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Le Blog De Papy-Bougnat

  • Papy-bougnat
  • De moi. retraité, passionné, curieux, gourmet, vivant au vert en Aquitaine
Signe particulier : « Ayant attrapé tout jeune la maladie bleue et pas guéri à ce jour !
Dans ce blog vous trouverez un peu de vérité, beaucoup de passion, et quelques coups de gueule 
Bonne route & merci pour votre visite
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Traducteur

A L'affiche..

La culture Ne s'hérite pas, Elle se conquiert. 

 

[André Malraux]

********** 

 

Actu du jour...


       

3 août 2015 1 03 /08 /août /2015 06:28
La rétro du lundi.........

Lo berret qu’ei bearnés !
Le béret est béarnais !

 

Le Béarn revendique la paternité du béret, et ce couvre-chef devient le symbole même du Français, tant chez les anglo-saxons qu’un peu partout dans le monde. Sa fabrication elle, s’enracine au pied des Pyrénées.

 

Ce fut l’apanage du berger béarnais, un béret protecteur contre les éléments naturels : froid ou la pluie. La couleur, variable au cours du temps, a eu une forte charge symbolique. Écru à l’origine, il a été soit blanc, soit teinté en brun, en bleu, en rouge, selon les régions et les communautés pyrénéennes. À partir du XXe siècle, la couleur la plus courante pour les bérets civils est le noir. Attribué sous sa forme la plus large aux bataillons de chasseurs alpins, le béret est progressivement devenu la coiffure militaire la plus répandue dans le monde, avec des couleurs et des insignes variés, et des manières de le porter très codifiées.

Sa patrie : le Sud-Ouest
Le port du béret est un élément d’identité culturelle forte dans le sud-ouest de la France. Même si son usage tend malgré tout à rester modeste chez les jeunes générations, il persiste cependant dans les campagnes. Marqueur social et communautaire, les jeunes n’hésitent cependant pas à l’arborer à l’occasion des férias.

Le béret de Madame
Comme tous les éléments vestimentaires masculins, il a fini par tomber dans l’escarcelle de ces dames. Devenu un élément de la mode féminine en France dans les années 1930, promu par les grands couturiers parisiens et coiffant notamment certaines vedettes de cinéma de l’époque : Michèle Morgan, Greta Garbo, etc. Brigitte Bardot en porte un dans le film de la chanson Bonnie and Clyde interprétée en duo avec Serge Gainsbourg.

Fabrication : la technique de la galette
Le béret est exclusivement en laine tricotée, sous forme d’une grande galette circulaire, mais ouverte du centre au bord. Les bords sont ensuite réunis par un remaillage, de façon à former le béret. La partie centrale présente une ouverture circulaire. Les bérets sont mis dans un bain et foulonnés : les fibres se resserrent, la laine est feutrée et le béret acquiert ses dimensions quasi-définitives. La durée du feutrage détermine le degré de solidité et d’imperméabilité.

 

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27 juillet 2015 1 27 /07 /juillet /2015 06:42
La rétro du lundi..........
La rétro du lundi..........

En France,on aime bien ne pas faire les choses comme les autres

 

Cest ainsi que pendant un demi-siècle, nous avons été les seuls à rouler avec des phares jaunes pendant que le reste de la planète avait adopté le blanc.

Cette exception remonte à 1936. Le gouvernement décide à l'époque d'interdire les phares blancs afin de différencier les voitures françaises d'éventuelles ennemies en cas de guerre!

Une ligne maginot lumineuse en quelque sorte.

Les années ont passé, la paix est revenue mais les phares jaunes sont restés.

Ces derniers ont résisté à l'envahisseur jusqu'en 1993, date à laquelle la Françe à dù s'aligner sur ses voisins européens.

Un grand changent  qui a provoqué l'incompréhension de nombreux conducteurs.

Les experts hexagonaux nous l'avaient pourtant assuré, les phares jaunes restituaient mieux les reliefs tandis que les blancs éblouissaient.

Quelle folie poussait tous ces automobilistes étrangers à s'infliger des lésions irréversibles aux yeux ? Pourquoi les autres pays persistaient-ils dans leur erreur et nous imposaient-ils cette conversion suicidaire ?Finalement, vingt ans après, on vit et conduit tout aussi bien avec des phares blancs.

A condition de les allumer...

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20 juillet 2015 1 20 /07 /juillet /2015 06:21
La rétro du lundi.......

Comment son interdiction assura
à la pomme de terre son essor

 

 

 

(D’après « Le Jardin des Plantes : description complète, historique
et pittoresque du Muséum d’histoire naturelle, de la Ménagerie,
des serres, etc. » (Tome 1), paru en 1842)

Afin d’inciter les Français à ne plus bouder la pomme de terre, le savant Parmentier, qui en connaissait les immenses qualités et désespérait de voir notre pays l’adopter, eut au XVIIIe siècle une idée lumineuse...

Aujourd’hui cultivée partout en France, la pomme de terre non seulement nous donne à peu de frais un aliment agréable et sain, mais nous avons trouvé moyen de changer sa fécule en sucre et en alcool. C’est aux savants travaux et au zèle infatigable du chimiste Antoine Parmentier (1737-1813) que nous devons l’extension de sa culture et de son emploi.

Les grands propriétaires avaient, il est vrai, suivi l’impulsion donnée par Louis XVI ; ils avaient permis à la pomme de terre de végéter dans quelques coins de leurs domaines ; mais les paysans ne la cultivaient qu’avec répugnance ; ils refusaient d’en manger, et l’abandonnaient à leurs bestiaux. Il en était même qui ne la jugeaient pas digne de servir d’aliment à ces derniers.

Ce fut Parmentier qui, le premier, fit du pain de pomme de terre. Il avait entrepris de vulgariser en France l’usage de ce précieux tubercule ; il comprenait que si la pomme de terre pouvait suppléer le froment, toute famine devenait à jamais impossible. Aussi cet homme généreux consacra-t-il sa fortune, son talent, sa vie entière à cette œuvre immense de charité ; ce n’était pas assez pour lui d’encourager la culture de la pomme de terre par des écrits, des discours, des récompenses, en un mot par tous les moyens d’influence que lui donnait sa haute position : il acheta ou prit à ferme une grande quantité de terres en friche, à plusieurs lieues de rayon autour de Paris, il y fit planter des pommes de terre. .

