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Le Blog De Papy-Bougnat

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  • De moi. retraité, passionné, curieux, gourmet, vivant au vert en Aquitaine
Signe particulier : « Ayant attrapé tout jeune la maladie bleue et pas guéri à ce jour !
Dans ce blog vous trouverez un peu de vérité, beaucoup de passion, et quelques coups de gueule 
Bonne route & merci pour votre visite
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Attention ! Passion Palombe...

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C'est ici que ça se passe ............

Au mois d'octobre de chaque Année

 

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Tient ! 

IL y a une Palombière par ici .........?

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privilège

 

 

 
 

 .         

10 juillet 2017 1 10 /07 /juillet /2017 07:27
La rétro du lundi.....................

Fanfan la Tulipe
(d’Émile Debraux)

À l’origine du personnage de Fanfan la Tulipe qui devint le héros de pièces de théâtre, d’opérettes ou encore de films, cette chanson, lors de son apparition, en 1819, passa rapidement des goguettes où elle avait pris naissance, dans les rangs de l’armée qui l’accueillit avec enthousiasme

Peu de chansons ont obtenu les honneurs d’une popularité égale à celle de Fanfan la Tulipe. Écrite par le chansonnier et goguettier — la goguette désignait la pratique consistant à se réunir en petit groupe de personnes pour passer un bon moment et chanter, à ne pas confondre avec guinguette — Émile Debraux sur un air populaire anonyme du XVIIIe siècle intitulé Marche des Grenadiers, elle eut la cote au sein des goguettes, puis dans l’armée, et pénétra bientôt, rayonnante, dans les salons, où les souvenirs de notre gloire trouvaient encore des échos. On assure même qu’elle fut souvent chantée par le duc de Berry qui en aimait surtout la musique. Enfin, pour que rien ne manquât à son triomphe, le théâtre de la Gaîté en fit le sujet d’une charmante petite pièce qui eut une longue suite de représentations.

Ce n’est pas, cependant, que cette chanson fût regardée comme un chef-d’œuvre de purisme ou de poésie ; son esprit de bon aloi autant que d’à-propos, sa franchise nationale et son originalité sans prétention, en avaient seuls déterminé le succès. Émile Debraux, qui en est l’auteur, se souciait peu d’observer les règles du langage et de la versification, bien qu’il eût fait d’assez bonnes études pour être correct.

Fanfan la Tulipe. Chromolithographie du premier quart du XXe siècle


La nature lui avait donné le secret de parler au cœur et de s’en faire comprendre, il n’aspirait pas à autre chose. Chansonnier du peuple, ce titre semblait suffire à son ambition. Il est mort sans avoir songé qu’il aurait pu être un poète remarquable. En jetant sur la tombe d’Émile un adieu qui ressemble beaucoup à un brevet d’immortalité, Béranger a dit :​​​​​​


À tant d’esprit passez la négligence ;
Ah ! du talent le besoin est l’écueil.

Mais il est fort douteux que Debraux, placé dans une condition de fortune moins équivoque, se fût jamais plus sérieusement occupé de ses compositions. Une impérieuse habitude de produire était devenue sa première muse ; il traitait vingt sujets pour ne pas prendre le temps d’en choisir un ; ses pensées étaient souvent jetées sans ordre sur le papier, et, lorsqu’il en avait formé un tout, quelque imparfait qu’il fût pour lui-même, il n’y retouchait plus. Cependant, que de jolis refrains éclos sous la plume d’Émile Debraux, et combien on regrette en les parcourant, que leur auteur, plus convaincu de son mérite ou plus soigneux de sa réputation d’écrivain, ne se soit pas toujours conformé aux exigences de l’art en suivant l’exemple du grand maître dont il était le contemporain et l’admirateur enthousiaste !

La circonstance est le meilleur aliment de la chanson, telle que la comprenait Debraux, et il savait l’exploiter avec autant de talent que de bonheur. Fanfan la Tulipe, cette chaleureuse expression des sentiments guerriers qui agitaient la France à l’époque où la queue de l’invasion se traînait encore à nos portes, aurait probablement fait moins de bruit quelques années plus tard. L’intérêt qui se rattache aux plus grandes choses se prescrit vite ; mais celles que célébrait la chanson, deux cent mille braves, à peine dépouillés de leur vieil uniforme, venaient d’en être témoins. L’histoire de Fanfan la Tulipe était la leur, rien n’y manquait, pas même l’épilogue :

La chanson d’Émile Debraux, c’est la victoire au repos, mais toujours prête à marcher au premier signal. Les soldats d’autrefois la chantaient comme ils racontaient un épisode de leur vie, et leurs successeurs comme une fiction de leur état.

Voici les paroles de cette chanson :

 

 

Comme l’mari d’notre mère
Doit toujours s’app’ler papa,
Je vous dirai que mon père
Un certain jour me happa ;
Puis me m’nant jusqu’au bas de la rampe
M’dit ces mots qui m’mirent tout sens d’ssus d’ssous :
J’te dirai, ma foi,
Qui gnia plus pour toi
Rien chez nous,
V’là cinq sous,
Et décampe.

Refrain : 
En avant,
Fanfan la Tulipe,
Oui, mill’ noms d’un’ pipe,
En avant !

Puisqu’il est d’fait qu’un jeune homme,
Quand il a cinq sous vaillant,
Peut aller d’Paris à Rome,
Je partis en sautillant.
L’premier jour je trottais comme un ange
Mais l’lend’main
Je mourais quasi d’faim.
Un r’cruteur passa
Qui me proposa...
Pas d’orgueil,
J’m’en bats l’œil,
Faut que j’mange.

(Refrain)

Quand j’entendis la mitraille,
Comm’ je r’grettais mes foyers !
Mais quand j’vis à la bataille
Marcher nos vieux grenadiers ;
Un instant nous somm’s toujours ensemble,
Ventrebleu ! me dis-je alors tout bas !
Allons, mon enfant,
Mon petit Fanfan,
Vite au pas,
Qu’on n’dis’ pas
Que tu trembles.

(Refrain)

En vrai soldat de la garde,
Quand les feux étaient cessés,
Sans r’garder à la cocarde,
J’tendais la main aux blessés.
D’insulter des hommes vivant encore
Quand j’voyais des lâches se faire un jeu,
Quoi Mill’ ventrebleu !
Devant moi, morbleu !
J’souffrirais
Qu’un Français
S’déshonore !

(Refrain)

Vingt ans soldat, vaill’ que vaille,
Quoiqu’au d’voir toujours soumis,
Un’ fois hors du champ d’bataille
J’n’ai jamais connu d’enn’mis.
Des vaincus la touchante prière
M’fit toujours voler à leur secours.
P’têt’ c’que j’fais pour eux,
Les malheureux
L’f’ront un jour
À leur tour
Pour ma mère.

(Refrain)

À plus d’un’ gentill’ friponne
Maintes fois j’ai fait la cour,
Mais toujours à la dragonne,
C’est vraiment l’chemin l’plus court.
Et j’disais quand un’ fille un peu fière
Sur l’honneur se mettait à dada :
N’tremblons pas pour ça
Ces vertus-là
Tôt ou tard,
Finiss’nt par
S’laisser faire !

(Refrain)

Mon père, dans l’infortune,
M’app’la pour le protéger ;
Si j’avais eu d’la rancune,
Quel moment pour me venger !
Mais un franc et loyal militaire
D’ses parents doit toujours être l’appui ;
Si j’n’avais eu qu’lui,
J’s’rais aujourd’hui
Mort de faim,
Mais enfin,
C’est mon père !

(Refrain)

Maintenant je me repose
Sous le chaume hospitalier
Et j’y cultive la rose,
Sans négliger le laurier.
D’mon armur’ je détache la rouille,
Si le Roi m’app’lait dans les combats ;
De nos jeun’s soldats
Guidant les pas,
J’m’écrierais :
J’suis français !
Qui touch’ mouille !

(Refrain)

Publié par Papy-bougnat - dans La "Rétro" Le Saviez Vous
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3 juillet 2017 1 03 /07 /juillet /2017 07:22

Allô.....Allô.............Allô , Allô

" Mais d'où vient cette expression ?

La formule se décoche à chaque coup de téléphone. Mais pourquoi l'emploie-t-on ? D'où vient cette étrange expression ?  Voyons son origine.

Remontons un instant le cours du temps. Nous sommes au XIXe siècle et plus précisément, en mars 1876. Un certain anglais du nom d'Alexander Graham Bell travaille depuis plus d'un an sur un prototype baptisé «vibraphone», le grand ancêtre de notre téléphone. Bell en est persuadé, sa machine peut transmettre des ondes sonores et une courte conversation à distance. Le 7 mars, Bell obtient son brevet et le 10, à Boston, il parvient (enfin) à émettre son fameux: «Monsieur Watson, veuillez venir dans mon bureau, je vous en prie». Le voilà devenu le créateur officiel du téléphone. Mais petit hic, Il n'est fait nulle part mention du mot «allô»! Alors?

En 1879, le premier central téléphonique est installé à Paris, note Georges Planelles dans son livre Les 1001 expressions préférées des Français. Et la formule résonne déjà dans le combiné. «La mise en relation entre personnes se fait par des hallos venus de halloo», précise l'auteur. L'expression s'est donc propagée avec son invention. Mais, attention! Elle n'est pas née au bout du fil.

En réalité, indique le CNRTL, si le mot «allô» est employé dès 1880 dans le combiné, il est bien antérieur au XIXe siècle. Shakespeare lui-même l'adoptait déjà dans ses pièces! Le terme «allô» serait vraisemblablement né de l'interjection hallóo, «une exclamation employée pour exciter les chiens à la chasse, attirer l'attention d'une personne ou créer la surprise». Mais enfin, d'où viendrait alors ce «hallo» anglais?

Selon le thésaurus, il dériverait du mot anglais hallow, lui-même issu du terme anglo-normand halloer «poursuivre une personne en criant». Un verbe qui trouverait son origine au XIe siècle, chez les bergers normands installés en Angleterre qui parvenaient à coup de «halloo» à réunir leurs troupeaux dans les contrées anglaises. L'expression servait donc à la fois de cri de ralliement mais aussi d'appel pour attirer l'attention des autres pastoureaux. Exclamation qui nous est restée, sans appel.

 

Publié par Papy-bougnat - dans La "Rétro"
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26 juin 2017 1 26 /06 /juin /2017 14:10

A propos des..........."Vacances scolaires d’été "

(Polémique autour de la date des)

(D’après « Le Magasin pittoresque », paru en 1891)

Tandis qu’au Moyen Age certains collèges fermaient leurs portes du 1er septembre à la Saint-Martin (11 novembre), les vacances d’été débutaient, au début du XIXe siècle, à la mi-août. En 1891, celles-ci ayant alors lieu du 1er août au 1er octobre, il fut question de les avancer encore, pour en fixer le commencement au 15 juillet. Proviseur honoraire et agrégé d’histoire, Alphonse Lair s’amuse de la polémique née de l’affrontement entre partisans et détracteurs du projet

Alphonse Lair écrivait ces quelques vers en faveur des vacances d’été prolongées :

Dans un séjour paisible, asile de l’étude,
D’où le ciel a pour lui banni l’inquiétude,
Loin d’un monde orageux au charme suborneur,
Heureux le lycéen, s’il connaît son bonheur !

Malheureusement, le lycéen ressemble au laboureur des Géorgiques : il ne sait pas assez jusqu’où va sa félicité. Il ne s’agit ici ni du collégien du temps de Saint-Louis, dans l’éducation duquel le fouet jouait un rôle si considérable ; ni de celui du temps de Rabelais, obligé de parler latin avant d’avoir appris la langue latine ; ni de celui du temps de Marmontel, si bien formé dans le réfectoire à la tempérance et à la frugalité ; ni de celui d’il y a trente ans (1860), dont nul ne s’occupait, si ce n’est pour savoir s’il travaillait assez.

