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Le Blog De Papy-Bougnat

  • Papy-bougnat
  • De moi. retraité, passionné, curieux, gourmet, vivant au vert en Aquitaine
Signe particulier : « Ayant attrapé tout jeune la maladie bleue et pas guéri à ce jour !
Dans ce blog vous trouverez un peu de vérité, beaucoup de passion, et quelques coups de gueule 
Bonne route & merci pour votre visite
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Il est très ... Exactement

 

 

 

             

Le petit dernier

 

A L'affiche..

La culture Ne s'hérite pas, Elle se conquiert. 

[André Malraux]

********** 

 

Actu du jour...

 

 Passion Palombe

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A chacun sa toile

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Urgent!

 Cherche Bénévoles

Pour

  Restaurer Cabane ..

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Attention ! Passion Palombe...

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C'est ici que ça se passe ............

Au mois d'octobre de chaque Année

 

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Tient ! 

IL y a une Palombière par ici .........?

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privilège

 

 

 
 

 .         

17 novembre 2020 2 17 /11 /novembre /2020 08:51

Au goût du jour…..( clin d'œil)

La vie sous l’Ancien Régime

La représentation pessimiste de cette période de l’Histoire de France relève d’une position héritée des Lumières et de l’idée de progrès, et rejette pêle-mêle la religion, la philosophie, les valeurs et les efforts déployés par nos ancêtres pour faire face à l’adversité et à la précarité de leurs conditions d’existence. Leurs descendants ont souvent trouvé que l’industrialisation et l’exode rural du XIXe siècle avaient rendu les conditions de vie bien plus pénibles, accréditant ainsi le souvenir d’un temps sinon béni, du moins agréable.

 

Sous le règne des Bourbons, l’existence était rude : climat éprouvant, alimentation déficiente, spectacle permanent de la mort et des maladies incurables. À ces conditions s’ajoutait le cadre rigide d’une société figée dans des hiérarchies immuables, révérant un souverain lointain et courbant sous le poids d’une religion traditionnelle.

Pourtant, les hommes étaient heureux. Ils le disent, l’écrivent, le chantent. Leurs témoignages, mémoires, journaux intimes, récits, louent un art de vivre à la française, le goût d’une culture singulière, d’un patrimoine, d’une gastronomie enviée, de codes comportementaux élégants. Dès lors, comment expliquer que la Révolution française ait pu s’élever contre une telle conception de la société et des rapports humains ?

L’historienne Agnès Walch répond à cette question en explorant la vie quotidienne des Français sous l’Ancien Régime. Dans un grand récit nourri aux meilleures sources et écrit d’une plume enlevée, elle donne à voir et à entendre les voix d’un passé oublié qui sut conjuguer la rudesse et la « douceur de vivre », selon la formule de Talleyrand. Professeur des universités, elle est spécialiste de l’Ancien Régime ainsi que de l’histoire du mariage et du couple. Elle a notamment publié Histoire du couple en France et Histoire de l’adultère.

 

Référence pratique :
La vie sous l’Ancien Régime, par Agnès Walch. Éditions Perrin
368 pages. Format : 14,2 x 21,2 cm. 24 euros
ISBN : 978-2-262074340. Paru en février 2020

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11 novembre 2020 3 11 /11 /novembre /2020 09:59

L’armistice de 1918, signé le 11 novembre 1918 à 5 h 15, met provisoirement fin aux combats de la Première Guerre mondiale (1914-1918) (de arma, arme et statio, état d’immobilité), reconnaissant de facto la victoire des Alliés et la défaite de l'Allemagne, mais il ne s'agit pas d'une capitulation au sens propre, cet armistice étant prévu pour durer 33 jours, puis il a ensuite été renouvelé.
Le cessez-le-feu est effectif à 11 heures, entraînant dans l'ensemble de la France des volées de cloches et des sonneries de clairons, et annonçant la fin d'une guerre qui a fait pour l'ensemble des belligérants plus de 18,6 millions de morts, d'invalides et de mutilés, dont 8 millions de civils.

(suite) Les représentants allemands et alliés se réunissent dans un wagon-restaurant aménagé provenant du train d'état-major du maréchal Foch, dans la clairière de Rethondes, en forêt de Compiègne.
La guerre est terminée officiellement le 28 juin 1919 avec le traité de Versailles.

Merci..& respect............

LA LETTRE D’UN POILU À SA FEMME, QUI VA ÊTRE FUSILLÉ LE 30 MAI 1917

" LA SENTENCE EST TOMBÉE : JE VAIS ÊTRE FUSILLÉ POUR L'EXEMPLE, DEMAIN, AVEC SIX DE MES CAMARADES, POUR REFUS D'OBTEMPÉRER. "

 

Le 30 mai 1917

Léonie chérie,

J'ai confié cette dernière lettre à des mains amies en espérant qu'elle t'arrive un jour afin que tu saches la vérité et parce que je veux aujourd'hui témoigner de l'horreur de cette guerre.

Quand nous sommes arrivés ici, la plaine était magnifique. Aujourd'hui, les rives de l'Aisne ressemblent au pays de la mort. La terre est bouleversée, brûlée. Le paysage n'est plus que champ de ruines. Nous sommes dans les tranchées de première ligne. En plus des balles, des bombes, des barbelés, c'est la guerre des mines avec la perspective de sauter à tout moment. Nous sommes sales, nos frusques sont en lambeaux. Nous pataugeons dans la boue, une boue de glaise, épaisse, collante dont il est impossible de se débarrasser. Les tranchées s'écroulent sous les obus et mettent à jour des corps, des ossements et des crânes, l'odeur est pestilentielle.

Tout manque : l'eau, les latrines, la soupe. Nous sommes mal ravitaillés, la galetouse est bien vide ! Un seul repas de nuit et qui arrive froid à cause de la longueur des boyaux à parcourir. Nous n'avons même plus de sèches pour nous réconforter parfois encore un peu de jus et une rasade de casse-pattes pour nous réchauffer.

Nous partons au combat l'épingle à chapeau au fusil. Il est difficile de se mouvoir, coiffés d'un casque en tôle d'acier lourd et incommode mais qui protège des ricochets et encombrés de tout l'attirail contre les gaz asphyxiants. Nous avons participé à des offensives à outrance qui ont toutes échoué sur des montagnes de cadavres. Ces incessants combats nous ont laissé exténués et désespérés. Les malheureux estropiés que le monde va regarder d'un air dédaigneux à leur retour, auront-ils seulement droit à la petite croix de guerre pour les dédommager d'un bras, d'une jambe en moins ? Cette guerre nous apparaît à tous comme une infâme et inutile boucherie.

Le 16 avril, le général Nivelle a lancé une nouvelle attaque au Chemin des Dames. Ce fut un échec, un désastre ! Partout des morts ! Lorsque j'avançais les sentiments n'existaient plus, la peur, l'amour, plus rien n'avait de sens. Il importait juste d'aller de l'avant, de courir, de tirer et partout les soldats tombaient en hurlant de douleur. Les pentes d'accès boisées, étaient rudes .Perdu dans le brouillard, le fusil à l'épaule j'errais, la sueur dégoulinant dans mon dos. Le champ de bataille me donnait la nausée. Un vrai charnier s'étendait à mes pieds. J'ai descendu la butte en enjambant les corps désarticulés, une haine terrible s'emparant de moi.

Cet assaut a semé le trouble chez tous les poilus et forcé notre désillusion. Depuis, on ne supporte plus les sacrifices inutiles, les mensonges de l'état major. Tous les combattants désespèrent de l'existence, beaucoup ont déserté et personne ne veut plus marcher. Des tracts circulent pour nous inciter à déposer les armes. La semaine dernière, le régiment entier n'a pas voulu sortir une nouvelle fois de la tranchée, nous avons refusé de continuer à attaquer mais pas de défendre.

Alors, nos officiers ont été chargés de nous juger. J'ai été condamné à passer en conseil de guerre exceptionnel, sans aucun recours possible. La sentence est tombée : je vais être fusillé pour l'exemple, demain, avec six de mes camarades, pour refus d'obtempérer. En nous exécutant, nos supérieurs ont pour objectif d'aider les combattants à retrouver le goût de l'obéissance, je ne crois pas qu'ils y parviendront.

Comprendras-tu Léonie chérie que je ne suis pas coupable mais victime d'une justice expéditive ? Je vais finir dans la fosse commune des morts honteux, oubliés de l'histoire. Je ne mourrai pas au front mais les yeux bandés, à l'aube, agenouillé devant le peloton d'exécution. Je regrette tant ma Léonie la douleur et la honte que ma triste fin va t'infliger.

C'est si difficile de savoir que je ne te reverrai plus et que ma fille grandira sans moi. Concevoir cette enfant avant mon départ au combat était une si douce et si jolie folie mais aujourd'hui, vous laisser seules toutes les deux me brise le cœur. Je vous demande pardon mes anges de vous abandonner.

Promets-moi mon amour de taire à ma petite Jeanne les circonstances exactes de ma disparition. Dis-lui que son père est tombé en héros sur le champ de bataille, parle-lui de la bravoure et la vaillance des soldats et si un jour, la mémoire des poilus fusillés pour l'exemple est réhabilitée, mais je n'y crois guère, alors seulement, et si tu le juges nécessaire, montre-lui cette lettre.

Ne doutez jamais toutes les deux de mon honneur et de mon courage car la France nous a trahi et la France va nous sacrifier.

Promets-moi aussi ma douce Léonie, lorsque le temps aura lissé ta douleur, de ne pas renoncer à être heureuse, de continuer à sourire à la vie, ma mort sera ainsi moins cruelle. Je vous souhaite à toutes les deux, mes petites femmes, tout le bonheur que vous méritez et que je ne pourrai pas vous donner. Je vous embrasse, le cœur au bord des larmes. Vos merveilleux visages, gravés dans ma mémoire, seront mon dernier réconfort avant la fin.

Eugène, ton mari qui t'aime tant.

 

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9 novembre 2020 1 09 /11 /novembre /2020 09:52

 

Il y a 50 ans

 

Ce lundi 9 novembre 1970 est une journée ordinaire à La Boisserie, la propriété que le couple de Gaulle a achetée en 1934 à Colombey-les-Deux-Eglises (Haute-Marne). 

Il pleut, c’est l’automne. Charles de Gaulle travaille à ses « Mémoires d’espoir », déjeune avec sa femme Yvonne, se promène, entre deux averses, dans le jardin, écrit à quelques « Compagnons » et à son fils Philippe.