Antoine  Parmentier

La première année, il les vendit à bas prix aux paysans des environs ; peu de gens en achetèrent ; la seconde année, il les distribua pour rien, personne n’en voulut. A la fin, son zèle devint du génie : il supprima les distributions gratuites, et fit publier à son de trompe dans tous les villages une défense expresse, qui menaçait de toute la rigueur des lois quiconque se permettrait de toucher aux pommes de terre dont ses champs regorgeaient. Les gardes champêtres eurent ordre d’exercer pendant le jour une surveillance active, et de rester chez eux pendant la nuit.

Dès lors, chaque carré de pommes de terre devint, pour les paysans, un jardin des Hespérides, dont le dragon était endormi ; la maraude nocturne s’organisa régulièrement, et le bon Parmentier reçut de tous côtés des rapports sur la dévastation de ses champs, qui le faisaient pleurer de joie. A dater de cette époque, il n’eut plus besoin de stimuler le zèle des cultivateurs : la pomme de terre avait acquis la saveur du fruit défendu, et sa culture s’étendit rapidement sur tous les points de la France.

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13 juillet 2015 1 13 /07 /juillet /2015 06:18
La rétro du lundi.............

Savez-vous que veut dire "Croquer le marmot"

 

Cela veut dire attendre fort longtemps

 

Du temps de la féodalité, lorsqu’un vassal allait rendre hommage à son seigneur, il devait, en l’absence de celui-ci, réciter à sa porte, comme il l’eût fait en sa présence, les formules de l’hommage et baiser à plusieurs reprises le verrou, la serrure ou le heurtoir appelé marmotà cause de la figure pittoresque qui y était ordinairement représentée (le mot marmot est le nom qu’on donnait aussi aux petits singes comme aux petits garçons, d’où l’expression marmotter, pour parler d’une façon inintelligible entre ses dents).

La rétro du lundi.............

En marmottant ces formules il semblait murmurer de dépit et, en baisant le marmot, il avait l’air de vouloir le dévorer ou le croquer. Ce qui est d’autant plus exact, c’est que l’on dit bien encore : Manger de baisers un petit enfant pour l’accabler de caresses. Les Italiens disent : Mangiare i catenacci, ce qui signifie manger les cadenas ou les verrous, expression qui confirme la justesse de ce qui vient d’être dit. De marmous, qui en bas breton, est synonyme de marmot, on a fait le diminutif marmouset, puis, par aphérèse, mouset. Les Gascons disent : Croquer le mouset.

Cette expression devrait donc son origine à ce gros marteau de fer crénelé en forme de poignée qui était attaché à la porte principale de plusieurs antiques manoirs. Quand une personne avait longtemps attendu à la porte, elle pouvait dire : J’ai longtemps fait craquer le marmot ; de là on a pu dire, par altération ou par euphémisme, croquer le marmot.

 

 

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6 juillet 2015 1 06 /07 /juillet /2015 06:10
La rétro du "lundi"

L’ancêtre des radars ……

"Comme quoi en France on n’a pas de pétrole mais on n’a pas toujours de bonnes idées…".

Radar rudimentaire pour contrôler
la vitesse des véhicules en 1925

(D’après « Le Petit Journal », paru en 1925)

 

1925 : la préfecture de police s’apprête à mettre en place un dispositif pour le moins rudimentaire de contrôle de la vitesse des automobiles dans la capitale, suite à la décision du Comité de la circulation

La décision prise mercredi par le Comité de la circulation a jeté la consternation chez les conducteurs d’automobiles. Nous sommes allés demander à la préfecture de police la façon dont seraient relevées les infractions à la limitation de la vitesse.

— Toucher à la vitesse, avons-nous dit à notre interlocuteur, c’est toucher à la déesse du jour que nous adorons tous, selon nos moyens, à l’allure du pas gymnastique, du tramway au ralenti ou du cent à l’heure... La Vitesse (je n’ose plus écrire ce mot qu’avec un grand V)... vous allez la réduire à rien !Tant pis pour elle ! C’est une déesse à qui l’on fait trop de sacrifices... humains. Je bouscule l’idole. Désormais, toute vitesse qui dépassera pour l’auto, quarante à l’heure sera réputée dangereuse...

—Et comment saura-t-on qu’une voiture dépasse quarante à l’heure ?

— Nos agents auront des montres à secondes, à l’aide desquelles ils calculeront le temps passé à couvrir un trajet de longueur connue. Un coup d’œil sur la montre, un autre sur le barème, un troisième sur le numéro de l’auto... Et voilà une contravention imposée suivant des constatations mathématiques, chronométriques.

— On ne pourra plus dire qu’il n’y a pas d’heure pour les braves ; mais jusqu’à présent, il n’y avait donc rien de mathématique en ce qui concerne la limitation de vitesse ?

— L’article 7 disait seulement que chaque conducteur doit rester maître de sa vitesse. C’était bien vague, car, lorsqu’il perdait le contrôle de sa vitesse, on ne pouvait s’en apercevoir qu’en cas d’accident. Il était prescrit aussi de ralentir aux carrefours ; mais si l’on va trop vite aux carrefours, c’est que l’on y arrive trop vite.

Certes, des difficultés d’application se dressent : c’est la nuit que, par suite des excès de vitesse, se produisent les plus graves accidents ; or, c’est la nuit que les constatations seront les plus difficiles.

— Y a-t-il d’autres grandes villes où la vitesse des autos soit limitée ?

— A Londres, on ne doit pas dépasser 36 à l’heure ; à New-York 38. Dans toutes les grandes villes de France des arrêtés municipaux modèrent l’ardeur des automobilistes. Paris seul échappait à la règle.

— Votre projet n’a-t-il pas rencontré de graves objections ?

— La plus sérieuse est celle-ci : « la limitation de la vitesse peut ralentir l’écoulement du flot. » Mais à quarante à l’heure le défilé n’est-il pas assez rapide ? Il faut tout de même penser aux piétons ! A certains endroits, il leur est impossible de traverser !...

Verbalisation d’un excès de vitesse

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29 juin 2015 1 29 /06 /juin /2015 07:26
La rétro du lundi.........

Une autre histoire du camembert

 

Chaque année, un petit village de Normandie reçoit des milliers de visiteurs. Son nom est mondialement connu et il est même passé dans le langage courant. "Vous êtes ici" vous raconte la légende du camembert.