Il s’agit du collégien de nos jours, de celui dont tout le monde s’occupe, surtout pour savoir s’il ne travaille point trop. Pour éviter qu’il se surmène, lui, si habile à éviter ce qu’on nomme le surmenage, on a diminué les punitions, abrégé les classes, facilité les sorties, multiplié les promenades, amélioré le régime de la cuisine, perfectionné les méthodes d’enseignement, organisé les jeux de plein air et institué le plébiscite en matière de vacances.

Dieu me garde de médire de ces réformes libérales. Le collège est une image de la Société. Quand la discipline sociale s’adoucit, la discipline scolaire doit s’adoucir aussi. L’essentiel est de ne point dépasser la mesure dans l’adoucissement. D’ailleurs, au point de vue de la conduite et du travail, les écoliers d’aujourd’hui valent ceux d’autrefois. Ils ont seulement plus de bien-être. Pour en revenir à notre sujet, il y a eu récemment plébiscite sur le point de savoir s’il conviendrait de modifier les vacances.

Un plébiscite ! Direz-vous peut-être. La chose comportait-elle ce que les hommes d’Etat appellent une consultation nationale ? Mon Dieu, c’est toujours une grosse affaire que de changer des habitudes. Un jour, un recteur de l’Académie d’Aix voulut toucher aux congés de Noël, privilège de la région. Marseille fut en révolution pendant vingt-quatre heures. Les élèves n’assiégèrent pas les portes du lycée pour sortir, il est vrai ; mais leurs mères les prirent presque d’assaut pour entrer. Chacune d’elles s’en retourna en compagnie d’un pensionnaire, excepté celles qui en emmenèrent plusieurs. Il fallut rapporter la décision rectorale. Dans le plébiscite dont nous avons parlé, il ne s’agissait point de supprimer tes vacances, mais seulement d’en avancer l’époque, d’en fixer l’ouverture à la mi-juillet et la fin à la mi-septembre.

Ecoliers d’après une peinture de Paul Legrand exécutée en 1897

 

Sur l’opportunité de ce changement, le ministre compétent a consulté le corps enseignant et l’a invité à consulter lui-même les familles (circulaire du 24 janvier 1891). Un journal populaire est allé plus loin : de son autorité privée, il a consulté la France entière, c’est-à-dire ceux des Français qui ont bien voulu lui répondre. Enfin le conseil supérieur de l’Instruction publique a été appelé à dire son mot dans la question. Il l’a dit tout récemment, par l’organe de M. le docteur Brouardel : « Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes... ». Le ministre a adopté cette conclusion optimiste. Il n’y aura rien de changé cette année dans l’Université, à l’égard des congés d’été. Comme les années précédentes, les lycéens s’en iront sans trop de regret le 1er août et reviendront sans trop de plaisir, le 1er octobre. Quant à la terre, elle continuera de tourner autour du soleil.

Rappelons brièvement les raisons données dans ce débat, pour et contre. Celles des partisans du changement peuvent se ramener à trois principales, d’abord la santé des élèves, ensuite leur plaisir et celui de leurs familles, enfin le désarroi des études, à partir de la fête du 14 juillet. L’argument tiré du plaisir des élèves et des familles a peu de poids. Les jeunes gens aiment-ils mieux être libres dans la seconde quinzaine de juillet que dans la période correspondante de septembre ? Les parents préfèrent-ils les recevoir quinze jours plus tôt, ou les garder quinze jours plus tard ? C’est une affaire de goût, dans les deux cas, et non une question d’intérêt général. Il en est autrement, quand on parle de la santé des lycéens.

Sans se mettre en frais de rhétorique, on peut faire, de la vie du lycée pendant les chaleurs de juillet, un tableau qui n’ait rien de séduisant. « Classes sans air, cours sans ombre, dortoirs hélas ! non sans odeur... Dans ce milieu énervant, maigres adolescents peinant huit heures par jour sur des livres rébarbatifs... Est-ce le moyen de leur donner ce corps robuste, organe d’un esprit sain, que rêvent pour eux les éducateurs à la mode ? »

Il faut bien le reconnaître : au lycée, pendant la canicule, un travail suivi peut devenir débilitant. Mais il faut l’avouer aussi : les lycéens qui travaillent alors sont en petite minorité, et ils travailleraient encore chez eux, avec moins de profit et plus de fatigue, s’ils étaient contraints de s’en aller en vacances. Nous parlons ici de ceux qui vont subir un examen, surtout de ceux qui vont prendre part à un concours : concours et examen dont l’époque serait difficilement avancée ou retardée, soit dit en passant. Oui, ceux-là se surmènent, surtout quand ils ont oublié le précepte : Rien ne sert de courir, il faut partir à point. Oui, ceux-là mettent parfois leur santé à l’épreuve. Mais tous les autres se tiennent dans cette sage réserve, familière à l’écolier français quand il se livre à une étude désintéressée, c’est-à-dire dépourvue de sanction immédiate.

Dans toute maison d’instruction publique, à l’approche de la distribution des prix, il y a une période de transition, une époque où les vacances ne sont point encore ouvertes, mais où les études sont déjà closes. Ce sont les dernières semaines de juillet. Dans les classes sans sanction, c’est-à-dire dans les trois quarts des classes, maîtres et élèves se préparent à ne rien faire en faisant fort peu de chose. Des lectures attrayantes plus souvent que des exercices de réflexion, des bains froids, des promenades après souper, tel est le régime de l’internat à l’époque dont il s’agit : il ne peut compromettre la santé de personne.

Mais, objecte-t-on, si les trois quarts des lycéens ne font rien dans la dernière quinzaine de juillet, pourquoi les garder au lycée ? Pour qu’ils puissent travailler pendant la quinzaine précédente, répond-on. En effet, si la distribution des prix était fixée au 15 juillet, les études commenceraient à fléchir à la fin de juin. Si on la fixait à la fin de juin, c’est la dernière moitié de ce mois qui serait compromise. Puisqu’il faut faire la part du feu, mieux vaut sacrifier les dernières semaines de juillet que celles qui les précèdent, parce qu’elles sont moins propices aux études.

En résumé, le travail de fin d’année n’est effectif, et partant fatigant, que pour les candidats aux écoles du gouvernement, et un peu aussi pour les aspirants au baccalauréat. Dans beaucoup de lycées de province, les candidats aux écoles suivent des classes spéciales, à l’intérieur de la maison, jusqu’au moment du concours qui, pour certaines régions, ne commence qu’au mois de septembre. Avancer l’ouverture des vacances, ce serait donc donner du loisir à ceux qui en ont déjà et non du repos à ceux qui en ont besoin.. Un tel résultat vaut-il la peine de troubler les habitudes et de rompre la quasi concordance entre les vacances de l’Université et celles du palais ? Ajoutons que la rentrée des classes à la mi-septembre désobligerait les familles qui tiennent à la villégiature au temps de la chute des feuilles : nous aurons alors énuméré les principaux motifs qui ont assuré le triomphe des conservateurs.

Cette victoire est-elle définitive ? Ville assiégée, ville prise, disait-on autrefois. Institution attaquée, institution compromise, peut-on dire aujourd’hui. Depuis longtemps, par la force même des chose l’ouverture des vacances tend à se rapprocher de la période des grandes chaleurs. Au Moyen Age, certains collèges fermaient leurs portes quand le Parlement de Paris fermait les siennes, du 1er septembre à la Saint-Martin. Dans la première moitié du XIXe siècle, c’était du 16 au 18 août que se prononçait en Sorbonne ce discours latin du Concours général, applaudi par tant de personnes qui ne le comprenaient pas. Aujourd’hui, c’est au commencement de ce mois que la Sorbonne rajeunie entend une harangue qui ne perd rien de sa valeur pour être prononcée en français. Un pas encore, et les distributions de prix coïncideront avec la solennité du 14 juillet.

Le changement arrivera d’une façon insensible, s’il arrive. Entraînés sur la pente, les chefs de l’Université avanceront chaque l’année l’heure bénie des collégiens, comme ils l’ont fait depuis trente ans. Les grands congés correspondront alors à l’époque de la moisson, à la satisfaction des écoliers aux goûts champêtres qui aimeraient à voir faucher les blés. Sera-ce mieux ? Ce sera autrement. Changement n’implique point progrès. En attendant, les mères sensibles peuvent se rassurer. Un médecin dont le nom fait autorité a dit : « J’ai vu parfois des collégiens revenir fatigués des bains de mer, j’en ai rarement vu sortir fatigués du collège ».

 

Publié par Papy-bougnat - dans La "Rétro"
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19 juin 2017 1 19 /06 /juin /2017 14:50

LES BOUTEILLES CONSIGNÉES FONT ENFIN LEUR GRAND RETOUR !

"Laver plutôt que casser : la France revient peu à peu au bon sens... et c'est excellent pour notre porte-monnaie ! "

Explications.

Les plus de trente ans s’en rappellent peut-être : avant, quand une bouteille en verre était vide, on la rapportait à la consigne. Une légère contrainte pleine d’avantages, aussi bien sur le plan économique qu’écologique. Heureusement, ce petit geste est en train de faire son grand retour en France !

Vous savez ce qu’on fait aujourd’hui avec une bouteille en verre vide ? On la jette, on la brise en mille morceaux, on la met dans un four à 1 500°, on la fait fondre, on récupère la matière, on la place dans des moules, on fait refroidir le tout et au final, qu’obtient-t-on ? Une nouvelle bouteille vide ! Tout ça pour ça, ce n’est pas génial ? Le progrès dans tout ce qu’il a de plus absurde…

Et avant, vous vous rappelez ce qu’on faisait d’une bouteille vide ? On la lavait… et puis c’est tout !

En faisant cette rapide petite comparaison entre notre époque et la précédente, la question se pose : est-ce qu’on ne pourrait pas revenir au temps béni des consignes et déposer nos bouteilles vides pour les remettre dans le circuit ? On est d’accord : ce serait quand même faire preuve de bon sens et de rationalité. Eh bien, bonne nouvelle : la consigne revient enfin ! Alors qu’elle avait disparu au fil des années 80 le système trouve de nouveau grâce auprès des industriels et des collectivités ! Des expérimentations sont déjà menées dans le Var, les Hauts-de-France et le Jura, une station de lavage a ouvert ses portes près de Paris, des fabricants de bière artisanale s’y mettent aussi, de même que bon nombre de restaurateurs et de traiteurs ! Dernier exemple en date, à Nantes, où une association locale s’est donné pour objectif de relancer la filière… Il faut dire que la consigne ne présente que des avantages. Aussi bien pour les consommateurs que pour les professionnels et les collectivités. Pour tout comprendre, cette vidéo très claire réalisée par la Fondation Nicolas Hulot !

Moins chère, plus écologique et plus logique que le recyclage, la consigne faisait partie de notre passé. Espérons maintenant qu’elle fasse aussi partie de notre avenir !

12 juin 2017 1 12 /06 /juin /2017 07:17

Campagne électorale ou comment un candidat à l’élection s’assure l’adhésion des foules

(Extrait de « Psychologie des foules », paru en 1895)

 

 

A la fin du XIXe siècle, dans un ouvrage intitulé Psychologie des foules considéré en 2010 par les éditions Flammarion comme l’un des « 20 livres ayant changé le monde », l’anthropologue et sociologue Gustave Le Bon explique comment l’affirmation, la répétition, le prestige et la contagion, constituent autant de techniques auxquelles tout candidat à une élection recourt pour avoir l’assurance de l’emporter sur ses adversaires

         Gustave Le Bon

Recherchons comment on les séduit. Des procédés qui réussissent le mieux, leur psychologie se déduira clairement. La première des conditions à posséder pour le candidat est le prestige. Le prestige personnel ne peut être remplacé que par celui de la fortune. Le talent, le génie même ne sont pas des éléments de succès.

Cette nécessité pour le candidat de posséder du prestige, c’est-à-dire de pouvoir s’imposer sans discussion, est capitale. Si les électeurs, dont la majorité est composée d’ouvriers et de paysans, choisissent si rarement un des leurs pour les représenter, c’est que les personnalités sorties de leurs rangs n’ont pour eux aucun prestige. Quand, par hasard, ils nomment un de leurs égaux, c’est le plus souvent pour des raisons accessoires, par exemple pour contrecarrer un homme éminent, un patron puissant dans la dépendance duquel se trouve chaque jour l’électeur, et dont il a ainsi l’illusion de devenir pour un instant le maître.