Une journée ordinaire comme le premier président de la Ve République, bientôt 80 ans, en connaît depuis qu’il a démissionné, dix-huit mois plus tôt, au lendemain de l’échec du référendum sur la régionalisation et la réforme du Sénat, après onze années passées à l’Élysée.

Le récit de ces derniers instants

 

18 h 5O. Le général sort de son bureau et pénètre dans la bibliothèque. A cemoment-là, Francis Maroux, le chauffeur, rentre dans les communs, dans la salle à manger du personnel. Petite pièce qui s'adosse aux cuisines. Il pend sa gabardine bleue au portemanteau de bois. Il attend les ordres.
18 h 55. Le général, assis, aligne les cartes retournées sur la feutrine verte qui recouvre la table de jeu. En face de lui, assez loin, de l'autre côté de la pièce, le poste TV est allumé, le son coupé, muet. A sa gauche, Mme de Gaulle tricote. Des petits carrés de laine multicolore qu'ensuite elle assemblera pour confectionner un petit dessus de lit : un patchwork. Le silence pèse. Seule la pendulette Directoire qui se trouve derrière le général égrène faiblement ses sept coups.
19 h 2. Le général se dresse de son fauteuil. Sa bouche s'ouvre comme s'il avait des difficultés pour respirer :
— J'ai mal... J'ai mal... J'ai terriblement mal.
Mme de Gaulle laisse son ouvrage et se précipite vers son époux. Elle n'aura pas le temps d'arriver jusqu'à lui. Le général s'affaisse sur le fauteuil, un genou à terre, le bras gauche étendu sur l'accoudoir. Ses lunettes gisent sur le tapis.
Mme de Gaulle appelle à l'aide. Francis Maroux, Honorine et Charlotte arrivent en courant. Le chauffeur prend son maître dans ses bras et l'allonge. Charlotte repousse la table de jeu ; quelques cartes tombent.
19 h 5. « Appelez vite un médecin », dit Mme de Gaulle dans un souffle. Charlotte se précipite et demande le 323 à Bar-sur-Aube, le docteur Lacheny.
- Venez vite, c'est grave, c'est pour le général.
19 h 8.Il faut le mettre sur un matelas. dit Mme de Gaulle.
Charlotte va en prendre un au premier étage. Un petit matelas d'une personne prélevé sur le lit d'un petit-fils. Pendant ce temps-là, Maroux dégrafe le col, la cravate du général. Difficilement on installe le général sur le matelas.

 

A Bar-sur-Aube, le médecin prend à peine le temps de s'excuser auprès des trois clientes qui restent plantées dans la salle d'attente de son cabinet. Il bondit dans sa 304, sa serviette de secours d'urgence auprès de lui. Il a dix-huit kilomètres à parcourir avant d'arriver à La Boisserie. La route est mauvaise et, ce soir, il pleuvotte.
19 h 15. Mme de Gaulle réclame le curé. Maroux saute dans sa voiture et va chez le curé. Il fait déjà très nuit. Il sonne deux coups à la porte de la cure. Dix secondes après une maigre ampoule électrique s'éclaire dans la cuisine. Traversant son jardinet, un petit curé frileux, l'abbé Claude Jaugey, cinquante ans, découvre dans le noir le chauffeur essoufflé.
Le général de Gaulle a un malaise ; on vous appelle à La Boisserie.
Le prêtre sent que c'est grave. Muni de sa trousse, il file, à côté du chauffeur, vers La Boisserie.
19 h 23. A trois minutes près, le médecin et le prêtre, convergeant de directions différentes, arrivent à La Boisserie.
Le médecin pénètre dans la bibliothèque. Le général ne râle plus, déjà il est mort. Le curé, qui saisit toute l'importance historique des minutes qu'il s'apprête à vivre, est resté près de la porte de communication dans le premier salon. Déjà il a enfilé son étole violette. Il prie.
Charlotte ouvre la porte de la bibliothèque. Le curé entre.
A genoux près du général, le médecin, son stéthoscope qui pend de son cou, palpe le ventre du corps. Un ventre dur. Gestes, actes désespérés et dérisoires. De l'autre côté du matelas le prêtre s'agenouille lentement. De sa trousse à tirette Eclair, il sort son manuel de Rituel et débouche son petit flacon d'huile.
Il y a urgence. Le curé utilise la formule courte des derniers sacrements.
Mon fils Charles, par cette onction sainte, que le Seigneur vous pardonne tous les péchés que vous avez commis. Amen.
Il appuie son pouce droit sur le front du mort.

 

Face à lui, le docteur, impuissant, relève la tête. Son regard croise celui de Mme de Gaulle qui s'est adossée au montant de la grande cheminée. La femme est digne. Charlotte ramasse les lunettes et les pose directement sur le petit meuble à cigares. Honorine serre son mouchoir contre sa poitrine. Elle écrase de courts et silencieux sanglots.
Le jeune médecin s'approchera de l'épouse du général de Gaulle. Sa voix couvre celle du prêtre qui psalmodie à genoux.
Madame, tout est fini...
Le regard de Mme de Gaulle est ailleurs, ses lèvres murmurent une prière.
Elle sait depuis quelques instants que l'irrémédiable est arrivé. Maroux pousse vers elle un siège. Elle le refuse, elle veut rester droite.

 

Toute la famille se regroupe auprès du corps du patriarche. Dans l'échoppe du menuisier Merger, deux cercueils se confectionnent dans la journée : celui de Plique et celui du général. Tous les deux identiques et aussi simples. Le montant de la facture s'élèvera à 445 F.
20 h. La bière est finie. Du chêne, quatre poignées simples et, sur le cou­vercle, un crucifix en aluminium poli... C'est tout.
20 h 30. Le fils Merger se rend à La Boisserie. Le cercueil est placé dans leur vieille camionnette. La mise en bière durera une demi-heure.
Dans le salon, autour de la famille réunie, le cercueil sera mis par terre. Un à un, défileront devant le corps, le général de Boissieu, les deux plus grands petits-enfants, Elisabeth de Boissieu, Philippe de Gaulle, sa femme et Mme de Gaulle. Chacun, l'un après l'autre, dans cet ordre, baisera le front froid de l'homme allongé. Sur ce front luit encore la trace de l'huile sainte.
La famille ensuite se replace à la tête du corps. Les deux ouvriers, aidés des deux chauffeurs (Paul Fontenil est rentré dans la journée de Paris) placeront le corps dans la bière. Mme de Gaulle refuse le capitonnage que Merger se propose de mettre. C'est à peine si l'on accepte d'étendre un papier blanc sur le fond de la caisse pour masquer les copeaux de bois. Un petit oreiller blanc est posé sous la tête du général.

 

« Ni président ni ministres, aucun discours »
Mais les dernières volontés du général de Gaulle, rédigées dès janvier 1952, sont très claires : ses funérailles auront lieu à Colombey, au cours d’une cérémonie « extrêmement simple ». Et surtout, « je ne veux pas d’obsèques nationales… Ni président ni ministres. Aucun discours », a-t-il exigé.
Contraste entre Paris et Colombey. Le jeudi 12, le monde entier est réuni sous les voûtes de Notre-Dame en l’absence – fait unique de l’histoire – de la dépouille du défunt : quatre-vingt-six nations représentées, trente-trois souverains et chefs d’État, dont le président américain Richard Nixon, et 6 000 fidèles.
À 250 km de là, à Colombey, il y a aussi la foule mais c’est la sobriété qui domine. La seule participation officielle est celle de l’armée.

Le cercueil en chêne recouvert d’un simple drap tricolore frangé d’or rejoint le cimetière sur un engin blindé de reconnaissance.

Merci Mon Général 

La rétro du lundi.
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26 octobre 2020 1 26 /10 /octobre /2020 07:57
La rétro du lundi….

A propos du Changement d’heure
(heure d’été / heure d’hiver) :
une idée de Benjamin Franklin en 1784

(Lettre de Franklin parue dans le « Journal de Paris » du 26 avril 1784)

 

Institué en 1975 en France et appliqué un an plus tard, le changement d’heure, qui avait déjà été adopté en 1916 puis abandonné en 1946, est une idée suggérée par Benjamin Franklin en 1784, dans une lettre qu’il envoie alors au Journal de Paris, lequel en fournit une traduction à ses lecteurs : quantifiant son projet, le diplomate et savant y voit une façon efficace de réaliser de substantielles économies de bougies et chandelles

Ecrivant au Journal de Paris, Benjamin Franklin s’exprimait ainsi : « Messieurs vous nous faites souvent part des découvertes nouvelles ; permettez-moi de vous en communiquer une dont je suis moi-même l’auteur, et que je crois pouvoir être d’une grande utilité.

« Je passais, il y a quelques jours, la soirée en grande compagnie, dans une maison où l’on essayait les nouvelles lampes de MM. Quinquet et Lange ; on y admirait la vivacité de la lumière qu’elles répandent mais on s’occupait beaucoup de savoir si elles ne consumaient pas encore plus d’huile que les lampes communes, en proportion de l’éclat de leur lumière, auquel cas on craignait qu’il n’y eût aucune épargne à s’en servir : personne de la compagnie ne fut en état de nous tranquilliser sur ce point, qui paraissait à tout le monde très important à éclaircir, pour diminuer, disait-on, s’il était possible, les frais des lumières dans les appartements, dans un temps où tous les autres articles de la dépense des maisons augmentent si considérablement tous les jours.

Lettre de Franklin dans le
Journal de Paris du 26 avril 1784

« Je remarquai, avec beaucoup de satisfaction, ce goût général pour l’économie, car j’aime infiniment l’économie. Je rentrai chez moi et me couchai vers les trois heures après minuit, l’esprit plein du sujet qu’on avait traité. Vers les six heures du matin je fus réveillé par un bruit au-dessus de ma tête, et je fus fort étonné de voir ma chambre très éclairée : endormi, j’imaginai d’abord qu’on y avait allumé une douzaine de lampes de M. Quinquet ; mais en me frottant les yeux, je reconnus distinctement que la lumière entrait par mes fenêtres ; je me levai pour savoir d’où elle venait, et je vis que le soleil s’élevait à ce moment même des bords de l’horizon, d’où il versait abondamment ses rayons dans ma chambre, mon domestique ayant oublié de fermer mes volets : je regardai mes montres, qui sont fort bonnes, et je vis qu’il n’était que six heures, mais trouvant extraordinaire que le soleil fût levé de si bon matin, j’allai consulter l’almanach où l’heure du lever du soleil était, en effet, fixée à six heures précises pour ce jour-là ; je poussai un peu plus loin ma recherche, et je lus que cet astre continuerait de se lever tous les jours plus matin jusqu’à la fin du mois de juin, mais qu’en aucun temps de l’année il ne retardait son lever jusqu’à huit heures.