En octobre 1790, Marie Harel aide le prêtre réfractaire Charles-Jean Bonvoust à échapper aux républicains. Pour la remercier, ce curé originaire de Brie lui aurait révélé le secret de fabrication du fromage briard...

(Source : France 24)

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22 juin 2015 1 22 /06 /juin /2015 07:14
La rétro du "Lundi "

Enseignement du latin 

Pourquoi faut-il y voir davantage que la simple
étude d’une langue ancienne ?

(D’après « La Question du latin et la réforme
de l’enseignement secondaire », paru en 1890)

 

En 1890, cependant que la question de la réforme de l’enseignement secondaire agite régulièrement les esprits, l’avocat Eugène Guérin, sénateur de Vaucluse — il exercera cette fonction durant 30 ans —, plaide en faveur de la conservation du grec et du latin, l’étude des langues mortes et ce qu’on appelait jadis les « humanités » remplissant à ses yeux un double et nécessaire objectif : former le cœur de l’Homme, et imposer à l’esprit une gymnastique intellectuelle à laquelle l’apprentissage d’une langue moderne quelle qu’elle soit ne peut parvenir.

 

La rétro du "Lundi "

Dans le premier chapitre de son plaidoyer pour l’enseignement des langues mortes intitulé La question du latin et la réforme de l’enseignement secondaire, le sénateur Eugène Guérin — et futur ministre de la Justice d’avril à décembre 1893 puis de mai 1894 à janvier 1895 —, répond à la thèse opposée défendue cinq ans plus tôt sous le titre La question du latin, par Raoul Frary : professeur des lycées, agrégé de lettres, essayiste, collaborateur et rédacteur en chef de nombreux journaux, dont La France, Frary s’était efforcé de démontrer — avec une science fort étendue, beaucoup d’esprit et une accumulation redoutable d’arguments qui rend difficile la réfutation de sa thèse, reconnaît Guérin — qu’il fallait avant tout éliminer de nos programmes l’enseignement du latin et du grec, ce qu’on est convenu d’appeler les langues mortes.

Qu’il y ait lieu de réformer, tout le monde, à peu près, en est d’accord, rétorque Eugène Guérin. Mais dans quelle mesure et dans quel sens doit être opérée cette réforme ? C’est ici que les esprits se divisent. Il y a dans cette question, comme dans beaucoup d’autres, des conservateurs et des radicaux : des conservateurs qui, frappés, peut-être à l’excès, des fruits admirables, produits, dans le passé, par notre éducation gréco-latine, ne se résignent qu’avec peine à en sacrifier la moindre parcelle aux nécessités des temps ; des radicaux qui, trouvant que le vieil arbre tient désormais trop de place et s’opposent à la croissance de plants nouveaux, jugés plus utiles où d’un meilleur rapport, ne parlent pas de moins que de l’arracher, comme le figuier stérile, et de le jeter au feu.

Pour notre avocat, il faut y regarder à deux fois avant d’arracher un arbre, surtout un arbre qu’on n’a pas planté. A son ombre ont grandi des générations d’esprits qui nous valent bien, et nous ne savons pas au juste ce que nous gagnerions à nous priver brusquement de l’abri de sa puissante ramure. Cette considération, ce me semble, explique Guérin, devrait suffire à nous rendre circonspects.

Les adversaires du grec et du latin ne s’en cachent point ; en en demandant la suppression, ils se placent au point de vue strictement utilitaire. A leurs yeux, l’enseignement des « langues mortes » est un enseignement de luxe, qui a pu convenir jadis à une société moins affairée et moins active, mais qui ne convient plus à une époque où la lutte pour l’existence est bien autrement ardente ; il doit faire place à des études plus pratiques et mieux accommodées à nos besoins actuels. De là à conclure à son inutilité, même à sa nocivité, il n’y a qu’un pas. Entraînés par le besoin de leur thèse, ils devaient le franchir ; ils l’ont franchi. A les on croire, l’antiquité gréco-latine ne serait guère pour nous qu’une école de mauvaises mœurs et de mauvaise politique.

Ces choses-là peuvent être soutenues et presque persuadées, quand on a beaucoup d’adresse, une grande érudition et qu’on ne dédaigne pas de prendre l’histoire par ses petits côtés, poursuit Guérin. Mais ce qui constitue l’histoire vraie, ce ne sont ni les petits faits, ni les verrues relevées à la loupe sur des faces illustres ; ce ne sont pas les petites forces qui se neutralisent et ne comptent point ; ce sont les grandes résultantes qui se dégagent d’une multitude de composantes, souvent inaperçues, et qui s’imposent à l’opinion de l’humanité.

Aux yeux d’Eugène Guérin, des deux buts que doive se proposer l’éducation générale, à savoir : de former l’esprit et de former le cœur (nous dirions volontiers, ajoute-t-il : de former le caractère, c’est-à-dire, l’homme même, par la culture de l’esprit), le plus important, le plus utilitaire, c’est assurément le second. Ici, qu’on nous permette de citer, et de citer largement. Nous aussi, nous pourrions dire les mêmes choses, à notre façon ; mais nous les dirions, sans doute, avec moins d’éloquence, et, surtout, avec moins d’autorité.

Et d’invoquer un grand éducateur de la jeunesse, et, en même temps, un grand homme de bien, qui connaissait mieux que personne l’antiquité gréco-romaine, le sage Charles Rollin (1661-1741), historien et professeur de français qui plaça en tête de son De la manière d’enseigner et d’étudier les Belles-Lettres par rapport à l’esprit et au cœur (1726-1728) plus connu sous le nom de Traité des Études, les considérations suivantes, qui n’ont rien perdu, selon Guérin, de leur à-propos :

« Si l’instruction n’avait pour but que de former l’homme aux belles-lettres et aux sciences ; si elle se bornait à le rendre habile, éloquent, propre aux affaires ; et si, en cultivant l’esprit, elle négligeait de former le cœur, elle ne répondrait pas à tout ce qu’on a droit d’en attendre, et ne nous conduirait pas à une des principales fins pour lesquelles nous sommes nés (...) Ce sont les bonnes qualités du cœur qui donnent du prix aux autres, et qui, en faisant le vrai mérite de l’homme, le rendent ainsi un instrument propre à procurer le bonheur de la Société.