Mais la possession du prestige ne suffit pas pour assurer au candidat le succès. L’électeur tient à ce qu’on flatte ses convoitises et ses vanités ; il faut l’accabler des plus extravagantes flagorneries, ne pas hésiter à lui faire les plus fantastiques promesses. S’il est ouvrier, on ne saurait trop injurier et flétrir ses patrons. Quant au candidat adverse, on doit tâcher de l’écraser en établissant par affirmation, répétition et contagion qu’il est le dernier des gredins, et que personne n’ignore qu’il a commis plusieurs crimes. Inutile, bien entendu, de chercher aucun semblant de preuve. Si l’adversaire connaît mal la psychologie des foules, il essaiera de se justifier par des arguments, au lieu de se borner à répondre aux affirmations par d’autres affirmations ; et il n’aura dès lors aucune chance de triompher.

Le programme écrit du candidat ne doit pas être trop catégorique, parce que ses adversaires pourraient le lui opposer plus tard ; mais son programme verbal ne saurait être trop excessif. Les réformes les plus considérables peuvent être promises sans crainte. Sur le moment, ces exagérations produisent beaucoup d’effet, et pour l’avenir elles n’engagent en rien. Il est d’observation constante, en effet, que l’électeur ne s’est jamais préoccupé de savoir jusqu’à quel point l’élu a suivi la profession de foi acclamée, et sur laquelle l’élection est supposée avoir eu lieu.

Nous reconnaissons ici tous les facteurs de persuasion que nous avons décrits. Nous allons les retrouver encore dans l’action des mots et des formules dont nous avons déjà montré le puissant empire. L’orateur qui sait les manier conduit à volonté les foules où il veut. Des expressions telles que : l’infâme capital, les vils exploiteurs, l’admirable ouvrier, la socialisation des richesses, etc., produisent toujours le même effet, bien qu’un peu usées déjà. Mais le candidat qui trouve une formule neuve, bien dépourvue de sens précis, et par conséquent pouvant répondre aux aspirations les plus diverses, obtient un succès infaillible.

Quant à l’influence que pourraient avoir des raisonnements sur l’esprit des électeurs, il faudrait n’avoir jamais lu le compte rendu d’une réunion électorale pour n’être pas fixé à ce sujet. On y échange des affirmations, des invectives, parfois des horions, jamais des raisons. Si le silence s’établit pour un instant, c’est qu’un assistant au caractère difficile annonce qu’il va poser au candidat une de ces questions embarrassantes qui réjouissent toujours l’auditoire. Mais la satisfaction des opposants ne dure pas bien longtemps, car la voix du préopinant est bientôt couverte par les hurlements des adversaires. On peut considérer comme type des réunions publiques les comptes rendus suivants, pris entre des centaines d’autres semblables, et que j’emprunte aux journaux quotidiens :

Promesses d’un candidat à l’élection

« Un organisateur ayant prié les assistants de nommer un président, l’orage se déchaîne. Les anarchistes bondissent sur la scène pour enlever le bureau d’assaut. Les socialistes le défendent avec énergie ; on se cogne, on se traite mutuellement de mouchards, vendus, etc. un citoyen se retire avec un œil poché. Enfin, le bureau est installé tant bien que mal au milieu du tumulte, et la tribune reste au compagnon X... L’orateur exécute une charge à fond de train contre les socialistes, qui l’interrompent en criant : Crétin ! bandit ! canaille ! etc., épithètes auxquelles le compagnon X... répond par l’exposé d’une théorie selon laquelle les socialistes sont des idiots ou des farceurs. »

« ... Le parti allemaniste avait organisé, hier soir, à la salle du Commerce, rue du Faubourg-du-Temple, une grande réunion préparatoire à la fête des Travailleurs du premier mai. Le mot d’ordre était : Calme et tranquillité. Le compagnon G... traite les socialistes de crétins et de fumistes. Sur ces mots, orateurs et auditeurs s’invectivent et en viennent aux mains ; les chaises, les bancs, les tables entrent en scène, etc., etc. »

N’imaginons pas un instant que ce genre de discussion soit spécial à une classe déterminée d’électeurs, et dépende de leur situation sociale. Dans toute assemblée anonyme, quelle qu’elle soit, fût-elle exclusivement composée de lettrés, la discussion revêt facilement les mêmes formes. J’ai montré que les hommes en foule tendent vers l’égalisation mentale, et à chaque instant nous en retrouvons la preuve. Voici, comme exemple, un extrait du compte rendu d’une réunion exclusivement composée d’étudiants, que j’emprunte au journal le Temps du 13 février 1895 :

« Le tumulte n’a fait que croître à mesure que la soirée s’avançait ; je ne crois pas qu’un seul orateur ait pu dire deux phrases sans être interrompu. A chaque instant les cris partaient d’un point ou de l’autre, ou de tous les points à la fois ; on applaudissait, on sifflait ; des discussions violentes s’engageaient entre divers auditeurs ; les cannes étaient brandies, menaçantes ; on frappait le plancher en cadence ; des clameurs poursuivaient les interrupteurs : A la porte ! À la tribune ! M-C... prodigue à l’association les épithètes d’odieuse et lâche, monstrueuse, vile, vénale et vindicative, et déclare qu’il veut la détruire, etc., etc. »

On pourrait se demander comment, dans des conditions pareilles, peut se former l’opinion d’un électeur ? Mais poser une pareille question serait se faire une étrange illusion sur le degré de liberté dont peut jouir une collectivité. Les foules ont des opinions imposées, jamais des opinions raisonnées. Dans le cas qui nous occupe, les opinions et les votes des électeurs sont entre les mains de comités électoraux, dont les meneurs sont le plus souvent quelques marchands de vins, fort influents sur les ouvriers, auxquels ils font crédit.

« Savez-vous ce qu’est un comité électoral, écrit un des plus vaillants défenseurs de la démocratie actuelle, M. Schérer ? Tout simplement la clef de nos institutions, la maîtresse pièce de la machine politique. La France est aujourd’hui gouvernée par les comités. » Aussi n’est-il pas trop difficile d’agir sur eux, pour peu que le candidat soit acceptable et possède des ressources suffisantes. D’après les aveux des donateurs, 3 millions suffirent pour obtenir les élections multiples du général Boulanger. Telle est la psychologie des foules électorales. Elle est identique à celle des autres foules. Ni meilleure ni pire.

Gustave Le Bon note encore que : les comités, quels que soient leurs noms, clubs, syndicats, etc., constituent peut-être le plus redoutable danger de la puissance des foules. Ils représentent, en effet, la forme la plus impersonnelle, et, par conséquent, la plus oppressive de la tyrannie. Les meneurs qui dirigent les comités étant censés parler et agir au nom d’une collectivité sont dégagés de toute responsabilité et peuvent tout se permettre. Le tyran le plus farouche n’eût jamais osé rêver les proscriptions ordonnées par les comités révolutionnaires. Ils avaient, dit Barras, décimé et mis en coupe réglée la Convention. Robespierre fut maître absolu tant qu’il put parler en leur nom. Le jour où l’effroyable dictateur se sépara d’eux pour des questions d’amour-propre, il fut perdu. Le règne des foules, c’est le règne des comités, c’est-à-dire des meneurs. On ne saurait rêver de despotisme plus dur.

 

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5 juin 2017 1 05 /06 /juin /2017 07:04

A propos de maîtrise de la communication....

 

Finance, Politique et Presse :

Trinité sans contrôle présidant au destin de la France ?

(Extrait de « Les Hommes du jour », paru en 1911)

Finance, Politique et Presse : c’est cette « admirable Trinité, omnipotente et omnisciente, invisible et toujours présente », sans responsabilité ni contrôle mais modelant le destin de la France qu’entend dénoncer en 1911 un journaliste des Hommes du jour. Prenant l’exemple d’un récent banquet où se côtoyaient pour une raison officiellement anodine les personnages les plus en vue de ces différents milieux, il nous donne à voir l’envers du décor : un monde de marionnettes inféodées aux puissances d’argent

 

Ah ! ce fut une belle tablée ! s’exclame notre journaliste. A l’hôtel Ritz, le 18 mars, avait lieu un grand banquet. Autour d’une « timbale de homard à l’américaine » et d’une « poularde à la bourgeoise », on pouvait voir groupés tout ce que la Finance, la Politique et la Presse comptent d’hommes influents.

Il y avait là deux anciens présidents du Conseil, Méline [Jules Méline, président du Conseil du 28 avril 1896 au 15 juillet 1898] et Clemenceau [Georges Clemenceau, président du Conseil du 25 octobre 1906 au 20 juillet 1909 ; il le sera de nouveau de 1917 à 1920] ; trois ministres ou anciens ministres, Jean Dupuy [notamment ministre de l’Agriculture, du Commerce et de l’Industrie, puis des Travaux Publics], Cochery [Georges Cochery, ministre des Finances d’avril 1896 à juin 1898, puis de juillet 1909 à novembre 1910] et Caillaux [Joseph Caillaux, plusieurs fois ministre des Finances, notamment entre 1906 et 1909 au sein du gouvernement de Georges Clemenceau]. Rouvier et Klotz, empêchés, avaient envoyé des lettres d’affectueux regrets.

     George cochery

 

 

A côté de ces puissances politiques, siégeaient les puissances d’argent, qui sont leur soutien. Toutes étaient là : il y avait la Banque de France, représentée par son gouverneur, M. Pallain ; le Crédit Foncier, représenté par son chef, M. Morel. La Compagnie des agents de change avait envoyé son syndic, l’aristocratique M. Milon d’Ailly de Verneuil.

Puis venait le groupe compact de nos grands établissements de crédit : le Crédit Lyonnais, avec son directeur, M. Bonzon (le frère de notre sympathique avocat Maximum) ; la Société Générale, avec M. Minvielle ; la Banque de Paris et des Pays-Bas, représentée par M. Moret. Et c’étaient encore M. Barbé, de l’Union Parisienne ; de Lapisse, du Crédit Mobilier, et Jacques de Gunzbourg, de la Banque Rouvier, sans compter Bénard, président du Métropolitain, etc., etc.

Enfin, dans un troisième groupe, on voyait figurer tout ce qui compte dans la presse économique et politique. Autour du vénérable doyen, M. Neymarck, du Rentier, se pressaient M. Jean Dupuy, du Petit Parisien ; M. Paul Strauss, président de l’Association des Journalistes républicains ; M. Mandiez, du Temps ; Laffon, du Matin ; Mayer, de l’Agence Fournier ; Chavenon, de l’Information...

Enfin, pour que rien ne manquât à cette petite fête de la politique et de la finance, on avait fait venir, pour la présider, rien moins qu’un ancien président de la République, M. Emile Loubet. On pense bien que ces hauts personnages ne s’étaient pas réunis pour le simple plaisir de manger ensemble des « oeufs à la d’Orléans » arrosés d’un Corton 1888. En réalité, ces chefs de la Banque et du Parlement étaient venus saluer le maître du Quatrième Pouvoir, le régent de l’opinion publique en France, le roi de la presse, M. Edmond Théry.

Peut-être ce nom ne vous dit-il rien ? Vous le chercheriez en vain au bas des colonnes du Petit Journal ou du Matin. Comme tous les rois d’à présent, ce grand-maître est modeste et cache sa royauté. Le temps n’est plus où les souverains ne sortaient qu’en manteau de cour et carrosse à quatre chevaux. Les potentats d’à présent sont plus discrets ; ils se promènent en veston et chapeau mou ; toute leur ambition est de se confondre avec les simples citoyens. Ils se sont aperçu que les peuples sont devenus méfiants ; ils se cachent donc sous des noms modestes, et leur puissance, pour être occulte, n’en est que plus forte.