« Vous avez sûrement, messieurs, beaucoup de lecteurs des deux sexes, qui, comme moi, n’ont jamais vu le soleil avant onze heures ou midi, et qui lisent bien rarement la partie astronomique du calendrier de la cour ; je ne doute pas que ces personnes ne soient aussi étonnées, d’entendre dire que le soleil se lève de si bonne heure, que je l’ai été moi-même de le voir : elles ne le seront pas moins de m’entendre assurer qu’il donne sa lumière au même moment où il se lève ; mais j’ai la preuve de ce fait, il ne m’est pas possible d’en douter, je suis témoin oculaire de ce que j’avance ; et en répétant l’observation les trois jours suivants, j’ai obtenu constamment le même résultat. Je dois cependant vous dire que lorsque j’ai fait part de ma découverte dans la société, j’ai bien démêlé, dans la contenance et l’air de beaucoup de personnes, un peu d’incrédulité, quoiqu’elles aient eu assez de politesse pour ne pas me le témoigner en termes exprès. J’ai trouvé aussi sur mon chemin un philosophe qui m’a assuré que j’étais dans l’erreur sur l’article de ma relation où je disais que la lumière entrait dans ma chambre ; que je concluais mal à propos ce prétendu fait, de ce que mes volets étaient demeurés ouverts, et que cet événement accidentel n’avait pas servi à introduire la lumière, mais seulement à faire sortir l’obscurité ; distinction qu’il appuyait de plusieurs arguments ingénieux, en m’expliquant comment j’avais pu me laisser tromper par l’apparence : j’avoue qu’il m’embarrassa, mais sans me convaincre ; et mes observations postérieures, dont j’ai fait mention ci-dessus, m’ont confirmé dans ma première opinion.

« Quoiqu’il en soit, cet événement m’a suggéré plusieurs réflexions sérieuses, et que je crois importantes : j’ai considéré que sans l’accident qui m’a éveillé ce jour-là si matin, j’aurais dormi environ six heures de plus, à la lueur des bougies. Cette dernière manière de s’éclairer, étant beaucoup plus coûteuse que la première, mon goût pour l’économie m’a conduit à me servir du peu d’arithmétique que je sais, pour faire quelques calculs sur cette matière, et je vous les envoie, messieurs, en vous faisant observer que le grand mérite d’une invention est son utilité, et qu’une découverte, dont on ne peut faire aucun usage, n’est bonne à rien. Je prends, pour base de mon calcul, la supposition qu’il y a 100 mille familles à Paris qui consomment chacune, pendant la durée de la nuit, et les unes dans les autres, une demi-livre de bougie ou de chandelle par heure : je crois cette estimation modérée, car quoique quelques-unes consomment moins, il y en a un grand nombre qui consomment beaucoup davantage. Maintenant je compte environ sept heures par jour, pendant lesquelles nous sommes encore couchés, le soleil étant sur l’horizon, car il se lève, pendant six mois, entre six et huit heures avant midi, et nous nous éclairons environ sept heures dans les vingt-quatre avec des bougies et des chandelles : ces deux faits me fournissent les calculs suivants.

 

« Les six mois du 20 mars au 20 septembre me donnent 183 nuits ; je multiplie ce nombre par sept, pour avoir le nombre des heures pendant lesquelles nous brûlons de la bougie ou de la chandelle, et j’ai 1281 : ce nombre multiplié par 100 mille qui est celui des familles, donne 128 100 000 heures de consommation. À supposer, comme je l’ai dit, une demi-livre de bougie ou de chandelle consommée par chaque heure dans chaque famille, on aura 64 050 000 livres pesant de cire ou de suif consommés à Paris ; et si l’on estime la cire et le suif l’un dans l’autre au prix moyen de 30 sous la livre, on aura une dépense annuelle de 96 075 000 livres tournois, en cire et suif ; somme énorme, que la seule ville de Paris épargnerait en se servant, pendant les six mois d’été seulement, de la lumière du soleil, au lieu de celle des chandelles et des bougies ; et voilà, messieurs, la découverte que j’annonce, et la réforme que je propose.

« Je sais qu’on me dira que l’attachement aux anciennes habitudes est un obstacle invincible à ce qu’on adopte mon plan ; qu’il sera plus que difficile de déterminer beaucoup de gens à se lever avant 11 heures ou midi, et que par conséquent ma découverte restera parfaitement inutile mais je répondrai qu’il ne faut désespérer de rien : je crois que toutes les personnes raisonnables, qui auront lu cette lettre, et qui, par son moyen, auront appris qu’il fait jour aussitôt que le soleil se lève, se détermineront à se lever avec lui ; et quant aux autres, pour les faire entrer dans la même route, je propose au gouvernement de faire les règlements suivants :

« 1°. Mettre une taxe d’un louis sur chaque fenêtre qui aura des volets, empêchant la lumière d’entrer dans les appartements aussitôt que le soleil est sur l’horizon.
2°. Etablir pour la consommation de la cire et de la chandelle dans Paris, la même loi salutaire de police qu’on a faite pour diminuer la consommation du bois pendant l’hiver qui vient de finir ; placer des gardes à toutes les boutiques des ciriers et des chandeliers, et ne pas permettre à chaque famille d’user plus d’une livre de chandelle par semaine.
3°. Placer des gardes qui arrêteront tous les carrosses dans les rues après la nuit fermée excepté ceux des médecins, des chirurgiens et des sages-femmes.
4°. Faire sonner toutes les cloches des églises au lever du soleil ; et si cela n’est pas suffisant, faire tirer un coup de canon dans chaque rue pour ouvrir les yeux des paresseux sur leur véritable intérêt.

« Toute la difficulté sera dans les deux ou trois premiers jours, après lesquels le nouveau genre de vie sera tout aussi naturel et tout aussi commode que l’irrégularité dans laquelle nous vivons ; car il n’y a que le premier pas qui coûte. Forcez un homme de se lever à quatre heures du matin, il est plus que probable qu’il se couchera très volontiers à huit heures du soir ; et qu’après avoir dormi huit heures il se lèvera sans peine à quatre heures le lendemain matin. L’épargne de cette somme de 96 075 000 livres tournois, qui se dépensent en bougies et chandelles, n’est pas le seul avantage de mon économique projet. Vous pouvez remarquer que mon calcul n’embrasse qu’une moitié de l’année, et que par les mêmes raisons on peut épargner beaucoup, même dans les six mois d’hiver, quoique les jours soient plus courts. J’ajoute que l’immense quantité de cire et de suif qui restera après la suppression de la consommation de l’été, rendra la cire et le suif à meilleur marché l’hiver suivant et pour l’avenir, tant que la réforme que je propose se soutiendra.

« Quoique ma découverte puisse procurer de si grands avantages, je ne demande, pour l’avoir communiquée au public avec tant de franchise, ni place, ni pension, ni privilège exclusif, ni aucun autre genre de récompense, je ne veux que l’honneur qui doit m’en revenir si l’on me rend justice. Je prévois bien que quelques esprits étroits et jaloux me le disputeront ; qu’ils diront que les anciens ont eu cette idée avant moi, et peut-être trouveront-ils quelques passages dans de vieux livres pour appuyer leurs prétentions. Je ne leur nierai point que les anciens ont connu, en effet, les heures du lever du soleil ; peut-être ont-ils eu, comme nous, des almanachs où ces heures étaient marquées ; mais il ne s’ensuit pas de là qu’ils aient su ce que je prétends avoir enseigné le premier, qu’il nous éclaire aussitôt qu’il se lève : c’est là ce que je revendique comme ma découverte.

« En tout cas si les anciens ont connu cette vérité, elle a été bien oubliée depuis et pendant longtemps, car elle est certainement ignorée des modernes ou au moins des habitants de Paris, ce que je prouve par un argument bien simple. On sait que les Parisiens sont un peuple aussi éclairé, aussi judicieux, aussi sage qu’il en existe dans le monde. Tous, ainsi que moi, ont un grand goût pour l’économie, et font profession de cette vertu ; tous ont de très bonnes raisons de l’aimer, chargés comme ils le sont des impôts très pesants qu’exigent les besoins de l’État : or cela posé, je dis qu’il est impossible qu’un peuple sage, dans de semblables circonstances, eût fait si longtemps usage de la lumière fuligineuse, malsaine et dispendieuse de la bougie et de la chandelle, s’il eût connu, comme je viens de l’apprendre et de l’enseigner, qu’on pouvait s’éclairer pour rien de la belle et pure lumière du soleil. »

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19 octobre 2020 1 19 /10 /octobre /2020 17:13

Rappelez-vous

Le 19 octobre 1453 : prise de Bordeaux
par le roi France Charles VII

 

Le comte de Dunois avait fait l’année précédente la conquête de la Guyenne sur les Anglais, auxquels il ne restait plus que la ville de Bordeaux, qui fut enfin soumise, malgré la résistance du brave Talbot, qui fut défait et tué à la bataille de Castillon.

Le roi y fit bâtir le château Trompette et celui de Ha. Les Anglais furent alors chassés de toute la France, où ils ne conservèrent que Calais, dont Edouard III s’était emparé en 1347, et que le duc de Guise reprit en 1558.

Mais aussi: 

 

19 octobre 1783 : premier vol
humain en ballon captif

(D’après « Histoire des ballons et des ascensions célèbres », paru en 1876)

L’ascension du 19 octobre 1783 par Pilâtre de Rozier et Giroud de Villette fut la première ascension d’hommes, celle où, pour la première fois, on vit deux mortels assez hardis pour se suspendre à un fragile aérostat qu’un coup de vent ou le feu pouvait détruire en un instant, et s’élever dans les airs à la hauteur de plus de 100 mètres

Quelques jours plus tôt, le 15 octobre 1783, le physicien Pilâtre de Rozier participa à un essai, se plaçant dans le ballon qui, retenu captif par de longues cordes, ne pouvait dépasser une hauteur d’une vingtaine de mètres. L’aérostat fut gonflé, s’éleva heureusement de terre et atteignit avec rapidité le téméraire aéronaute en fût incommodé le moins du monde, et redescendit lentement, sans que l’affaiblissement du gaz provoquât, ainsi que le redoutaient quelques-uns, une chute trop prompte. Pilâtre sauta à terre et la machine, allégé de son poids, s’éleva de nouveau jusqu’à une hauteur moins grande que lors de la première ascension, mais considérable encore.