« C’est la vertu qui lui donne le goût de la véritable et de la solide gloire ; qui lui inspire l’amour de la patrie et les motifs pour la bien servir ; qui lui apprend à préférer toujours le bien public au bien particulier ; à ne trouver rien de nécessaire que le devoir, rien d’estimable que la droiture et l’équité, rien de consolant que le témoignage de sa conscience et l’approbation des gens de bien, rien de honteux que le vice. C’est la vertu qui le rond désintéressé pour le conserver libre, qui l’élève au-dessus des flatteries, des reproches, des menaces et des malheurs ; qui l’empêche de céder à l’injustice, quelque puissante et quoique redoutable qu’elle soit, et qui l’accoutume, dans toutes ses démarches, à respecter le jugement durable et incorruptible de la postérité, et à ne lui point préférer une fausse et courte lueur de gloire qui s’évanouit avec la vie comme une légère fumée.

« Voilà ce que se proposent les bons maîtres dans l’éducation de la jeunesse. Ils estiment peu les sciences, si elles ne conduisent pas à la vertu. Ils comptent pour rien la plus vaste érudition, si elle est sans probité. Ils préfèrent l’honnête homme à l’homme savant ; et en instruisant les jeunes gens de ce que l’antiquité a de plus beau, ils songent moins à les rendre habiles qu’à les rendre vertueux, bons fils, bons pères, bons maîtres, bons amis, bons citoyens.

« Il y a dans le cœur de l’homme (...) une pente naturelle au mal, qui est fortifiée le plus souvent, dans les jeunes gens, par tout ce qui les environne. Y a-t-il beaucoup de pères qui sachent jusqu’où l’on doit porter la réforme et la circonspection en présence des enfants, ou qui veuillent se gêner jusqu’au point de ne jamais tenir devant eux aucun discours qui puisse former quelque faux préjugé dans leur esprit ? Tout ne retentit-il pas autour d’eux des louanges que l’on donne à ceux qui amassent de gros biens, qui ont un grand équipage, qui font bonne chère, qui sont logés et meublés magnifiquement ? Ne se forme-t-il pas de tous ces suffrages comme un cri public et une voix bien plus dangereuse que celle des sirènes dont parle la Fable ? (...) Rien ne se dit impunément devant les enfants. Un mot d’estime et d’admiration échappé à un père sur les richesses suffit pour en allumer en eux un désir qui croîtra avec l’âge et ne s’éteindra peut-être jamais.

« A toutes ces voix enchanteresses il est donc nécessaire d’en opposer une qui se fasse entendre au milieu de ce bruit confus d’opinions dangereuses et qui dissipe tous ces faux préjugés. Les jeunes gens ont besoin (s’il m’est permis de me servir de ce terme) d’unmoniteur fidèle et assidu, d’un avocat qui plaide auprès d’eux la cause du vrai, de l’honnête, de la droite raison ; qui leur fasse remarquer le faux qui règne dans presque tous les discours et toutes les conversations des hommes, et qui leur donne des règles sûres pour faire ce discernement.

« Mais qui sera ce moniteur ? Le maître chargé de leur éducation en fera-t-il la fonction, et sera-ce par des leçons régulières qu’il entreprendra de les instruire sur ce point ? Au seul nom de leçons ils prennent l’alarme, ils se tiennent sur leur garde et leur esprit se ferme à tout ce qu’on leur dit, comme si on avait dessein de leur dresser des embûches.

« Il faut leur donner des maîtres qui ne leur soient point suspects et dont ils ne puissent se défier. Pour les préserver ou les guérir de la contagion du siècle présent, il faut les transporter dans d’autres pays et dans d’autres temps, et opposer au torrent des fausses maximes et des mauvais exemples qui entraînent presque tout le monde, les maximes et les exemples des grands hommes de l’antiquité dont les auteurs qu’ils ont entre les mains leur parlent. Ils écoutent volontiers les leçons que leur font un Camille, un Scipion, un Cyrus ; et ces sortes d’instructions, cachées sous le nom d’histoires, font d’autant plus d’impression sur eux qu’elles paraissent moins recherchées, le pur hasard semblant les leur présenter.

« Le goût de la véritable gloire et de la véritable grandeur se perd tous les jours parmi nous de plus en plus. Des hommes nouveaux, enivrés de leur subite fortune, et dont les dépenses insensées ne peuvent venir à bout d’épuiser les biens immenses, nous accoutument à ne trouver rien de grand et d’estimable que les richesses et des richesses énormes ; à regarder non seulement la pauvreté, mais même une honnête médiocrité, comme une honte insupportable, à faire consister tout le mérite et tout l’honneur dans la magnificence des bâtiments, des équipages, des tables.

« Quel contraste l’histoire ancienne n’oppose-t-elle pas à ce mauvais goût ? Elle nous montre des consuls et des dictateurs qu’on allait prendre à la charrue. Quelle bassesse en apparence ! Mais ces mains endurcies par les travaux rustiques soutenaient l’Etat chancelant, et sauvaient la république. Loin de songer à s’enrichir, ils refusaient l’or qu’on leur présentait, trouvant qu’il était plus beau de commander à ceux qui en avaient que de le posséder eux-mêmes. Les plus grands hommes, comme Aristide chez les Grecs, qui avait gouverné les finances de la Grèce entière pendant plusieurs années ; Valérius Publicola, Ménénius Agrippa, et tant d’autres chez les Romains, mouraient sans laisser de quoi fournir aux frais de leurs funérailles ; tant la pauvreté était en honneur chez eux et les richesses méprisées. On voyait un vénérable vieillard, illustré par plusieurs triomphes, manger au coin de son feu les légumes qu’il avait lui-même cultivés et cueillis dans son jardin. Ils ne se piquaient pas d’habileté à ordonner un repas, mais, en récompense ils savaient bien l’art de vaincre les ennemis dans la guerre et de gouverner les citoyens dans la paix. Magnifiques dans les temples et les édifices publics, et ennemis déclarés du luxe des particuliers, ils se contentaient pour eux-mêmes de maisons fort modestes qu’ils ornaient des dépouilles des ennemis et non de celles des citoyens. »