C’est pourquoi M. Théry, grand-maître du journalisme, n’écrit pas dans les journaux. Il a pour tout organe une petite revue : L’Economiste Européen, simple cahier où sont notés chaque semaine les bilans de toutes les banques d’émission du monde entier, la situation du marché monétaire, et des études financières sur les différents pays d’Europe. Modeste publication, pleine de chiffres, parfaitement impénétrable pour les non-initiés et que seuls lisent un millier de boursiers et de gens d’affaires.

Ce journal, fondé par M. Edmond Théry, il y a vingt ans, arrivait, la semaine dernière, à son millième numéro ; et c’est sous prétexte de fêter ce millième numéro que s’étaient assemblés tous les directeurs des grandes banques, cinq ministres, deux anciens présidents du Conseil et un ancien président de la République. On devine aisément que, si M. Théry n’était que le directeur de cette petite revue, un simple économiste, chef de l’école protectionniste, tant de hauts personnages ne se seraient pas dérangés.

    Edmond Thery

Mais M. Edmond Théry possède un titre qui, pour être soigneusement dissimulé, n’en est que plus important : il est le chef des courtiers de la Haute Banque, l’homme qui dispose des fonds de publicité, et qui par là tient la presse et gouverne l’opinion publique en France. S’agit-il, par exemple, de lancer un emprunt russe ? Le Crédit Lyonnais, le Comptoir d’Escompte, la Société Générale se sont engagés à puiser 1 200 millions dans le portefeuille de nos rentiers pour les prêter au tsar.

Supposez qu’à ce moment le Petit Parisien, le Temps ou le Matin s’avisent de déclarer que le budget russe est un trompe-l’œil, que ses excédents sont fictifs, que les paysans affamés plient sous le poids des impôts, que les ressources de l’État servent à entretenir les luxueuses folies des grands ducs, que la Douma est réduite au silence, le Conseil d’Empire en révolte contre le ministre, que l’Empereur, faible et sans volonté devant les cabales de la cour, renverse le matin un ministre qu’il rétablit le soir, et qu’ainsi ce grand empire, s’endettant sans cesse, marche vers sa ruine...

Aussitôt, les petits rentiers français, au lieu de souscrire de nouveaux titres russes, vendent ceux qu’ils possèdent. Le Crédit Lyonnais est obligé de les racheter, son capital et ses réserves y passent, et le voilà à la merci d’une panique. Heureusement, M. Edmond Théry est là, qui veille. A chaque émission, les banques lui remettent une somme proportionnée à l’importance de l’opération (50 millions pour le dernier emprunt russe).

Alors, de toute part, les directeurs de journaux accourent vers lui. Il n’achète pas leur silence ! Non ! Cela ne serait pas correct ; et d’ailleurs, ces messieurs sont des hommes honorables. Il passe simplement avec eux des contrats de publicité. Dix mille francs à celui-ci pour insérer dix lignes d’annonce sur l’emprunt à sa sixième page ; vingt mille à cet autre ; cent mille à ce grand journal et cent francs à cette « feuille de chou ». Chacun reçoit sa part, proportionnelle à son tirage, et à la puissance de placement de sa clientèle.

Naturellement, ce n’est pas sur ces annonces, d’ailleurs très discrètes, que comptent les Banques pour écouler leurs titres ; elles ont pour cela leurs guichets, leurs agents et leurs démarcheurs. Mais il va de soi que le journal, qui a un contrat de publicité pour un emprunt russe ou argentin, ne dira pas de mal de la Russie ou de l’Argentine pendant toute la durée de l’émission. Sans cela, il se verrait impitoyablement rayé de la liste pour les emprunts futurs, et perdrait de ce fait des sommes considérables.

Voilà comment, grâce à M. Edmond Théry, la presse française est toujours favorables aux opérations de la Haute Banque.

Mais l’action de ce grand homme ne s’exerce pas seulement dans le domaine financier ; sa sollicitude s’étend même aux questions politiques et sociales. On se rappelle l’histoire de l’impôt sur le revenu. Depuis 1869 le parti républicain l’avait promis au peuple ; aux élections de 1906, un grand nombre de candidats l’avaient inscrit à leur programme. Les électeurs l’avaient approuvé à une forte majorité. La Chambre n’avait plus qu’à le voter.

Malheureusement il y avait dans le projet Caillaux un petit article qui, pour établir la fortune de chacun, obligeait les grandes banques à montrer leurs livres aux agents du fisc. Or les banques ne trouvèrent pas cela de leur goût : sur toutes les opérations qui se font par leur intermédiaire elles font payer à leur client l’impôt exigé par la loi ; mais elles n’en versent qu’une faible partie dans les caisses du Trésor. Il en résulte pour elles de sérieux profits. Mais si désormais les agents du fisc sont astreints à vérifier les comptes, tout ce bénéfice illicite sera perdu !

Aussitôt, comme sur un mot d’ordre, toute la grande presse se met à attaquer le projet Caillaux ; on crie à l’inquisition ; on épouvante les commerçants, les petits rentiers ; et l’on fait un tel tapage que le Parlement intimidé hésite, et que, dans le pays même, les électeurs qui avaient réclamé cette réforme, ont fini par s’en désintéresser.

Jean Dupuy

Cependant aujourd’hui le projet revient sur l’eau. M. Caillaux est de nouveau ministre. Mais dans l’intervalle, il est devenu président du Crédit Foncier Egyptien (250 000 francs par an), président du Crédit Foncier Argentin (200 000 francs par an), du Banco del Rio de la Plata (225 000 francs par an). Du coup il s’est réconcilié avec la Haute Banque ; dans son nouveau projet, il annonce qu’il tiendra compte de tous les intérêts, et même « des préjugés ». Le 18 mars, au banquet de l’hôtel Ritz, parmi tant de banquiers, de journalistes et d’hommes politiques qui venaient apporter à M. Edmond Théry l’expression de leur reconnaissance et de leur dévouement, au premier rang, à gauche du président, figurait M. Caillaux, ministre des finances, ancien adversaire, réconcilié.

C’est là précisément le grand charme de la publicité financière qu’elle atténue instantanément toutes les divergences de doctrine, efface toutes les haines de parti, et réunit en une parfaite communion les plus farouches adversaires. Quel spectacle que celui de cette table de banquet où l’on voyait assis côte à côte M. Méline et M. Clemenceau, M. Manchez et M. Caillaux ! Et comme on savoure la joyeuse ironie de ces paroles prononcées à la fin du banquet par le président Neymarck :

« Vous le voyez, Messieurs, la presse économique et financière a du bon : elle met tout le monde d’accord, elle réunit autour d’elle, sans distinction d’opinions et de doctrines les représentants les plus autorisés du monde politique et financier et de la presse. »

C’est bien vrai : tous les partis se disputent la conquête du pouvoir. Mais tous se trouvent unis pour servir les desseins de la finance. Et M. Théry, qui distribue la manne nourricière, ne connaît point d’ennuis. Impassible comme Dieu, et juste comme lui, il plane au-dessus des orages de la politique, versant avec une belle impartialité ses bienfaits sur ceux de la droite comme sur ceux de la gauche. Il subventionne le Gaulois, soutient l’Action, et versa pendant deux ans, on le sait, 19 000 francs par an dans les caisses de l’Humanité. Tant il est supérieur aux programmes et aux partis !

Mais aussi sa puissance est extrême. Pareil au dieu des Vents de l’Enéide, il fait un signe, et de toutes les outres de la presse sort une effroyable tempête qui soulève au loin les vagues de l’opinion et jette le désarroi dans le pays. Puis il fait un autre signe ; aussitôt les vents se taisent, les flots se calment, et le ciel apparaît serein aux mortels revivifiés.

Telle est la puissance magique de M. Edmond Théry. Placé, comme au banquet du 18 mars, entre Bonzon, le financier, et Caillaux, le démocrate, il est le trait d’union qui joint le Parlement et la Haute Banque, accorde par la force suprême de l’or la Presse et la Finance, et plie l’opinion républicaine aux secrets desseins du Crédit Lyonnais. Admirable Trinité, omnipotente et omnisciente, invisible et toujours présente, et qui, de l’hôtel Ritz où elle festive, dispose, sans responsabilité et sans contrôle, des destinées de la France

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29 mai 2017 1 29 /05 /mai /2017 07:37

Le premier micro-ordinateur de l'Histoire bientôt vendu aux enchères à Tours

Trois ans avant IBM, cinq ans avant Apple, le Micral N, premier micro-ordinateur de l'Histoire, voyait le jour en 1973, créé par R2E, une "start-up" française. Un des cinq derniers exemplaires connus sera vendu aux enchères le 11 juin prochain au Château d'Artigny, près de Tours.

Le Micral N  a été créé en 1973 par un ingénieur français. Il n'en reste que 5 exemplaires connus dans le monde.

 

Pas d'écran, pas de souris, le Micral N ne ressemble ni de près, ni de loin à un ordinateur comme on l'imagine aujourd'hui. Ce petit boitier marron est pourtant le tout premier micro-ordinateur de l'Histoire, créé en 1973 par François Gernelle, un ingénieur français, qui travaillait pour R2E, une petite entreprise tricolore qui n'avait pas froid aux yeux. Trois ans avant IBM, cinq ans avant Apple, François Gernelle crée l'ancêtre des ordinateurs tels qu'on les connait aujourd'hui. Avant lui, les ordinateurs faisaient la taille d'un pan de mur, voire de toute une pièce. C'est donc une vraie révolution à l'époque, qu'on a un peu oublié.

Vendu 8.500 francs à l'époque

A l'époque, c'est pour répondre à un appel de l'INRA (Institut National de la Recherche Agronomique) que le Micral N voit le jour. "Ils voulaient un ordinateur plus petit et moins cher que ceux qui existaient pour calculer l'évapotranspiration," raconte Roma Maireau, étudiante en Histoire de l'art à la Fac de Tours, qui s'est penchée sur l'histoire de cet ordinateur. En tout, plus de 90.000 exemplaires se vendent au prix de 8.500 francs (environ 7.000 euros actuels) dans les années 70. En difficulté financière, RE2 est ensuite racheté en 1978 par Honeywell Bull, une entreprise américaine, qui peu à peu, se désintéresse du concept pour se concentrer sur des gros calculateurs. Le Micral disparaît.

Aujourd'hui, il en reste cinq exemplaires connus dans le monde, dont celui qui sera mis aux enchères au Château d'Artigny, près de Tours. "Cet ordinateur appartient à un ancien ingénieur de R2E, qui possède plus de 200 ordinateurs chez lui. J'ai l'habitude de vendre des statues, des tableaux, là un ordinateur, c'est une grande première pour moi," révèle Aymeric Rouaillac, commissaire-priseur, qui sera en charge de la vente le 11 juin. Mise à prix prévue : 20.000 euros.

Ci-dessus: Aymeric Rouillac, le commissaire priseur qui sera en charge de la vente le 11 juin au Château d'Artigny. 

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22 mai 2017 1 22 /05 /mai /2017 06:42

Dans la catégorie  " Expressions & proverbes d'autrefois "

 

 

Conter des fagots

Conter des bagatelles, des choses frivoles ou fausses et sans vraisemblance

On prétend que la plus ancienne de nos feuilles périodiques, la Gazette de France, donna lieu à cette phrase proverbiale presque aussitôt qu’elle parut.

 

Comme elle ne se publiait pas alors par abonnement, des colporteurs étaient chargés de la crier dans les rues : or, il arriva qu’un de ces colporteurs rencontra un jour sur son chemin un marchand de fagots qui s’obstina à marcher à côté de lui ; l’un et l’autre se piquèrent d’une risible émulation ; ce fut à qui saurait le mieux enfler sa voix pour avertir les acheteurs, et comme leurs cris alternatifs Gazette ! Fagots ! firent événement pour tout le quartier, on s’égaya sur la réunion fortuite ou calculée de ces deux mots, et l’on prit l’habitude de les employer dans une acception synonymique.

​​​​​​​Cette explication peut s’appeler un fagot, car elle repose sur un fait moins ancien que la locution, laquelle est venue tout simplement d’une allusion à la mauvaise foi des marchands de bois, qui comptent les fagots qu’ils vendent de manière à tromper sur la quantité ou sur la qualité.

