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Le Blog De Papy-Bougnat

  • Papy-bougnat
  • De moi. retraité, passionné, curieux, gourmet, vivant au vert en Aquitaine
Signe particulier : « Ayant attrapé tout jeune la maladie bleue et pas guéri à ce jour !
Dans ce blog vous trouverez un peu de vérité, beaucoup de passion, et quelques coups de gueule 
Bonne route & merci pour votre visite
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Il est très ... Exactement

 

 

 

             

Le petit dernier

 

A L'affiche..

La culture Ne s'hérite pas, Elle se conquiert. 

[André Malraux]

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Actu du jour...

 

 Passion Palombe

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Attention ! Passion Palombe...

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C'est ici que ça se passe ............

Au mois d'octobre de chaque Année

 

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Tient ! 

IL y a une Palombière par ici .........?

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privilège

 

 

 
 

 .         

6 juin 2020 6 06 /06 /juin /2020 06:43
6 juin 1944 le " D-DAY

A propos du Débarquement du 6 juin 1944

"Tout à été dit ou presque à nos jours

Mais connaissez-vous ces histoires secrètes du D-Day ……….."

D'où viennent les noms des plages du jour J ?

Côté américain, on aurait choisi Utah, l'un des 48 Etats du pays, et Omaha, une ville du Nebraska, car des officiers de l'état-major en étaient originaires. Côté britannique, le général Montgomery propose Goldfish et Swordfish (« poisson rouge » et « espadon »). Raccourcis, ils deviennent Gold Beach et Sword Beach. En revanche, pour la troisième plage, il suggère Jellyfish (« méduse »), qui est rejeté : Jelly Beach, littéralement « la plage de la confiture », serait embarrassant en cas de bataille sanglante. L'officier canadien Dawnay lance alors le prénom de sa femme, Juno, qui donne donc Juno Beach.

Opération Pluto : le salut vient des profondeurs

Après le Débarquement, plusieurs milliers de tonnes de carburant seront nécessaires chaque jour pour assurer la progression de l'armée alliée à travers la France. Or, l'approvisionnement par les pétroliers est lent et périlleux. Dès 1942, des ingénieurs britanniques élaborent, sur le modèle des câbles télégraphiques, des pipelines souples, suffisamment lourds pour être largués au fond de la Manche et résister aux courants. Une fois les Alliés arrivés en Normandie, ils sont enroulés autour d'immenses tambours (photo) convoyés par bateau, et déroulés entre les côtes de l'Angleterre et celles de la France - c'est l'opération Pluto. Et dès septembre 1944, un pipeline est opérationnel entre l'île de Wight, près de la côte anglaise, et Cherbourg, dans la Manche - soit 130 kilomètres de tuyaux sous-marins.

Et pendant ce temps-là, le Führer dormait...

Hitler n'est pas du matin. Comme son pire ennemi Staline, il se couche et se lève tard. Et le 6 juin, malgré les nouvelles venues de Normandie, personne n'ose le réveiller dans sa résidence montagnarde de Bavière. Le bruit court, en plus, que ce débarquement n'est qu'une manœuvre de diversion, donc inutile de déranger le Führer... Quand il sort enfin de sa chambre, vers 10 heures, près de 100 000 soldats alliés ont déjà pris pied sur le sol français. Cependant, il ne montre guère d'inquiétude, plutôt même du soulagement: les choses sérieuses ont enfin commencé! Hitler est persuadé que l'armée allemande va rejeter les alliés à la mer. Il n'aura plus alors qu'à écraser l'URSS. On connaît la suite.

Comment l'espion Garbo a mené Hitler en bateau

Les Allemands l'appellent Arabel. Cet Espagnol est entré à leur service en 1941 et c'est un de leurs espions les plus efficaces. Dans la nuit du 5 au 6 juin, il prévient ses correspondants, par message codé, qu'un assaut allié va avoir lieu en Normandie. Même si l'information est trop tardive, les Allemands sont épatés par le talent d'Arabel: ce diable d'homme a réussi à découvrir la date du Débarquement! Or Arabel est en train de rouler les Allemands. C'est sciemment qu'il leur a envoyé ce message un peu trop tard. Cet agent double travaille en fait sous le nom de Garbo pour le MI5, les services secrets britanniques. Il applique à partir du 6 juin la suite de leur plan. L'opération qui se déroule en Normandie n'est qu'un leurre, explique-t-il aux hommes du Reich: la véritable bataille sera livrée par les Anglo-Américains dans le Pasde-Calais, quelques semaines plus tard. Sur les conseils d'Arabel, Hitler garde donc sept divisions en réserve dans le nord de la France, laissant le champ libre aux forces alliées. Arabel-Garbo le berne si bien qu'il recevra en juillet la Croix de fer, distinguant les plus fidèles serviteurs du Reich. Il sera également décoré par les Britanniques.

Les paras résistent aux tentatrices

À la veille du Débarquement, les canons allemands installés à Merville, dans le Calvados, tiennent tête aux bombardements alliés. Or ces pièces d'artillerie menacent la plage de Sword, où doivent aborder les Britanniques. L'état-major anglais met alors au point une opération périlleuse : des avions vont larguer sur Merville les parachutistes du 9e bataillon, dans la nuit du 5 au 6 juin. Ils devront neutraliser la batterie allemande avant le D-Day. D'ici là, ces soldats ont pour consigne de taire leur mission, car les espions allemands pullulent en Angleterre. Afin de tester leur discrétion, l'officier qui commande l'unité mobilise trente jolies filles des forces auxiliaires de la Royal Air Force. Elles abordent les parachutistes pendant leur temps libre, dans les pubs des alentours, et tentent de leur délier la langue. Mais aucun d'entre eux ne tombera dans ce piège charmant! C'est d'autant plus méritoire qu'ils sont tous célibataires...

Quand le général Eisenhower envisageait le pire

« Les forces que nous avons débarquées en Normandie n'ont pas réussi à établir une tête de pont suffisante. J'ai donné l'ordre de les retirer. [...]. » La veille du Débarquement, le 5 juin, le général Eisenhower prépare la lettre qu'il lira en cas de défaite. De fait, les premières heures sur Omaha Beach s'avèrent catastrophiques : de nombreux soldats se noient. Et ceux qui arrivent sur la plage se font massacrer. À midi, la situation bascule. Eisenhower peut alors jeter sa lettre pessimiste à la corbeille. Mais heureusement pour l'Histoire, un assistant la ramassera derrière lui.

Les Comanches parlent aux Comanches  

« Le débarquement s'est bien passé » : voilà les premiers mots prononcés par un des opérateurs radio américains, rejoignant la plage d'Utah Beach au milieu des 23 000 combattants alliés. Ces 14 opérateurs amérindiens parlent en comanche, ce qui constitue la plus sûre des protections contre les écoutes allemandes. Voilà comment les code talkers, comme on les appelle, vont délivrer toute la journée des messages inviolables à leur état-major, où ils sont traduits en anglais par un autre opérateur amérindien. Les messages sont agrémentés de métaphores remplaçant les termes n'existant pas dans leur langue: ainsi la « tortue » désigne le char, et le bombardier devient « l'oiseau enceint » !

Gustav, messager héroïque des plages normandes

Infatigable Gustav ! Le 6 juin, vers 8 heures du matin, ce pigeon voyageur s'échappe des mains de Montague Taylor, un journaliste de l'agence Reuters. Montague vogue alors à bord d'une barge lancée vers les plages normandes. Sitôt lâché dans les airs, Gustav s'envole pour une base de l'armée située sur Thorney Island, dans le Sussex, en Angleterre. Malgré un vent de face de 48 km/h, le volatile franchit 240 km en cinq heures et délivre au sergent Halsey les premières nouvelles du Débarquement ?- par crainte d'espionnage, toute communication radio a été coupée. Après-guerre, Gustav sera décoré de la médaille Dickin, équivalent de la Victoria Cross pour les animaux.

Qui a inspiré ces étranges grilles de mots croisés ?