Après avoir cité des exemples de simplicité de mœurs, de continence, de générosité, de modération, de discipline chez les plus puissants citoyens de Rome et d’Athènes — Auguste, les deux Scipion, César, Thémistocle —, Rollin ajoute : « On remarque avec raison que rien n’est plus capable d’inspirer des sentiments de vertu et de détourner du vice, que la conversation des gens de bien, parce qu’elle s’insinue peu à peu et qu’elle pénètre jusqu’au cœur. Les entendre, les voir souvent tient lieu de préceptes. Leur présence seule, lors même qu’ils se taisent, parle et instruit. C’est là le fruit que l’on doit principalement tirer de la lecture des auteurs. Elle nous met, pour ainsi dire, en liaison avec tout ce que l’antiquité a eu de plus grands hommes. Nous conversons, nous voyageons, nous vivons avec eux. Nous entendons leurs discours, nous sommes témoins de leurs actions. Nous entrons insensiblement dans leurs sentiments et dans leurs maximes. Nous prenons d’eux cette noblesse, cette grandeur d’âme, ce désintéressement, cette haine de l’injustice, cet amour du bien public, qui éclatent de toutes parts dans leur vie. »

Sans doute, après les siècles de grandeur, vinrent les siècles de décadence. L’expérience semble prouver qu’il en est des nations comme des individus ; elles ont leur enfance, leur virilité et leur décrépitude. Ni la Grèce, ni Rome n’ont échappé à cette loi ; mais, jusque dans leur décadence, elles peuvent nous fournir d’utiles leçons. De toutes les sociétés connues ce sont, pour nous, les seules qui aient eu leur cycle complet. Nous savons par quelles causes elles s’élevèrent ; nous savons par quelles causes elles tombèrent. Pourquoi tomberont-elles ? « C’est que, devenus puissants et riches, les Grecs (et les Romains) oublièrent les vertus qui leur avaient donné la grandeur ; l’amour de l’or déprava tout. Dans la Grèce des derniers temps, il n’y avait plus de citoyens ; à peine des hommes. On n’estimait plus qu’un mérite, celui de s’enrichir par n’importe quel moyen, on n’adorait qu’un Dieu, le plaisir. La patrie ! dit un poète de cette triste époque, elle est où l’on vit bien », écrit en 1851 dans sonHistoire grecque le futur ministre de l’Instruction publique Victor Duruy.

Quand les Anglais ou les Allemands étudient le latin, ils peuvent dire, à la rigueur, qu’ils étudient une langue étrangère, une langue morte, estime Eugène Guérin. Pour nous, le latin n’est ni une langue morte, ni une langue étrangère ; c’est notre langue, toujours nôtre, et toujours vivante. Et l’avocat d’appeler ceux qui contesteraient cette proposition, de montrer, à cet égard, une solution de continuité entre le siècle d’Auguste et le siècle de Louis XIV. Sans doute, il y a une grande différence entre les formes de la langue dans chacun de ces deux siècles ; mais il n’y a pas diversité d’origine, ni intrusion prépondérante d’une langue étrangère ; il y a transformation lente, insensible, en un mot évolution. Notre français, comme on l’a dit de l’italien, et comme on peut le dire de toutes les langues néo-latines, est un latin bâtard ; bâtard, si on compare le français d’aujourd’hui au latin d’autrefois ; légitime, si l’on n’a égard qu’à l’origine et à la filiation.

Eugène Guérin aborde une question plus spécialement pédagogique : est-il vrai que les langues vivantes, c’est-à-dire les langues modernes, soient des instruments de « gymnastique intellectuelle » équivalant à celui que nous fournissent les langues anciennes ? Rien n’est plus faux, selon lui. A un âge où les jeunes gens ne peuvent encore rien tirer de leur propre fonds, il est important, au premier chef, de les soumettre à des exercices qui, sans leur demander de créer quelque chose de rien, leur permettent d’acquérir des idées, tout en développant harmonieusement les facultés de leur esprit : la volonté persévérante, le jugement, l’imagination, le goût.

Or, estime notre avocat, rien n’est plus propre à procurer ce résultat que la traduction de passages choisis des meilleurs écrivains, en vers et en prose, ce que nous appelons : la version. Une bonne traduction n’est pas ce qu’un vain peuple pense, et tous ceux qui ont passé par le collège savent bien que c’est à ce signe que se reconnaissent les bons esprits. Mais il faut qu’il y ait quelque difficulté. Un exercice ne peut nous profiter qu’autant qu’il nous coûte quelque effort. On ne devient pas un Hercule en maniant des haltères d’un demi-kilo.

Or, c’est ce qu’on fait précisément en traduisant des langues modernes ; ce n’est guère qu’une question de vocabulaire. Les langues modernes étant à peu près également analytiques se traduisent presque mot pour mot. Comme il en est autrement des langues anciennes ! Ce sont langues synthétiques, admirables d’ampleur, de souplesse et de variété, mais dans lesquelles il n’est pas toujours facile, pour notre habitude d’esprit, de trouver le fil de la pensée. Ce n’est ni sans effort, ni sans génie qu’on parvient à sortir du labyrinthe. Mais il y a gloire et profit.

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8 juin 2015 1 08 /06 /juin /2015 05:24
Le BAC ....

Le BAC ....

Baccalauréat : diplôme considéré comme
dangereux et inutile en 1905

(D’après « L’Écho de Paris »)

Dans 11 jours vont commencer les épreuves du Bac 2015 , mais comment était-il considéré en 1905 un petit retour en arrière

— Vous êtes bachelier ? Ah ! bien... Savez-vous lire et écrire ?

— Vous êtes bachelier ? Ah ! bien... Savez-vous lire et écrire ?

Été 1905. Pas moins de 10000 candidats parisiens s’apprêtent à passer les épreuves de ce qui constitue dans les esprits le meilleur des sésames pour se frotter au monde du travail : le baccalauréat. L’Echo de Paris tire à boulets rouges sur un examen considéré comme inique, absurde, de fort peu de valeur, inutile et dangereux bien que la France semble s’articuler autour de lui...