Une phrase de la vieille farce intitulée : La querelle de Gaultier Garguille et de Périne sa femme, ne laisse aucun doute sur ce sujet. « Tu me renvoies de Caïphe à Pilate ; tu me contes des fagots pour des cotterets. » Conter est mis ici pour compter ; la différence que l’œil remarque entre ces deux homonymes ne fait rien à la chose ; dérivés l’un et l’autre, suivant Nicot, du verbe latin computare, ils étaient autrefois confondus sous le rapport de l’orthographe. Les livres imprimés avant la fin du dix-septième siècle en offrent des preuves multipliées.

De Walckenaer cite une édition de Boileau où l’on trouve : « Parmi les Pelletiers où CONTE les Corneilles. » Il ajoute que dans la rédaction officielle de l’Entrée du roi et de la reine, le 26 août 1660, on lit en gros caractères : Chambre des Contes. Indiquons encore une pièce de Ronsard où conter pour compter revient à chaque couplet :

Si tu peux me conter les fleurs,
Du printemps, etc.

Conter, dans le sens de calculer, énumérer, a été employé plus souvent que compter par les auteurs du seizième siècle et du dix-septième siècle.

Madame de Forgeville demandait un jour à d’Alembert : « Quel bien avaient fait à l’humanité les encyclopédistes. — Quel bien ? répondit le philosophe ; ils ont abattu la forêt des préjugés qui la séparait du chemin de la vérité. — En ce cas, répliqua-t-elle en riant, je ne suis plus surprise s’ils nous ont débité tant de fagots. »​​​​​​​​​​​​​​

 

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15 mai 2017 1 15 /05 /mai /2017 06:51

17 mars 1808 : création du baccalauréat
moderne par Napoléon

(D’après « Enseignement et éducation en France
du XVIIIe siècle à nos jours »

 

Si le terme de « baccalauréat » existait depuis la fin du Moyen Âge, il était synonyme de la maîtrise ès arts, grade qui sanctionnait avant 1789 les études dispensées dans les facultés ès arts, associant sciences et humanités

Spécificité française, le baccalauréat marque la charnière entre le secondaire et le supérieur. Il consacre l’aboutissement des études secondaires et est une condition nécessaire pour entamer des études supérieures. Il est conçu comme le premier grade universitaire, car décerné par les facultés, après avoir été préparé dans le cadre de l’enseignement secondaire et avoir porté sur ses programmes d’enseignement.

Ainsi ces dispositions ne sont-elles pas sans ambiguïté dès l’officialisation du statut de cet examen par Napoléon en 1808. En effet, le baccalauréat existe avant le XIXe siècle. Son étymologie bacca laurea désigne, en latin médiéval, la baie de lauriers remise aux vainqueurs. Appelé « déterminante » puis « baccalauréat » vers la fin du XIVe siècle, c’était le grade qui sanctionnait la première partie des études universitaires.

Lorsque Napoléon crée, par la loi du 10 mai 1806, l’Université impériale, il la considère comme une corporation enseignante et non comme un établissement supérieur ; il lui donne le monopole exclusif de l’enseignement public dans l’empire. Deux ans plus tard, après plusieurs projets, l’organisation et le fonctionnement de cette nouvelle institution sont définis par le décret du 17 mars 1808. Il précise notamment les missions des facultés. Outre les tâches d’enseignement et de formation, elles détiennent le monopole de la collation des grades qui sont au nombre de trois à savoir le baccalauréat, la licence et le doctorat

Deux baccalauréats sont créés : le baccalauréat ès lettres pour les facultés des lettres et le baccalauréat ès sciences pour les facultés des sciences, à la condition, pour ce dernier, que le candidat soit déjà titulaire du baccalauréat ès lettres. Pour être admis à subir l’examen du baccalauréat, les candidats doivent produire un certificat attestant une assiduité de deux ans soit dans un lycée soit dans une école où le double enseignement, rhétorique et philosophie, est autorisé par l’Université impériale.

Ces dispositions du décret du 17 mars 1808 sont complétées par le statut du 18 octobre 1808 qui organise le baccalauréat ès lettres : nombre et calendrier des sessions, composition des jurys, publicité de l’examen, droits d’inscription, délibération, attestation de la réussite... Il est prévu que deux sessions soient ouvertes chaque année : la première dans les quinze derniers jours de l’année en lycée, la seconde dans les quinze jours précédant l’ouverture des cours des facultés. Les jurys doivent être composés de trois examinateurs dont deux au moins sont membres de la faculté des lettres. L’examen est oral et public. La délibération est immédiate et suivie de la proclamation des résultats. Un certificat d’aptitude au grade de bachelier est enfin délivré aux lauréats.

La première session a lieu en 1809 : 32 diplômes de bacheliers dont 31 ès lettres et un ès sciences sont délivrés. La barre des 1 000 diplômés est franchie en 1811 avec 983 bacheliers ès lettres et 43 bacheliers ès sciences.

Mais des critiques apparaissent très tôt contre le monopole de l’Université impériale à délivrer ce premier grade universitaire, notamment de la part des institutions privées qui soupçonnent les examinateurs du baccalauréat de partialité à l’égard de leurs élèves. Le fait est que les facultés étant peu nombreuses, dans certaines villes, des commissions d’examen étalent constituées de professeurs des lycées.

Ces critiques conduisent à adopter de nouvelles modalités d’examen. En 1840, apparaissent les mentions (Très Bien, Bien, Assez Bien). L’écrit, institué dix ans plus tôt, prend la forme durable d’une version latine, Immédiatement corrigée. L’oral comprend l’explication de textes français, latins et grecs et une interrogation sur les autres matières par le biais de 500 questions différentes donnant lieu à tirage au sort.

Aux alentours de 1850, un nouveau régime s’impose à la suite de la suppression des commissions d’examen en 1847, du certificat d’études en 1849 et, en 1848, de l’obligation du baccalauréat ès lettres pour présenter celui de sciences. C’est la « bifurcation » qui se caractérise par la mise en place, après la classe de 4e, de deux filières parallèles menant aux deux baccalauréats, ès lettres et ès sciences. Mais les critiques demeurent sévères ; elles dénoncent en particulier le système de la liste des questions qui tend à réduire l’examen à un exercice de mémoire favorisant le règne du mémento et des « boîtes à bachot ».

Une série de réformes, menées successivement par les ministres de l’Instruction publique, Fortoul en 1852, Rouland en 1857, et Duruy en 1864, va tendre à relever le niveau de l’examen en limitant le nombre des questions propices au par cœur et en créant des épreuves où le candidat doit faire preuve de réflexion. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, le nombre des candidats augmente tout en continuant de correspondre à une mince élite : 4 150 étaient reçus en 1850, ils sont 6 300 à la fin des années 1860. A la veille de la Première Guerre mondiale, ils demeurent peu nombreux, de l’ordre de 7 000 par an. L’essor, quoique limité, commence entre les deux guerres avec 27 000 bacheliers en 1939, soit moins de 3 % d’une classe d’âge. L’explosion aura lieu dans les années 1960. Les jeunes filles vont s’y distinguer par un succès croissant.

Longtemps les filles ont été tenues à l’écart d’un enseignement secondaire public. Seules les institutions privées les accueillaient jusqu’à la création en 1880 des lycées de filles. De même leur accès au baccalauréat est une conquête difficile car il était rendu impossible par le fait que le décret de 1808 ne prévoyait pas qu’elles pussent être candidates. La première bachelière, Julie-Victoire Daubié, a obtenu ce titre à Lyon, en 1861, à l’âge de 37 ans, grâce à l’appui de l’impératrice Eugénie et en obtenant une autorisation spéciale.

Jusqu’au début des années 1920, cet examen est réservé aux garçons et les filles ne peuvent s’y présenter qu’avec l’autorisation du gouvernement. Ceci est la conséquence de la loi Camille Sée, le 21 décembre 1880, qui certes crée un véritable enseignement secondaire féminin d’État, dispensé pendant cinq ans par des professeurs femmes, mais un enseignement ségrégatif dans la mesure où il ne conduit qu’à un diplôme de fin d’études secondaires, lequel n’ouvre aucun accès aux facultés.

De fait, les réformateurs de la fin du XIXe siècle ont provoqué une rupture en s’intéressant à cette clientèle féminine jusque-là négligée par l’État (sauf sous le ministère Duruy en 1867) car confiée aux institutions privées, en majorité confessionnelles. Pour s’assurer une formation de qualité dans l’esprit républicain, la loi Camille Sée institue des externats secondaires féminins, auxquels l’école normale supérieure de Sèvres, créée en 1881, doit fournir une élite de professeurs. Le nouveau réseau se développe progressivement : passant de 160lycées et collèges de filles en 1887 à 172 (dont 79 lycées) en 1939.

Jusque dans les années 1920, l’enseignement des jeunes filles, selon l’historienne Françoise Mayeur, se définit par « son refus de tout ce qui est dogmatique, livresque ». Ii apparaît comme un laboratoire pédagogique où les matières et méthodes d’enseignement sont plus pragmatiques que chez les garçons, en particulier en ce qui concerne les matières modernes, français et langues vivantes : le français y est étudié indépendamment des langues anciennes et l’explication de textes y occupe une place importante ; en anglais et en allemand, les leçons sont plus orales et vivantes que chez les garçons.

Point de latin, ni de grec, très peu de sciences. L’histoire y est enseignée dans une perspective moins nationale sur la thématique de la civilisation. Quant à l’enseignement de la morale, Il s’adresse plus au cœur qu’à l’esprit. Enfin, la force des préjuges relatifs à la féminité se mesure à l’aune de la place maintenue pour les arts d’agréments.

Il faut attendre 1924 pour que Léon Bérard unifie les études féminines et masculines et que soit créé un baccalauréat unique. Cependant, bien avant ce décret du 25 mars 1924 instituant « l’assimilation » au secondaire masculin de l’enseignement secondaire des jeunes filles, ces dernières avaient déjà grossi les effectifs des étudiants malgré le fait que les candidates au baccalauréat devaient obtenir une autorisation spéciale du ministre de l’Instruction publique et que les tentatives en vue de faire reconnaître le diplôme de fin d’études féminines comme équivalent du baccalauréat étaient vouées à l’échec, du moins jusqu’au début des années 1900.

 

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1 mai 2017 1 01 /05 /mai /2017 10:37

En principe le 1ier Mai est le véritable retour des beaux jours ! ( ce qui n'est pas le cas pour nous cette année)

Si la coutume de se fleurir de muguet le 1er mai s’enracine en 1907 en région parisienne et symbolise le retour véritable des beaux jours, elle puiserait son origine sous Charles IX, qui en 1561 offrit cette fleur comme porte-bonheur, ce mois étant par ailleurs longtemps associé à la très symbolique plantation d’un mai, mais également à la crainte d’entreprendre quoi que ce soit

 

Il en est du mois de mai comme des femmes, écrit Ernest Laut du Petit Journal illustré, dans le numéro du 1er mai 1921, avant d’ajouter qu’on en dit beaucoup de bien et beaucoup de mal. Les poètes l’ont célébré comme le mois des roses et de l’amour, l’époque du réveil de la nature et de sa fécondation. Mais, d’autre part, on l’a regardé souvent comme un mois dangereux et décevant.

 

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Selon notre chroniqueur, les Anciens avaient, de ce fait, voué au mois de mai une véritable rancune. Ils l’appelaient un mois néfaste et recommandaient de ne rien entreprendre durant cette époque de l’année. Ils refusaient même de se marier en mai, et Horace a consacré cette superstition dans ses vers : « Les flammes de l’hymen qui s’allumeront pendant le mois de mai, a-t-il dit, se changeront bientôt en torches funèbres. » Ce préjugé n’avait pas encore complètement disparu au début du XXe siècle, les statistiques de l’état civil montrant que les mariages étaient infiniment plus nombreux en avril et en juin qu’en mai.

Ce mois, pourtant, ne porte plus le poids de tant de haines injustifiées. Et, de toutes les traditions qui le concernent, une seule a réellement survécu, c’est celle qui en fait la saison des métamorphoses, l’époque bénie du renouveau. En maintes régions, on célébrait avec le premier jour de mai, le véritable retour du printemps.

