Avant toute chose, et face à l’ampleur des débats suscités par cet article, je tiens à rappeler qu’il ne s’agit que de bouffe ! Pas la peine de se stresser, vous avez tous le droit d’appeler ça comme vous voulez, tant que c’est bon !
Chocolatine ou Pain au chocolat :
Enfin la vraie réponse !
En voilà un sujet qu’il est intéressant en ce dernier dimanche de janvier ou le temps n’étant pas à la balade du dimanche mais peut-être plus à la lecture(de mon billet par exemple !), au chaud au coin de la cheminée et surtout à l’abris de cette pluie qui n’en finit pas de tomber sur notre grand sud-ouest en attendant des jours meilleurs qui ne sauraient tarder !
Maintenant parlons sérieusement , Il est grand temps de s’attaquer à l’un des principaux problèmes gastronomiques de notre pays : la question de la chocolatine et du pain au chocolat. On sait que c’est un problème qui divise les français. Peut-être plus encore que le clivage gauche-droite, plus que le conflit Iphone-Android, et plus encore que la guerre Coca-Pepsi. Et il est temps de trancher cette question, une fois pour toute.
Résoudre le débat pain au chocolat – chocolatine
D’abord : de quoi parle-t-on ? La chocolatine ou pain au chocolat, c’est une viennoiserie composée de pâte levée feuilletée, généralement rectangulaire, et fourrée avec du chocolat. Sans que l’on sache vraiment pourquoi, cette petite douceur de nos boulangeries a créé dans notre pays une véritable scission, une fracture irréparable. D’un côté, une majorité de la population appelle ça « pain au chocolat » de l’autre, un bastion d’irréductibles sudistes l’appelle la « chocolatine«, ainsi que quelques québécois. 2016 devant être une année de paix et de réconciliation après tout ce que nous avons traversé en 2015, j’ai décidé de me lancer dans une croisade qui permettra enfin de faire éclater la vérité sur ce sujet et d’apaiser les cœurs.
Retour donc sur l’épineuse question du pain au chocolat et de la chocolatine, avec 4 questions.
Pain au chocolat ou chocolatine : quel terme est le plus employé ?
Vous avez déjà forcément vu ces cartes : la majorité de la population française emploie le mot « pain au chocolat ». « Chocolatine » est réservée aux régions bordelaises et toulousaines. En Belgique, on emploie plus volontiers le mot « Couque au chocolat », mais « pain au chocolat » est aussi connu, alors que « chocolatine » est très marginale. Au Québec, c’est « chocolatine » qui remporte le match puisqu’il est un terme quasiment officiel outre-Atlantique.
Mais au nombre de locuteurs, c’est tout de même pain au chocolat qui gagne. D’ailleurs, y’a même un site internet juste dédié à ce débat, et pour l’instant, c’est bien pain au chocolat qui a le plus de partisans. Si vous voulez voter, c’est par ici : http://chocolatineoupainauchocolat.fr/.
Chocolatine ou pain au chocolat : quel terme est le plus ancien ?
Pour connaître le vrai nom de ce produit, tentons un instant de remonter à son origine. Le pain au chocolat est une viennoiserie. Pour ceux qui ne le savent pas, ce terme a commencé à être utilisé au XIXème siècle en France pour désigner des pâtisseries d’inspiration viennoise. En effet, à cette période les échanges culturels entre l’Autriche et la France sont plutôt forts : le Royaume de France et l’Empire Autrichien sont deux des principales puissances européennes, qui plus est liées par alliance (Marie-Antoinette d’Autriche était Reine de France à peine quelques décennies plus tôt). La première « Boulangerie Viennoise » est installée en France dans les années 1830 au 92 rue Richelieu, et est dirigée par un autrichien : Auguste Zang. C’est lui qui va véritablement apporter à Paris la mode des viennoiseries, comme l’atteste l’historien culinaire Jim Chevalier, dans son livre « August Zang and the French Croissant : How Viennoiserie Came to France ».
Ces pâtisseries viennoises sont à l’époque faites avec de la pâte à brioche, et on retrouve parmi elles le fameux croissant autrichien (Kipferl, qui deviendra notre croissant), le pain empereur (Kaisersemmel) et même un croissant fourré au chocolat (Schokoladencroissant).