 

« Qu’est-ce que vous allez faire de ce grand garçon-là ? » Ainsi commence la conversation de l’ami qui voit pour la première fois le fils de la maison. Remarquez bien que jamais il ne dira : « Que veut faire ce grand garçon-là ? » La volonté du principal intéressé, ses goûts, ses aptitudes, ses incompatibilités sont négligeables. Seuls, les parents, disposant de lui comme d’une chose, orientent sa carrière à leur idée souvent irréfléchie. Et toujours, à la question précédente, le père ou la mère, ou tous deux en chœur, répondent : « Il faut d’abord qu’il soit bachelier ! »

Bachelier ! tel est l’axe autour duquel pivote la France intellectuelle et fonctionnaire. Bachelier ! Ce sont les Pères Jésuites qui nous ont valu le baccalauréat. Les premiers, grâce à leurs missionnaires, ils avaient pu, étudier en Chine le fonctionnement du mandarinat, des examens fantastiques à l’aide desquels il se recrute, l’omnipotence dominatrice qu’assure à un gouvernement une armée de serviteurs ainsi hiérarchisée.

Et ils sont revenus de là-bas pour donner à notre enseignement cette empreinte dont l’Université ne s’est pas encore affranchie, dont elle a éliminé le bon pour ne prendre que le mauvais : la manie des programmes et des examens. C’est ce qui fait qu’à cette époque de l’année, devant les seules Facultés de Paris, près de dix mille jeunes Français, dans la force de l’âge, vont être enfermés pendant des heures dans des salles sans air, vont peiner, vont suer pour la conquête de cette « peau d’âne » qui est vraiment la toison d’or du vingtième siècle en France.

Le baccalauréat est mauvais à tous les points de vue, et d’abord parce qu’il ne prouve rien du tout. Que doit-il être, en effet ? Une affirmation de la bonne qualité des études faites par le candidat, une attestation que ce dernier « possède les matières exigées au programme ». Ces matières, si vous lisez ledit programme, constituent l’encyclopédie des connaissances humaines, —moins, il est vrai, que les programmes primaires, car il semble que, par une incroyable aberration, on exige dés connaissances d’autant plus vastes que le degré d’enseignement est moins élevé. Ce programme, pour être « su » exigerait la vie d’un homme intelligent, en admettant que cet homme ait toutes les aptitudes pour tous les genres de ce sport intellectuel qu’on appelle les matières de l’examen.

Or les jeunes potaches qui grimpent au mât de cocagne pour décrocher, en manière de timbale, le parchemin rêvé par leurs parents, subiront une épreuve écrite formée de deux ou trois compositions dont les sujets sont coulés dans un moule uniforme. Ils sont si bien coulés que les « boîtes à bachot », qui ont pris une empreinte de ce moule comme on prend l’empreinte d’un louis pour en faire une pièce fausse, y recoulent à coup sûr l’intelligence amorphe des jeunes gens dont on leur confie la préparation et fournissent des statistiques dont le pourcentage triomphant suffirait à. faire condamner le mode d’examen qui sert de champ à leurs succès.

Et l’oral ! Six à dix minutes sont accordées à chaque examinateur pour s’assurer que le candidat possède son pro-gramme ! Un dictionnaire ne suffirait pas à enregistrer, je ne dis pas les bêtises dont la grandeur confine parfois au génie, mais la platitude et l’atonie des réponses que l’on entend au baccalauréat ! Que l’on interroge. n’importe quel examinateur, il vous confirmera ce que je viens d’avancer, claironne le journaliste de l’Echo de Paris.

De plus, l’inégalité règne, dans cet examen, à un degré inouï. Ainsi les 8000 candidats sont divisés en séries de vingt-cinq. Généralement, six séries composent le même jour pour le même examen : Mais leurs compositions sont corrigées par des professeurs différents, les uns indulgents, les autres féroces. Ainsi, dans une série à jury aimable, des élèves médiocres seront admissibles, alors que, avec les mêmes sujets de composition, la série voisine, pourvue d’un jury anthropophage, « retoquera » des candidats relativement forts.

L’inégalité existe aussi dans les sujets : tous les candidats ne composent pas le même jour : ils n’ont donc pas tous le même sujet à traiter. Comment, alors, les juger équitablement ? Et, par-dessus le marché, les jurys, avec le nouveau règlement, sont mi-partie, c’est-à-dire qu’au lieu d’être composés, comme autrefois, uniquement de professeurs de Facultés, on y a admis des professeurs de lycée désignés par le recteur, professeurs qui se trouvent, ainsi, être à la fois juges et parties, puisque leurs propres élèves peuvent se présenter devant eux !

Que prouve, dans ces conditions, le diplôme de bachelier ? Rien, absolument rien.

En second lieu, le baccalauréat est inutile. En effet, à l’entrée de toutes les carrières, il y a un examen d’admission qui, le plus souvent, est un concours. Alors, de deux choses l’une : ou les matières de ce concours sont plus difficiles que celles du baccalauréat, et celui-ci devient évidemment inutile, ou elles sont plus faciles, auquel cas le diplôme universitaire a amené l’élève à faire des études superfétatoires.

Le baccalauréat clinique en l’an 3000

Le baccalauréat clinique en l’an 3000

Aussi dans beaucoup d’écoles du gouvernement n’exige-t-on plus le baccalauréat à l’entrée : c’est la preuve la plus éclatante de son inutilité. Il serait si simple de le remplacer par un examen de fin d’études passé, au lycée, devant les professeurs, examen qui tiendrait compte, autrement que le livret scolaire, du travail continu de l’élève. Et qu’on ne dise plus que le jury des professeurs serait partial, puisque, d’après les nouvelles réglementations, ces mêmes professeurs sont appelés, aujourd’hui, à faire partie des jurys mixtes de baccalauréat !

Ce n’est pas tout encore ; le baccalauréat est dangereux. Dangereux, parce qu’il donne à celui qui vient de l’obtenir une fausse idée de sa valeur personnelle. Dans notre pays de France, où l’officialité rayonne d’un éclat effrayant, tout ce qui a une allure de « papier d’Etat » prend un prestige invraisemblable.

Dans les grands centres, on sait un peu à quoi s’en tenir sur la valeur absolue de la « peau d’âne » ; mais en province ! dans les petites villes dont les feuilles locales citent les noms des jeunes concitoyens qui ont « subi avec succès les épreuves redoutables », quelle somme de vanité, d’orgueil, d’espoirs mal fondés le baccalauréat ne fait-il pas naître dans des cerveaux insuffisamment documentés ? Les parents voient leur fils magistrat, ingénieur, député, ministre, président même, dès l’instant qu’il a son. Diplôme ! Les malheureux ! La vie se charge de les désillusionner, plus vite, hélas ! qu’il ne convient.