Deux jours plus tard, le vendredi 17 octobre, une nouvelle expérience eut lieu ; elle réussit moins bien que la première. Le vent était contraire, et si l’aérostat atteignit à peu près la même hauteur, il ne s’y éleva que péniblement et par un long effort. Pilâtre de Rozier et ses amis furent d’autant plus affligés de ce dernier échec, si peu concluant qu’il fût, qu’il devait suffire à justifier les méfiances de curieux sans nombre qui, malgré tous les efforts des aéronautes, avaient envahi le champ des expériences et qui, ignorants de la science aérostatique, condamnèrent d’ores et déjà comme inutiles et téméraires les tentatives faites.

Ascension captive de la première montgolfière habitée dans les jardins
de la papeterie Réveillon, le 19 octobre 1783

La foule ne fut pas moins grande cependant lors de l’expérience suivante, et ce jour-là, le dimanche 19 octobre, la circulation devint impossible, non seulement dans le faubourg Saint-Antoine, mais sur les boulevards même jusqu’à la Porte Saint-Martin. Deux mille spectateurs purent seuls pénétrer dans les jardins de la manufacture royale de papiers peints de Jean-Baptiste Réveillon.

Pour effacer sans doute l’impression défavorable que la dernière tentative paraissait avoir laissée dans l’esprit de la plupart des assistants, Montgolfier voulut que trois expériences, se succédant l’une à l’autre presque sans interruption, fussent faites devant la foule qui se pressait, les yeux fixés en l’air, autour de la fabrique de son ami Réveillon, et l’état très favorable de l’atmosphère seconda puissamment les efforts des aéronautes.

A quatre heures et demie, l’aérostat, dont la galerie avait été réduite, s’éleva à 200 pieds et, sans feu dans le réchaud, se maintint six minutes à cette hauteur ; il avait été gonflé en cinq à peine. Pilâtre de Rozier le montait, et du côté opposé à celui où il se tenait avait été placé, pour faire équilibre, un poids de 100 livres.

Dans une seconde expérience, l’ascension s’accomplit dans les mêmes conditions, avec cette différence essentielle toutefois que le réchaud était cette fois allumé ; l’aérostat s’éleva à 50 pieds de plus et resta stationnaire pendant huit minutes et demie. Pendant qu’il redescendait, il fut saisi par le vent d’est qui le jeta sur la cime d’arbres très élevés, dans les branches desquels il s’embarrassa, sans pourtant perdre l’équilibre. Du sein de la foule s’éleva un long et même cri d’effroi. Mais déjà Pilâtre de Rozier, saisissant avec l’extrémité de sa fourche de fer une énorme botte de paille etla jetant dans le réchaud, avait donné au feu une ardeur nouvelle et bientôt le ballon, sans peine dégagé, reprenait, au milieu des bruyants applaudissements de la foule tremblante tout à l’heure, enthousiaste maintenant, son vol majestueux.

« Cette seconde expérience fut très instructive, rapporte Pilâtre de Rozier dans ses Mémoires ; l’on n’avait pas manqué de dire que si jamais une telle machine tombait sur une forêt, elle serait détruite et ferait courir les plus grands dangers à ceux qui seraient dedans. Cet exemple prouve que la machine ne tombe pas, mais qu’elle descend ; qu’elle ne se renverse pas, qu’elle ne se détruit pas sur les arbres ; qu’elle ne fait périr ni souffrir les voyageurs qu’elle porte ; qu’au contraire ces derniers, en produisant du nouveau gaz, lui donnent les moyens de se tirer d’embarras, et qu’elle peut reprendre sa route malgré un événement pareil. »

Lorsque l’aérostat, après s’être ainsi élevé une seconde fois, se rapprocha de terre, le téméraire aéronaute, encouragé par le succès qu’il venait de remporter, voulut tenter de remonter encore : il ranima le feu et le ballon de nouveau atteignit la hauteur de 200 pieds.

Le même jour vit une troisième expérience. Elle fut faite par l’infatigable Pilâtre de Rozier qui avait cette fois un compagnon de voyage : André Giroud de Villette. Les cordes allongées permirent à l’aérostat de s’élever à 324 pieds (environ 105 mètres), hauteur à laquelle il demeura neuf minutes immobile. Assez élevé pour être vu de tous les points de Paris et des environs, le ballon ne paraissait pas alors plus petit qu’il ne l’était réellement, mais ses voyageurs étaient à peine visibles et il était impossible de distinguer sans lunettes un seul de leurs mouvements. Redescendus à terre, les voyageurs se proclamèrent enchantés de leur voyage, et déclarèrent n’avoir pas senti la moindre gêne ou la moindre fatigue.

Le compagnon de voyage de Pilâtre de Rozier donne dans une lettre adressée au rédacteur du Journal de Paris, qui avait parlé de ces expériences, la relation de sa course rapide à travers les airs : « Je me suis trouvé, dit-il, presque dans l’intervalle d’un quart de minute, élevé de 400 pieds de terre, suivant le rapport qu’on m’en a fait ; nous restâmes dans cette position pendant dix minutes. Mon premier soin, messieurs, fut d’admirer, à la faveur d’un trou large de 4 pouces, le physicien intelligent que j’avais l’honneur d’accompagner ; son courage, son agilité, ses talents à bien manœuvrer et conduire son feu m’enchantèrent.

« En me retournant, je distinguai les boulevards depuis la Porte Saint-Antoine jusqu’à celle Saint-Martin, qui me paraissaient former une plate-bande allongée de fleurs variées. La rue Saint-Antoine, les jardins qui nous environnaient, me représentaient la même chose ; ensuite, voulant m’occuper du sujet qui m’avait engagé à faire ce voyage, je promenai ma vue dans le lointain. D’abord je vis la butte Montmartre, qui me semblait être de moitié plus basse que notre niveau ; je découvris facilement Neuilly, Saint-Cloud, Sèves, Issy, Ivry, Charenton, Choisy et peut-être Corbeil, que le léger brouillard m’a empêché de distinguer ; dès l’instant, je fus convaincu que cette machine peu dispendieuse serait très utile dans une armée pour découvrir la position de celle de son ennemi, ses manœuvres, ses marches, ses dispositions, et les annoncer par des signaux aux troupes alliées de la machine. Je crois qu’en mer il est également possible, avec des précautions, de se servir de cette machine. Voilà, messieurs, une utilité incontestable, que le temps nous perfectionnera : tout mon regret est de n’avoir pas pensé à me munir d’une lunette d’approche. »

Une dernière ascension termina cette journée qui avait si magnifiquement réparé le demi-échec du vendredi 17. Le marquis d’Arlandes, que nous retrouverons bientôt dans d’autres expériences aérostatiques, et Pilâtre s’élevèrent avec un succès égal à celui des autres tentatives.

Les expériences faites semblaient décisives ; bien des objections et des obstacles cependant se dressèrent encore devant Pilâtre de Rozier. Montgolfier surtout s’effrayait des périls de l’entreprise et ses craintes augmentaient à mesure qu’approchait l’époque fixée pour la tenter : alors que la science de l’aérostation datait de quatre mois à peine, alors que ni le lest ni la soupape n’étaient inventés encore, la descente ne pouvait-elle pas, en dépit de l’heureuse issue des expériences faites, présenter les plus graves dangers ?

Le péril du feu n’était-il pas plus redoutable encore quand un réchaud allumé se trouvait placé au milieu même d’un ballon fait de toile et de papier ? Si l’enveloppe de l’aérostat venait à s’enflammer, le globe ne flamberait-il pas en quelques instants, n’en serait-ce pas fait de la vie des aéronautes, et, tandis que la machine ardente traverserait les airs d’un vol désordonné, des flammèches ne pourraient-elles pas se détacher de l’immense foyer, tomber sur le sol et incendier récoltes et maisons, marquant à terre d’un sillon de flamme la route parcourue dans les airs par le globe de feu ? Dans le cas au contraire où le fourneau viendrait à s’éteindre, l’appareil serait, comme une masse inerte, précipité vers le sol en une chute terrible, et les aéronautes ne retomberaient à terre que brisés, écrasés, broyés dans le choc formidable.

Montgolfier demanda des essais nouveaux ; la Commission de l’Académie des sciences, pressée de se prononcer, déclara que son opinion n’était point fait encore ; le roi, dont ces hésitations répondaient aux propres inquiétudes, défendit l’ascension de tout ballon monté et ordonna au lieutenant de police d’empêcher, s’il y avait lieu, toute tentative de ce genre. Néanmoins, de même que, lors de l’expérience de Versailles, il avait été permis à ceux dont la requête avait été écartée de confier à l’aérostat un mouton et des poules, de même cette fois il leur fut permis de lui confier deux condamnés.

« Mais Pilâtre de Rozier s’indigne à cette idée. Quoi ! de vils criminels, des hommes rejetés du sein de la société, auraient la gloire de s’élever les premiers dans les airs ! Non, non, il n’en sera point ainsi. Il demande, il invoque, il prie, il s’adresse à madame la duchesse de Polignac, gouvernante des enfants de France et toute-puissante à la cour ; M. le marquis d’Arlandes, ami des frères Montgolfier, qui avait déjà monté avec Pilâtre de Rozier à ballon captif, intervient lui-même. Il affirme qu’il n’y a point de danger ; engage, ce qui était fort beau alors, sa foi de gentilhomme, et se propose enfin pour accompagner Pilâtre. Vaincu par de si honorables vouloirs, et en présence de tant d’insistance, on permet ; et le premier voyage aérien a lieu le 21 novembre suivant, jour à jamais mémorable dans l’histoire des sciences. »

 

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12 octobre 2020 1 12 /10 /octobre /2020 16:52

Souvenez-vous : 

Le 12 octobre 1799 : Jeanne Labrosse
devient la première femme parachutiste

 

(D’après « La navigation aérienne » (par Arthur Mangin) édition de 1869,
« Description des machines et procédés spécifiés dans
les brevets d’invention, de perfectionnement et d’importation,
dont la durée est expirée » (Tome 2) paru en 1818
et « Histoire des grands inventeurs français du XIVe siècle
à nos jours » (par Philippe Valode) paru en 2015)

C’est avec le modèle amélioré du parachute dont son futur époux a fait l’expérience en s’élançant d’un ballon avec succès deux ans plus tôt, que Jeanne Labrosse effectue un saut d’une hauteur de 900 mètres, déposant trois ans plus tard au nom de son mari un brevet de l’appareil

 

Schémas du premier parachute d’André-Jacques Garnerin, que l’inventeur essaya avec succès
le 22 octobre 1797 au Parc Monceau : Calotte du parachute ; Parachute ployé, à l’instant
du départ ; Parachute déployé, à l’instant de la séparation d’avec le ballon

À partir de 1784, le parachutage de petits animaux commence à être étudié par des physiciens aussi réputés que Blanchard et Lenormand. Mais la question principale est bien celle de la sécurité des aérostiers. Depuis qu’à la bataille de Fleurus, pour la première fois, un ballon d’observation militaire a été utilisé, il convient de mettre au point un matériel de sécurité pour les aérostiers.