En mai 1944, les mots croisés d'un quotidien britannique, The Daily Telegraph, affolent les services secrets. Le mot « Utah » apparaît dans une grille le 2 mai, puis « Omaha » le 22, et « Overlord » le 27. Autant de noms de code liés au Débarquement. Une taupe utilise-t-elle ces jeux pour informer l'ennemi ? Non : il est vite établi que leur auteur n'a rien d'un espion. Aurait-il entendu des soldats employer ces noms secrets ? Aujourd'hui encore, l'origine de ces mots croisés demeure mystérieuse.

Les mariés du jour J

Elle s'appelle Juliette Le Cambaye et a 16 ans. Lui, c'est Georges Brault, 24 ans. Ils ont prévu de se marier à Sainte-Mère-Eglise, le 6 juin 1944. Mais la veille de la cérémonie, les premiers parachutages ont lieu. Les familles des deux jeunes gens fuient leur maison. Juliette erre de fossé en abri, tremblant pour Georges, qui a disparu. Puis elle le retrouve, indemne. Ils se marieront dans une grange, le 23 juin, avec pour repas de noces des rations de guerre et des conserves offertes par les soldats américains.

157 000 hommes... et une femme

La journaliste américaine Martha Gellhorn n'a pas froid aux yeux. Le 6 juin, se faisant passer pour une infirmière, elle embarque sur un navire-hôpital chargé d'assurer les soins lors du Débarquement. Puis elle se change dans les toilettes, enfilant une tenue masculine de brancardier. Et le 8 au matin, elle débarque sur Omaha Beach en compagnie de la seconde vague alliée. Ainsi sera-t-elle la seule femme ayant participé au jour J.

 

La sanglante répétition de Slapton Sands

Si ces soldats ont l'air tranquille, c'est que ce débarquement n'est qu'une simulation... À quelques semaines du jour J, les Alliés organisent une répétition générale, nommée opération Tigre, avec 30 000 soldats. L'état-major britannique a réquisitionné la plage de Slapton Sands, dans le sud de l'Angleterre, car elle ressemble à Utah Beach, en Normandie. Comme prévu, le 21 avril 1944, un convoi maritime approche du rivage. Nul ne remarque les vedettes allemandes venues de Cherbourg qui foncent sur l'arrière-garde du convoi et tirent soudain des torpilles. Trois bateaux sont touchés, 749 militaires anglais et américains tués. Mais ce désastre permettra de corriger des erreurs pour le jour J, notamment la mauvaise conception des gilets de sauvetage.

Pourquoi le 6 ?

Les Américains ont installé des stations météo en Atlantique Nord dès 1941 . Leurs experts savent qu'après une perturbation le temps sera calme le 6 juin. Les Allemands, eux, croient tout débarquement impossible ce jour-là. Leur chef, Rommel, est même parti en permission !

 

 

Le premier village libéré

Dans la nuit du 5 au 6 juin, une trentaine de parachutistes américains s'emparent de Sainte-Mère-Eglise. Vers 4 heures du matin, ils hissent le drapeau étoilé sur le toit de la mairie. Sainte-Mère est le premier village libéré de France.

 

 

Et les Français ?

177 hommes composent le seul bataillon français participant au D-Day, sur Sword Beach. Il est dirigé par le capitaine Philippe Kieffer. Cependant, environ 3 000 autres Français - parachutistes, marins, aviateurs - sont impliqués dans l'opération.

 

Les Allemands n'en ont pas cru leurs yeux

«Désolé, je suis en retard », s'exclame fort poliment lord Lovat le 6 juin 1944, en retrouvant, à la tête de son 1er détachement du service spécial, les parachutistes de la 6e division aéroportée au Pegasus Bridge à Bénouville - entre Caen et le littoral. Lovat exagère: il est 13 h 32, la jonction était prévue deux minutes avant. Il faut dire que ce noble écossais est un original. Quelques heures plus tôt, il a débarqué sur la plage à la tête de son unité, accompagné d'un joueur de cornemuse, Bill Millin. Les Alliés ont été sidérés par le spectacle de ce grand type en pull à col roulé blanc et pantalon de velours kaki, habillé comme pour une partie de chasse et avançant au son de la musique écossaise. L'excentricité de Lovat et Millin leur a d'ailleurs sans doute sauvé la vie. Des Allemands faits prisonniers confieront avoir renoncé à leur tirer dessus, les croyant dérangés.

Robert Capa, un photographe dans la tempête

« La mer houleuse nous trempe [...]. Les vomissements commencent. Mais cette invasion est si raffinée [ ... ] que de petits sacs en papier ont été prévus. » Même dans sa barge, en route vers l'enfer d'Omaha Beach, Robert Capa garde le sens de l'humour. Ce génial photographe ne porte ni fusil ni munitions, mais un appareil Zeiss Ikon. Malgré sa peur, il le déclenche dès la plage atteinte et prend plusieurs clichés, quasiment les seuls du Débarquement. Ils sont publiés dans le magazine Life le 19 juin 1944, notamment le célèbre Visage dans les vagues Selon une version (contestée depuis), Capa aurait même pris une centaine d'autres photos, détruites par une erreur de développement.

 

Opération Neptune ou Overlord ?

 

Neptune, Overlord, D-Day. Trois noms souvent entendus à l’occasion des commémorations du débarquement en Normandie et qui ont tendance à être interchangeables. Pourtant, chacun désigne bien un événement particulier.
L’opération Neptune est le nom de code donné au débarquement en Normandie des troupes alliées en juin 1944 lors de la Seconde Guerre mondiale. Cette opération incluait de nombreux mouvements : la traversée de la Manche par plusieurs milliers de navires ; les opérations aéroportées la nuit précédente ; les bombardements préparatoires aériens et navals des défenses côtières allemandes ; le parachutage de milliers d'Américains au matin du 6 juin ; le débarquement des troupes sur les plages d'Utah Beach et Omaha Beach pour les Américains, Gold Beach, Juno Beach pour les Canadiens et Sword Beach pour les Anglo-Canadiens et Français libres des commandos Kieffer.
L'opération Neptune est la partie débarquement et établissement d'une tête de pont côtière au sein de la plus vaste opération Overlord qui visait quant à elle à l'établissement d'une tête de pont de plus grande échelle dans le Nord-Ouest de l'Europe.
Le D-Day, ou jour J en français, désigne quant à lui le 6 juin 1944, date à laquelle a débuté le débarquement allié en Normandie et qui a été l’objet de nombreux films parmi lesquels « Le jour le plus long » (1962) et « Il faut sauver le soldat Ryan » (1998) notamment au travers de sa séquence très réaliste du débarquement sur la plage d’Omaha Beach.

C‘était çà le 6 juin 1944

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1 juin 2020 1 01 /06 /juin /2020 08:18

Rappelez-vous ! "  

1er juin 1841 : "décès de l’inventeur
de la conserve alimentaire Nicolas Appert"

 

(D’après « Rapport de l’exposition universelle internationale de 1889,
section viandes, poissons, légumes et fruits » (par Julien Potin,
de la Maison Félix Potin, fabricant de produits alimentaires), paru en 1891
)

Appert résolut le problème difficile de la conservation des substances alimentaires, que beaucoup avaient cherché avant lui, dont quelques-uns avaient entrevu la solution et que lui seul a fait passer de l’état de rêve à celui de la réalité

 

Parmi les hommes de science dont la mémoire est digne d’être conservée, il en est qui, se bornant aux études théoriques, dégagent les grandes lois de la nature d’une masse de faits jusque-là confusément reliés et compris. Ces lois deviennent alors comme des phares : elles guident dans leurs travaux les nouvelles générations de chercheurs qui peuvent aller sans cesse progressant.

À côté de ces génies de la théorie, travaillent, dans une voie parallèle, d’autres savants qui cherchent à utiliser ces connaissances de la nature, à tirer des recherches spéculatives une source nouvelle de bien-être pour l’humanité. Quelquefois, le même esprit théorique et pratique se trouve réuni en un homme, mais la plupart du temps, l’un ou l’autre domine et caractérise tel ou tel savant qui ne choisit pas sa voie, mais y est poussé naturellement par son tempérament et son esprit.
S’il est merveilleux de débrouiller les lois de la nature et de se laisser aller aux spéculations théoriques, n’est-ce pas aussi un résultat magnifique que de conquérir une nouvelle industrie, et de donner, dans une plus large mesure, satisfaction aux besoins journaliers de l’existence ?