Vous allez me dire, ça ne nous avance pas beaucoup sur le nom du pain au chocolat pas vrai ? Eh bien si ! L’hypothèse la plus probable de l’origine du nom « chocolatine » viendrait justement de cet autrichien. L’entendant vendre des « Schokoladencroissant » avec son accent autrichien, les français auraient progressivement transformé le mot en « Chocolatine » (Schokoladen – Chocolatine, vous-voyez ?). Il y a une hypothèse qui veut que « Chocolatine » soit d’origine anglaise, mais elle est fausse (voir à la fin de l’article pour plus d’infos). Pour les boulangers autrichiens, le « pain au chocolat » évoque tout autre chose, c’est le Schokoladebrot, qui ressemble plus à un cake au chocolat.
Il est donc probable que le premier terme pour désigner une viennoiserie fourrée au chocolat ait été « Chocolatine », à cause de cette déformation linguistique. Et c’est d’ailleurs plutôt logique puisque la particularité de cette viennoiserie est surtout d’être au chocolat (elle a d’ailleurs vite perdu sa forme de croissant). Quand au terme « pain au chocolat » il serait plus récent. D’après Nicolas Berger, auteur d’une encyclopédie du chocolat (Chocolat, mots et gestes) publié aux éditions Alain Ducasse, le mot pain au chocolat désignait à l’origine un morceau de pain dans lequel on fourrait un bout de chocolat pour le goûter des écoliers. Lorsque les viennoiseries ont été reprises et réinterprétée par les pâtissiers français au début du XXème siècle, en utilisant notamment de la pâte levée feuilletée, certains auraient repris ce terme. Progressivement, l’utilisation du mot d’origine « chocolatine » n’a été conservée que dans le Sud-Ouest, à cause de sa proximité avec des mots occitans.
Mais l’original était bien chocolatine !
Quel est le terme technique : pain au chocolat, ou chocolatine ?
Essayons maintenant de comprendre quel est le terme technique le plus adéquat. On sait qu’aujourd’hui dans les écoles de pâtisseries, on parle de « pain au chocolat ». Il semblerait donc que le vrai terme technique soit celui-là. Vraiment ? Dans la pâtisserie française traditionnelle, et ce depuis Antonin Carême et son Traité élémentaire et pratique de la pâtisserie moderne et ancienne, on appelle « petit pain » ou « pain » toutes les pâtes fourrées. Ainsi, Antonin Carême appelait même les profiteroles « petits pains », alors que ça n’a rien à voir avec du pain.
Mais si l’on observe la composition de cette viennoiserie, les choses sont différentes. Ce qu’on appelle « pain » en pâtisserie est en général fabriqué avec de la pâte à pain au lait, ou au mieux de pâte à brioche : c’est le cas du pain au lait ou du pain viennois par exemple. Or le pain au chocolat utilise une pâte levée feuilletée, plus proche de celle qu’on retrouve dans les croissants, les vol-au-vent ou les galettes des rois. Logiquement, on devrait donc dire « pain au chocolat » pour des viennoiseries faites à base de pâte à pain au lait, et employer un autre terme pour désigner celle faite avec de la pâte levée feuilletée. Une raison donc de revenir au terme initial « Chocolatine ».
Emploie-t-on le terme pain au chocolat ou chocolatine à l’étranger ?
Puisque les viennoiseries s’exportent partout dans le monde, on peut aussi trancher en voyant comment les étrangers en parlent. On sait qu’au Canada, via le Québec, on dit plutôt chocolatine. Dans les pays germanophone, on emploie plus volontiers le terme « Schokoladencroissant ». Dans les pays anglophones, notamment les USA, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, on dit « chocolate croissant », notamment dans les grandes enseignes comme Starbucks. En Espagne un équivalent local est vendu sous le nom « Napoletanas », et au Mexique et en Amérique Latine, quand on en trouve, on parle de chocolatine. Sinon, un peu partout on trouve le terme « pain au chocolat » directement en français sans le traduire.