Élève du physicien Charles — inventeur du ballon à hydrogène — André-Jacques Garnerin est emprisonné dans les geôles autrichiennes en 1792 lorsqu’il imagine un système fait de toile et de cordes qui lui permettrait de sauter des remparts de sa prison sans se tuer. Ses gardiens découvrant les préparatifs auxquels il se livre, lui ôtent alors les moyens de les continuer.

Dès sa libération, et comme il est sans fortune, il songe à se créer des moyens d’existence, l’exemple de Blanchard l’encourageant à se faire aéronaute. Mais il consacre tout d’abord ses efforts à la mise au point du futur parachute, et fin 1796, réussit le parachutage d’un chien à partir d’un ballon. Puis il se décide à entreprendre son propre saut. Après deux échecs, les 20 août et 9 octobre 1797, il réalise un saut presque parfait le 22 octobre suivant.

« Cette expérience a consisté, précise-t-il, à m’élever à 350 ou 400 toises (7 à 800 mètres) dans l’atmosphère, pour m’abandonner à cette hauteur à la merci d’un parachute qui embrasse une colonne d’air qui a pour base un cercle de 23 pieds (soit près de 7 mètres). Je le construisis en toile de canevas très légère, recouverte de papier des deux côtés. Le poids de ce parachute avec tous ses agrès est de 34 livres (16,6 kilos), celui de la nacelle de 19 livres (un peu plus de 9 kilos) et le mien de 113 livres (soit 57 kilos), en tout 169 livres. »

Le 22 octobre 1797, Garnerin s’élève d’abord dans les airs jusqu’à 915 mètres dans un ballon à hydrogène au-dessus du parc Monceau. Puis il coupe les cordes qui retiennent la nacelle au ballon et redescend dans la nacelle, le parachute en panneaux de soie déployé au-dessus de lui.

Passablement secoué, il atterrit de façon assez brutale, s’en tirant avec le genou un peu froissé — il avait eu le bon réflexe de sauter hors de la nacelle avant qu’elle ne touche le sol —, ce qui ne l’empêche pas de monter à cheval et de rentrer au jardin de Monceau, assure le journal L’Ami des lois, où il est comblé des marques de sympathie et de joie de la foule.

Portraits de Monsieur et Madame Garnerin (André-Jacques Garnerin et Jeanne Labrosse),
par Christoph Haller von Hallerstein (vers 1803)

 

Il reconnaît aisément la cause des oscillations ayant tant ému le public, et qui sont, en effet, de nature à occasionner les accidents les plus funestes. L’astronome Jérôme de Lalande, l’auteur de la célèbre Histoire céleste française (repérant la position de 50 000 étoiles), lui donne alors un précieux conseil : pour éviter les turbulences lors de la descente en parachute, il suffit de pratiquer une ouverture au centre de la voilure. C’est ainsi que Garnerin apporte à son parachute une modification indispensable en disposant sur le sommet du pavillon une cheminée d’un mètre environ de hauteur, donnant à l’air comprimé une issue qui, sans accélérer la descente de l’appareil, lui conserve une direction sensiblement verticales.

Cet appareil devient, dès lors, le palladium des aéronautes, qui manquent rarement de l’adapter à leurs machines ; plusieurs même, pour donner plus d’intérêt au spectacle de leurs excursions, les terminent en abandonnant leur ballon, et en se laissant descendre doucement sous le dôme de leur parachute.

La forme de calotte sphérique et les dispositions données par Garnerin à son appareil sont les seules conformes, non seulement aux lois de la statique, mais encore à celles du simple bon sens. Pourtant, en 1836, un Anglais nommé Cocking, grand amateur d’aérostation et tourmenté de la manie d’innover, aura la déplorable idée de renverser le parachute, d’en présenter à l’air la surface convexe au lieu de la surface concave ; c’était, dit avec raison Dupuis-Delcourt, « se suspendre à une sorte de vis aérienne, de tarière, qui, au lieu de ralentir la descente du corps, devait en accélérer la chute. » Cocking doutera si peu de l’excellence de son système qu’il voudra en faire lui-même l’expérience : le 27 septembre 1836, tenant son parachute dont il coupe la corde à plus de 1000 mètres, il atteint le sol en une minute et demie et meurt.

Le 12 octobre 1799, Jeanne Geneviève Labrosse, élève et future épouse d’André-Jacques Garnerin, est la première femme à sauter avec un parachute percé en son centre, permettant un écoulement harmonieux de l’air. Le 11 octobre 1802, elle dépose au nom de son mari le brevet n° 195 sur l’appareil dit parachute, destiné à ralentir la chute de la nacelle d’un ballon après l’explosion de celui-ci.

Illustration reproduisant le croquis accompagnant le brevet n°195 du parachute de Garnerin
déposé le 11 octobre 1802. © Crédit illustration : 
Agence Secrète (pour l’INPI)

 

Un brevet d’invention de cinq ans est officiellement délivré le 16 novembre suivant « pour l’invention d’un parachute, au sieur André-Jacques Garnerin, aéronaute, à Paris. » Le croquis détaillant l’appareil est accompagné de la notice explicative suivante :

« Parachute vu un peu de côté au moment de la descente, à environ 100 toises d’élévation. La nacelle dans laquelle l’aéronaute est placé est suspendue au-dessous par des cordes, à une distance à peu près égale au diamètre du parachute.

« A, vue du parachute déployé. Il est composé de trente-six fuseaux réunis à côté les uns des autres et formant une surface concave, de la nature de celle d’une voile enflée par le vent. Autant de fortes ficelles, partant du centre, règnent le long des coutures et viennent, en dehors de la circonférence, former, deux à deux, une pointe où l’on attache d’autres ficelles qui empêchent le parachute de se renverser et soutiennent la nacelle d’osier B.

« C, Tête du parachute : c’est une rondelle en bois qui sert à fixer quatre cordes qui concourent à soutenir la nacelle.

« D, Cercle en bois très léger, d’environ 8 pieds de diamètre ; il se trouve en-dessus, à l’extérieur du parachute, et sert à le tenir un peu ouvert lors de l’ascension. Son objet est de faciliter le déploiement du parachute au moment où il se sépare du ballon. »

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21 septembre 2020 1 21 /09 /septembre /2020 07:03

A propos de scolarité: "Souvenirs d'écolier : Les manuels scolaires d'antan "

Nous avons tous des souvenirs de ces livres qui nous ont appris à lire, à compter et qui nous ont fait découvrir l'histoire de France. Nostalgie assurée ! Avant de remonter le temps, commençons avec le très beau manuel d'histoire de cours élémentaire daté de 1937. L'histoire de France est sommaire et surtout très densément rédigée pour des enfants de 7-8 ans... © Armand 

1877 : "Le Tour de France par deux enfants"

Publié pour la première fois en 1877, "Le Tour de France par deux enfants" devient rapidement un best-seller, il connaîtra plus de 400 rééditions ! Destiné aux enfants du cours moyen, ce livre propose à chaque leçon une maxime morale. La dimension patriotique de l'ouvrage est aussi très forte puisque l'on suit deux enfants qui, à la suite de l'annexion de l'Alsace-Lorraine par la Prusse, tentent de retrouver leur oncle en France. © Eugène Belin

 

1877 : "Le Tour de France par deux enfants" - Racisme et préjugés

L'édition de 1877 révèle toute la force des préjugés de la fin du XIXe siècle. L'école de Ferry - surnommé "le Tonkinois" - fait l'éloge de l'Empire colonial et s'appuie de façon nauséabonde sur les avancées de la génétique pour différencier les races. Ainsi l'ouvrage avance que la "race blanche est la plus parfaite des races humaines" justifiant de cette manière la colonisation. © Eugène Belin

La semaine la suite de ces parutions ( souvenirs d'écoliers ) d'Eugène Belin

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6 juin 2020 6 06 /06 /juin /2020 06:43
6 juin 1944 le " D-DAY

A propos du Débarquement du 6 juin 1944

"Tout à été dit ou presque à nos jours

Mais connaissez-vous ces histoires secrètes du D-Day ……….."

D'où viennent les noms des plages du jour J ?

Côté américain, on aurait choisi Utah, l'un des 48 Etats du pays, et Omaha, une ville du Nebraska, car des officiers de l'état-major en étaient originaires. Côté britannique, le général Montgomery propose Goldfish et Swordfish (« poisson rouge » et « espadon »). Raccourcis, ils deviennent Gold Beach et Sword Beach. En revanche, pour la troisième plage, il suggère Jellyfish (« méduse »), qui est rejeté : Jelly Beach, littéralement « la plage de la confiture », serait embarrassant en cas de bataille sanglante. L'officier canadien Dawnay lance alors le prénom de sa femme, Juno, qui donne donc Juno Beach.

Opération Pluto : le salut vient des profondeurs

Après le Débarquement, plusieurs milliers de tonnes de carburant seront nécessaires chaque jour pour assurer la progression de l'armée alliée à travers la France. Or, l'approvisionnement par les pétroliers est lent et périlleux. Dès 1942, des ingénieurs britanniques élaborent, sur le modèle des câbles télégraphiques, des pipelines souples, suffisamment lourds pour être largués au fond de la Manche et résister aux courants. Une fois les Alliés arrivés en Normandie, ils sont enroulés autour d'immenses tambours (photo) convoyés par bateau, et déroulés entre les côtes de l'Angleterre et celles de la France - c'est l'opération Pluto. Et dès septembre 1944, un pipeline est opérationnel entre l'île de Wight, près de la côte anglaise, et Cherbourg, dans la Manche - soit 130 kilomètres de tuyaux sous-marins.

Et pendant ce temps-là, le Führer dormait...