En Alsace, notamment, on allumait de grands feux de joie la nuit du 30 avril au 1er mai, et l’on donnait la représentation de la lutte entre deux personnages figurant l’Hiver et l’Eté. L’Hiver, tout naturellement, succombait ; et on l’enterrait comme on enterre quelquefois Carnaval, tandis que l’Eté, couronné de roses, était porté en triomphe.

En Lorraine, c’était un jour de joie populaire consacré surtout à fêter la jeunesse et la grâce. On chantait des trimazos, sorte de poèmes de circonstance tour à tour pieux ou badins. Ces trimazos devaient leur nom à ce fait qu’ils étaient chantés par trois jeunes filles vêtues de robes blanches, qui allaient de maison en maison chanter et danser pour célébrer la fête du printemps. On leur donnait, en retour, des œufs ou de l’argent. Certains de ces trimazos ont une bien jolie saveur naïve et poétique ; mais ils sont sortis de la mémoire du peuple : on ne les trouve plus que dans les livres.

Mais le premier jour du cinquième mois de l’année ramenait jadis dans nos campagnes une coutume que l’on pratiquait à peu près dans toutes les régions : il s’agit de la plantation du mai. Le mai consistait en un petit arbre sans racine que l’on plantait d’ordinaire le premier jour de ce mois, soit devant la porte, soit sur le toit de la maison habitée par une personne à laquelle on voulait faire honneur. Les amoureux timides trouvaient là l’occasion d’exprimer leurs sentiments à celles qu’ils aimaient.

Et il advint que ces arbustes, suivant qu’ils étaient de telle ou telle essence, prirent un sens symbolique déterminé. Chacun d’eux avait sa signification : le bouleau voulait dire vertu ; le saule, coquetterie ; le sureau, mépris ; le genêt, bêtise ; la fougère, fierté ; l’aulne, abandon ; le coudrier, amour passionné. Ainsi, les jeunes gens faisaient aux filles du village aveux ou reproches ; et, devant les maisons, des rondes s’organisaient, dont chacun reprenait le refrain :

Plantons le mai
Le mai du joli mois de mai.
Et puis chantons quand on plante,
Et puis plantons quand on chante,
Le mai, le mai
Qui nous rend le cœur gai

Le mai avait un double caractère : c’était ou un hommage aux personnes de qualité, tel le mai que les clercs de la basoche allaient planter dans la cour du Palais de Justice à Paris, en l’honneur des magistrats du Parlement, ou bien une galanterie des amoureux, à l’objet de leur tendresse. De cette dernière coutume, on avait, au XIVe siècle, formé le joli verbe « émayoier », donner le mai, que l’on trouve dans une poésie de Froissart :

Pour ce vous veux, madame, émayoier,
Au lieu d’un may, d’un joli cœur que j’ai.

Les corporations du Moyen Age fêtaient aussi le 1er mai. Celle des orfèvres de Paris, notamment, faisait, ce jour-là, un présent à l’église de Notre-Dame. Ce présent fut d’abord un arbre planté devant le portail de la cathédrale ; puis ce fut une œuvre d’art. A la fin du XVIIe siècle, c’était un tableau de sainteté qu’on appelait le « tableau de mai ». Ce tableau, dont le sujet était tiré des Actes des Apôtres, restait exposé devant le portail de l’église les premiers jours du mois, et, pendant le reste de mai, il était suspendu dans la chapelle de la Vierge.

C’était aussi le 1er mai que, jadis, les grandes eaux jouaient à Saint-Cloud. Les bons bourgeois parisiens ne manquaient jamais de se rendre à cette fête de banlieue, au moyen d’un bateau qui s’appelait la Galiote, et que des chevaux, attelés à de longues cordes, hâlaient à la façon des bélandres de nos canaux. C’était, depuis les Tuileries jusqu’à Saint-Cloud, un interminable voyage qui durait plusieurs heures.

Mai, aux temps antiques, était l’époque où la navigation, interrompue pendant l’hiver, reprenait. Les galères quittaient en grand nombre les ports de la Méditerranée, se dirigeant vers l’Egypte et les côtes d’Afrique pour échanger les parfums et les tissus de l’Orient contre les vins et les métaux de la Gaule et de l’Italie.

Mai aurait aussi sa place dans une histoire des assemblées législatives. C’est en mai, en effet, que les Carolingiens tenaient leurs assemblées politiques. Les Francs avaient coutume de réunir tous les ans, d’abord en mars, leurs guerriers, dans un lieu consacré qu’on appelait le « Champ de Mars ». Sous Charlemagne, la date de l’assemblée fut reculée jusqu’en mai. Ces réunions disparurent après la ruine de l’empire carolingien : les « champs de mai » furent remplacés par les États Généraux.

 

Ce mois inspira un certain nombre de proverbes à la sagesse des nations. La plupart concernent l’agriculture. Ils nous indiquent, en général, que la pluie en mai n’est pas souhaitable. Ils nous mettent en garde contre le retour possible d’un peu de froid :

Saint Mamert, saint Servais, saint Pancrace,
Ce sont toujours des vrais saints de glace.

Et ils nous conseillent de ne pas nous alarmer si nous sommes parfois un peu fiévreux pendant ce mois :

Qui a la fièvre au mois de mai,
Le reste de l’an vit sain et gai.

Croyez-vous à l’astrologie ? Elle nous apprend que les femmes nées en mai sont généralement jolies, gracieuses et sensibles, de caractère droit et courageuses dans les épreuves de la vie. Quant aux hommes, ils sont gais, aimables, ingénieux, loyaux. Le destin leur est souvent favorable.

La coutume d’offrir du muguet le 1er mai comme porte-bonheur nous vient du roi Charles IX. En effet, le 1er mai 1560, le chevalier Louis de Girard de Maisonforte, seigneur de Saint-Paul-Trois-Châteaux (Drôme), revenant d’une mission en Italie, avait cueilli un bouquet de muguet dans son jardin et l’offrit, pour lui porter chance, au futur Charles IX — frère du roi François II alors régnant — qui, allant sur ses 10 ans et étant d’une santé faible, visitait alors le Dauphiné avec sa mère Catherine de Médicis.

François II mourant le 5 décembre 1560, Charles devint roi de France, et le 1er mai 1561, quelques jours avant son couronnement qui eut lieu le 5 mai, il décida, sensible qu’il avait été à l’attention du chevalier, d’offrir à son tour du muguet autour de lui : cette année-là, toutes les dames de la cour arborèrent alors leur royal brin de muguet, et c’est ainsi que la tradition naquit.

Elle ne dura cependant guère, et il fallut attendre 1900 pour la voir ressurgir. La scène se passe dans les bois de Chaville, en région parisienne, où les plus grands couturiers organisent une fête. Ils souhaitent célébrer les femmes en invitant aux réjouissances non seulement les clientes mais aussi les petites mains. Personne n’est oublié ni favorisé et chacune reçoit son bouquet de muguet. Cet événement serait à l’origine de la renaissance de la coutume d’offrir un brin de muguet le 1er mai.

Quoi qu’il en soit, Ernest Laut, qui écrit en 1921, nous explique qu’en région parisienne, ce jour est celui de la fête du muguet. Dès les derniers jours d’avril, les bois qui forment à Paris une ceinture de verdure sont envahis par la foule de gagne-petit qui vont à la recherche de la jolie fleur aux clochettes d’argent. On trouve le muguet un peu partout dans la forêt, aux environs de Paris, mais on le trouve d’autant plus abondant qu’on s’éloigne de la capitale.

Dans les bois de l’Isle-Adam, de Chantilly, aux environs d’Ermenonville, particulièrement, les chercheurs de muguet font de bonnes moissons. Mais le pays du muguet, c’est la forêt de Rambouillet, dans toutes ses parties, et plus particulièrement du côté des Yvelines. Quelques années avant la guerre, la ville de Rambouillet n’avait-elle pas institué une fête du muguet qui, chaque 1er mai, était un hommage renouvelé à la fleurette parfumée dont l’éclosion marque le retour des beaux jours ?

Quelle Parisienne oublierait de mettre ce jour-là un brin de muguet à son corsage ? Quel Parisien négligerait de glisser à sa boutonnière un petit bouquet de la fleur aimée ? Paris qui, à en croire une statistique du temps, achète alors pour plus de cinquante millions de fleurs, Paris a une tendresse particulière pour le muguet.

24 avril 2017 1 24 /04 /avril /2017 06:22

La rétro des présidentielles....................

La campagne de 2017 ne cesse d'étonner par ses multiples rebondissements. Mais, depuis le début de la Ve République, le scrutin présidentiel a presque toujours été marqué par l'inattendu. “Troisième homme”, “remontée fulgurante” émaillent cette élection, surprenante par essence.

La campagne présidentielle de 2017 est celle de toutes les surprises. On n'avait jamais vu auparavant le président de la République en exercice et son prédécesseur éliminés avant même le début de la campagne de premier tour. On n'avait jamais vu deux primaires, à droite comme à gauche, remportées haut la main par le « troisième homme », d'un côté François Fillon, de l'autre Benoît Hamon. On n'avait jamais vu la candidate de l'extrême droite en tête des intentions de vote pour le premier tour, talonnée par un homme politique se disant « de droite et de gauche », n'appartenant à aucun parti, n'ayant jamais été élu, à la tête d'un mouvement politique apparu il y a quelques mois. Et que dire du penelopegate, le feuilleton à rebondissements qui a percuté la campagne comme jamais aucune « affaire » ou aucun « scandale » auparavant ? Ou de la poussée spectaculaire à quelques semaines du premier tour du candidat de La France insoumise, cheval de retour du Parti socialiste faisant revivre à mi-chemin de Victor Hugo et de Beppe Grillo les grandes heures de la gauche protestataire des années 70 ? C'est de l'inédit, du spectaculaire, du coup d'éclat permanent, à l'image d'une société du zapping permanent qui se confronte à la faillite d'un système politique moribond. Mais, si l'on considère avec un peu de recul l'histoire de nos élections présidentielles, on s'aperçoit que les surprises n'ont jamais manqué.

Le ballottage du général de Gaulle

Fort de son image de patriarche et de héros national, le général de Gaulle pensait gagner haut la main sa réélection présidentielle en décembre 1965. Mais il se vit poussé au ballottage par le candidat de la gauche, François Mitterrand. La candidature même de ce dernier, qui avait dénoncé un an plus tôt le régime présidentiel dans le Coup d'Etat permanent, et qui représentait les grands partis de la gauche, la SFIO et le Parti communiste, sans en être membre, était inattendue. Pourtant, celui que le Général surnommait avec mépris « le Rastignac de la Nièvre » obtint plus de 31 % des suffrages le 5 décembre 1965, contraignant le Général à un second tour, scénario qu'il n'avait pas imaginé dans ses pires cauchemars. La situation s'avérait d'autant plus délicate que pouvaient s'ajouter aux voix de la gauche celles d'un autre candidat antigaulliste tout aussi surprenant, le jeune sénateur centriste Jean Lecanuet, candidat de La France en marche, et qui avait atteint 15,7 % au premier tour. Le réflexe légitimiste ayant joué à plein entre les deux tours, le général de Gaulle fut facilement réélu le 19 décembre 1965 avec 55,2 % des suffrages. Mais l'énorme surprise de sa mise en ballottage en annonçait deux autres : celle de la révolte de Mai 68, qui marquait la fin symbolique du gaullisme, puis son échec au référendum du 27 avril 1969, qui le poussa vers la sortie.