Quand on n’est pas bachelier, en France, on ne peut rien être ; quand on n’est que bachelier, on ne peut rien être non plus, à moins qu’on ne s’oriente vers la profession de cocher de fiacre, qui, depuis l’invention du- taximètre, a pris, il faut le dire, une allure plus scientifique.

Et ainsi se trouve vrai ce joli mot de Jules Simon : « Le baccalauréat est une clef qui ferme toutes les portes et qui n’en ouvre aucune. »

 

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1 juin 2015 1 01 /06 /juin /2015 06:11
La "rétro du lundi "

La question que l’on est en droit de se poser.

Appauvrissement du vocabulaire :
signe d’une apathie cérébrale ou
conséquence d’un manque d’éducation ?

(D’après « Les Annales politiques et littéraires », paru en 1925)

 

En 1925, un chroniqueur des Annales politiques et littéraires s’indigne, non sans humour, de l’appauvrissement du vocabulaire de ses contemporaines, observant avec consternation leur propension à employer avec une déconcertante facilité les mots truc ou machin au lieu de s’ingénier, pour ne pas dire s’épuiser — puisque cela semble relever de l’effort surhumain — à puiser dans la richesse de la langue française... Paresse ? Manque d’éducation ? Tour d’horizon des hypothèses les plus plausibles...

On entend assez souvent, déplore le professeur strasbourgeois agrégé d’histoire et essayiste André Lichtenberger, une charmante jeune femme dire à une autre : « J’adore votre petit truc. » A quoi l’autre répond : « Vous savez, ces machins-là, rien n’est plus facile que de les choser soi-même. » Et notre chroniqueur d’avouer combien ces manières de parler l’horripilent, lui apparaissant comme autant de signes de neurasthénie, d’ignorance, de défaut d’éducation, n’hésitant par à voir en cette incapacité de trouver les mots la traduction la plus manifeste et la plus inquiétante de la fatigue cérébrale menant à l’anémie et conduisant au cabanon.

À moins, toutefois, que ces défaillances de mémoire n’aient leur véritable origine dans une certaine insuffisance de leur instruction primaire, poursuit-il. Apprendre des mots est l’un des premiers signes de l’éveil de l’intelligence. L’homme qui dispose de beaucoup de mots s’avère un esprit cultivé. Une indigence excessive de vocabulaire traduit presque toujours une indigence spirituelle. Il y a des chances pour que la jeune personne dont l’effort cérébral ne va plus jusqu’à pouvoir articuler : « Je vais essayer mon chapeau », mais se borne à marmotter en bâillant de façon vaseuse : « Je vais choser mon machin », n’ait pas d’excès de bagage intellectuel.

 

Émile Littré (1801-1881), connu pour son Dictionnaire de la langue française (1863-1872)

À moins que ce qui lui manque ne soit plutôt un sentiment élémentaire des égards dus à notre prochain. Certaines affectations de nonchaloir verbal ont tout juste la grâce du malotru qui trouve trop fatigant de céder sa place dans l’autobus, d’ôter son chapeau dans la rue, ou de tirer sa cigarette du coin de la lèvre pour dire bonjour. Il y a, dans ces négligences, de la goujaterie. C’est une manière de signifier à l’interlocuteur :

— La dignité de ma personne et de mes occupations m’élève trop au-dessus de vous pour que je m’impose le minuscule effort de vous parler d’une manière intelligible. À vous de vous hausser jusqu’à moi, si vous voulez que je daigne poursuivre l’entretien.

En somme, c’est, parmi tant d’autres, un des symptômes du laisser-aller général, de la mauvaise tenue, qu’il convient d’affecter quand elle ne nous est pas naturelle, du débraillé démocratique.

La parole est le propre de l’homme. Bien parler est un des signes de la culture et un des agréments de la vie de société. Jargonner est un acte de sabotage ou un signe de déchéance. Mesdames, daignez, pour votre faible part, contribuer, selon vos forces, au maintien du joli parler de France. Il traverse de bien tristes jours ! s’exclame le chroniqueur en guise de conclusion.

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18 mai 2015 1 18 /05 /mai /2015 06:42
La rétro du Lundi.............

Aujourd'hui  voyons l'origine  de la    "Poste aux lettres "

 

D’après « Le Journal de la jeunesse », paru en 1885)

 

Aujourd’hui qu’il suffit de jeter une lettre dans une boîte après l’avoir affranchie, pour que cette lettre passant de main en main soit fidèlement et rapidement portée jusqu’au bout du monde, on a de la peine à comprendre que pendant de nombreux siècles nous ayons pu vivre en France sans avoir la poste aux lettres, créée en 1602 par Henri IV et ouvrant aux particuliers le transport du courrier, un siècle et demi après la mise en œuvre par Louis XI de la poste aux chevaux réservée à l’acheminement des missives d’État.

Sans doute de tout temps, dans les pays civilisés, il y a eu un semblant de service des postes. Xénophon nous apprend que Cyrus le Jeune (Ve siècle avant J.-C.) avait fait établir dans son royaume des gîtes ou mansions, pourvus de chevaux ou de courriers chargés de transporter les lettres et les ordres du chef de l’État.

Les Romains avaient appliqué chez eux ce système. Sous Auguste (27 av. J.-C.-19 ap. J.-C.), il y avait le long des principales routes des stations dans lesquelles se trouvaient constamment des jeunes gens habiles à la course et qui étaient chargés de transporter les ordres de l’empereur. Plus tard, on remplaça ces piétons par des cavaliers, mais pour user de ces chevaux, il fallait avoir une autorisation qu’on ne délivrait que lorsqu’il s’agissait d’une affaire intéressant l’État.

En France, sous Charlemagne, nous voyons apparaître pour la première fois quelque chose qui ressemble à la poste. Des veredarii en l’an 807 parcourent les principales routes de t’empire. Mais ces veredarii semblent avoir disparu à la mort de ce grand monarque, et il faudra attendre l’arrivée de Louis XI sur le trône de France, pour voir réorganiser la poste aux lettres.