Hitler n'est pas du matin. Comme son pire ennemi Staline, il se couche et se lève tard. Et le 6 juin, malgré les nouvelles venues de Normandie, personne n'ose le réveiller dans sa résidence montagnarde de Bavière. Le bruit court, en plus, que ce débarquement n'est qu'une manœuvre de diversion, donc inutile de déranger le Führer... Quand il sort enfin de sa chambre, vers 10 heures, près de 100 000 soldats alliés ont déjà pris pied sur le sol français. Cependant, il ne montre guère d'inquiétude, plutôt même du soulagement: les choses sérieuses ont enfin commencé! Hitler est persuadé que l'armée allemande va rejeter les alliés à la mer. Il n'aura plus alors qu'à écraser l'URSS. On connaît la suite.

Comment l'espion Garbo a mené Hitler en bateau

Les Allemands l'appellent Arabel. Cet Espagnol est entré à leur service en 1941 et c'est un de leurs espions les plus efficaces. Dans la nuit du 5 au 6 juin, il prévient ses correspondants, par message codé, qu'un assaut allié va avoir lieu en Normandie. Même si l'information est trop tardive, les Allemands sont épatés par le talent d'Arabel: ce diable d'homme a réussi à découvrir la date du Débarquement! Or Arabel est en train de rouler les Allemands. C'est sciemment qu'il leur a envoyé ce message un peu trop tard. Cet agent double travaille en fait sous le nom de Garbo pour le MI5, les services secrets britanniques. Il applique à partir du 6 juin la suite de leur plan. L'opération qui se déroule en Normandie n'est qu'un leurre, explique-t-il aux hommes du Reich: la véritable bataille sera livrée par les Anglo-Américains dans le Pasde-Calais, quelques semaines plus tard. Sur les conseils d'Arabel, Hitler garde donc sept divisions en réserve dans le nord de la France, laissant le champ libre aux forces alliées. Arabel-Garbo le berne si bien qu'il recevra en juillet la Croix de fer, distinguant les plus fidèles serviteurs du Reich. Il sera également décoré par les Britanniques.

Les paras résistent aux tentatrices

À la veille du Débarquement, les canons allemands installés à Merville, dans le Calvados, tiennent tête aux bombardements alliés. Or ces pièces d'artillerie menacent la plage de Sword, où doivent aborder les Britanniques. L'état-major anglais met alors au point une opération périlleuse : des avions vont larguer sur Merville les parachutistes du 9e bataillon, dans la nuit du 5 au 6 juin. Ils devront neutraliser la batterie allemande avant le D-Day. D'ici là, ces soldats ont pour consigne de taire leur mission, car les espions allemands pullulent en Angleterre. Afin de tester leur discrétion, l'officier qui commande l'unité mobilise trente jolies filles des forces auxiliaires de la Royal Air Force. Elles abordent les parachutistes pendant leur temps libre, dans les pubs des alentours, et tentent de leur délier la langue. Mais aucun d'entre eux ne tombera dans ce piège charmant! C'est d'autant plus méritoire qu'ils sont tous célibataires...

Quand le général Eisenhower envisageait le pire

« Les forces que nous avons débarquées en Normandie n'ont pas réussi à établir une tête de pont suffisante. J'ai donné l'ordre de les retirer. [...]. » La veille du Débarquement, le 5 juin, le général Eisenhower prépare la lettre qu'il lira en cas de défaite. De fait, les premières heures sur Omaha Beach s'avèrent catastrophiques : de nombreux soldats se noient. Et ceux qui arrivent sur la plage se font massacrer. À midi, la situation bascule. Eisenhower peut alors jeter sa lettre pessimiste à la corbeille. Mais heureusement pour l'Histoire, un assistant la ramassera derrière lui.

Les Comanches parlent aux Comanches  

« Le débarquement s'est bien passé » : voilà les premiers mots prononcés par un des opérateurs radio américains, rejoignant la plage d'Utah Beach au milieu des 23 000 combattants alliés. Ces 14 opérateurs amérindiens parlent en comanche, ce qui constitue la plus sûre des protections contre les écoutes allemandes. Voilà comment les code talkers, comme on les appelle, vont délivrer toute la journée des messages inviolables à leur état-major, où ils sont traduits en anglais par un autre opérateur amérindien. Les messages sont agrémentés de métaphores remplaçant les termes n'existant pas dans leur langue: ainsi la « tortue » désigne le char, et le bombardier devient « l'oiseau enceint » !

Gustav, messager héroïque des plages normandes

Infatigable Gustav ! Le 6 juin, vers 8 heures du matin, ce pigeon voyageur s'échappe des mains de Montague Taylor, un journaliste de l'agence Reuters. Montague vogue alors à bord d'une barge lancée vers les plages normandes. Sitôt lâché dans les airs, Gustav s'envole pour une base de l'armée située sur Thorney Island, dans le Sussex, en Angleterre. Malgré un vent de face de 48 km/h, le volatile franchit 240 km en cinq heures et délivre au sergent Halsey les premières nouvelles du Débarquement ?- par crainte d'espionnage, toute communication radio a été coupée. Après-guerre, Gustav sera décoré de la médaille Dickin, équivalent de la Victoria Cross pour les animaux.

Qui a inspiré ces étranges grilles de mots croisés ?

En mai 1944, les mots croisés d'un quotidien britannique, The Daily Telegraph, affolent les services secrets. Le mot « Utah » apparaît dans une grille le 2 mai, puis « Omaha » le 22, et « Overlord » le 27. Autant de noms de code liés au Débarquement. Une taupe utilise-t-elle ces jeux pour informer l'ennemi ? Non : il est vite établi que leur auteur n'a rien d'un espion. Aurait-il entendu des soldats employer ces noms secrets ? Aujourd'hui encore, l'origine de ces mots croisés demeure mystérieuse.

Les mariés du jour J

Elle s'appelle Juliette Le Cambaye et a 16 ans. Lui, c'est Georges Brault, 24 ans. Ils ont prévu de se marier à Sainte-Mère-Eglise, le 6 juin 1944. Mais la veille de la cérémonie, les premiers parachutages ont lieu. Les familles des deux jeunes gens fuient leur maison. Juliette erre de fossé en abri, tremblant pour Georges, qui a disparu. Puis elle le retrouve, indemne. Ils se marieront dans une grange, le 23 juin, avec pour repas de noces des rations de guerre et des conserves offertes par les soldats américains.

157 000 hommes... et une femme

La journaliste américaine Martha Gellhorn n'a pas froid aux yeux. Le 6 juin, se faisant passer pour une infirmière, elle embarque sur un navire-hôpital chargé d'assurer les soins lors du Débarquement. Puis elle se change dans les toilettes, enfilant une tenue masculine de brancardier. Et le 8 au matin, elle débarque sur Omaha Beach en compagnie de la seconde vague alliée. Ainsi sera-t-elle la seule femme ayant participé au jour J.

 

La sanglante répétition de Slapton Sands

Si ces soldats ont l'air tranquille, c'est que ce débarquement n'est qu'une simulation... À quelques semaines du jour J, les Alliés organisent une répétition générale, nommée opération Tigre, avec 30 000 soldats. L'état-major britannique a réquisitionné la plage de Slapton Sands, dans le sud de l'Angleterre, car elle ressemble à Utah Beach, en Normandie. Comme prévu, le 21 avril 1944, un convoi maritime approche du rivage. Nul ne remarque les vedettes allemandes venues de Cherbourg qui foncent sur l'arrière-garde du convoi et tirent soudain des torpilles. Trois bateaux sont touchés, 749 militaires anglais et américains tués. Mais ce désastre permettra de corriger des erreurs pour le jour J, notamment la mauvaise conception des gilets de sauvetage.

Pourquoi le 6 ?

Les Américains ont installé des stations météo en Atlantique Nord dès 1941 . Leurs experts savent qu'après une perturbation le temps sera calme le 6 juin. Les Allemands, eux, croient tout débarquement impossible ce jour-là. Leur chef, Rommel, est même parti en permission !

 

 

Le premier village libéré

Dans la nuit du 5 au 6 juin, une trentaine de parachutistes américains s'emparent de Sainte-Mère-Eglise. Vers 4 heures du matin, ils hissent le drapeau étoilé sur le toit de la mairie. Sainte-Mère est le premier village libéré de France.

 

 

Et les Français ?

177 hommes composent le seul bataillon français participant au D-Day, sur Sword Beach. Il est dirigé par le capitaine Philippe Kieffer. Cependant, environ 3 000 autres Français - parachutistes, marins, aviateurs - sont impliqués dans l'opération.

 

Les Allemands n'en ont pas cru leurs yeux

«Désolé, je suis en retard », s'exclame fort poliment lord Lovat le 6 juin 1944, en retrouvant, à la tête de son 1er détachement du service spécial, les parachutistes de la 6e division aéroportée au Pegasus Bridge à Bénouville - entre Caen et le littoral. Lovat exagère: il est 13 h 32, la jonction était prévue deux minutes avant. Il faut dire que ce noble écossais est un original. Quelques heures plus tôt, il a débarqué sur la plage à la tête de son unité, accompagné d'un joueur de cornemuse, Bill Millin. Les Alliés ont été sidérés par le spectacle de ce grand type en pull à col roulé blanc et pantalon de velours kaki, habillé comme pour une partie de chasse et avançant au son de la musique écossaise. L'excentricité de Lovat et Millin leur a d'ailleurs sans doute sauvé la vie. Des Allemands faits prisonniers confieront avoir renoncé à leur tirer dessus, les croyant dérangés.

Robert Capa, un photographe dans la tempête

« La mer houleuse nous trempe [...]. Les vomissements commencent. Mais cette invasion est si raffinée [ ... ] que de petits sacs en papier ont été prévus. » Même dans sa barge, en route vers l'enfer d'Omaha Beach, Robert Capa garde le sens de l'humour. Ce génial photographe ne porte ni fusil ni munitions, mais un appareil Zeiss Ikon. Malgré sa peur, il le déclenche dès la plage atteinte et prend plusieurs clichés, quasiment les seuls du Débarquement. Ils sont publiés dans le magazine Life le 19 juin 1944, notamment le célèbre Visage dans les vagues Selon une version (contestée depuis), Capa aurait même pris une centaine d'autres photos, détruites par une erreur de développement.

 

Opération Neptune ou Overlord ?