“Bonnet blanc et blanc bonnet”

On ne peut pas dire que la victoire de Georges Pompidou au second tour du 15 juin 1969 fut une autre surprise. En revanche, on ne s'attendait pas à une telle déroute du candidat socialiste Gaston Defferre, député-maire de Marseille, qui bénéficiait du soutien prestigieux de Pierre Mendès France, icône de la gauche. Mais la SFIO de Guy Mollet avait atteint son point de non-retour, et les maigres 5,07 % glanés par Defferre au premier tour du 1er juin 1969 reflétaient la décomposition d'une famille politique en plein désarroi. Face à lui s'étaient dressés deux candidats inattendus : Michel Rocard, sous les couleurs du PSU, et le trotskiste Alain Krivine, tous deux issus de l'effervescence soixante-huitarde. Mais surtout il s'était heurté à la citadelle communiste encore imprenable, gardée par le vieux résistant Jacques Duclos. Et c'est à ce dernier que revint le privilège d'arbitrer le duel du second tour entre Georges Pompidou et un autre candidat que l'on n'attendait pas en si belle posture, le centriste Alain Poher. Le peu charismatique président du Sénat se qualifia en effet avec 23,42 % des voix, soit beaucoup mieux que le sémillant Lecanuet quatre ans plus tôt. Mais on ne fut pas vraiment étonné d'entendre Jacques Duclos conseiller à ses électeurs de ne pas choisir entre « bonnet blanc et blanc bonnet », ce qui permit à Pompidou de l'emporter haut la main avec 57,58 % des suffrages.

Giscard, l'outsider

Le 4 avril 1974, Jacques Chaban-Delmas se déclara candidat à la succession de celui qui l'avait choisi comme Premier ministre, de 1969 à 1972. Certains gaullistes lui reprochèrent d'avoir déclaré sa candidature le jour même de l'inhumation du président Pompidou. Les mêmes, emmenés par le jeune espoir pompidolien Jacques Chirac, créèrent la première surprise de la campagne électorale, le 13 avril, en lançant un appel, signé par 39 députés et quatre ministres, en faveur de Valéry Giscard d'Estaing, qui se présentait au nom des centristes contre Chaban-Delmas. Cette « trahison » chiraquienne, orchestrée par ses âmes damnées Pierre Juillet et Marie-France Garaud, fut décisive. Et c'est ainsi que Chaban-Delmas, grand favori quelques mois plus tôt, fut écarté du second tour, avec seulement 15,1 % des suffrages, contre 32,6 % à Giscard, tandis que François Mitterrand, candidat de l'Union de la gauche, caracolait en tête avec 43,2 %. Ce dernier fut à son tour victime de l'effet Giscard, qui lui rappela qu'« [il n'avait] pas le monopole du cœur » lors du débat télévisé du 10 mai 1974, ce qui lui permit de l'emporter d'une courte tête au soir du second tour, avec 50,8 % des suffrages.

Mitterrand, la rose au poing

Sept ans plus tard, ce fut au tour de François Mitterrand de créer la surprise de la présidentielle. D'abord, en imposant sa candidature le 8 novembre 1980, alors que son adversaire Michel Rocard, favori des militants socialistes, s'était déclaré trois semaines plus tôt. Puis, en remontant le handicap que les sondages lui attribuaient par rapport à Valéry Giscard d'Estaing. En dépit de son bilan plus que mitigé, le président sortant, arrivé en tête du premier tour avec 22,5 % des voix contre 20,6 % au candidat socialiste, était persuadé d'être réélu. Il est vrai que le comportement de Jacques Chirac, troisième homme de l'élection, appelant du bout des lèvres à voter pour le chef de l'Etat au second tour, détourna de Giscard bon nombre d'électeurs gaullistes. Par ailleurs, la dynamique électorale était du côté de François Mitterrand, vainqueur de la joute télévisée d'entre les deux tours avec sa formule sur « le président du passif ». Mais sa victoire du 10 mai 1981, avec 51,76 %, fut néanmoins une surprise pour nombre d'observateurs qui ne croyaient pas à l'alternance, et un électrochoc pour le monde entier.

Plus tranquille fut la réélection de « Tonton », face à son Premier ministre de cohabitation, Jacques Chirac. Seule l'élimination au premier tour du candidat centriste Raymond Barre, dont la cote de confiance était au zénith, marqua la campagne. A l'instar de Michel Rocard, qui lui aussi caracolait dans les sondages de popularité, l'ancien Premier ministre de Giscard ne sut pas franchir le seuil de la présidentialité pour s'imposer comme un candidat crédible face aux experts de la cuisine électorale. Et c'est ainsi qu'il laissa face à face le chef de l'Etat et le chef du gouvernement dans un duel dont le premier sortit aisément vainqueur, le 8 mai 1988, avec 54 % des suffrages.

Chirac, par choix et par dépit

En 1994, pendant des mois, les deux grands favoris des sondages étaient l'ancien ministre socialiste Jacques Delors et le Premier ministre de cohabitation, Edouard Balladur. Mais contre toute attente, le 11 décembre 1994, le premier renonça, laissant la place à Lionel Jospin. Le second, qui s'était pourtant engagé à laisser la candidature à son « ami de trente ans » Jacques Chirac, décida de se présenter en janvier 1995, fort des sondages qui le donnaient alors largement favori devant son mentor. Mais ce dernier, qui s'était déclaré dès le 4 novembre 1994, entreprit alors une remontée électorale qui força l'admiration de tous, à commencer par le président sortant, François Mitterrand. Et c'est ainsi qu'après deux tentatives infructueuses, et à l'instar de François Mitterrand, celui que l'on donnait pour mort politiquement se retrouva à l'Elysée, au grand bonheur de Bernadette.

AU VU DE CES CINQUANTE ANS D'HISTOIRE POLITIQUE, ON CONSTATE QUE RIEN NE S'EST PASSÉ COMME ON L'AVAIT PRÉVU QUELQUES MOIS À L'AVANCE.

Le 21 avril 1997, Jacques Chirac saborda sa propre majorité parlementaire par une dissolution qui eut pour effet d'amener Lionel Jospin à la tête d'un gouvernement de cohabitation. Dès lors, on pensa que la campagne de 2002 se jouerait comme celle de 1988, entre les deux têtes de l'exécutif. C'était compter sans la dispersion des voix de gauche au premier tour.

Le 21 avril 2002, dans le contexte d'une campagne marquée par les thématiques sécuritaires, se produisit un séisme politique : Lionel Jospin fut écarté du second tour avec seulement 16,18 % des suffrages, derrière Jean-Marie Le Pen, que personne n'attendait, avec 16,86 %. Il y eut certes un réflexe de défense républicain qui permit à Jacques Chirac d'écraser Jean-Marie Le Pen au second tour du 5 mai 2002 avec 82,2 % des voix, mais le choc du 21 avril resta dans toutes les mémoires comme l'événement politique du siècle commençant.

Une rivale pour Sarkozy

La surprise de l'élection suivante ne vint pas de la candidature de Nicolas Sarkozy, investi par 98 % des militants de l'UMP en janvier 2007, mais de la gauche. Ségolène Royal, peu connue un an plus tôt, dama le pion des « éléphants » du Parti socialiste à l'occasion de la primaire interne organisée le 16 novembre 2006, avec 60,6 % des voix contre seulement 20,6 % pour Dominique Strauss-Kahn et 18,6 % pour Laurent Fabius. Mais, passé l'effet de surprise et l'intérêt pour sa « démocratie participative », les saillies de Ségolène sur la « bravitude » et « l 'ordre juste » ne suffirent pas à enrayer son érosion dans les sondages dans les premiers mois de 2007. En revanche, un troisième homme faillit bien créer la sensation de la campagne, en atteignant 23 % d'intentions de vote à quelques semaines du premier tour : François Bayrou, fort d'une stratégie de rassemblement gaullien totalement inédite dans l'histoire du centre, talonnait les candidats des deux grands partis de gouvernement. Il échoua finalement à quelques encablures du port, avec 18,57 % des voix contre 31,18 % à Nicolas Sarkozy et 25,87 % à Ségolène Royal.

En 2012, la campagne fut jalonnée de mauvaises surprises pour le président sortant, à commencer par l'arrestation de DSK le 14 mai 2011, suite à l'affaire du Sofitel de New York. A sa place, François Hollande sortit vainqueur de la primaire de la gauche, la première organisée auprès des sympathisants socialistes, les 9 et 16 octobre 2011. Empêtré dans son bilan et dans son image de président bling-bling, Nicolas Sarkoy faillit néanmoins remonter le lourd handicap que lui donnaient les sondages à la fin de l'année 2011. L'inflexion droitière et identitaire de sa campagne, sous l'influence de Patrick Buisson, lui permit de regagner une partie du terrain perdu, mais il fut cependant battu, comme c'était prévisible, avec 48,3 % des voix, le 6 mai 2012.

Au vu de ces cinquante ans d'histoire politique, on constate que rien ne s'est jamais passé comme on l'avait prévu quelques mois à l'avance. Il serait absurde d'en accuser les sondages, qui se contentent de donner des photographies de l'opinion. D'ailleurs, les dynamiques de campagne, indiquées par l'analyse de ces mêmes sondages, ne se sont jamais trompées. Si l'on excepte le premier tour du 21 avril 2002, qui s'est joué dans un mouchoir de poche, il n'y a jamais eu de surprise majeure dans les dernières semaines d'une élection. En sera-t-il de même dans la campagne actuelle, dont on peut dire qu'elle est celle de toutes les transgressions ? Ici s'arrête le travail de l'historien, et commence celui des astrologues.

 

Publié par Papy-bougnat - dans La "Rétro"
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17 avril 2017 1 17 /04 /avril /2017 06:20
La rétro du lundi.............

Candidats fantaisistes :

" Des vocations jadis suscitées par le suffrage universel"

(D’après « Le Petit Journal illustré », paru en 1924)

« Depuis que le suffrage universel préside aux destinées de la France, il n’est pas d’exemple d’une seule période électorale qui n’ait eu ses candidats fantaisistes », affirme en 1924 Le Petit Journal, sous la plume de Jean Lecoq. Si Alexandre Dumas et Paul de Kock, pour les plus célèbres, se prêtèrent au jeu comme amuseurs, d’autres, véritablement convaincus et farfelus, y allèrent de leur époustouflant programme, sans compter l’énigmatique Captain Cap patronné par Alphonse Allais...

En 1848, écrit-il, lorsque, pour la première fois, chacun fut appelé à exprimer son opinion, on en vit surgir de toutes parts, car l’éligibilité, accessible à tous, avait éveillée les ambitions populaires. La plupart des candidats fantaisistes de cette lointaine époque sont à présent oubliés mais il en est deux, célèbres à d’autres titres, dont les professions de foi nous ont été conservées et resteront comme les modèles du genre. Ce sont Alexandre Dumas et Paul de Kock.

La profession de foi d’Alexandre Dumas n’était qu’une série d’additions adressée « aux travailleurs ». L’auteur des Trois Mousquetaires, convaincu que rien n’est plus éloquent que les chiffres, se contentait de totaliser les services matériels que son œuvre rendait au peuple. « Voici mes titres, disait-il : sans compter six ans d’éducation, quatre ans de notariat, sept années de bureaucratie, j’ai travaillé vingt ans, à dix heures par jour, soit 73 000 heures. Pendant ces vingt ans, j’ai composé quatre cents volumes et trente-cinq drames. Les quatre cents volumes, tirés à quatre mille en moyenne et vendus 5 francs l’un, en tout 11 853 600 francs. Les trente-cinq drames, joués cent fois chacun l’un dans l’autre : 6 millions 360 000 francs. »

Et le candidat détaillait ce que ses volumes avaient produit aux compositeurs, papetiers, brocheuses, libraires, commissionnaires, cabinets littéraires, dessinateurs, etc. ; et ses drames aux directeurs, acteurs, décorateurs, costumiers, comparses, pompiers, afficheurs, balayeurs, contrôleurs, machinistes, coiffeurs, etc.