Appert a été un de ces génies utilitaires. Guidé par une idée dont on peut, à diverses époques de sa vie, suivre nettement la trace, il a fini par résoudre pratiquement ce problème difficile de la conservation des substances alimentaires, que beaucoup avaient cherché avant lui, dont quelques-uns avaient entrevu la solution et que lui seul a fait passer de l’état de rêve à celui de la réalité. Il ne peut y avoir aucun doute à ce sujet. Certes d’autres avant lui avaient eu et avaient exprimé cette idée dont la simplicité est remarquable. Cela ne constitue pas une antériorité. La découverte de la conservation est bien due à Appert, puisque c’est lui qui l’a pratiquement réalisée.

Parmi ses prédécesseurs, on cite notamment Boerhaave, Glauber et plus tard Gay-Lussac, qui ont indiqué des moyens de conservation. On a aussi attribué au pasteur livonien Eisen l’invention des conserves ; le pasteur Eisen s’est borné à conserver des substances par la dessiccation. Depuis Appert, l’industrie des conserves est devenue la base d’une grande industrie nationale.

Nicolas Appert est né, en 1749, à Châlons-sur-Marne. Nous ne savons que peu de choses du début de sa vie, sinon que, jusqu’en 1796 il s’occupa du commerce des produits alimentaires. On le retrouve, travaillant dans les caves de la Champagne, dans les brasseries, les offices, les magasins d’épicerie. La confiserie l’occupa plus longuement, et, pendant quinze ans, il fut établi confiseur, rue des Lombards.

C’est pendant cette période que son idée dominante germa, prit corps et finit par l’occuper uniquement. Il avait remarqué dans tous ses travaux combien était précieuse l’action du feu sur les substances alimentaires. C’est grâce au feu qu’il pouvait modifier non seulement le goût, mais aussi la nature de ses aliments ; il devait arriver à conserver ceux-ci par l’action du feu.

Appert quitta le commerce et vint s’établir à Ivry-sur-Seine, en 1796. Il fut même nommé officier municipal de cette commune le 7 messidor an III (25 juin 1795) et exerça ces fonctions pendant plusieurs années. Son séjour à Ivry fut fécond. C’est là qu’à force de patience, de travail et de science, il obtint la réalisation pratique de son idée. Mais le moment était peu favorable pour l’industrie et le commerce. Appert dut avoir recours à des industriels anglais pour obtenir quelques fonds, et, en 1804, il quitta Ivry pour venir s’installer à Massy, où il fonda sa fabrique.

La première application du procédé date donc de 1804, époque à laquelle Appert installa son usine à Massy. Celle-ci occupait une surface de 4 hectares, presque toute consacrée à la culture du pois et du haricot. Appert dirigeait les travaux. Les quelques rares personnes qui l’ont connu se rappelèrent plus tard ce petit homme gai, travailleur, toujours prêt à renseigner chacun, aussi bon qu’actif, et qui avait, à Massy, su gagner l’amitié de tout le monde. Il occupait pendant la saison vingt-cinq à trente femmes pour écosser les pois et éplucher les haricots.

Dès le début, vers 1804, Appert fit constater officiellement par des expériences faites sur plusieurs navires la valeur de ses conserves. Cependant, tandis qu’il continuait à mener à Massy sa petite vie calme et laborieuse, sa découverte faisait grand bruit ; les corps savants, les journalistes, le public s’y intéressaient. Le 15 mars 1809, la Société d’encouragement pour l’industrie nationale entendait un rapport de sa commission sur le procédé. Guyton-Morveau, Parmentier, Bouriat, qui composaient cette commission, avaient examiné des substances conservées depuis plus de huit mois et leurs conclusions étaient des plus favorables à Appert. La presse lui adressait des louanges. « M. Appert, disait le Courrier de l’Europe du 10 février 1809, a trouvé l’art de fixer les saisons : chez lui, le printemps, l’été, l’automne vivent en bouteilles, semblables à ces plantes délicates que le jardinier protège sous un dôme de verre contre l’intempérie des saisons. »

Nicolas Appert. © Crédits illustration : Roland Irolla

Enfin, une commission officielle chargée d’étudier le procédé fut nommée. Le bureau consultatif des arts et manufactures accorda à Appert une somme de 12 000 francs à titre d’encouragement. Son ouvrage L’art de conserver pendant plusieurs années toutes les substances animales et végétales parut en 1810. Il s’y donnait comme titre « ancien confiseur et distillateur, élève de la bouche de la maison ducale de Christian IV ».

Avant Appert, les principaux moyens de conservation employés étaient la dessiccation, l’usage du sel et celui du sucre. Or, par aucun de ces moyens, on ne peut conserver les aliments sous une forme rappelant l’état frais. Notre savant explique que « l’action du feu détruit, ou au moins neutralise tous les ferments, qui, dans la marche ordinaire de la nature, produisent ces modifications qui, en changeant les parties constituantes des substances animales et végétales, en altèrent les qualités. » L’ouvrage d’Appert fut rapidement épuisé ; il s’était vulgarisé et se désignait ordinairement sous le titre de Livre de tous les ménages. Une seconde édition en fut publiée en 1811 et une troisième en 1813.

Une étape importante dans la vie d’Appert est le voyage qu’il fit à Londres en 1814. « Lors de mon voyage à Londres en 1814, dit-il dans la quatrième édition de son ouvrage, j’ai vu dans une taverne de la Cité, celle où la Banque donne ses fêtes, un appareil à vapeur fort simple, au moyen duquel on peut faire cuire tous les jours le dîner de cinq à six cents personnes. » L’emploi de la vapeur parut de suite indiqué à Appert pour faire en grand la cuisson des conserves.

Le voyage à Londres avait un autre intérêt. Les Anglais s’étaient très vivement intéressés aux recherches d’Appert et un Français, Gérard, avait apporté à Londres les idées et l’ouvrage d’Appert. Une grande société s’était fondée qui, en moins de trois ans, perdit une somme de 100 000 francs en cherchant à rendre pratique la conserve enfermée dans des boîtes de fer-blanc. Une des grandes objections qui avaient été faites à Appert, notamment par la Commission officielle, était en effet la fragilité des vases de verre qu’il employait. La substitution du fer-blanc au verre devint la principale préoccupation d’Appert à sa rentrée en France.

Obligé d’abandonner son établissement de Massy bouleversé en 1814 et 1815 par les alliés qui l’avaient transformé en hôpital, Appert se réfugia à Paris où il installa dans un petit logement, rue Cassette, les quelques appareils qu’il put emporter. Bien que fort gêné, il continua tant bien que mal à s’y livrer à ses recherches. Fort heureusement, le gouvernement lui accorda un local vaste et commode aux Quinze-Vingts et c’est là qu’à la suite de nouvelles recherches et de nouvelles expériences, il put porter plus loin ses perfectionnements.

Appert ne put jouir, dans les dernières années de sa vie, du fruit de ses labeurs et de sa découverte. Préoccupé par son travail, il ne s’apercevait point qu’il y dépensait toute sa fortune et tous ses gains. En 1816, sa fabrique de Massy, couverte d’hypothèques, avait été vendue. L’inventeur n’était pas doublé d’un commerçant et il eut à essuyer plusieurs déboires. Il dut se retirer à Massy dans une petite maison dite « maison du Cadran ». Là, il continua à travailler, aidé dans une bien faible mesure, par la rente de 1 200 francs que lui servit l’État.