Courrier du XVIe siècle

Courrier du XVIe siècle

Cependant, durant ces six siècles qui séparent Charlemagne de Louis XI, il y eut en France une certaine organisation postale qui était due à l’Université. Paris était alors la seule ville ou il y eût une Université. De tous les coins de province et même de l’étranger, les jeunes gens avides d’instruction arrivaient à Paris pour y suivre les leçons des maîtres célèbres de l’époque. Mais il ne suffisait pas de se rendre à Paris (ce qui à cette époque constituait déjà une difficulté), il fallait, une fois dans la capitale, pouvoir demeurer en relation avec sa famille, lui envoyer des nouvelles, en recevoir des subsides. L’Université comprit cette nécessité et elle établit un service de messagers destinés à transporter les étudiants, leurs bagages, leurs lettres et leur argent.

Peu à peu les Parisiens s’habituèrent à profiter des occasions hebdomadaires ou mensuelles que ces messagers leur offraient, de telle sorte que les messagers de l’Université ne tardèrent pas, grâce au privilège dont ils jouissaient, à réaliser des bénéfices considérables.

En 1461, Louis XI monte sur le trône de France. Ce roi rusé, vindicatif, défiant, ne pouvait confier aux messagers de l’Université les secrets de sa politique, et comme il voulait « savoir tout ce qui se passe chez lui et le savoir avant tout autre », il se décida à organiser un service des postes uniquement affecté aux besoins de l’État, c’est à dire de la personne du roi. Le 19 juin 1464 paraît te fameux édit de Doullens, considéré comme la première loi postale française.

Louis XI déclare :

« Que sa volonté et plaisir est que, dès à présent et dores en avant, soient mises et établies espéciallement sur les grands chemins de son dict roïaulme, de quatre en quatre lieues, personnes séables et qui feront serment de bien et loïaument servir le roy, pour tenir et entretenir quatre ou cinq chevaux de légère taille, bien enharnachez et propres à courir le galop durant le chemin de leur traitte ; (...)

« Le roy veut qu’il y ait un office intitulé : Conseiller grand maître des coureurs de France. Pour faire le dict établissement, luy sera baillée bonne commission.

« Les autres personnes qu’il établira de traitte en traitte seront appelées : maistres tenant les chevaux courants pour le service du roy.

« Auxquels maistres est deffendu de bailler aulcuns chevaux à qui que ce soyt et de quelque qualité qu’il puisse estre, sans le mandement du roy et du dict grand maistre, à peine de la vie... D’autant que le dit seigneur ne veut et n’entend que la commodité du dict établissement ne soit pour aultre que son service. »

En effet, pendant de longues années la poste ne fonctionne que pour le service des rois, qui tous cherchent à miner le monopole exercé par l’Université. Mais petit à petit l’institution s’élargit. On ne s’était tout d’abord préoccupé que du transport des ordres du roi. Bientôt il faudra s’occuper d’organiser le transport des lettres des particuliers, et de transporter également les voyageurs et les marchandises.

Vers le milieu du XVIE siècle, apparaissent les coches publics pour le transport des voyageurs. En 1594, Henri IV nomme un certain Pierre Thireul commissaire général et surintendant des coches publics du royaume. Dans ce même siècle nous voyons encore naître la corporation des rouliers, qui ne peuvent transporter que des ballots pesant plus de 5 livres. Henri IV, le 8 mai 1597, établit « des relais de chevaux de louage de traite en traite sur les grands chemins, traverses et le long des rivières pour servir à voyager, porter malles et toutes sortes de bagages comme aussi pour servir au tirage des voitures par eux. »

Henri IV comprend que la poste ne doit pas se contenter de transporter les dépêches du roi, mais qu’elle doit encore servir à transporter les lettres des particuliers. En 1602, il autorise tous les citoyens à jouir des bienfaits de cette institution. C’était un progrès énorme qui allait en produire un autre non moins considérable, celui du rendement des postes.

Sous Richelieu, en effet, on se préoccupe sérieusement pour la première fois de cette question du rendement pécuniaire de la poste. On commence à pressentir que de cette institution peut sortir une source féconde de revenus : que non seulement elle couvrira ses frais, mais qu’un jour elle pourrait bien enrichir ses maîtres. Le 16 octobre 1637, d’Alméras, général des postes, ordonne à tout destinataire « de lettres et de paquets » de payer « sans contestation ni réplique » la somme indiquée par l’administration. C’est l’origine de la taxe fixe ; jusque-là la taxe avait un peu varié suivant le bon plaisir ou la générosité des destinataires.

La malle-poste

La malle-poste

Le 1er janvier 1778, les revenus des postes sont régis pour le compte du roi et le bail est passé à raison de un million huit cent mille livres. En août 1787, la poste aux chevaux et la poste aux lettres sont réunies. A la Révolution le monopole de la poste passe du roi à la République et devient une branche du service public. Mais l’Etat donne le transport à l’entreprise, moyennant le monopole des relais au profit des entrepreneurs et quelques autres avantages de moindre importance. En 1793, aux plus mauvais jours de la tourmente révolutionnaire, les maîtres de poste obtiennent la restauration des lettres-privilèges.

Eu 1798, le législateur est encore plus formel, il décide que : « Nul autre que les maîtres de poste, munis d’une commission spéciale, ne pourra établir des relais particuliers, relayer ou conduire à titre de louage, des voyageurs d’un relais à un autre, à peine d’être contraint de payer, par forme d’indemnité, le prix de la course au profit des maîtres de poste. »

La loi des 15-25 ventôse an XIII (mars 1805) porte que tout entrepreneur de voitures publiques et de messageries qui ne se servira pas des chevaux de la poste, sera tenu de payer, par poste et par cheval attelé à chacune de ses voitures, vingt-cinq centimes au maître des relais dont il n’emploiera pas les chevaux. C’est l’âge d’or des maîtres de poste dont quelques-uns, sous ce régime, réalisent des fortunes considérables.

Mais bientôt les chemins de fer apparaissent, la malle-poste est obligée de céder la place à la locomotive. Les maîtres de poste, qui voient leurs relais successivement supprimés comme inutiles, ne peuvent se résoudre à se voir ruiner. Ils protestent, et s’appuyant sur la loi du 19 frimaire an XII (11 décembre 1803), réclament le paiement d’une indemnité, ou tout au moins le remboursement du prix auquel ils ont acheté leur charge ; mais le gouvernement refuse de faire droit à leur demande, et le 23 janvier 1874, les maîtres de poste perdent définitivement leur procès devant le conseil d’État. A partir de ce jour la poste aux chevaux cessa de vivre en France

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