Quelque chose en lui de rajeuni
Johnny Hallyday en concert au Kremlin à Moscou, le 27 octobre 2012. | AFP/NATALIA KOLESNIKOVA
Longtemps, Johnny Hallyday a reçu les journalistes à l'Hôtel Raphaël, avec son chic tout en légèreté, camaïeux de beiges, boiseries fauves, fauteuils de velours rouge. Pour anticiper la sortie de L'Attente, un nouvel album, il s'est installé à l'Hôtel de Crillon, un endroit somme toute assez politique, prisé des diplomates et, par le passé, des chefs d'Etat ou des monarques. Faut-il y voir un signe des temps ou celui de l'arrivée d'une équipe de télévision en mal de commodités ?
L'homme de L. A. est en tournée, jusqu'au 22 décembre, avec reprise annoncée au printemps 2013 au Palais omnisports de Paris-Bercy. Il a été malade, il est guéri. C'est un homme pressé. On a vingt minutes, pas plus. On a dit oui, car on voudrait savoir comment il va. On a failli dire non, parce qu'on n'a entendu L'Attente qu'une seule fois, bien trop peu pour se faire une opinion, lors d'une écoute dans un studio installé en sous-sol de la maison de disques Warner Music. Bertrand Lamblot, le directeur artistique, nous a laissée seule. Puis est venu nous expliquer les dessous de l'affaire aux dernières notes d'A l'abri du monde, onzième et dernier titre de L'Attente - une quarantaine de minutes de musiques variées. Alors, on a dit oui pour un entretien le lendemain, jeudi 8 novembre, et ce malgré l'abominable duo avec Céline Dion, L'amour peut prendre froid, écrit (eh oui !) par Christophe Miossec. Tout arrive. Le duo figure également sur le nouveau disque de Céline Dion, intitulé Sans attendre, sorti le 2 novembre chez Epic/Columbia.
On a dit oui aussi parce que L'Attente, de Miossec et Daran, A l’ abri du monde, de Miossec et Archimède, ainsi que Devant toi, de Benoit Carré, Johnny Hallyday et John Mamann, sont de belles chansons, qui conviennent à l'ossature hallydienne et qu'on aura sûrement plaisir à réécouter. Et puis, il a les sérieux riffs de guitare façon AC/DC joués sur L'Amour à mort, qui nous ont interrogées sur la nécessité du bruit dans la création, même âgé de 69 ans (celui d'Hallyday).
Que dit le patron ?
Bertrand Lamblot était à Saint-Barth quand la bronchite de Johnny s'est infectée (version délivrée par l'intéressé en personne). Il était aussi aux côtés d'Hallyday quand ce dernier enregistrait Marie pour A la vie à la mort, l'album de 2002, vendu à 1,8 million d'exemplaires (contre 2,4 millions pour Sang pour sang, concocté en 1999 par son fils David).
A l'époque, Bertrand Lamblot travaillait chez Universal Music. Hallyday en est parti après un procès calamiteux ; et aujourd'hui Bertrand Lamblot est un directeur artistique indépendant, rappelé par Warner Music après le succès mitigé de Jamais seul, réalisé en 2011 par Matthieu Chedid et Yodelice. "Je ne voulais pas que l'album ait un seul auteur, je voulais proposer à Johnny des chansons tournées vers les autres, qui ne l'enferment pas", explique le directeur artistique, qui a puisé auteurs et compositeurs dans la manne de ses connaissances : Miossec pour cinq titres, mais aussi Isabelle Bernal, Emmanuel Cosso ou les frères suédois Andreas et Martin Karlegard.
Johnny Hallyday en concert au Kremlin à Moscou, le 27 octobre 2012. (| AFP/NATALIA KOLESNIKOVA)
Que dit le patron ? "J'avais recommandé à Lamblot de me trouver un album rock, country, blues, toute la musique que j'aime, en somme. Je ne voulais pas de textes trop personnels, mais que ma vie privée reste à l'écart, qu'on arrête de s'imaginer ce que j'ai vécu. En chantant, je fais comme si j'étais un acteur, je joue un autre personnage."
Johnny occupe une suite du Crillon avec, au milieu, deux fauteuils, l'un pour lui, l'un pour l'autre. L'autre, c'est la presse. Qui dit du mal de lui quand il est à terre. Là, c'est presque une incitation à confesse. L'album, arrangé par Yvan Cassar, a pris du retard, encalminé à Saint-Barth, avant de décoller au studio Ocean Sound de Los Angeles.
Un écorché de la vie
Aminci, portant bracelets et colliers gris, noir, argenté, il est prêt. Il aime Miossec parce que c'est "un écorché de la vie, comme moi, ce que l'on a en nous, on le ressort. Et puis, il a une canne comme GillesThibaut [1927- 2000], qui m'a écrit des chansons pendant vingt ans, Ma gueule, Que je t'aime, tout ça..." Johnny Hallyday bredouille, par esprit mécanique, qu'ils sont "nés dans la rue". On corrige : 23, rue Clauzel, 9e arrondissement de Paris. "Oui, c'est là que je suis né !"
On a vingt minutes, et un seul sujet à traiter, la musique. Mais il s'anime sur la rue de la Tour-des- Dames, où il habitait "avant de partir en tournée à 4 ans" et d'y revenir avant son entrée dans le succès en 1960. "Il y avait un magasin de musique en bas, et ma première chemise en dentelle avait été brodée par la voisine de palier." Marnes-la-Coquette le lasse un peu, il veut revenir habiter dans le 9e. Voilà. Les confrères attendent, puis il y a Michel Drucker à faire. Son nouveau manager, Sébastien Farran, celui de NTM et de Joey Starr, veille au grain : il faut presser la conversation.
"Je me remets à l'écriture musicale. J'étais en manque d'inspiration. Et puis, je suis un peu fainéant. Devant toi, on l'a faite en une heure avec John Mamann." Les murs du Crillon, bleu pâle, ont la même couleur que les yeux du rocker. Tapis épais, rideaux tombants. "C'est un peu Pompadour, non ?" Un peu trop "cocotte" pour lui, qui aime le moderne.
Source : "LE MONDE Véronique Mortaigne (culture)"
Pochette de l'album de Johnny Hallyday, "L'Attente". |
http://johnnyhallyday.com/
A que coucou vous dit bon dimanche

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