Le problème, c’est que le mot pain au chocolat introduit une confusion pour beaucoup d’étrangers. Quand on traduit « pain au chocolat » dans ces langues, ça évoque plus un cake ou un pain qu’une viennoiserie. On est les seuls dans le monde à utiliser ce non-sens : parler d’un pain pour un truc qui n’a rien à voir avec du pain. C’est ni de la pâte à pain au lait, ni de la pâte à pain, ni même de la pâte à pain d’épice ! Pourquoi on parle de pain bordel ? Alors que chocolatine c’est un terme unique, norme terme à nous, formé au départ ! On peut donc donner 1 point à pain au chocolat car c’est un terme plus connu à l’étranger, mais 1 point à chocolatine car le « pain au chocolat » ne veut rien dire, et parce qu’il porte à confusion à l’étranger, au point qu’ils doivent dire « chocolate croissant »…
Conclusion : pourquoi il faudrait dire chocolatine ?
C’est clair non ? A l’origine, c’était chocolatine, le terme chocolatine est plus pertinent du point de vue culinaire, plus logique et en plus, pain au chocolat pour une viennoiserie, ça n’a aucun sens.
Donc oui, oui amis nordistes, vous êtes majoritaires et tout ça, presque partout en France on dit pain au chocolat, et on apprend même ça dans les écoles de pâtisserie. Oui, les sudistes sont presque seuls dans leur combat pour la chocolatine, mais historiquement, logiquement, culinairement parlant, ils ont raison. Et puis, Galilée aussi était seul quand il disait que la Terre tournait autour du soleil.
Voilà le débat enfin tranché : on devrait dire chocolatine, mais on ne va pas faire changer 40 millions de personnes comme ça, pas vrai ? Surtout qu’il reste la question du pain au raisin, qui lui non plus ne devrait pas s’appeler comme ça. Chez moi on appelle ça un escargot, et chez vous ?
En toute confidence:
"Pourquoi l’hypothèse « Chocolate-in » est fausse"
Une hypothèse circule sur le net, disant que le mot chocolatine viendrait de l’Anglais « chocolate in ». Ca viendrait de l’époque ou l’Aquitaine était anglaise, et où les anglais demandaient du « chocolat dans du pain » (chocolate in bread), qui serait devenu chocolatine dans le Sud-Ouest. Ok, l’hypothèse est marrante… Mais aussi complètement fausse.
En effet, l’Aquitaine a bien été possession anglaise pendant une période (en gros, du mariage d’Aliénor d’Aquitaine avec le roi d’Angleterre jusqu’à la Bataille de Castillon en 1453 ou ils sont « boutés hors de France »). Mais à cette époque on ne connait pas trop les pâtisseries-viennoiseries en France. Et surtout, on ne connait absolument pas le chocolat ! Le chocolat est une fève issue d’un arbre américain, inconnu en France à l’époque. Il est découvert en même temps que l’Amérique (en 1492 par Christophe Colomb je vous le rappelle), et n’est ramené en Europe qu’en 1528 dans les bateaux d’Hernan Cortes.
Donc à moins que les Anglais aient eu le pouvoir de voyager dans le temps, il est impossible qu’ils aient pu parler de « chocolate in bread » lorsque la région était à eux. Voilà ! cela est dit ..pour ma part tous les dimanche chez papy c’est croissants , chocolatine ou pains aux raisins au petit déjeuner…………
Désormais lorsque que vous irez faire l’achat chez votre boulanger le samedi ou le dimanche pour votre petit déjeuner vous saurez selon votre situation géographique si vous demandez « S’il vous plait ,
je voudrais ( 4) chocolatines ou ( 4 ) pains au chocolat «
Merci «Papy»
Bon dimanche

/image%2F1485363%2F20250121%2Fob_c46383_image-1485363-20250121-ob-1714cf-avec.jpg)

/image%2F1485363%2F20241205%2Fob_9fcc7c_image1.png)
/image%2F1485363%2F20241205%2Fob_bf4106_20240829-122349.jpg)
/image%2F1485363%2F20240113%2Fob_1526dd_414482270-1731430877356182-91002473594.jpg)