Nicolas Appert. Timbre émis le 7 mars 1955 dans la série Inventeurs. Dessin de Henry Cheffer

Mais il devenait plus faible, son existence traînait sans qu’il eût la force d’ajouter à sa découverte, sans qu’il eût la joie de se sentir entouré et aimé par les siens. Une vieille servante seule resta auprès de lui. Depuis longtemps il était séparé de sa femme et aucun parent ne vint consoler le vieillard. C’est dans l’abandon qu’il mourut le 1er juin 1841, et son corps fut placé dans la fosse commune.Appert ne put jouir, dans les dernières années de sa vie, du fruit de ses labeurs et de sa découverte. Préoccupé par son travail, il ne s’apercevait point qu’il y dépensait toute sa fortune et tous ses gains. En 1816, sa fabrique de Massy, couverte d’hypothèques, avait été vendue. L’inventeur n’était pas doublé d’un commerçant et il eut à essuyer plusieurs déboires. Il dut se retirer à Massy dans une petite maison dite « maison du Cadran ». Là, il continua à travailler, aidé dans une bien faible mesure, par la rente de 1 200 francs que lui servit l’État.

 

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18 mai 2020 1 18 /05 /mai /2020 21:59

Fichtre ! Dame !

D'où sortent ces expressions anciennes qui courent encore ?

«Tirer la langue», « Mon petit doigt m'a dit », «nom d'un chien!»... voyons en détails ce que veulent dire ces expressions imagées dont le langage courant est friand.

Perdre la boussolePerdre la raison )

Voilà un de ces rares dictons populaires qu’on voudrait voir pénétrer dans la langue polie, parce qu’ils semblent, par la pureté irréprochable de leur formule et la justesse de leur application, avoir des titres à cet honneur. Mais il en est des mots comme des hommes les meilleurs, leur fortune dépend du hasard et du caprice plus que de leur seul mérite.

Il serait à souhaiter que Perdre la boussole fît son chemin par les mêmes moyens ; l’essentiel est d’arriver. Comment rendre d’une manière plus vraie et en même temps plus piquante l’état momentané de la raison dévoyée, et les sottises d’un malheureux qui a, comme on dit plus simplement, perdu la tête ?

Ce qui ajoute à l’excellence de cette métaphore, c’est que, au Moyen Age, les médecins comparaient la tête de l’homme à un vaisseau dont la partie antérieure ou sinciput était la proue, et la partie postérieure ou occiput était la poupe. On rencontre plusieurs fois employées dans ce sens les deux expressions prora et puppis, dans Constantin, moine du Mont-Cassin qui vivait en 1070, et dont nous avons un in-folio d’Opera medica. Elles sont d’abord dans son traité de la Cure des maladies (liv. I, ch. X et XVI ; liv. III, ch. XIV, XV et XVI), puis dans sa Pantechnie (liv. II, ch. III), où il s’exprime ainsi :

« Il y a, à la proue de la tête un os, le coronal, qui diffère du crâne, et qu’on appelle le front ; il y a également, à la pouppe, un os qui diffère aussi du crâne, qui a la forme du lambda grec, et qu’on appelle proprement la pouppe. »

La tête, au sentiment des praticiens du Moyen Age, était donc un vaisseau. Restait à trouver, pour la cervelle qui est le guide et l’âme de ce vaisseau, un nom concordant à ceux sous lesquels son avant et son arrière étaient désignés ; ce nom, l’esprit populaire moderne l’a rencontré c’est la boussole. Perdre la boussole est donc perdre la cervelle, divaguer, battre la campagne.

Ainsi, un orateur qui s’embrouille dans ses motifs, un poète dans ses fantaisies, un mathématicien dans ses calculs, un philosophe dans ses raisonnements, un coupable dans sa défense, un médecin dans son diagnostic, un général d’armée dans ses manœuvres, sont autant de gens chez qui les pensées se dérobent en même temps qu’elles naissent, et qui ont perdu la boussole.

On dit aussi Perdre le nord, pour exprimer la même idée, et nous pouvons lire ainsi dans Le Chansonnier philosophe (1853), de H. Parra :

 

Tuant la raison et la rime,
Plein d’une sotte vanité,
Plus d’un auteur en vain s’escrime,
Croyant un jour être porté
Au sein de l’immortalité.
A chacun de ces faux poètes
Mon refrain s’adresse d’abord :
Nous avons déjà trop de bêtes ;
Tu perds le nord !

 

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9 mai 2020 6 09 /05 /mai /2020 08:45

Rappelez-vous ;

Il y a 93 ans jour pour jour le 9 mai 1927 :

Disparaissait "l’Oiseau blanc"

lors de sa traversée de l’Atlantique

Timbre émis pour le 40ème anniversaire de la tentative
de traversée de l’Atlantique par Charles Nungesser et François Coli

Ce jour-là, le journal La Presse annonce à la Une l’exploit de deux aviateurs, Charles Nungesser et François Coli. Ils ont décollé la veille pour une traversée de l’Atlantique dans le sens France-Amérique. Mais le journal a parlé trop vite. Les deux pionniers de l’aviation ne sont jamais arrivés à New-York : ils ont disparu !

Que s’est-il passé ?
On ne sait pas vraiment. Nungesser était un pilote chevronné, un héros de la première guerre mondiale. Quant à Coli, il était aussi un pilote expérimenté et avait accompli deux traversées de la Méditerranée. Les deux s’associent au constructeur Levasseur qui conçoit leur avion, nommé l’Oiseau blanc. Tout est étudié pour ce vol à hauts risques. Aujourd’hui, bien entendu, ça n’a l’air de rien. A l’époque, c’est une prouesse

Qu’a de spécial cet avion ?
C’est un biplan doté d’un fuselage « marin », sa forme offrant la possibilité d’amerrir, comme un hydravion. Cette particularité permet par ailleurs de larguer le train d’atterrissage une fois en l’air pour alléger l’appareil et donc le charger davantage en carburant. L’Oiseau blanc décolle le 8 mai du Bourget. Il est aperçu un peu partout : dans le ciel normand, en Irlande... D'Autres témoins affirment l’avoir vu à Terre-Neuve et Long Island.

 

L’Oiseau blanc de Nungesser et Coli

Seulement l’avion ne se posera jamais, comme c’était prévu, face à la statue de la Liberté, où une foule s’est réunie ce 9 mai 1927. Neuf décennies plus tard, on ignore encore ce qui a pu se passer au juste.

On doit beaucoup à ces pionniers, certains y ont laissé la vie
Ils ont en effet contribué au développement de l’aviation. Pensez à Lindbergh qui relèvera le défi, deux semaines plus tard, avec succès. De nos jours, nous avons Bertrand Piccard, par exemple, avec son Solar Impulse, l’avion à énergie solaire. Il est en train de boucler son tour du monde, avec bientôt la traversée de l’Atlantique !

 

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4 mai 2020 1 04 /05 /mai /2020 21:09
La rétro du lundi.............

«J'en peux plus!» Cette expression si familière que personne n'y prête attention est bien plus noble qu'il n'y paraît. Pensez: elle a cours en France depuis le 14e siècle. Au moment où la peste noire et la Guerre de Cent ans ravageaient la France, on disait déjà «n'en plus pouvoir». Au siècle précédent, au temps de Philippe Auguste et de saint Louis, on était déjà «mal en point»: on l'est encore, huit cents ans après.

Voilà ce qu'on apprend en picorant dans le Bouquet des expressions imagées, un gros volume de 1700 pages où sont rassemblées les milliers de locutions qui émaillent ou ont émaillé le langage courant des Français, chez les bourgeois et dans le peuple, à la cour, aux champs et à l'usine. Pour mener à bien ce travail encyclopédique, les auteurs - Claude Duneton pour la première édition de 1990, Sylvie Claval pour cette version revue et augmentée - ont épluché des dizaines de dictionnaires et de récits littéraires ou populaires. Puis ils ont classé méticuleusement leur faramineuse cueillette: l'index final fait 450 pages. J’y ai picoré quelques expressions que voici:

● Pretantan, pretentaine

Il y a des formules qui meurent, dérivent où se transforment. En 1842, apparaît l'expression « aller par quatre chemins » qui évoque quelqu'un qui marche ou parle sans savoir où il va. Elle n'est plus usitée que sous sa forme négative - «ne pas aller par quatre chemins ».

En 1642, on disait d'un homme qui allait et venait sans but ni raison qu'il « courait la prétentaine ». Utilisée au sujet d'une femme, l'expression prenait un sens figuré, signifiant que la personne du sexe se livrait à un vagabondage interdit par la bienséance et donc suspect de libertinage ! Le mot prétentaine ne nous est plus familier, et pour cause, il évoque un bruit qu'on n'entend plus au 21e siècle. Ménage expliquait dans son dictionnaire que c'est « une onomatopée du bruit que font les chevaux en galopant : pretantan, pretantan, pretantaine ».