 

Neptune, Overlord, D-Day. Trois noms souvent entendus à l’occasion des commémorations du débarquement en Normandie et qui ont tendance à être interchangeables. Pourtant, chacun désigne bien un événement particulier.
L’opération Neptune est le nom de code donné au débarquement en Normandie des troupes alliées en juin 1944 lors de la Seconde Guerre mondiale. Cette opération incluait de nombreux mouvements : la traversée de la Manche par plusieurs milliers de navires ; les opérations aéroportées la nuit précédente ; les bombardements préparatoires aériens et navals des défenses côtières allemandes ; le parachutage de milliers d'Américains au matin du 6 juin ; le débarquement des troupes sur les plages d'Utah Beach et Omaha Beach pour les Américains, Gold Beach, Juno Beach pour les Canadiens et Sword Beach pour les Anglo-Canadiens et Français libres des commandos Kieffer.
L'opération Neptune est la partie débarquement et établissement d'une tête de pont côtière au sein de la plus vaste opération Overlord qui visait quant à elle à l'établissement d'une tête de pont de plus grande échelle dans le Nord-Ouest de l'Europe.
Le D-Day, ou jour J en français, désigne quant à lui le 6 juin 1944, date à laquelle a débuté le débarquement allié en Normandie et qui a été l’objet de nombreux films parmi lesquels « Le jour le plus long » (1962) et « Il faut sauver le soldat Ryan » (1998) notamment au travers de sa séquence très réaliste du débarquement sur la plage d’Omaha Beach.

C‘était çà le 6 juin 1944

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1 juin 2020 1 01 /06 /juin /2020 08:18

Rappelez-vous ! "  

1er juin 1841 : "décès de l’inventeur
de la conserve alimentaire Nicolas Appert"

 

(D’après « Rapport de l’exposition universelle internationale de 1889,
section viandes, poissons, légumes et fruits » (par Julien Potin,
de la Maison Félix Potin, fabricant de produits alimentaires), paru en 1891
)

Appert résolut le problème difficile de la conservation des substances alimentaires, que beaucoup avaient cherché avant lui, dont quelques-uns avaient entrevu la solution et que lui seul a fait passer de l’état de rêve à celui de la réalité

 

Parmi les hommes de science dont la mémoire est digne d’être conservée, il en est qui, se bornant aux études théoriques, dégagent les grandes lois de la nature d’une masse de faits jusque-là confusément reliés et compris. Ces lois deviennent alors comme des phares : elles guident dans leurs travaux les nouvelles générations de chercheurs qui peuvent aller sans cesse progressant.

À côté de ces génies de la théorie, travaillent, dans une voie parallèle, d’autres savants qui cherchent à utiliser ces connaissances de la nature, à tirer des recherches spéculatives une source nouvelle de bien-être pour l’humanité. Quelquefois, le même esprit théorique et pratique se trouve réuni en un homme, mais la plupart du temps, l’un ou l’autre domine et caractérise tel ou tel savant qui ne choisit pas sa voie, mais y est poussé naturellement par son tempérament et son esprit.
S’il est merveilleux de débrouiller les lois de la nature et de se laisser aller aux spéculations théoriques, n’est-ce pas aussi un résultat magnifique que de conquérir une nouvelle industrie, et de donner, dans une plus large mesure, satisfaction aux besoins journaliers de l’existence ?

Appert a été un de ces génies utilitaires. Guidé par une idée dont on peut, à diverses époques de sa vie, suivre nettement la trace, il a fini par résoudre pratiquement ce problème difficile de la conservation des substances alimentaires, que beaucoup avaient cherché avant lui, dont quelques-uns avaient entrevu la solution et que lui seul a fait passer de l’état de rêve à celui de la réalité. Il ne peut y avoir aucun doute à ce sujet. Certes d’autres avant lui avaient eu et avaient exprimé cette idée dont la simplicité est remarquable. Cela ne constitue pas une antériorité. La découverte de la conservation est bien due à Appert, puisque c’est lui qui l’a pratiquement réalisée.

Parmi ses prédécesseurs, on cite notamment Boerhaave, Glauber et plus tard Gay-Lussac, qui ont indiqué des moyens de conservation. On a aussi attribué au pasteur livonien Eisen l’invention des conserves ; le pasteur Eisen s’est borné à conserver des substances par la dessiccation. Depuis Appert, l’industrie des conserves est devenue la base d’une grande industrie nationale.

Nicolas Appert est né, en 1749, à Châlons-sur-Marne. Nous ne savons que peu de choses du début de sa vie, sinon que, jusqu’en 1796 il s’occupa du commerce des produits alimentaires. On le retrouve, travaillant dans les caves de la Champagne, dans les brasseries, les offices, les magasins d’épicerie. La confiserie l’occupa plus longuement, et, pendant quinze ans, il fut établi confiseur, rue des Lombards.

C’est pendant cette période que son idée dominante germa, prit corps et finit par l’occuper uniquement. Il avait remarqué dans tous ses travaux combien était précieuse l’action du feu sur les substances alimentaires. C’est grâce au feu qu’il pouvait modifier non seulement le goût, mais aussi la nature de ses aliments ; il devait arriver à conserver ceux-ci par l’action du feu.

Appert quitta le commerce et vint s’établir à Ivry-sur-Seine, en 1796. Il fut même nommé officier municipal de cette commune le 7 messidor an III (25 juin 1795) et exerça ces fonctions pendant plusieurs années. Son séjour à Ivry fut fécond. C’est là qu’à force de patience, de travail et de science, il obtint la réalisation pratique de son idée. Mais le moment était peu favorable pour l’industrie et le commerce. Appert dut avoir recours à des industriels anglais pour obtenir quelques fonds, et, en 1804, il quitta Ivry pour venir s’installer à Massy, où il fonda sa fabrique.

La première application du procédé date donc de 1804, époque à laquelle Appert installa son usine à Massy. Celle-ci occupait une surface de 4 hectares, presque toute consacrée à la culture du pois et du haricot. Appert dirigeait les travaux. Les quelques rares personnes qui l’ont connu se rappelèrent plus tard ce petit homme gai, travailleur, toujours prêt à renseigner chacun, aussi bon qu’actif, et qui avait, à Massy, su gagner l’amitié de tout le monde. Il occupait pendant la saison vingt-cinq à trente femmes pour écosser les pois et éplucher les haricots.

Dès le début, vers 1804, Appert fit constater officiellement par des expériences faites sur plusieurs navires la valeur de ses conserves. Cependant, tandis qu’il continuait à mener à Massy sa petite vie calme et laborieuse, sa découverte faisait grand bruit ; les corps savants, les journalistes, le public s’y intéressaient. Le 15 mars 1809, la Société d’encouragement pour l’industrie nationale entendait un rapport de sa commission sur le procédé. Guyton-Morveau, Parmentier, Bouriat, qui composaient cette commission, avaient examiné des substances conservées depuis plus de huit mois et leurs conclusions étaient des plus favorables à Appert. La presse lui adressait des louanges. « M. Appert, disait le Courrier de l’Europe du 10 février 1809, a trouvé l’art de fixer les saisons : chez lui, le printemps, l’été, l’automne vivent en bouteilles, semblables à ces plantes délicates que le jardinier protège sous un dôme de verre contre l’intempérie des saisons. »

Nicolas Appert. © Crédits illustration : Roland Irolla

Enfin, une commission officielle chargée d’étudier le procédé fut nommée. Le bureau consultatif des arts et manufactures accorda à Appert une somme de 12 000 francs à titre d’encouragement. Son ouvrage L’art de conserver pendant plusieurs années toutes les substances animales et végétales parut en 1810. Il s’y donnait comme titre « ancien confiseur et distillateur, élève de la bouche de la maison ducale de Christian IV ».

Avant Appert, les principaux moyens de conservation employés étaient la dessiccation, l’usage du sel et celui du sucre. Or, par aucun de ces moyens, on ne peut conserver les aliments sous une forme rappelant l’état frais. Notre savant explique que « l’action du feu détruit, ou au moins neutralise tous les ferments, qui, dans la marche ordinaire de la nature, produisent ces modifications qui, en changeant les parties constituantes des substances animales et végétales, en altèrent les qualités. » L’ouvrage d’Appert fut rapidement épuisé ; il s’était vulgarisé et se désignait ordinairement sous le titre de Livre de tous les ménages. Une seconde édition en fut publiée en 1811 et une troisième en 1813.

Une étape importante dans la vie d’Appert est le voyage qu’il fit à Londres en 1814. « Lors de mon voyage à Londres en 1814, dit-il dans la quatrième édition de son ouvrage, j’ai vu dans une taverne de la Cité, celle où la Banque donne ses fêtes, un appareil à vapeur fort simple, au moyen duquel on peut faire cuire tous les jours le dîner de cinq à six cents personnes. » L’emploi de la vapeur parut de suite indiqué à Appert pour faire en grand la cuisson des conserves.

Le voyage à Londres avait un autre intérêt. Les Anglais s’étaient très vivement intéressés aux recherches d’Appert et un Français, Gérard, avait apporté à Londres les idées et l’ouvrage d’Appert. Une grande société s’était fondée qui, en moins de trois ans, perdit une somme de 100 000 francs en cherchant à rendre pratique la conserve enfermée dans des boîtes de fer-blanc. Une des grandes objections qui avaient été faites à Appert, notamment par la Commission officielle, était en effet la fragilité des vases de verre qu’il employait. La substitution du fer-blanc au verre devint la principale préoccupation d’Appert à sa rentrée en France.

Obligé d’abandonner son établissement de Massy bouleversé en 1814 et 1815 par les alliés qui l’avaient transformé en hôpital, Appert se réfugia à Paris où il installa dans un petit logement, rue Cassette, les quelques appareils qu’il put emporter. Bien que fort gêné, il continua tant bien que mal à s’y livrer à ses recherches. Fort heureusement, le gouvernement lui accorda un local vaste et commode aux Quinze-Vingts et c’est là qu’à la suite de nouvelles recherches et de nouvelles expériences, il put porter plus loin ses perfectionnements.

Appert ne put jouir, dans les dernières années de sa vie, du fruit de ses labeurs et de sa découverte. Préoccupé par son travail, il ne s’apercevait point qu’il y dépensait toute sa fortune et tous ses gains. En 1816, sa fabrique de Massy, couverte d’hypothèques, avait été vendue. L’inventeur n’était pas doublé d’un commerçant et il eut à essuyer plusieurs déboires. Il dut se retirer à Massy dans une petite maison dite « maison du Cadran ». Là, il continua à travailler, aidé dans une bien faible mesure, par la rente de 1 200 francs que lui servit l’État.