Cet appel, affiché par milliers d’exemplaires sur les murailles de Paris, eut pour résultat de stimuler la verve de Paul de Kock, et de susciter, en opposition à la candidature de Dumas, celle de l’auteur de la Pucelle de Belleville. Voici dans quels termes Paul de Kock s’adressait « aux Parisiens » : « J’ai infiniment plus de droits à être membre de l’Assemblée Constituante que le citoyen Alexandre Dumas. Il se vante d’avoir fait gagner douze millions à ses éditeurs, ses marchands de papier, à ses claqueurs... Bagatelle !... Ma plume a rapporté, dans l’espace de vingt ans, soixante-trois romans. Ce n’est pas trop de calculer chaque roman à un million. Total : 63 millions. Je défie qui que ce soit de me prouver qu’un million multiplié par soixante-trois ne donne pas soixante-trois millions. Ceci étant admis et à l’abri de toute discussion, je me suis livré à autre calcul ; je vous le soumets en toute confiance :

 

« Je demeure au boulevard Saint-Martin, à l’entresol, et je me mets à ma fenêtre de quatre à cinq hernies de l’après-midi pour regarder les marchands de coco. Toute la France sait cela. Or, pas un voyageur ne vient à Paris sans inscrire sur ses tablettes qu’il ne doit pas manquer d’aller contempler Paul de Kock à sa fenêtre, au moment où il regarde les marchands de coco. Chacun de ces voyageurs prend naturellement l’omnibus pour se rendre au boulevard Saint-Martin. Six sous ! Quand il m’a contemplé, il reprend l’omnibus. Re six sous ! Vingt mille voyageurs se livrent chaque année à cette dépense. Ce manège dure depuis vingt ans, et a, par conséquent, rapporté aux omnibus 4 millions 800 000 sous ! Je passe sous silence les princesses russes qui, pour me voir, n’ont pas reculé devant la dépense d’une citadine.

« Ce n’est pas tout : Une foule de femmes m’ont demandé mon portrait... J’en ai fait faire 3000 au daguerréotype. D’autres femmes, encore plus folles de mes œuvres, m’ont supplié de leur donner un autographe ou une mèche de mes cheveux. Ces autographes se vendent journellement cinquante écus à l’hôtel Bullion, et j’en ai donné au moins six mille... Quant à mes mèches de cheveux, je les passe sous silence, attendu que je les rachète moi-même en ce moment partout où je peux les retrouver. Je regrette aujourd’hui de les avoir gaspillées.

« Enfin, dernière considération bien puissante : non seulement j’ai nourri physiquement une foule d’imprimeurs et de cochers d’omnibus, mais de plus j’ai nourri l’esprit et le cœur de trois ou quatre millions de Français, qui ont puisé dans mes ouvrages les plus saines doctrines philosophiques et littéraires.

« Je compte donc, chers concitoyens, que vous m’enverrez occuper, sur les bancs de l’Assemblée nationale, la place qu’ose me disputer un romancier qui n’a produit encore de la marchandise que pour onze misérables petits millions. »

Ces deux professions de foi mirent tout Paris en joie ; mais les candidats ne furent pas pris au sérieux ; et, malgré tant de bonnes raisons exprimées de façon si éloquente et si spirituelle à la fois, Alexandre Dumas et Paul de Kock restèrent sur le carreau. Le second s’en consola aisément, n’ayant voulu que se divertir un peu aux dépens d’un confrère qui poussait le contentement de soi-même hors des limites permises ; mais il n’en fut pas de même de Dumas.

Depuis 1830, ce grand amuseur était atteint de prurit politique à l’état suraigu. Il figurait à toutes les agapes révolutionnaires et ne ratait pas une occasion de conspuer Louis-Philippe. Il lui semblait qu’une assemblée républicaine ne pouvait se passer de lui. Cet insuccès le stupéfia sans le décourager, car deux ans plus tard, en 1850, il brigua de nouveau les suffrages des électeurs ; et comme il gardait rancune aux Parisiens de l’avoir blackboulé, il se présenta... à la Guadeloupe. Mais il ne fut pas plus heureux aux colonies que dans la métropole ; et recueillit à peine 3 000 voix, tandis que son concurrent, Victor Schœlcher, le bienfaiteur de la race noire, fut élu avec plus de 15 000. Cette fois, Dumas n’insista plus. Il retourna à ses livres et à ses pièces, et sa gloire n’y perdit rien.

Les candidats fantaisistes sont de deux sortes : les farceurs et les convaincus ; ceux-ci infiniment plus nombreux que ceux-là, mais non moins réjouissants. Parmi ces toqués, il en est qui firent preuve d’une constance et d’un entêtement singuliers. Tel un certain Pradier-Bayard qui, naguère, à Brive-la-Gaillarde, en Corrèze, se présenta pendant vingt ans, sans peur et sans reproche, à foules les élections.

Tel aussi le père Gagne, Pauli Gagne, qui s’intitulait « avocat des fous », « candidat universel, surnaturel et perpétuel, créateur de la monopanglotte, langue universelle, auteur de l’Unitéide, ou la Femme-Messie, poème en douze chants et soixante actes » ; il était, en outre, l’inventeur de « la philanthropophagie, à l’usage des villes assiégées ». Son rêve était d’établir la République-Empire-Royauté. Ce toqué voulait mettre tout le monde d’accord... Que d’hommes politiques, pour être moins fous, sont moins conciliants.

Mais comment énumérer tous les aliénés dont la politique suscita les divagations ? Faut-il citer Bustarret-Graullot, « candidat amorphe, avocat de l’équilibre » ; Baboulin Eugène, « candidat des Tricolores de la Nature » ; Alexandre Viguier, « cultivateur philanthrope, ambassadeur extraordinaire du créateur suprême » ; Pierre Mancel, qui voulait assurer la paix universelle par « l’application de la thèse, de la synthèse et de l’antithèse » ?... Tous ceux-ci étaient fous à lier.

L’année où Augustin Colsen se présenta dans la Meuse, la maladie était sur les pommes de terre. Le candidat s’engageait, s’il était élu, à dévoiler les causes de l’épidémie ; mais Colsen ne fut pas élu, et personne n’a jamais su pourquoi les pommes de terre avaient été malades cette année-là.

Le candidat fantaisiste n’a généralement qu’une idée fixe qui contient tout son programme. L’idée d’Isidore Cochon, dit Chambertin, c’était la construction du « tube viticole sous-marin d’Alger à Marseille ». L’idée du citoyen Pacault, c’était la défense des journalistes. Brave Pacault !... Il déclarait qu’aussitôt élu il exigerait que les journalistes fussent invités à tour de rôle à la table du Président de la République. On établirait un roulement pour cette faveur insigne.

Au contraire, le citoyen Fénelon Hégo, candidat dans le quartier de la Goutte-d’Or, avait des idées à ne savoir qu’en faire. « Ouvrier tapissier, matelassier, orateur, inventeur, déclamateur, décorateur, masseur, guérisseur, rebouteur, candidat socialiste, patriote, républicain impartial impérialiste, très résolument indépendant », il se présentait avec un programme qui ne comportait pas moins de 363 projets... Le premier ? « Suppression de la présidence de la République, a moins qu’Hégo lui-même y soit élu ». Celui-ci me dispense d’énumérer les autres... raille le chroniqueur du Petit Journal.

Mais notons au moins pour mémoire la seconde catégorie des candidats fantaisistes : les loustics de la période électorale, candidats facétieux, burlesques ou goguenards, qui s’amusent eux-mêmes en divertissant la galerie. Nous eûmes, dans ce genre, Rodolphe Salis, « seigneur de Chatnoirville-en-Vexin », dont la proclamation, qui figura longtemps sur les murs du fameux cabaret de la rue Victor-Massé, réclamait avant tout « la séparation de Montmartre et de l’Etat ».

C’est encore Montmartre qui vit éclore les candidatures de l’anarchiste Marius Tournadre, « candidat académicide », et du Captain Cap, « candidat antibureaucratique et antieuropéen », patronné par Alphonse Allais. L’affiche de ce candidat extraordinaire était pleine de métaphores audacieuses. Le Captain Cap y déclarait qu’il voulait être « le Saint Georges du dragon de la bureaucratie » et « qu’il saisirait la barre du paquebot de nos revendications pour renverser la Bastille des cartons vers... » C’était lui encore qui proposait « la création d’un Conseil des Disques, pour punir les accidents de chemins de fer »... On avait beaucoup d’esprit à Montmartre en ce temps-là.

Les candidats fantaisistes pullulaient... Nous en connûmes bien d’autres que ceux dont nous venons d’évoquer le souvenir. Et, sans doute, conclut Jean Lecoq, les élections prochaines vont-elles encore en allonger la liste. Car la race joyeuse des candidats naïfs ou facétieux n’est point abolie. Elle se perpétue et demeure, aux jours de bataille électorale, la fidèle gardienne de nos traditions de belle humeur.

 

 

 

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10 avril 2017 1 10 /04 /avril /2017 06:25
La rétro du lundi.............

Dans la catégorie Expressions d'autrefois:

Voyons que veut dire................

" Raisonner comme une huître "

Raisonner fort mal, en dépit du bon sens............

On a regardé l’huître comme étant placée au dernier degré de l’animalité, quoi qu’il -y- ait au-dessous d’elle un assez grand nombre d’animaux qui lui sont inférieurs sous le rapport de l’organisation, ainsi que des résultats de l’organisation, et l’on a cru que ce bivalve, jugé incapable de se mouvoir, était à peine doué de sensibilité, et totalement dépourvu des facultés de l’instinct.

L’expression qui nous occupe peut-être dérivée de cette croyance ; cependant on pense qu’elle est provenue d’une allusion aux discours tenus par une huître dans la Circé de Giovanne Baptista Gelli, poète et philosophe florentin. Cet ouvrage, qui fut très répandu et très goûté en France au XVIe siècle, représente Ulysse dialoguant avec ses compagnons changés en bêtes, et cherchant à leur persuader de reprendre la forme humaine, que la magicienne Circé doit leur rendre, pourvu qu’ils en témoignent le désir.

Le premier auquel il s’adresse est une huître, qui se montre fort contente de l’être, et qui veut prouver par une foule de raisons qu’une huître vaut mieux qu’un homme. Il s’adresse ensuite tour à tour aux autres ; mais tous, à l’exception du dernier, qui est l’éléphant, lui répondent par de semblables arguments ; ils raisonnent comme l’huître.

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3 avril 2017 1 03 /04 /avril /2017 06:20
La rétro du lundi...........

Dans la catégorie; " Expressions d'autrefois " que veut dire.............Servir de Triboulet

Servir de bouffon, faire rire la compagnie

 

Triboulet, fou de Louis XII et de François Ier, acquit beaucoup de célébrité sous le règne du dernier de ces deux princes.

Ce fut lui qui dit que si Charles-Quint était assez fou pour venir en France, et se fier à un ennemi qu’il avait si mal traité, il lui donnerait son bonnet. Et si je lui livre passage, dit François Ier, comme s’il traversait ses propres états ? Sire, répliqua Triboulet, en ce cas-là je reprends mon bonnet, et vous en fais présent.

On dit que ce même Triboulet ayant été menacé par un grand seigneur de périr sous le bâton, pour avoir parlé de lui avec trop de hardiesse, alla s’en plaindre à François Ier, qui lui dit de ne rien craindre ; que si quelqu’un était assez hardi pour le tuer, il le ferait pendre un quart d’heure après. Ah ! sire, dit Triboulet, s’il plaisait à votre majesté de le faire pendre un quart d’heure auparavant !

Il passait avec un seigneur sur un pont où il n’y avait point de parapet ; le seigneur en colère demanda pourquoi on avait construit ce pont sans y mettre des garde-fous. C’est, lui répondit Triboulet, qu’on ne savait pas que nous y passerions.

Rabelais a mis Triboulet fort agréablement en jeu, quand il l’a fait consulter par Panurge sur son mariage. Cinquante-cinq pages des Récréations historiques, par Dreux du Radier (1767), sont consacrées à l’Histoire des fous, en titre d’office, de nos rois. Après la première expédition des croisades, la mode des fous s’introduisit dans toutes les cours de l’Europe. Quand on disait à Henri IV quelque chose qui ne lui paraissait pas raisonnable, il renvoyait celui qui lui parlait à maître Guillaume.

Le dernier fou en titre d’office fut Langely, à propos duquel Boileau a écrit :

Et l’esprit le plus beau, l’auteur le plus hardi
N’y (à la cour) parviendra jamais au sort de Langely.

Il touchait par an vingt-cinq mille écus. Ses railleries le firent expulser de la cour ; et Louis XIV ne lui donna pas de successeur.

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