● Sainte Geneviève et saint Marceau

L'amitié a inspiré de belles métaphores populaires. Au 17e, on disait de deux amis qu'ils étaient «comme les deux doigts de la main» ou «comme sainte Geneviève et saint Marceau». Au 18e, on est «amis comme cochons». Au 19e, on a «des atomes crochus avec quelqu'un» ; on est aussi «à tu et à toi» ou encore «cul et chemise».

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13 avril 2020 1 13 /04 /avril /2020 08:52
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Rappelez-vous ! ; "13 avril 1598 : édit de Nantes"

 

Par cet édit, tout seigneur de fief haut-justicier pouvait avoir dans son château plein exercice de la religion prétendue réformée ; tout seigneur sans haute-justice pouvait avoir trente personnes à son prêche.

L’entier exercice de cette religion était autorisé dans tous les lieux qui rassortissaient immédiatement à un parlement. Les calvinistes pouvaient faire imprimer, sans s’adresser aux supérieurs, tous leurs livres dans les villes où leur religion était permise. Ils étaient déclarés capables de toutes les charges et dignités de l’Etat.

Il y avait une chambre expres au parlement de Paris, composée d’un président et de seize conseillers, laquelle jugeait tous les procès des réformés, non seulement dans le district immense du parlement de Paris, mais dans ceux de Normandie et de Bretagne.

Ils avaient, à Castres, une espèce de petit parlement, indépendant de celui de Toulouse. Il y avait aussi, à Grenoble et à Bordeaux, des chambres mi-parties catholiques et calvinistes. Leurs églises s’assemblaient en synodes, comme l’église gallicane, etc.

Henri IV ne fit vérifier cet édit au parlement que l’année suivante, lorsque le légat fut hors du royaume.

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6 avril 2020 1 06 /04 /avril /2020 09:41

Les tous derniers billets ....

 

 

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30 mars 2020 1 30 /03 /mars /2020 08:48
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Un peu D'histoire: Sur 

" Coronavirus : quatorzaine, quarantaine
et première quarantaine maritime
de l’Histoire "

Si la question se pose de l’utilisation du mot « quatorzaine », désignant la mise à l’isolement provisoire de personnes et apparu récemment dans les publications évoquant le Coronavirus (Covid-19), la première quarantaine maritime fut quant à elle décrétée en 1377 par la colonie vénitienne de Raguse, de nombreuses lois similaires entrant en vigueur dans les 80 années qui suivirent, notamment à Marseille, Venise, Pise et Gênes

Depuis l’arrivée de cette épidémie de Coronavirus, on parle de « quatorzaine ». Mais ce terme est-il justifié et bien utilisé dans la langue française pour désigner cette mesure de mise à l’écart de personnes, animaux ou même marchandises ?

À l’origine le mot quatorzaine est utilisé dans le monde juridique. En droit, la quatorzaine est un nom féminin singulier qui définit un « espace de quatorze jours qui s’observait légalement entre les diverses étapes d’une saisie judiciaire ». On retrouve aussi ce mot dans les dictionnaires d’autrefois. Le dictionnaire Émile Littré, dictionnaire de la langue française (1872-77) possède ce mot d’un autre temps : quatorzaine. C’est un terme de pratique ancienne qui indique un « espace de quatorze jours, qui s’observait de l’une à l’autre des quatre criées des biens saisis réellement. »

Quatorzaine est un substantif
Depuis l’arrivée du Coronavirus, les médias et les institutions se sont approprié le mot quatorzaine et l’utilisent à tout va. Mais dans la langue française, le sens de ce mot n’est pas forcément à être utilisé pour évoquer une mesure de mise à l’écart. C’est bien le mot quarantaine qui prime, même si cela ne se traduit pas

Habit et masque des médecins allant au contact des pestiférés. Gravure allemande de 1656

 obligatoirement par un isolement de 40 jours. Ceci-dit, nos « cousins » du Canada utilisent le mot quatorzaine qui désigne pour eux un espace de quatorze jours, dans leur langage courant.

Dans le cas du Covid-19, il semble préférable de privilégié le terme quatorzaine. La durée de l’incubation pouvant aller jusqu’à 14 jours. En cas de risque de contamination, il faut donc éviter tout contact avec l’extérieur pendant cette période. Voici la définition du mot quarantaine donnée par le dictionnaire Larousse : Quarantaine : « Mesure de police qui consiste à imposer un isolement provisoire de durée variable aux personnes, aux navires ou aux animaux et aux marchandises provenant d’un pays infecté par une maladie contagieuse ».

Un peu d’histoire : origine du mot « quarantaine » et première quarantaine maritime
La quarantaine symbolise l’isolement imposé (de quarante jours à l’origine) d’une personne ou d’un animal atteint ou susceptible d’être atteint d’une maladie contagieuse, et pour empêcher sa propagation. Le sens de ce mot vient de l’italien quarantena qui signifie quarantaine de jours, une période d’isolement imposée à Venise.

Tout concorde à affirmer que c’est dans l’Italie du nord de la fin du XIVe siècle que seraient nées les premières mesures quarantenaires de l’humanité. Durant l’été 1373, une épidémie de peste particulièrement virulente se déclare dans le duché de Milan. Aussitôt, un réseau organisé de points de contrôles sanitaires est installé, tout le long des routes et à l’entrée des grandes villes du duché. Face à l’étendue du mal, le seigneur de Milan, Bernabò Visconti, prend alors des mesures énergiques, quoique peu cruelles pour endiguer le mal : il enferme les pestiférés dans leurs maisons et les fait détruire.

Nous avons retrouvé dans les Chroniques de Milan du XIVe siècle un texte attestant des mesures prises, et en particulier l’exil des pestiférés dans la forêt pour y mourir. Méfiant, Bernabò Visconti institue également une quarantaine de dix jours pour tout voyageur suspect désirant entrer dans une des villes du duché, l’isolement se faisant prudemment à l’extérieur des murs, explique Patrice Bourdelais dans Les épidémies terrassées. Une histoire de pays riches (2003). Encore faut-il s’entendre sur la signification du mot « suspect » : sur quelles bases pouvait-on à cette époque juger d’un coup d’œil de l’état de santé d’un voyageur ?

Malgré de telles mesures drastiques, la population de Milan perdra plus des deux tiers de sa population, d’autant plus que cette peste estivale, en fauchant les agriculteurs, sera la cause du pourrissement sur pied des récoltes de blé. Ceux qui survivent à l’épidémie mourront de faim.

Tableau votif avec pour thème la grande peste de Vienne de 1679,
église Saint-Michel de Vienne (Autriche)

C’est quelques années plus tard, dans la même région, que naîtra véritablement la quarantaine au sens où nous l’entendons aujourd’hui. En juillet 1377, en pleine épidémie de peste, la colonie vénitienne de Raguse — capitale de la République maritime de Raguse, aujourd’hui Dubrovnik en Croatie — commence à emprisonner systématiquement tous les voyageurs en provenance des zones infectées. L’enfermement a lieu dans deux îles isolées, Mrkan et Bobara, situées au large de Cavtat — petite ville située à 20 km de Dubrovnik —, pour des périodes de trente jours, ou « trentines », rapporte l’historien de la médecine Mirko Drazen Grmek (1924-2000) dans Le concept d’infection dans l’Antiquité et au Moyen Âge, les anciennes mesures sociales contre les maladies contagieuses et la fondation de la première quarantaine à Dubrovnik (1980). Face au peu d’efficacité de la mesure, la période de détention des suspects est rapidement portée à quarante jours, d’où le nom de « quarantaine ».

Certains auteurs voient, dans ce trop rapide passage des trentines aux quarantaines, des considérations mystico-religieuses. Grmek pose ainsi la question : « Pourquoi quarante jours ? La durée d’incubation des maladies quarantenaires n’est pas si longue, et il est donc difficile d’admettre que ce délai ait été établi sur des bases empiriques ». Il est vrai que le choix du chiffre quarante n’était guère fortuit, tant ce chiffre était chargé de symbolique.