Nicolas Appert. Timbre émis le 7 mars 1955 dans la série Inventeurs. Dessin de Henry Cheffer

Mais il devenait plus faible, son existence traînait sans qu’il eût la force d’ajouter à sa découverte, sans qu’il eût la joie de se sentir entouré et aimé par les siens. Une vieille servante seule resta auprès de lui. Depuis longtemps il était séparé de sa femme et aucun parent ne vint consoler le vieillard. C’est dans l’abandon qu’il mourut le 1er juin 1841, et son corps fut placé dans la fosse commune.Appert ne put jouir, dans les dernières années de sa vie, du fruit de ses labeurs et de sa découverte. Préoccupé par son travail, il ne s’apercevait point qu’il y dépensait toute sa fortune et tous ses gains. En 1816, sa fabrique de Massy, couverte d’hypothèques, avait été vendue. L’inventeur n’était pas doublé d’un commerçant et il eut à essuyer plusieurs déboires. Il dut se retirer à Massy dans une petite maison dite « maison du Cadran ». Là, il continua à travailler, aidé dans une bien faible mesure, par la rente de 1 200 francs que lui servit l’État.

 

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18 mai 2020 1 18 /05 /mai /2020 21:59

Fichtre ! Dame !

D'où sortent ces expressions anciennes qui courent encore ?

«Tirer la langue», « Mon petit doigt m'a dit », «nom d'un chien!»... voyons en détails ce que veulent dire ces expressions imagées dont le langage courant est friand.

Perdre la boussolePerdre la raison )

Voilà un de ces rares dictons populaires qu’on voudrait voir pénétrer dans la langue polie, parce qu’ils semblent, par la pureté irréprochable de leur formule et la justesse de leur application, avoir des titres à cet honneur. Mais il en est des mots comme des hommes les meilleurs, leur fortune dépend du hasard et du caprice plus que de leur seul mérite.

Il serait à souhaiter que Perdre la boussole fît son chemin par les mêmes moyens ; l’essentiel est d’arriver. Comment rendre d’une manière plus vraie et en même temps plus piquante l’état momentané de la raison dévoyée, et les sottises d’un malheureux qui a, comme on dit plus simplement, perdu la tête ?

Ce qui ajoute à l’excellence de cette métaphore, c’est que, au Moyen Age, les médecins comparaient la tête de l’homme à un vaisseau dont la partie antérieure ou sinciput était la proue, et la partie postérieure ou occiput était la poupe. On rencontre plusieurs fois employées dans ce sens les deux expressions prora et puppis, dans Constantin, moine du Mont-Cassin qui vivait en 1070, et dont nous avons un in-folio d’Opera medica. Elles sont d’abord dans son traité de la Cure des maladies (liv. I, ch. X et XVI ; liv. III, ch. XIV, XV et XVI), puis dans sa Pantechnie (liv. II, ch. III), où il s’exprime ainsi :

« Il y a, à la proue de la tête un os, le coronal, qui diffère du crâne, et qu’on appelle le front ; il y a également, à la pouppe, un os qui diffère aussi du crâne, qui a la forme du lambda grec, et qu’on appelle proprement la pouppe. »

La tête, au sentiment des praticiens du Moyen Age, était donc un vaisseau. Restait à trouver, pour la cervelle qui est le guide et l’âme de ce vaisseau, un nom concordant à ceux sous lesquels son avant et son arrière étaient désignés ; ce nom, l’esprit populaire moderne l’a rencontré c’est la boussole. Perdre la boussole est donc perdre la cervelle, divaguer, battre la campagne.

Ainsi, un orateur qui s’embrouille dans ses motifs, un poète dans ses fantaisies, un mathématicien dans ses calculs, un philosophe dans ses raisonnements, un coupable dans sa défense, un médecin dans son diagnostic, un général d’armée dans ses manœuvres, sont autant de gens chez qui les pensées se dérobent en même temps qu’elles naissent, et qui ont perdu la boussole.

On dit aussi Perdre le nord, pour exprimer la même idée, et nous pouvons lire ainsi dans Le Chansonnier philosophe (1853), de H. Parra :

 

Tuant la raison et la rime,
Plein d’une sotte vanité,
Plus d’un auteur en vain s’escrime,
Croyant un jour être porté
Au sein de l’immortalité.
A chacun de ces faux poètes
Mon refrain s’adresse d’abord :
Nous avons déjà trop de bêtes ;
Tu perds le nord !

 

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9 mai 2020 6 09 /05 /mai /2020 08:45

Rappelez-vous ;

Il y a 93 ans jour pour jour le 9 mai 1927 :

Disparaissait "l’Oiseau blanc"

lors de sa traversée de l’Atlantique

Timbre émis pour le 40ème anniversaire de la tentative
de traversée de l’Atlantique par Charles Nungesser et François Coli

Ce jour-là, le journal La Presse annonce à la Une l’exploit de deux aviateurs, Charles Nungesser et François Coli. Ils ont décollé la veille pour une traversée de l’Atlantique dans le sens France-Amérique. Mais le journal a parlé trop vite. Les deux pionniers de l’aviation ne sont jamais arrivés à New-York : ils ont disparu !

Que s’est-il passé ?
On ne sait pas vraiment. Nungesser était un pilote chevronné, un héros de la première guerre mondiale. Quant à Coli, il était aussi un pilote expérimenté et avait accompli deux traversées de la Méditerranée. Les deux s’associent au constructeur Levasseur qui conçoit leur avion, nommé l’Oiseau blanc. Tout est étudié pour ce vol à hauts risques. Aujourd’hui, bien entendu, ça n’a l’air de rien. A l’époque, c’est une prouesse

Qu’a de spécial cet avion ?
C’est un biplan doté d’un fuselage « marin », sa forme offrant la possibilité d’amerrir, comme un hydravion. Cette particularité permet par ailleurs de larguer le train d’atterrissage une fois en l’air pour alléger l’appareil et donc le charger davantage en carburant. L’Oiseau blanc décolle le 8 mai du Bourget. Il est aperçu un peu partout : dans le ciel normand, en Irlande... D'Autres témoins affirment l’avoir vu à Terre-Neuve et Long Island.

 

L’Oiseau blanc de Nungesser et Coli

Seulement l’avion ne se posera jamais, comme c’était prévu, face à la statue de la Liberté, où une foule s’est réunie ce 9 mai 1927. Neuf décennies plus tard, on ignore encore ce qui a pu se passer au juste.

On doit beaucoup à ces pionniers, certains y ont laissé la vie
Ils ont en effet contribué au développement de l’aviation. Pensez à Lindbergh qui relèvera le défi, deux semaines plus tard, avec succès. De nos jours, nous avons Bertrand Piccard, par exemple, avec son Solar Impulse, l’avion à énergie solaire. Il est en train de boucler son tour du monde, avec bientôt la traversée de l’Atlantique !

 

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4 mai 2020 1 04 /05 /mai /2020 21:09
La rétro du lundi.............

«J'en peux plus!» Cette expression si familière que personne n'y prête attention est bien plus noble qu'il n'y paraît. Pensez: elle a cours en France depuis le 14e siècle. Au moment où la peste noire et la Guerre de Cent ans ravageaient la France, on disait déjà «n'en plus pouvoir». Au siècle précédent, au temps de Philippe Auguste et de saint Louis, on était déjà «mal en point»: on l'est encore, huit cents ans après.

Voilà ce qu'on apprend en picorant dans le Bouquet des expressions imagées, un gros volume de 1700 pages où sont rassemblées les milliers de locutions qui émaillent ou ont émaillé le langage courant des Français, chez les bourgeois et dans le peuple, à la cour, aux champs et à l'usine. Pour mener à bien ce travail encyclopédique, les auteurs - Claude Duneton pour la première édition de 1990, Sylvie Claval pour cette version revue et augmentée - ont épluché des dizaines de dictionnaires et de récits littéraires ou populaires. Puis ils ont classé méticuleusement leur faramineuse cueillette: l'index final fait 450 pages. J’y ai picoré quelques expressions que voici:

● Pretantan, pretentaine

Il y a des formules qui meurent, dérivent où se transforment. En 1842, apparaît l'expression « aller par quatre chemins » qui évoque quelqu'un qui marche ou parle sans savoir où il va. Elle n'est plus usitée que sous sa forme négative - «ne pas aller par quatre chemins ».

En 1642, on disait d'un homme qui allait et venait sans but ni raison qu'il « courait la prétentaine ». Utilisée au sujet d'une femme, l'expression prenait un sens figuré, signifiant que la personne du sexe se livrait à un vagabondage interdit par la bienséance et donc suspect de libertinage ! Le mot prétentaine ne nous est plus familier, et pour cause, il évoque un bruit qu'on n'entend plus au 21e siècle. Ménage expliquait dans son dictionnaire que c'est « une onomatopée du bruit que font les chevaux en galopant : pretantan, pretantan, pretantaine ».

● Sainte Geneviève et saint Marceau

L'amitié a inspiré de belles métaphores populaires. Au 17e, on disait de deux amis qu'ils étaient «comme les deux doigts de la main» ou «comme sainte Geneviève et saint Marceau». Au 18e, on est «amis comme cochons». Au 19e, on a «des atomes crochus avec quelqu'un» ; on est aussi «à tu et à toi» ou encore «cul et chemise».

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13 avril 2020 1 13 /04 /avril /2020 08:52
La rétro du lundi.............

Rappelez-vous ! ; "13 avril 1598 : édit de Nantes"

 

Par cet édit, tout seigneur de fief haut-justicier pouvait avoir dans son château plein exercice de la religion prétendue réformée ; tout seigneur sans haute-justice pouvait avoir trente personnes à son prêche.

L’entier exercice de cette religion était autorisé dans tous les lieux qui rassortissaient immédiatement à un parlement. Les calvinistes pouvaient faire imprimer, sans s’adresser aux supérieurs, tous leurs livres dans les villes où leur religion était permise. Ils étaient déclarés capables de toutes les charges et dignités de l’Etat.

Il y avait une chambre expres au parlement de Paris, composée d’un président et de seize conseillers, laquelle jugeait tous les procès des réformés, non seulement dans le district immense du parlement de Paris, mais dans ceux de Normandie et de Bretagne.

Ils avaient, à Castres, une espèce de petit parlement, indépendant de celui de Toulouse. Il y avait aussi, à Grenoble et à Bordeaux, des chambres mi-parties catholiques et calvinistes. Leurs églises s’assemblaient en synodes, comme l’église gallicane, etc.

Henri IV ne fit vérifier cet édit au parlement que l’année suivante, lorsque le légat fut hors du royaume.

Les 5 derniers billets de la semaine 

 

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6 avril 2020 1 06 /04 /avril /2020 09:41

Les tous derniers billets ....

 

 

La rétro du lundi.............

 

 

 

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