortement recommandé au lecteur de consulter des professionnels de santé dûment homologués auprès des autorités sanitaires pour toute question relative à leur santé et leur bien-être.

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