En effet, derrière les quarante jours, se profilait probablement une référence à la tradition chrétienne du carême, période de quarante jours de purification, avance Kilwein dans un article paru en 1995 au sein du Journal of Clinical Pharmacy and Therapeutics. D’autres auteurs, se cantonnant au registre biblique, y voient plutôt une référence au déluge — les eaux du déluge se sont abattues sur la terre sans interruption, pendant quarante jours et quarante nuits —, ou au séjour de Moïse sur le mont Sinaï, explique Johns Hopkins en 2001 dans Foundations of public health : history and development. L’isolement de quarante jours reste donc surdéterminé par divers facteurs non nécessairement médicaux et empiriques, suggère Mirko Drazen Grmek dans L’homme, la santé et la mer (1997).

Cependant, il est plus probable de voir dans cette période de 40 jours une réminiscence de l’ancien précepte d’Hippocrate, selon lequel une maladie aiguë doit nécessairement se déclarer dans les quarante jours de sa contraction. Cette explication donne raison au docteur Frank Gerard Clemow, médecin britannique qui avait été délégué de l’Angleterre au Conseil Supérieur de Santé de Constantinople, en 1904, et pour qui ces quarante jours correspondent plus simplement à l’affirmation hippocratique que le quarantième jour d’une maladie est un jour de crise, c’est-à-dire qu’il permet d’émettre une décision sur la bonne ou au contraire la funeste issue d’un épisode morbide (article de F. G. Clemow intitulé The origin of quarantine et paru dans The British Medical Journal).

Les médecins médiévaux étaient ainsi persuadés que le quarantième jour marquait la limite entre les maladies aiguës et celles chroniques. Une fièvre qui se prolongerait au-delà du quarantième jour perdait ainsi toute nature pestilentielle. Dans la même veine, les alchimistes du Moyen Âge accordaient une importance capitale aux mois philosophiques, ces cycles de quarante jours durant lesquels s’opéraient certaines transmutations, dont les processus de circulation, de digestion et de putréfaction.

Effrayé par l’intensité de l’épidémie de 1377, Jacob de Padoue, qui occupait alors le poste de médecin chef de Raguse, va même proposer de construire, hors des murs de la cité, un édifice destiné à traiter les citoyens malades ou simplement suspectés d’être pestiférés. Cela dénote un changement radical dans la procédure de la quarantaine : il ne s’agit plus seulement d’enfermer l’étranger. Obéissant à un vieux réflexe d’homéostasie, la société occidentale médiévale commence alors à fabriquer un système excluant ses propres membres, dès lors qu’ils sont seulement suspectés de représenter un danger pour l’ensemble de la communauté. La frontière n’est plus tracée entre malades et bien portants, mais plutôt entre sains et inconnus.

L’État de Raguse, dont l’économie florissante était alors essentiellement basée sur le commerce maritime, avait grand intérêt à protéger son port, car on savait qu’une épidémie de peste aurait eu pour effet immédiat de dissuader toute tractation avec les autres cités. C’est donc autant pour protéger ses concitoyens que pour préserver l’économie de l’État que le Recteur de Raguse — gouverneur de la cité,un nouveau recteur était élu mois — va éditer la célèbre Loi de Raguse de 1377, premier texte connu définissant et organisant les procédures de quarantaine

.Ci-contre.Scène de la peste de 1720 à la Tourette (Marseille). Peinture de Michel Serre

Cette loi énonce quatre principes fondamentaux, qui seront ensuite repris, à peu de choses près, par toutes les législations internationales ultérieures régissant les quarantaines :

1° Les citoyens ou voyageurs provenant de lieux infectés ne peuvent être admis à Raguse tant qu’ils n’auront pas été isolés pendant un mois ;

2° Aucun citoyen de Raguse n’est autorisé à pénétrer à l’intérieur de l’aire d’isolement, sous peine d’y être enfermé pendant trente jours ;

3° Les personnes chargées par le Grand Conseil de soigner ceux qui sont en quarantaine ne sont pas autorisées à leur ramener de la nourriture, sous peine de rester avec eux pendant un mois ;

4° Quiconque ne se plie pas à ces règles devra payer une amende et sera isolé pendant un mois.

Les premières ordonnances quarantenaires de Raguse prescrivent un isolement exceptionnellement long de trois mois, sans toutefois mentionner le mot « quarantaine ». Aucune expression technique particulière ne figure d’ailleurs dans ces premiers textes fondamentaux. Le législateur ragusain préfère plutôt employer l’expression Ordines pro peste en 1391, puis celle un peu plus élaborée de Prouisio morbi pestiferi euitandi en 1422. Jusqu’au XVIIe siècle, alors même que le mot « quarantaine » devient courant en Méditerranée, les Ragusains s’attachent encore à employer l’ancien mot Contumacia.

Les années suivant cette première Loi de Raguse de 1377 témoignent d’un très net durcissement de la législation, très probablement lié à la virulence des épidémies de peste qui frappaient alors régulièrement la cité. Vers la fin du XIVe siècle, la loi quarantenaire est ainsi renforcée par la création d’un corps d’officiers sanitaires, et par l’instauration de sanctions qui vont jusqu’à des peines de corps. Par les décisions du Grand Conseil de Dubrovnik, datées du 8 juin 1391, du 5 janvier 1397, du 25 mai 1379 et du 28 juin 1397, le contrôle de l’isolement quarantenaire fut rendu beaucoup plus strict. On désigna des fonctionnaires particuliers qui devaient surveiller les frontières, vérifier les documents des voyageurs, fixer la durée de l’isolement, organiser et contrôler la vie dans les lieux d’isolement, chasser les récalcitrants et punir les transgresseurs des lois sanitaires.

Officiers de vaisseaux mis en quarantaine à Marseille et recevant la visite de leur femme
et enfants lors de l’épidémie de choléra de 1884. Gravure anglaise du temps

 

Ces officiers étaient autorisés à punir sévèrement les coupables, sans devoir recourir pour cela à un autre pouvoir judiciaire. Si, par exemple, quelqu’un essayait d’échapper à l’isolement, il avait à payer de cinquante à cent perpers — monnaie de l’éphémère empire médiéval serbe — ; dans les cas graves ou lorsqu’il s’agissait d’indigents, on marquait le coupable au fer rouge ou on allait jusqu’à lui couper une oreille, explique Mirko Drazen Grmek.

En 1397, l’ancien couvent de l’île de Mljet — aujourd’hui Parc National de Croatie, l’île est située entre Korcula et Dubrovnik — est converti pour accueillir — reclure ? — les voyageurs en quarantaine. Une polémique anime aujourd’hui encore les historiens du monde entier concernant le lieu où aurait été édifié le premier lazaret de l’Humanité. La primauté du bâtiment de Mljet est contestée, au profit du lazaret de Venise. Certains auteurs, tels l’historien italien Dominico Barduzzi, Garrison ou le médecin John J. Keevil, proposent même une date postérieure, considérant que le premier lazaret dans l’histoire ne daterait que de 1464, date de la fondation du lazaret de Pise, à proximité de l’église Saint Lazare.

Quelle que soit l’hypothèse considérée, retenons que c’est dans une république maritime du sud de l’Europe que serait née l’idée de construire un bâtiment spécifiquement affecté à l’isolement des voyageurs potentiellement contagieux.

 

 

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24 février 2020 1 24 /02 /février /2020 07:55
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Dans la catégorie vieilles Expressions Française voyons aujourd’hui ce que veut dire :

Un peu d’absence fait grand bien

Effectivement, le sentiment s’affaiblit par l’habitude d’être ensemble et se retrempe par l’absence. Voici quelques lignes de Montaigne (XVIe siècle) sur ce sujet. (Essais, livre III, chapitre 9).

« L’imagination embrasse plus chaudement et plus continuellement ce qu’elle va guérir que ce que nous touchons. Comptez vos amusements journaliers : vous trouverez que vous êtes le plus absent de votre ami lorsqu’il vous est présent. Son assistance relâche toute votre attention et donne liberté à votre pensée de s’absenter à toute heure pour toute occasion. »

Un poète comique du XVIIIe siècle, Barthe, a dit dans une de ses comédies :

La beauté, même à l’œil, sait-elle toujours plaire ?
Vous croyez que le temps la détruit ou l’altère :
L’habitude, voilà son plus triste ennemi.
A qui nous voit toujours on ne plaît qu’à demi.

 

La Rochefoucauld (XVIIe siècle), dans ses Maximes, a comparé l’absence au vent qui allume le feu et éteint les bougies.

 

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17 février 2020 1 17 /02 /février /2020 07:28

 

«J'en peux plus!» Cette expression si familière que personne n'y prête attention est bien plus noble qu'il n'y paraît. Pensez: elle a cours en France depuis le 14e siècle. Au moment où la peste noire et la Guerre de Cent ans ravageaient la France, on disait déjà «n'en plus pouvoir». Au siècle précédent, au temps de Philippe Auguste et de saint Louis, on était déjà «mal en point»: on l'est encore, huit cents ans après.

Voilà ce qu'on apprend en picorant dans le Bouquet des expressions imagées, un gros volume de 1700 pages où sont rassemblées les milliers de locutions qui émaillent ou ont émaillé le langage courant des Français, chez les bourgeois et dans le peuple, à la cour, aux champs et à l'usine. Pour mener à bien ce travail encyclopédique, les auteurs - Claude Duneton pour la première édition de 1990, Sylvie Claval pour cette version revue et augmentée - ont épluché des dizaines de dictionnaires et de récits littéraires ou populaires. Puis ils ont classé méticuleusement leur faramineuse cueillette: l'index final fait 450 pages. J’y ai picoré quelques expressions que voici:

● Nom d'un chien !

« Dame » : voilà une interjection qui, comme « nom d'une pipe », survit depuis le 18e siècle. Certes, elles ne s'emploient plus guère. Et si on les réhabilitait pour varier le « merde » sonore dont nous ponctuons à tout va notre parler quotidien. À la rubrique des interjections anciennes, «vertuchou!» (17e siècle) ne manque pas de charme. On pourrait aussi ressortir de nos mémoires les expressions du 19e, plus boulevardières : « Nom d'un chien », « tu parles Charles », « mazette », « purée », « des flûtes », « mince », « crotte de bique ». « Mon cul mon œil » n'est pas mal non plus : au début du 20e siècle, on le disait à tout bout de champs, comme un siècle plus tard, les ados diront « grave !» à gogo.

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10 février 2020 1 10 /02 /février /2020 09:02

Saviez-vous : Religion catholique (coutumes)

" Que le  Cierge de la Chandeleur
conservé pour un singulier rituel
"

(D’après « Revue des traditions populaires », paru en 1890)

En 1890, Fertiault rapporte l’existence d’une curieuse croyance en Champagne, à propos du cierge de la Chandeleur dont on conserve soigneusement une partie, laquelle n’est allumée qu’en cas de douloureuses circonstances

Il est de coutume dans un petit village de la Champagne, que le curé donne, tous les ans, à la Chandeleur, un beau cierge en cire au chantre de l’église. De ce cierge, qui, bien entendu, est bénit, le ménage du brave homme se sert bien un peu pour l’usage ordinaire, une économie de chandelle ou de bougie n’étant pas à dédaigner ; mais on en conserve soigneusement une partie, vénérée comme une relique, et qu’on n’allume que dans des circonstances graves ou douloureuses.

Sans parler du mort, près duquel la lueur du cierge fait tristement sentinelle, il est des malades dont le cas appelle le corps du cierge en consultation. A-t-on, par exemple, pour un habitant, la crainte d’une dangereuse affection au cerveau, vite les voisines se réunissent. Elles vont dévotement sortir du fond de l’armoire le reste du précieux flambeau, et s’empressent d’y mettre la flamme.

Dans cette localité, la méningite s’appelle cathère. On veut immédiatement savoir à quoi s’en tenir sur ce point inquiétant : l’alité a-t-il, ou non, le cathère ? Pour être fixées sûrement, les voisines ont recours à une pratique aussi délicate que simple. Elles emplissent d’eau un récipient quelconque, bol, soucoupe, ou verre, et sur cette eau, en récitant quelques phrases de prières, elles font couler plusieurs gouttes de la cire en fusion du cierge.

Si les gouttes arrivées à fleur du liquide y forment une figure dentelée, en étoile, encornes, en un mot, à angles irréguliers, le souffreteux a ou aura le cathère ; si, au contraire, les gouttes blanches ont tombé de manière à former une figure plane et d’une circonférence correcte, un joli rond uni, le malade n’aura pas à craindre l’inflammation du cerveau.

Tout le monde de l’endroit a la foi la plus robuste en cette superstitieuse prédiction. Il n’y a sage avis qui tienne, et le médecin, en diplomate bienveillant, est obligé de s’arranger pour circonvenir les effets de cette confiance par trop aveugle.

 

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3 février 2020 1 03 /02 /février /2020 08:03

Dans la catégorie Expressions & Proverbes d'autrefois 

Aujourd'hui que veut dire ; " Planter ses choux "

(Se retirer à la campagne)

Peut-être avez-vous rêvé comme but d’une laborieuse et difficile carrière de pouvoir un jour « planter tranquillement vos choux » ? A qui croyez-vous devoir la pacifique formule à l’aide de laquelle vous traduisez votre innocente ambition ? Peut-être allons nous vous la dépoétiser.

Votre précurseur n’est autre que Dioclétien, le cruel destructeur des derniers privilèges du sénat romain, l’implacable persécuteur des chrétiens. Malade, lassé des agitations et des soins du pouvoir, Dioclétien, abdiquant le rang suprême, s’était retiré à Salone — alors la capitale de la province romaine de Dalmatie, emplacement aujourd’hui situé en Croatie — où il vivait en simple particulier.

Pressé un jour de ressaisir le pouvoir par Maximin, qui avait été son collaborateur à l’empire, et qui ne s’accommodait pas comme lui de l’humilité et du repos, il l’emmène dans son jardin, et lui faisant admirer une magnifique plate-bande de choux : « Non, répond-il : je n’avais jamais joui du soleil ; laisse-moi me rassasier de sa belle et bienfaisante lumière ; je ne vivais pas avant d’être ici ; laisse-moi vivre ; laisse-moi planter mes choux. »

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20 janvier 2020 1 20 /01 /janvier /2020 07:55

Saviez-vous que c’est le 19 janvier 1903 :

Soit il y a (116 ans)

Qu’a eu lieu la naissance officielle
de l’académie Goncourt

 

(D’après « Revue universelle », paru en 1903)

 

Edmond et Jules de Goncourt. Dessin de Gavarni

C’est seulement six ans après la mort de son fondateur Edmond de Goncourt, à la suite de difficultés de tout genre, de contestations, d’incidents judiciaires et de transactions, que l’académie des Goncourt obtient enfin son existence légale

Les frères Edmond et Jules de Goncourt, qui détestaient l’Académie française, eurent un jour l’idée de fonder une académie nouvelle, composée de littérateurs ayant une originalité tranchée. Cette société devait fonctionner après leur mort, et chacun de ses membres, désigné d’abord par eux, recevrait une rente annuelle.

Cette idée n’était qu’un pur rêve, car la fortune des Goncourt était alors médiocre. Elle ne prit corps qu’après la mort de Jules (1870), lorsque Edmond de Goncourt, qui, pour se distraire de la perte de son frère, s’était mis à collectionner des œuvres d’art, apprit un jour que sa collection de dessins seule valait environ 250 000 francs. Il reprit alors son projet abandonné et, de concert avec son ami le plus cher, Alphonse Daudet, arrêta toutes les dispositions qui devaient, pensait-il, assurer la réalisation de son œuvre.Son académie devait comprendre dix membres. Les dix premiers qu’il choisit étaient Gustave Flaubert, Paul de Saint-Victor, Fromentin, Barbey d’Aurevilly, Léon Cladel, Théophile Gautier, Théodore de Banville, de Chennevières, Veuillot et Vallès. Beaucoup d’entre eux moururent et, à partir de ce moment, la liste fut fréquemment modifiée. Avec Alphonse Daudet, on y vit figurer Guy de Maupassant, Paul Bourget, Pierre Loti, Emile Zola, Joris-Karl Huysmans et Henry Céard. Maupassant mourut à son tour ; les noms de Bourget, de Loti et de Zola furent effacés lorsqu’ils posèrent leur candidature à l’Académie française. Il en fut de même de Céard, à la suite d’une discussion.

Edmond de Goncourt fit de nouveaux choix parmi les habitués de son « grenier » qui l’affectionnaient et qui lui étaient particulièrement chers. Par son testament, ouvert quelques jours après sa mort, le 19 juillet 1896, il consacrait tout ce qu’il possédait à la fondation de son académie, destinée à soutenir l’art indépendant ; il en excluait les hommes politiques, les fonctionnaires, les grands seigneurs et les poètes.

Edmond de Goncourt. Photographie colorisée de Nadar réalisée en 1890

L’académie devait comprendre dix membres, se compléter elle-même en cas de vacance, constituer une association cordiale se réunissant en un dîner mensuel et distribuer chaque année un prix de 5000 francs à un jeune écrivain. Chaque membre devait recevoir 6000 francs par an à titre de rémunération. Goncourt désignait pour ses exécuteurs testamentaires Alphonse Daudet et Léon Hennique. Il les chargeait de liquider sa succession et de faire divers dons. Enfin il désignait comme membres de l’académie future Alphonse Daudet, Huysmans, Octave Mirbeau, Rosny aîné, Rosny jeune, Léon Hennique, Paul Margueritte et Gustave Geffroy.Pour assurer l’avenir et le fonctionnement de son institution littéraire, il fallait qu’elle pût jouir d’un revenu annuel de 65 000 francs. La vente des collections et de la maison de Goncourt n’atteignit pas la somme sur laquelle il comptait. Les droits de succession, les frais des procès engagés par des collatéraux qui demandaient la nullité de son testament, les transactions faites vinrent ébrécher le capital réalisé. La mort d’Alphonse Daudet, exécuteur testamentaire, compliqua encore la situation.

Et il ne fallut pas moins de six ans avant que l’académie, qui s’était complétée par l’adjonction de Léon Daudet, Lucien Descaves et Élémir Bourges, pût se réunir officiellement pour la première fois en janvier 1903. L’actif de la nouvelle société littéraire étant d’environ 50 000 francs de rente, les dix académiciens délibérèrent lors de cette réunion sur la question de savoir si, pour faire fonctionner pleinement l’académie, il n’était pas nécessaire de capitaliser le montant de l’héritage jusqu’au jour où on aurait obtenu les revenus indispensables.

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6 janvier 2020 1 06 /01 /janvier /2020 10:17

" Le saviez-vous ? "

Commencement de l’année au Moyen Age

(D’après « La Mosaïque », paru en 1875)

Les Bénédictins ont compté, pour l’Occident seul, six dates différentes qui servaient autrefois de point de départ à l’année nouvelle. Ce sont, si l’on suit, non l’ordre historique, mais celui du calendrier actuel : le 1er janvier, le 1er mars, le 21 mars, l’Annonciation (25 mars), le jour de Pâques et la Noël (25 décembre).

Les deux systèmes les plus anciens sont ceux de la Noël et de l’Annonciation. On peut dire de la Noël, en particulier, que c’est le comput ecclésiastique et romain par excellence. L’usage en était si général au Moyen Age, qu’on ne doit pas craindre de se tromper en prenant, faute d’autres renseignements, le 25 décembre comme premier jour de l’année, pour fixer les dates d’une chronique étrangère à la France.

Ce calcul spécial n’a cependant point laissé d’être aussi suivi dans nos provinces. On rencontre dès le IXe siècle, dès l’époque où Charlemagne et Pépin ont des relations avec la cour de Rome, des actes émanés de la chancellerie royale datés d’après le style de la Noël. En Dauphiné, l’habitude de commencer l’année au 25 décembre persista, même après la réunion de cette province à la couronne en 1343.

 

Une ordonnance du roi d’Aragon introduisit le même usage dans le Roussillon en 1350. Le comté de Foix aux XIIe et XIIIe siècles, la Flandre jusqu’en 1575, la Provence, l’Alsace et la Lorraine, mais non d’une façon constante, faisaient partir chaque année de la Noël. En Angleterre ce fut là le style habituel pendant tout le Moyen Age ; il prévalut également en Normandie jusqu’en 1204, tant que cette province appartint aux Anglais, et on le retrouve en Allemagne, en Hongrie, dans les royaumes fondés à Jérusalem, à Saint-Jean d’Acre, à Beyrouth, dans l’île de Chypre.

Le système de l’Annonciation (25 mars), qui s’établit à une époque aussi reculée que celui de la Noël, fut pendant quelque temps sacrifié à ce dernier en Italie et dans d’autres pays. Puis certaines chancelleries italiennes revinrent à la date du 25 mars, mais sans tomber d’accord. Les unes remontèrent à l’Annonciation antérieure à la Noël de l’année où elles réformaient leur calendrier ; d’autres partirent de l’Annonciation postérieure.

De là deux calculs : le calcul pisan et le calcul florentin. Tous les deux reposent sur ce principe que l’Annonciation est le premier jour de l’année ; mais il y a un an de différence entre les deux systèmes. Le style florentin, qui a été plus généralement usité au Moyen Age, ouvrirait l’année courante au 25 mars ; les mois de janvier, de février, et les vingt-quatre jours de mars appartiendraient à l’année précédente.

D’après le style Pisan, l’année 2014 aurait cours depuis le 25 mars 2013, et, par conséquent, serait en avance de neuf mois et sept jours sur notre système actuel. Le calcul florentin de l’Annonciation a été adopté en France dans le Quercy, le Rouergue et le Bas-Limousin. La Sicile s’y est conformée jusqu’au XVIe siècle, et Florence jusqu’au 20 novembre 1749, époque à laquelle le duc François décréta que l’année 1750 partirait du 1er janvier suivant.

La chancellerie des papes et celle des rois de France ont plus d’une fois daté leurs actes d’après le calcul pisan, qui a été de règle jusqu’en 1745 dans la province de Sienne, à Arezzo, à Cortone et à Pistoïe.

L’usage de commencer l’année au 1er mars, très suivi en France, même sous les deux premières dynasties, doit servir de base à qui veut déterminer la chronologie des chroniques de Grégoire de Tours et de Frédégaire. Venise même y est restée longtemps fidèle ; il faut donc, pour avoir la date précise d’un ancien document vénitien rédigé dans les mois de janvier et de février, augmenter d’une unité le millésime de l’année.

Le 21 mars a été aussi, mais plus rarement, pris pour point de départ dans les calendriers du Moyen Age.

Quant à la coutume d’ouvrir l’année à Pâques, coutume constante sous dynastie capétienne, on en trouve des exemples, à l’état d’exception, dès le VIe siècle. Elle était spécialement connue sous le nom de Coutume de France, Mos Gallicanus. Les provinces où le style de Pâques fut en vigueur sont la Champagne dès le Xe siècle, la Bourgogne de 1365 à 1480, le Bourbonnais, le Languedoc au XIIIe siècle, et la Picardie. A Amiens, au XIIe siècle, et
à Péronne, au XVe, l’année commençait le jour de Pâques, après le cierge bénit.

Le comté de Poitou, avant de passer sous la domination anglaise, suivait la coutume de France. Les Anglais y introduisirent, en 1152, le style de la Noël, qui resta, concurremment avec celui de Pâques, jusqu’au moment de la réunion de cette province à la couronne. La Normandie, la Guyenne et la Gascogne ouvrirent l’année à Pâques, dès que les rois de France rentrèrent en leur possession.

Ce n’est qu’à partir du XVIe siècle, après l’édit de Charles IX (janvier 1563, vieux style) et la déclaration de Roussillon du 4 août, qu’il devint obligatoire en France de commencer l’année le 1er janvier ; cet usage fut consacré par le parlement en 1567.

 

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